Mémoires – Henri Vernes

Les mémoires de Bob Morane… pardon, d’Henri Vernes ! Ce livre de 490 pages est édité par les éditions Jourdan. On pourrait penser qu’il s’agit d’un livre de mémoire de plus parmi une myriade d’autres. C’est vrai, mais celui-ci apporte son lot d’informations sur un auteur qui nous a transportés aux quatre coins du monde lorsqu’on était adolescent. Bob Morane, c’est toute notre jeunesse. Et le temps passant, on est resté fidèle au personnage. En tout cas, je le suis resté. Je n’irai pas dire que j’ai lu tous les Bob Morane, mais plus d’une centaine c’est certain.

Né à la fin de la guerre 14-18 à Tournai la ville aux six tours (qui n’en a que cinq et un beffrois), Henri Vernes va connaitre une enfance partagée entre des parents séparés. Il sera envoyé chez les Jésuites, sans être convaincu de l’existence de Dieu. Au début de l’adolescence, il connaitra sa première fois avec une femme qui avait l’âge de sa mère. Puis à un âge où il parait plus vieux que son âge réel, il part pour Anvers, et accompagne une certaine madame Lou en Chine (ce qui nous rappelle miss Ylang-Ylang). L’aventure est au rendez-vous et est parsemée de conquêtes. On va ainsi suivre Henri Vernes sur plusieurs décennies. On le voit militaire, puis résistant entre la France et la Belgique. C’est un personnage haut en couleur qui va devenir un écrivain prolifique.

Et Bob Morane dans tout ça ? Il faut attendre la 400ème page pour faire allusion à lui. En fait, notre héros de BD et de roman est loin d’être le sujet principal du livre. C’est la vie d’Henri Vernes qui est au premier plan, pas celle de son personnage principal.

Ces mémoires sont un bon livre, qui se laisse lire. Les chapitres courts se succèdent les uns après les autres, sans que le lecteur se perde dans des lourdeurs. La vie d’Henri Vernes est loin d’être une sinécure. Et à travers ses péripéties, on a une vision du vingtième siècle et de la seconde guerre mondiale en particulier à travers son regard. Cela englobe évidemment l’histoire de Belgique.

Mais si comme moi, le lecteur a acheté le livre pour en savoir plus sur la genèse de Bob Morane, il risque fort d’être un peu sur sa faim. Seules les cent dernières pages du livre vont aborder l’écriture et l’édition (Marabout entre autres). On va surtout découvrir l’amitié qui lit Henri Vernes à Jean Ray (autre monument de la littérature populaire belge, et fantastique en particulier). Une amitié de vingt ans lie les deux hommes. En lisant les mémoires, on constate que Vernes est pour beaucoup dans la réédition des œuvres de Jean Ray chez Marabout. Il en est même le principal initiateur.

Cette partie du livre est particulièrement intéressante. On comprend mieux les relations qu’avait Henri Vernes avec Marabout. On comprend aussi pourquoi cette collaboration n’a pas continué. Le livre s’arrête abruptement à l’année 1977. C’est très dérangeant pour le lecteur que je suis et qui a grandi avec Bob Morane en roman et en bande dessinée. Mais que sont devenus les rééditions en volumes chez Lefrancq, ou celles chez Ananké ? Pourquoi ne parle-t-on pas de la relève ? Simple question qu’Henri Vernes aurait pu élucider en ne s’arrêtant qu’à la date de fin du livre, c’est à dire le 3 avril 2011. 34 ans ont ainsi été escamotés, comme si plus rien ne s’était passé. C’est vrai que si l’auteur a davantage espacé l’écriture de roman, il n’en reste pas moins que les rééditions, le dessin animé, et la bande dessinée ont occupé cette période. Un oubli de 34 ans pour un livre de mémoires, ça ne fait pas très sérieux. J’espère que lors d’une réédition, un complément viendra combler cette période manquante.

En dehors de ça, c’est un livre très intéressant qui nous montre un auteur qui s’est inspiré de lui-même pour créer Bob Morane. Les aventures (parfois sentimentales) font partie de la vie de ce baroudeur qui a été très prolifique et a commis quelques grands moments du livre d’aventure. Mais attention, ce n’est pas seulement l’aventure. Dans les Bob Morane, on trouve du fantastique, de la science-fiction, du thriller, de l’épouvante. Tout le panel des genres existe, à l’exception du sexe. Ce qui est parfaitement compréhensible à l’époque (1953) car l’auteur voulait toucher un grand public

Un livre à conseiller, car c’est la première fois qu’Henri Vernes se dévoile autant. Un livre qui trouve sa place entre Bob Morane, Miss Ylan-Ylang et l’ombre jaune.

Je propose aux lecteurs d’acquérir en complément Henri Verne l’album de Jacques Dieu aux éditions L’âge d’or.

Mémoires, Henri Vernes, éditions Jourdan, 2012, 488 pages

7 réponses à “Mémoires – Henri Vernes

  1. Et dire que je n’ai jamais lu un seul Bob Morane ! Mais c’est comme les Harry Dickens et autres Cherlok Holms: je n’ai jamais été attiré par la littérature en feuilleton. Manque d’intérêt qui se poursuit dans l’univers télévisuel d’ailleurs…

    • Pourtant, Bob Morane on peut le lire en BD ! Je pense que c’est un personnage incontournable dans l’adolescence de beaucoup de personnes. Peut-être devrais-tu en lire un.
      Même le groupe Indochine a fait une chanson sur le personnage, l’aventurier : Egaré dans la vallée infernale, le héros s’appelle Bob Morane…

  2. J’ai lu ce livre fort intéressant moi aussi, et je suis en tout point d’accord avec ce qu’en dit Marc.

  3. Je découvre ce site par hasard, et cet article me fait faire un bon vers mon adolescence, je tiens à remercier HV pour ses avantures qu’il ma incité à faire et vivre en imaginaire les autres.
    Longue vie

  4. j´ai 54 ans et je ne me lasse pas de relire et relire les aventures de bob et bill qu´on oublie souvent et poutant si sympatique.merci a toi Henry Vernes

  5. j’ai 70 ans et j’ai tous les Bob Morane jusqu’en 1970 : c’est à dire au moment ou la science fiction a prit le pas sur l’aventure.G.P.

    • Je veux bien le croire. J’ai grandi avec Bob Morane en livre et en bd. J’en ai lu une centaine. Et aujourd’hui, c’est un de mes amis qui les écrit (Christophe Courthouts). En tous cas, les dix derniers.

      Oui, il y a de la SF dans Bob Morane, mais il y en a toujours eu, et la SF fait de plus en plus partie de notre quotidien littéraire. Par contre, le personnage aurait besoin de s’adapter au 21ème siècle.

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