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Légendes de Dune, Paul le prophète – Brian Herbert & Kevin J. Anderson

Brian Herbert et Kevin J. Anderson continuent leur exploration de l’univers de Dune. L’idée générale est de compléter l’œuvre de Frank Herbert. Mais avant d’aborder ce nouveau livre, il serait intéressant de revenir sur ce que les deux auteurs ont écrit dans l’univers de Dune.

Une première trilogie a vu le jour et se situe juste avant les événements de Dune. Elle est bien écrite et nous explique comment les différents protagonistes (les Atréides, les Harkonnens et les Corrinos) en sont arrivés là. Sans atteindre le niveau de Frank Herbert, les deux auteurs ont fait une excellente trilogie (même si des grincheux disent le contraire). Ils ont commis une seconde trilogie concernant le jihad buthlérien se passant plusieurs milliers d’années plus tôt. Trop en rupture avec l’esprit de Dune, cette trilogie n’a pas eu la faveur du public. Une troisième trilogie a continué le cycle d’origine en commençant par La maison des mères, Les chasseurs de Dune, Le triomphe de Dune. On trouvera sur mon blog les chroniques correspondantes.

Récemment il y a eu La route de Dune, livre qui reprend la version originale de Dune, complétée par des nouvelles qui encadrent le roman. Livre pour amateur averti, pour inconditionnel, pour tous ceux qui veulent que Dune continue à travers des textes de Frank Herbert. On constate vite que la première mouture du roman est relativement petite et qu’elle raconte une histoire dénuée de mysticisme. Oui, c’est Dune, mais pas le bon !

J’en viens finalement à Paul le Prophète, que Pocket aurait dû appeler Paul de Dune. La première nouvelle commence un an après que l’empereur Shadam IV ait abdiqué. Cela ce situe entre Dune et Le Messie de Dune, une période de temps oubliée par Frank Herbert, pendant laquelle Paul Muad’Dib devenu empereur envoie ses Fremens aux quatre coins de l’empire pour imposer sa loi. C’est en fait le jihad fremen. On constate rapidement que les Fremens ne sont pas doués pour gouverner, mais plutôt pour détruire. Ce sont des fanatiques qui agissent pour le compte de Muad’Dib. Ils ne sont pas en nombre illimité et sont confrontés à la résistance de certaines maisons. De son côté, Paul a fait détruire le palais de l’empereur Shadam IV sur Kaitan, et a demandé de lui en construire un plus grand sur Arrakis.

Bien qu’ayant grandi sur Caladan, Paul se sent plus attaché à Arrakis qui deviendra la capitale impériale. Même en revenant sur Caladan, il n’aspire plus à y rester. On assiste donc à une période de la vie de Paul Muad’Dib pendant laquelle il est empereur et est en train de devenir un tyran avant de devenir un messie. On découvre en même temps que la princesse Irulan, son épouse et fille de l’empereur Shadam IV, a écrit un livre sur lui. Le succès de son livre plus, important que celui de la bible catholique orange, lui donne envie d’écrire une biographie complète de Paul. On peut considérer que cette biographie se retrouve dans les sept textes qui suivent. Ils se passent à des époques différentes de la vie de Paul, de 12 à 23 ans. Il sera intéressant de lire plus tard le livre consacré à Irulan. Je précise que trois livres vont suivre et concernent Jessica, Irulan et Leto.

Contrairement au livre d’origine qui dit que Paul n’a jamais quitté Caladan avant de s’installer sur Dune, on découvre qu’à l’âge de 12 ans, il est parti de Caladan en compagnie de son père Leto pour participer à une guerre entre familles. Des nouveaux faits, des nouvelles intrigues secondaires viennent se greffer sur le livre d’origine, sans le perturber.

