Jackpots – Robert Heinlein

Chose rare, voici un recueil de nouvelles de Robert Heinlein, édité par ActuSF. L’éditeur continue à nous sortir des perles rares, qui nous ont parfois échappés. Trois nouvelles de science-fiction précédemment éditées, et une inédite. Elles ont été écrites entre 1941 et 1953.

Éric Picholle nous gratifie d’une excellente préface dans laquelle il nous décrit le contexte de l’époque dans lequel Robert Heinlein a écrit ses nouvelles. On constate que par certains côtés, Heinlein était un visionnaire. Son utilisation des armes atomiques avant que celles-ci n’existent fait froid dans le dos. Tout comme l’utilisation « d’arme sale ».

Sous le poids des responsabilités – Alors que Joe Appleby pensait avoir une permission, il est rappelé d’urgence pour servir de pilote au commandant Kleuger. À deux, ils ont la mission de se rendre d’urgence sur une base spatiale à proximité de Pluton. Mais pour apporter l’aide médicale nécessaire avant qu’il ne soit trop tard, ils doivent naviguer à 3.5 G. Accélération que le corps humain ne peut pas supporter très longtemps. Enfermés dans leur vaisseau torche, ils vont se relayer jusqu’à la destination. On suit donc les deux hommes dans ce huis clos, dans lequel leurs propres vies sont en danger. Lorsqu’ils arrivent à destination, ce n’est pas sans conséquence sur leurs propres organismes. Une nouvelle dans laquelle on découvre un antihéros.

Solution non satisfaisante – C’est décidément la nouvelle la plus marquante de ce recueil. Écrite en 1941, elle décrit une guerre dans laquelle les armes nucléaires sales seraient utilisées pour rétablir la paix. Heinlein fait preuve ici d’une grande clairvoyance, quatre ans avant que les Américains ne bombardent Hiroshima et Nagasaki en 1945.

Membre du congrès, l’ancien colonel Manning va échafauder des plans pour rétablir la paix. Mais son obsession le pousse à aller plus loin, à renverser le président des États-Unis et à déclarer la guerre au reste du monde pour unifier celui-ci. Ce qui semblait une démocratie devient soudain une dictature. Étrange, mais excellente nouvelle.

La création a pris huit jours – C’est la nouvelle la plus faible de ce recueil. Pour étudier des « piliers » et découvrir l’origine des « boules de feu », l’équipage d’un navire va envoyer un bathyscaphe dans les profondeurs. Malheureusement, celui-ci sera coupé du navire, et les deux hommes qui y sont enfermés sont étrangement maintenus en vie. Commence alors une étrange discussion sur la présence d’extraterrestres. On n’est pas tout à fait dans la science-fiction. On est plus proche du fantastique.

Une année faste – Le titre aurait dû être l’année du jackpot. L’histoire commence avec le striptease d’une femme sur la voie publique. Avant qu’elle ne soit arrêtée par la police, un mathématicien et statisticien, Potiphar Breen, la sauve et l’emmène chez lui. Il lui explique que ce qu’elle vient de faire n’est pas un acte isolé. Plus de 300 femmes ont eu le même geste dans un court laps de temps. Les statistiques démontrent qu’il s’agit d’un phénomène anormal. Les événements qui suivent (tremblements de terre, guerres, explosions) démontrent que c’est l’année du jackpot pour la Terre. Les événements s’aggravent jusqu’à la fin de l’histoire, qui annonce la fin de l’humanité. Nouvelle originale, qui donne à ce Potiphar Breen un petit ait de Hari Seldon rencontré dans Fondation.

Les histoires sont plutôt pessimistes. On ne peut pas vraiment dire qu’il y a des héros dans celles-ci. En fait, les situations dans lesquelles sont plongés les personnages principaux les dépassent complètement.

Voici donc un recueil de nouvelles qui vient en contrepoint des romans de Robert Heinlein. Il reste un auteur incontournable en science-fiction, et ce recueil de nouvelles nous le prouve encore une fois. Bonne idée d’ActuSF d’éditer ces nouvelles, qui trouvent encore leur place aujourd’hui.

Jackpots, Robert A. Heinlein, ActuSF, 2011, 238 pages, illustration de Scott Blair

2 réponses à “Jackpots – Robert Heinlein

  1. Chronique très intéressante, merci !

  2. Merci Marc. Quand on pense à tous les textes des auteurs de l’âge d’or qui n’ont pas encore été traduits, nos éditeurs ne risquent pas de manquer de matière.

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