Ubik – Philip K. Dick

Je ne cache pas qu’en SF je me sens plus à l’aise avec du space opera. Ubik de Philip K. Dick sort donc de mon registre habituel. Le livre fait moins de 300 pages dans sa version 10/18. Et curieusement, j’ai terminé sa lecture avec le sentiment d’avoir lu une œuvre majeure en SF qui a laissé des traces. Aujourd’hui je comprend mieux les chroniques de Jacques Chambon et d’Epistolier sur le site du Cafard. 

Ubik commence le 5 juin 1992, dans les bureaux de Runciter. On apprend que Runciter dirige une agence principalement composée de psys (télépathes, précognitifs et neutraliseurs). Ce n’est pas à proprement parler une agence de détectives, mais l’agence a pour mission de protéger ses clients et contrer ses adversaires qui utiliseraient aussi des psys. Runciter est voeuf et va occasionnellement voir sa femme dans un moratorium, dans lequel elle « vie » en semi-vie. Elle est morte et congelée, mais son esprit peut être réveillé. Ce qui permet à Runciter d’établir une communication avec sa femme défunte. On découvrira plus tard que cette semi-vie est aussi dangereuse que la vie réelle. Runciter emploie aussi Joe Chip, qui est chargé de tester les psys. Ce dernier vit dans un conaps (appartement) où tout se paye. Ouvrir le frigo nécessite de la monnaie, ouvrir la porte de l’appartement ou prendre son bain nécessite aussi de la monnaie. Tout se paye dans ce curieux univers. Ce simple détail est risible car Dick n’a pas imaginé l’existence de cartes bancaires. Joe Chip sera en permanence confronté à des soucis d’argent.

On est rapidement dans le vif du sujet quand on constate que Runciter a formé une équipe de psys chargés d’assurer la protection d’un client. Il se rend donc sur la Lune en compagnie de Joe Chip et de son équipe de psys. On est ici dans un thriller futuriste classique où on se dit qu’on comprend parfaitement l’univers mis en place par Dick. Mais voilà, les choses ne tournent pas aussi rond que prévu. Une explosion survient sur la Lune. Runciter est mort et Joe Chip qui le secondait reprend la direction de l’agence. Sans s’en rendre compte, Dick vient de nous faire basculer dans son univers. De retour sur Terre, les choses ne se passent pas normalement. Une partie de l’équipe meurt, Joe Chip est confronté à des problèmes de monnaie qui n’est plus reconnue, et l’univers autour de lui semble régresser. A ce stade on se demande ce qu’est Ubik. En tête de paragraphe on découvre des publicités qui vantent les mérites d’Ubik. Un produit miracle qui sert pratiquement à tout. Et on se dit : mais quel est le lien entre Ubik et l’histoire ? Et lentement Ubik est de plus en plus présent dans l’histoire.

Joe Chip découvre de mystérieux messages qui lui sont directement adressés. Ils sont en rapport avec Ubik (par exemple sur des étiquettes de produits) et semblent provenir de Runciter. Pour perturber un peu plus le lecteur, Joe Chip découvre les messages suivants :

Sautez dans l’urinoir pour y chercher de l’or.

Je suis vivant et vous êtes morts. »

Plongez dans la baignoire pour voir d’où vient le vent.

Vous étes tous morts, je suis vivant.

Dick nous déstabilise complètement et on continue de suivre Joe Chip, qui n’est pas vraiment un héros, mais plutôt le personnage malheureux sur qui le sort s’acharne. Joe va chercher à savoir pourquoi les choses régressent et pourquoi des membres de l’équipent meurent les uns après les autres. Il va essayer d’acheter de l’Ubik, mais à chaque fois il y aura un détail qui l’empêchera d’en avoir. Quand Joe pensera avoir compris qui est l’ennemi qui se cache derrière tout cela, il découvrira qu’il s’était trompé et que l’histoire est bien plus compliquée que prévue. Joe Chip doute et le lecteur aussi. Est-on dans la vie réelle ou dans la semi-vie ? Et Joe Chip admet difficilement que Runciter a raison et que pour se sauver et contrer l’ennemi il a besoin d’Ubik.

Comme lecteur, on se demande à plusieurs reprises si on est dans la réalité où la semi-vie d’un des personnages. Dick ne nous cache pas la vérité, mais il nous fait systématiquement douter par de nouvelles révélations. Et jusqu’à la dernière page du livre, Dick jour avec nos nerfs ! Il nous a tenu en halène pendant près de trois cents pages et nous a induit volontairement en erreur à plusieurs reprises. Mais quand on arrive à la fin de ce livre, on ne peut dire qu’une chose : c’est un
chef d’œuvre de la SF.

Je ne suis pas sorti intact de la lecture d’Ubik. Le moins que je puisse faire pour ce livre, c’est qu’il trouve sa place dans ma B.I. Et il le mérite vraiment !

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