Ce livre n’est pas à proprement parler un roman, mais plutôt une succession de nouvelles qui racontent des épisodes de la vie de Paul Muad’Dib. Bonne idée, mais jusqu’où iront les deux auteurs ? Ce livre est réservé aux inconditionnels de Dune. Il enrichit l’univers créé par Frank Herbert. Pour le lire dans de bonnes conditions, il faut avoir lu Dune et Le messie de Dune. Bon nombre de détails font aussi référence à la trilogie Avant Dune. Il est donc intéressant de l’avoir lu aussi. Livre à conseiller, mais uniquement si vous êtes un fan de Dune !

Légendes de Dune, T.1 Paul le prophète – Brian Herbert & Kevin J. Anderson, traduction de Patrick Dusoulier, Pocket, 702 pages, 2013

Legendes de dune 1

Le triomphe de Dune – Brian Herbert et Kevin J. Anderson

Voici le dernier volet du cycle Dune, commencé par Frank Herbert et terminé par Brian Herbert et Kevin Anderson. Espérons qu’on n’ira pas plus loin dans ce cycle qui s’éloigne de plus en plus de l’idée originale de Frank Herbert.

Avant de parler du contenu du livre, je voudrais savoir pourquoi le titre est Le triomphe de Dune, alors que Sandworm of Dune est le titre anglo-saxon. Il était plus facile de traduire le titre en Les vers des sables de Dune. D’abord parce que ça correspond au titre d’origine, ensuite parce qu’on parle beaucoup de vers (pas toujours des sables, et pas toujours sur Dune), et pas vraiment de triomphe. De ce côté-là, on dirait que les deux auteurs sont abonnés aux titres français mal traduits. Cette année-ci sort Olium, un autre cycle qui s’appelle Hellhole (le trou de l’enfer) !

Les lecteurs de la première heure du cycle Dune se souviendront qu’il était impossible de déplacer un vers des sables ou de reproduire l’épice. Ici, on arrive à avoir des vers un peu partout dans la galaxie. Après l’épice, on a droit à l’ultra-épice des vers qui vivent dans l’eau. Cette soudaine multiplication des ressources animales rend l’épice presque inutile. Même remarque concernant les gholas, qui ne sont rien d’autre que des clones auxquels on doit raviver les souvenirs et la personnalité. Il y en a une profusion dans ce livre. Ce qui était parcimonieusement distillé par Frank Herbert est soudain bradé par les auteurs actuels. On est passé de l’artisanat à la grande distribution.

Dans la foulée, on pourrait appeler ce livre La guerre des clones ou Dune, mission impossible. Pourquoi ce dernier titre ? Car en lisant le livre, je fais le parallèle avec le film Mission impossible où tous les membres de l’équipe se sont fait tuer, sauf le personnage principal. C’est un peu ce qui se passe dans ce Dune. On tue les habitants du chapitre, les navigateurs, les gholas, les révérendes mères et les danseurs-visages. C’est un peu trop. Tout comme il y a trop de danseurs-visages dans les rouages de l’empire. Le dieu-empereur de Dune aurait-il été incapable de son vivant de voir le retour d’Omnius et de ses serviteurs les danseurs-visages ? Il devait être sourd et aveugle. En fait, non ! Avec Waff on découvrira ce que l’empereur-dieu avait vu dans son sentier doré. On est donc en présence de deux ennemis de l’humanité. Omnius et Erasmus qui resurgissent après des millénaires, et Khrone le chef des danseurs-visages qui sert ceux-ci, mais qui a aussi ses propres plans.

Il y a beaucoup d’invraisemblances dans ce livre. Les sœurs demandent à Ix de leur fournir des copies des oblitérateurs. Elles paient en épice et ne voient rien venir. Désolé, mais dans notre civilisation du 21ème siècle, on impose des balises, des étapes à réaliser, et on paye par tranche en fonction du travail effectué. Les sœurs à notre époque seraient des vrais pigeons ! Difficile de croire que Murbella soit si facile à rouler sur le plan financier.

