Le triomphe de Dune – Brian Herbert et Kevin J. Anderson

Voici le dernier volet du cycle Dune, commencé par Frank Herbert et terminé par Brian Herbert et Kevin Anderson. Espérons qu’on n’ira pas plus loin dans ce cycle qui s’éloigne de plus en plus de l’idée originale de Frank Herbert.

Avant de parler du contenu du livre, je voudrais savoir pourquoi le titre est Le triomphe de Dune, alors que Sandworm of Dune est le titre anglo-saxon. Il était plus facile de traduire le titre en Les vers des sables de Dune. D’abord parce que ça correspond au titre d’origine, ensuite parce qu’on parle beaucoup de vers (pas toujours des sables, et pas toujours sur Dune), et pas vraiment de triomphe. De ce côté-là, on dirait que les deux auteurs sont abonnés aux titres français mal traduits. Cette année-ci sort Olium, un autre cycle qui s’appelle Hellhole (le trou de l’enfer) !

Les lecteurs de la première heure du cycle Dune se souviendront qu’il était impossible de déplacer un vers des sables ou de reproduire l’épice. Ici, on arrive à avoir des vers un peu partout dans la galaxie. Après l’épice, on a droit à l’ultra-épice des vers qui vivent dans l’eau. Cette soudaine multiplication des ressources animales rend l’épice presque inutile. Même remarque concernant les gholas, qui ne sont rien d’autre que des clones auxquels on doit raviver les souvenirs et la personnalité. Il y en a une profusion dans ce livre. Ce qui était parcimonieusement distillé par Frank Herbert est soudain bradé par les auteurs actuels. On est passé de l’artisanat à la grande distribution.

Dans la foulée, on pourrait appeler ce livre La guerre des clones ou Dune, mission impossible. Pourquoi ce dernier titre ? Car en lisant le livre, je fais le parallèle avec le film Mission impossible où tous les membres de l’équipe se sont fait tuer, sauf le personnage principal. C’est un peu ce qui se passe dans ce Dune. On tue les habitants du chapitre, les navigateurs, les gholas, les révérendes mères et les danseurs-visages. C’est un peu trop. Tout comme il y a trop de danseurs-visages dans les rouages de l’empire. Le dieu-empereur de Dune aurait-il été incapable de son vivant de voir le retour d’Omnius et de ses serviteurs les danseurs-visages ? Il devait être sourd et aveugle. En fait, non ! Avec Waff on découvrira ce que l’empereur-dieu avait vu dans son sentier doré. On est donc en présence de deux ennemis de l’humanité. Omnius et Erasmus qui resurgissent après des millénaires, et Khrone le chef des danseurs-visages qui sert ceux-ci, mais qui a aussi ses propres plans.

Il y a beaucoup d’invraisemblances dans ce livre. Les sœurs demandent à Ix de leur fournir des copies des oblitérateurs. Elles paient en épice et ne voient rien venir. Désolé, mais dans notre civilisation du 21ème siècle, on impose des balises, des étapes à réaliser, et on paye par tranche en fonction du travail effectué. Les sœurs à notre époque seraient des vrais pigeons ! Difficile de croire que Murbella soit si facile à rouler sur le plan financier.

Autre invraisemblance. Les révérendes mères entendent les voix de leurs ancêtres (c’est leur mémoire seconde), et il en est de même pour les gholas qui ont subi l’agonie de l’épice. Okay, pas de problème. Mais curieusement, le baron Vladimir Harkonnen entend la voix d’Alia, qui n’est pas une ancêtre, mais sa petite fille.

Un personnage lié aux navigateurs de la Guilde apparait dans ce livre. Il s’agit de l’Oracle, mystérieux et totalement inutile. Apparemment une femme qui aurait inventé le voyage dans l’espace et découvert l’usage de l’épice pour les navigateurs de la Guilde. Ce personnage fait de brèves apparitions dans l’histoire, et vient sauver la situation au moment le plus critique. Un peu le septième de cavalerie qui vient sauver les cowboys des Indiens. Je n’ose pas dire le deus ex machina, car malgré ses moyens impressionnants, on se demande pourquoi elle n’a pas agi plus tôt (ce qui aurait évité de devoir lire les deux derniers livres du cycle). L’Oracle élimine trop facilement Omnius. Et hop, envolé !

Ceci dit, revenons à l’histoire. Sheanna et Duncan Idaho sont toujours en fuite à bord de l’Ithaque. Un quart de siècle s’est écoulé sans qu’Omnius arrive à leur mettre le grappin dessus. Mais il va y arriver ! Sur Chapitre, Murbella est confrontée à une peste qui décime tous les humains à l’exception des révérendes mères qui sont capables de changer leur métabolisme pour combattre le virus. Faut-il préalablement qu’elles aient passé l’épreuve de l’agonie. Et certaines sœurs meurent avant d’avoir passé l’épreuve. Avec l’épice, Murbella fait construire par Ix une flotte de vaisseaux pour combattre les vaisseaux d’Omnius. Ils sont équipés d’oblitérateurs qui devraient décimer la flotte d’Omnius.