Autre invraisemblance. Les révérendes mères entendent les voix de leurs ancêtres (c’est leur mémoire seconde), et il en est de même pour les gholas qui ont subi l’agonie de l’épice. Okay, pas de problème. Mais curieusement, le baron Vladimir Harkonnen entend la voix d’Alia, qui n’est pas une ancêtre, mais sa petite fille.

Un personnage lié aux navigateurs de la Guilde apparait dans ce livre. Il s’agit de l’Oracle, mystérieux et totalement inutile. Apparemment une femme qui aurait inventé le voyage dans l’espace et découvert l’usage de l’épice pour les navigateurs de la Guilde. Ce personnage fait de brèves apparitions dans l’histoire, et vient sauver la situation au moment le plus critique. Un peu le septième de cavalerie qui vient sauver les cowboys des Indiens. Je n’ose pas dire le deus ex machina, car malgré ses moyens impressionnants, on se demande pourquoi elle n’a pas agi plus tôt (ce qui aurait évité de devoir lire les deux derniers livres du cycle). L’Oracle élimine trop facilement Omnius. Et hop, envolé !

Ceci dit, revenons à l’histoire. Sheanna et Duncan Idaho sont toujours en fuite à bord de l’Ithaque. Un quart de siècle s’est écoulé sans qu’Omnius arrive à leur mettre le grappin dessus. Mais il va y arriver ! Sur Chapitre, Murbella est confrontée à une peste qui décime tous les humains à l’exception des révérendes mères qui sont capables de changer leur métabolisme pour combattre le virus. Faut-il préalablement qu’elles aient passé l’épreuve de l’agonie. Et certaines sœurs meurent avant d’avoir passé l’épreuve. Avec l’épice, Murbella fait construire par Ix une flotte de vaisseaux pour combattre les vaisseaux d’Omnius. Ils sont équipés d’oblitérateurs qui devraient décimer la flotte d’Omnius.

Jusque-là, Murbella et Sheanna s’en sortent plus ou moins bien. Mais tout d’un coup, le vaisseau de Sheanna  et Duncan Idaho est capturé par Omnius grâce à la traitrise de danseurs-visage qui avaient pris les traits de personnes familières. Les vers des sables qui sont dans le vaisseau démasquent un danseur-visage, mais c’est déjà trop tard pour éviter de tomber dans le piège tendu par les danseurs-visages. Pour Murbella, les choses ne vont pas mieux. Sa belle flotte tombe en panne au moment où les forces d’Omnius s’approchent du chapitre. On s’attendait à tout, mais pas à une idée aussi simpliste. Disons que ces coups de théâtre n’en sont pas vraiment pour le lecteur.

Dans ce livre, on est confronté aux différents personnages qui se voient investis des pouvoirs de Kwisatz Haderach. C’est le cas du ghola Paul Atréide, celui de Paolo (une version de Paul éduqué par le baron Vladimir Harkonnen), Leto II qui était l’empereur-dieu de Dune, et d’un quatrième personnage, qui lui deviendra le Kwisatz Haderach ultime. Ce dernier n’est plus seulement le maitre des vers des sables, mais aussi celui des machines, une fois qu’Erasmus se range du côté du Kwisatz Haderach. Il est le pont entre les hommes et les robots. Celui qui a compris que rejeter les machines lors du Jihad Buthlérien a été une grossière erreur. Les différentes parties devaient cohabiter et non pas se faire la guerre.

Une scène intéressante, c’est Leto II qui redevient l’empereur-dieu sur Uchronie la planète des machines. Ou la scène où tous les danseurs visages (qui sont des millions dans la galaxie) sont tués en une fraction de seconde par Erasmus.

À noter que prochainement on aura droit à un autre cycle des deux auteurs, qui se focalisera sur le Bene Gesserit, juste après le Jihad Buthlérien. Est-ce vraiment nécessaire ? J’attends de voir la traduction de Sisterhood of Dune, paru en anglais en 2012 (en espérant qu’on ne vas pas appeler ce livre le triomphe de …

Je sais, je n’ai pas été tendre avec ce Nième volume de Dune. C’est rare de ma part. Mais je pense que c’est justifié par les invraisemblances et par les faiblesses de l’histoire. Malgré toutes les invraisemblances rencontrées, j’ai été jusqu’au bout de l’histoire. Je voulais savoir comment cela se termine. Ce triomphe de Dune n’est vraiment réservé qu’à ceux qui ont lu le tome précédent. Donc à ceux qui ont (presque) tout lu du cycle Dune. Le livre n’est pas mauvais. Il n’est simplement pas à la hauteur du Dune de Frank Herbert. Pour les autres, lisez d’abord le Dune de Frank Herbert. A noter la belle couverture de Pascal Casolari.

Le triomphe de Dune, Brian Herbert & Kevin J. Anderson, Pocket, 638 page, 2012, illustration de Pascal Casolari

Les chasseurs de Dune – Brian Herbert & Kevin J. Anderson

Depuis la mort de Frank Herbert, le cycle de Dune s’est étoffé au point d’avoir doublé en taille. Brian Herbert et Kevin J. Anderson nous ont d’abord proposé « Avant Dune », une honnête trilogie qui se lisait sans déplaisir. Et tant pis pour ceux qui ne l’ont pas vu comme ça. Puis vint la trilogie « Dune, la genèse », cycle qui est tellement éloigné des préoccupations du livre d’origine, que les deux compères auraient mieux fait de ne pas l’écrire. Et puis, voici enfin la (soi-disant) suite de la maison des mères, que Frank Herbert n’a pas écrite. Cette suite est en deux tomes (Les chasseurs de Dune, le triomphe de Dune).

Je m’étais dit que lire « Les chasseurs de Dune » après une si longue attente était risquée. En 1985, « Les hérétiques de Dune » ne m’avait pas emballé, et l’année suivante « La maison des mères » n’avait pas mieux fait. Mais comme beaucoup de lecteurs captivés par l’univers de Dune, je les ai lus en me disant qu’ils n’auraient pas de suite après le décès de Frank Herbert. Mais voilà ! Un quart de siècle plus tard, Brian Herbert & Kevin Anderson nous sortent la suite présumée de ce cycle. On a donc droit à une tétralogie qui commence avec les hérétiques, et qui se termine avec le triomphe.

Mais revenons à « Les chasseurs de Dune ». Qu’en est-il de l’histoire ? De ce faux Dune, comme certains le diront. Il ne m’a pas été nécessaire de relire les deux tomes précédents pour comprendre l’histoire. Les deux auteurs, tout au long des cent premières pages, reviennent sur les événements passés. Et rapidement le contexte de l’histoire revient en mémoire. Mais que peut-on attendre dans un univers où Dune a été détruite, ravagée par les Honorées matriarches ? Où le Bene Gesserit doit cacher la position du système qui l’abrite, c’est-à-dire le Chapitre, et reconquérir les territoires conquis par les Honorées matriarches. Ou les Tlelaxus se comptent sur les doigts d’une main, et où les danseurs-visages servent deux maitres mystérieux.

Sur une période de deux décennies, « Les chasseurs de Dune » retrace l’exode de Duncan Idaho, du bashar Miles Teg (tous deux des gholas), et de la révérende mère Sheeana. À bord d’un gigantesque non-vaisseau, ils fuient l’ennemi d’ailleurs, accompagné d’autres Bene Gesserit, d’un Tlelaxu, de vers des sables, de futars, et d’humains. Pendant ce long voyage en quête d’une planète sur laquelle ils pourront s’établir, ils vont recréer les personnages qui nous ont captivés dans Dune. Paul Atréides, Chani, Leto II et leurs proches vont renaitre grâce à la science d’un Tleilaxu. De ces cuves Axolotl, va renaitre les Kwisatz Haderach.

Pendant cette même période, Murbella la Mère commandante du Nouvel Ordre (qui combine des Bene Gesserits et des Honorées matriarches), va petit à petit détruire toutes les enclaves des Honorées matriarches et rétablir l’ordre dans la galaxie. En parallèle, elle a fait transformer la planète du Chapitre pour en faire une nouvelle Dune sur laquelle des vers des sables évoluent. Le Nouvel Ordre contrôle donc la production d’épice, et le distribue avec parcimonie, au point que la guilde des navigateurs envisage de trouver d’autres sources d’approvisionnement, quitte à utiliser la technologie plutôt que l’épice.

Dans une des enclaves des Honorées matriarches, un autre Tleilaxu crée des gholas. Celui de Paul Atréides, mais aussi celui du baron Vladimir Harkonnen. Sans parler qu’à partir de cellule appartenant aux maitres tleilaxus, il redonne vie à ceux qui sont parvenus à produire de l’épice artificielle. Derrière ces différents intrigues et enjeux, les danseurs-visages supervisent ces plans pour le compte de deux mystérieux vieillards qui recherchent toujours le non-vaisseau de Duncan Idaho.

Histoire lente, mais intéressante. Même si ce n’est pas du Frank Herbert, ça n’en reste pas moins lisible. Disons que la lecture de cette suite permet d’entretenir un certain intérêt pour le cycle. Les auteurs ont utilisé un tour de passe-passe pour nous proposer tous les personnages qui faisaient l’originalité de Dune. C’est trop facile, dirais-je. Avec cette méthode ils pourraient faire des suites à n’en plus finir, et les lecteurs se lasseraient définitivement.

Est-ce un bon Dune ? Est-ce un grand Dune ? Il n’est pas mauvais, mais il n’atteint pas le niveau initié par Frank Herbert. Les deux auteurs allongent la sauce sous le prétexte de terminer ce que Frank Herbert n’a pas eu le temps de faire. Disons que ce livre a le mérite d’exister. En tous cas, il est suffisamment intéressant que pour vouloir lire le prochain et dernier livre du cycle.

À lire, si vous êtes un inconditionnel du cycle, ou si vous avez simplement envie de connaitre la suite de l’histoire. À ne pas lire si vous ne jurez que par Frank Herbert. Dans l’ensemble un livre intéressant. Reste plus qu’à lire « Le triomphe de Dune » et la boucle sera bouclée.

À noter que cette édition Pocket du livre a une très belle couverture.

Les chasseurs de Dune, Brian Herbert et Kevin J. Anderson, Pocket 2011, 670 pages, Couverture de Pascal Casolari

Dune – Frank Herbert

Pour mon 100ème billet, j’ai décidé de présenter mon livre de science-fiction préféré. C’est-à-dire Dune de Frank Herbert. Ce n’est pas évident, car à mes yeux ce livre mérite tous les qualificatifs. C’est LE LIVRE de science-fiction par excellence. L’édition de référence reste celle publiée en Laffont Ailleurs & Demains, choisie par Gérard Klein et traduite par Michel Demuth. Cette édition comprend Dune, le prophète de Dune et le messie de Dune. Une histoire qui se suffit à elle-même.

Dune est un vrai paradoxe. Ce n’est pas de la fantasy contrairement à ce que certaines mauvaises langues disent. Ce n’est pas non plus un vrai space opera, même si des vaisseaux font leur apparition dans le livre. Dune s’apparente à un planet opera dont l’enjeu n’est rien moins que le contrôle de toute la galaxie en 10191. C’est une gageure que Frank Herbert soumet à ses lecteurs. Sur Arrakis, Dune, la planète des sables, tous les regards sont braqués. D’abord administrée par les Harkonnens, la planète passe sous le contrôle des Atréides parce que l’empereur Padishah Shaddam IV l’a décidé. Le duc Leto Atréides doit quitter son fief de Caladan pour exploiter les ressources en épices de la planète Arrakis. Rien d’anormal, si ce n’est que l’épice est la substance la plus précieuse dans l’empire. Elle permet aux pilotes des vaisseaux de la guilde spatiale de naviguer sans l’aide d’ordinateurs, et fait des mentats des ordinateurs vivants. L’épice est extrait d’Arrakis pour le compte de l’empereur et de la guilde des navigateurs. L’épice décuple les capacités psychiques et rend dépendants ses consommateurs.

Mais les choses ne sont pas aussi simples. Si Shaddam IV a envoyé les Atréides sur Dune, c’est aussi pour les contrôler et les affaiblir. Il est aidé dans ses plans secrets par la guilde spatiale qui voit dans les Atréides un nouveau danger, sans parler des Harkonnens qui sont prêts à reprendre Dune et à anéantir les Atréides. Ce serait trop simple si cela se limitait à cela. Mais la CHOM (Combinat des Honnêtes Ober Marchands), le Landsraad (les maisons majeurs et mineurs qui composent l’empire), ainsi que le Bene Gesserit (les révérendes mères qui ont établi un programme génétique) ne jouaient pas un rôle secondaire, mais important derrière les plans de l’empereur.

Personne ne sait d’où vient l’épice. Ou du moins, personne n’a compris comment il se forme, si ce n’est les Fremens qui occupent Arrakis ou l’écologiste impérial Liet Kynes. Mais savoir d’où vient l’épice, c’est être capable de changer l’écologie de la planète. C’est aussi devenir le maître de l’épice pour celui qui peut commander les vers des sables.

Le duc Leto Atréides vient sur Arrakis, accompagné par sa compagne Dame Jessica (une Bene Gesserit) et son fils Paul Atréides (qui est le personnage principal de ce livre). Paul est un incident de parcours dans le programme génétique du Bene Gesserit. Jessica avait eu l’ordre de concevoir une fille, mais elle a préféré donner un fils à son duc. Paul a été correctement formé par ses parents. Son éducation liée à la découverte de l’épice va faire de lui un messie, un prophète, qui va prendre la tête des Fremens. Après des années d’oppression Harkonnen, les Fremens sont prêts à se révolter, sous le commandement de Paul. Une tempête Fremen va changer la face de l’univers connu. Et tout cela va se passer sur Dune, Arrakis.

Paul Atréides va découvrir qu’il est le Kwisatz Haderach, celui qui peut voir ce que les Bene Gesserit sont incapables de voir. Ses visions vont lui faire comprendre qu’il peut détruire la production d’épice, ce qui  fait de lui le maître absolu. C’est aussi ce que craignaient la guilde spatiale et l’empereur Shaddam IV. C’est ce que voulait éviter le Bene Gesserit. Et c’est ce que n’avaient pas prévu les Harkonnens.

Et c’est là qu’on voit toute la complexité du roman aux multiples facettes. Frank Herbert mène de front plusieurs histoires qui s’entremêlent avec une telle complexité au niveau des enjeux politiques, économiques, et écologiques, qu’on peut se demander si un jour ce livre sera égalé.

Dune, c’est d’abord l’œuvre d’un auteur, Frank Herbert. Auteur qui aborde plusieurs thèmes à travers ce livre. D’abord celui de l’écologie, celui du pouvoir mêlé à la religion, et celui de la sélection génétique combinée à un plan établi sur des générations et qui fait appel à des visions.

J’aurais presque envie de dire que Frank Herbert a créé Dune pour les vrais amateurs de science-fiction. On me rétorquera que le livre n’est pas accessible à tout le monde, qu’il est tombé des mains de certains lecteurs. Très bien, je veux bien admettre qu’il peut paraitre hermétique pour certains lecteurs. Le livre est long, lent, compliqué, mais c’est un vrai trésor en matière d’intrigues galactiques, de personnages, de descriptions, etc. Tout y est décrit, expliqué, détaillé. Chaque pensée, chaque point de vue est minutieusement analysé et expliqué au lecteur. Aucun aspect n’a été négligé.

Frank Herbert a mis six ans pour écrire Dune. Le livre a d’abord été édité dans le magazine Analog (en 1963 et 1965). Le livre a été rejeté une vingtaine de fois par des maisons d’édition avant de recevoir en 1965 les prix Hugo et Nebula. Cela peut paraitre inquiétant si on se dit qu’autant de directeurs de collection sont passés à côté de la montre en or et n’ont pas reconnu le réel impact de ce livre. Cela peut aussi être rassurant dans le fait que tôt ou tard un tel chef d’œuvre voit le jour chez un éditeur. C’est aussi un exemple pour tous ceux qui veulent un jour proposer leurs propres textes à des éditeurs. Il ne faut pas baisser les bras trop rapidement.

Pour certains lecteurs qui auraient mis la mauvaise paire de lunettes, je signale que Dune n’est pas de la fantasy, mais bel et bien de la science-fiction. Un livre dans lequel il y a des ornitopthères, des vaisseaux long-courrier à générateurs Holtzmann, des navigateurs de la guilde, des cônes de silence, des chasseurs-tueurs, des marteleurs, des moissonneuses, des suspenseurs, des champs de force individuels, des satellites météo, etc. ce n’est pas de la fantasy ! Même si ça se passe dans le désert. Et ce n’est pas parce qu’il y a une personne ou deux qui chevauche un vers, ou qui absorbe de l’épice qu’il faut lui coller une étiquette fantasy. A ma connaissance, il n’y a pas de magicien, de fée, d’elfe, de donjon, de dragon, d’épée enchantée, etc. dans Dune. C’est de la science-fiction.

C’est le livre de science-fiction qui reste inégalé à l’heure actuelle. Même Frank Herbert n’a pas pu faire aussi bien dans ses suites ou dans ses autres livres. Dune est presque inclassable, impossible à résumer tellement il foisonne d’histoires, de personnages, d’intrigues, de thèmes. Mais quelle joie pour le lecteur qui en détient la clé. Lorsque le livre est sorti pour la première fois dans la collection Ailleurs & Demains, je me souviens ne pas être sorti indemne de sa lecture. Le livre m’a profondément marqué au point qu’aujourd’hui il est un des rares livres que j’ai relu, et que je possède en français et en anglais et dans différents formats. Je ne vais pas m’étendre sur les suites du cycle, celle écrite par Frank Herbert ou par son fils Brian Herbert accompagné de Kevin J. Anderson. Ce n’est pas le but de ce billet, et j’invite le visiteur à chercher les chroniques correspondantes sur mon blog, ou de cliquer sur le mot-clé Dune.

J’espère que pour les cinquante ans du livre en 2015 (paru en 1965), une édition de luxe lui sera consacrée (un collector comme certains disent). Il y a eu une multitude de rééditions en grand et petit format, mais aucune n’a mis en valeur ce chef d’œuvre de la science-fiction, car Dune est bel et bien un chef d’œuvre.  Il existe une version de luxe du seigneur des anneaux, agrémentée d’illustrations. Mais rien de comparable pour Dune. Dommage. Il reste un peu moins de 4 ans pour combler cette lacune !

Pour l’instant je dois me contenter de la version en deux tomes, parue dans la collection suisse Les chefs-d’œuvre de la science-fiction, dirigée à l’époque par Pierre Versins. Deux tomes noir et or parus en 1975. Et puis il y a la version anglaise, parue chez Gollancz, dans la collection SF Masterworks. Curieusement ce volume cartonné coute à peine la moitié d’un Laffont A&D. Cela devrait donner des idées aux éditeurs francophones. Enfin, je l’espère !

Voilà, je voulais que ce 100ème billet soit une exception sur mon blog. On a tous un livre qui nous a plus marqué que les autres. Dans mon cas c’est Dune, et j’en suis bien content.

Dune, Frank Herbert, Laffont Ailleurs & Demains, 750 pages.

P.S. Le 200ème article du blog sera aussi consacré à Dune et sera en quelque sorte la suite.