Jusque-là, Murbella et Sheanna s’en sortent plus ou moins bien. Mais tout d’un coup, le vaisseau de Sheanna  et Duncan Idaho est capturé par Omnius grâce à la traitrise de danseurs-visage qui avaient pris les traits de personnes familières. Les vers des sables qui sont dans le vaisseau démasquent un danseur-visage, mais c’est déjà trop tard pour éviter de tomber dans le piège tendu par les danseurs-visages. Pour Murbella, les choses ne vont pas mieux. Sa belle flotte tombe en panne au moment où les forces d’Omnius s’approchent du chapitre. On s’attendait à tout, mais pas à une idée aussi simpliste. Disons que ces coups de théâtre n’en sont pas vraiment pour le lecteur.

Dans ce livre, on est confronté aux différents personnages qui se voient investis des pouvoirs de Kwisatz Haderach. C’est le cas du ghola Paul Atréide, celui de Paolo (une version de Paul éduqué par le baron Vladimir Harkonnen), Leto II qui était l’empereur-dieu de Dune, et d’un quatrième personnage, qui lui deviendra le Kwisatz Haderach ultime. Ce dernier n’est plus seulement le maitre des vers des sables, mais aussi celui des machines, une fois qu’Erasmus se range du côté du Kwisatz Haderach. Il est le pont entre les hommes et les robots. Celui qui a compris que rejeter les machines lors du Jihad Buthlérien a été une grossière erreur. Les différentes parties devaient cohabiter et non pas se faire la guerre.

Une scène intéressante, c’est Leto II qui redevient l’empereur-dieu sur Uchronie la planète des machines. Ou la scène où tous les danseurs visages (qui sont des millions dans la galaxie) sont tués en une fraction de seconde par Erasmus.

À noter que prochainement on aura droit à un autre cycle des deux auteurs, qui se focalisera sur le Bene Gesserit, juste après le Jihad Buthlérien. Est-ce vraiment nécessaire ? J’attends de voir la traduction de Sisterhood of Dune, paru en anglais en 2012 (en espérant qu’on ne vas pas appeler ce livre le triomphe de …

Je sais, je n’ai pas été tendre avec ce Nième volume de Dune. C’est rare de ma part. Mais je pense que c’est justifié par les invraisemblances et par les faiblesses de l’histoire. Malgré toutes les invraisemblances rencontrées, j’ai été jusqu’au bout de l’histoire. Je voulais savoir comment cela se termine. Ce triomphe de Dune n’est vraiment réservé qu’à ceux qui ont lu le tome précédent. Donc à ceux qui ont (presque) tout lu du cycle Dune. Le livre n’est pas mauvais. Il n’est simplement pas à la hauteur du Dune de Frank Herbert. Pour les autres, lisez d’abord le Dune de Frank Herbert. A noter la belle couverture de Pascal Casolari.

Le triomphe de Dune, Brian Herbert & Kevin J. Anderson, Pocket, 638 page, 2012, illustration de Pascal Casolari

26 réponses à “Le triomphe de Dune – Brian Herbert et Kevin J. Anderson

  1. Dans « L’Empereur-Dieu de Dune » quand Leto II emmène Siona dans le désert pour « activer » ses gènes Atréides :

    « Pourtant,elle (Siona) conserverait toujours par la suite avec une grande clarté les visions, les sons et les odeurs .Elle n’oublierait pas les machines chercheuses,l’odeur du sang et des entrailles,les humains apeurés au fond de leurs terriers,conscients d’une seule chose, qu’ils ne pouvaient pas s’échapper….et pendant tout ce temps….les machines se rapprochaient….toujours plus près….plus près….dans un fracas qui noyait tout le reste ! »

    Ce petit paragraphe qui révèle à Siona les raisons du Sentier d’ Or de Leto nous dit beaucoup de choses sur le Cycle de Frank Herbert (pourquoi le kwizat haderach,pourquoi Muad Dib , pourquoi l’empereur-dieu…) . On doit aussi admettre que les ajouts de Kevin Anderson et Brian Herbert sont très cohérents avec le cycle original même si les qualités littéraires et visionnaires de Frank Herbert en sont absentes.

    Ce grand thème de la SF( la lutte des humains contre les machines , les IA)
    est en fait très présent dans le cycle original même s’ il est plus (trop?) explicité par les préquelles et suites.

    Par exemple,la série des MATRIX doit beaucoup à DUNE….Néo n’est-il pas un kwizatz haderach ? Un messie qui devient aveugle mais qui voit pourtant….la référence (consciente ou pas ) est étonnante !

  2. « Après l’épice, on a droit à l’ultra-épice des vers qui vivent dans l’eau. Cette soudaine multiplication des ressources animales rend l’épice presque inutile.  » Eh oui, même dans Dune il y a une « mondialisation » (enfin, euh, une « galaxialisation » ?)

  3. Bonjour Marc,

    Je pense qu’il faut être clair, Brian Herbert et Kevin J. Anderson sont (passés) dans une logique purement commerciale. On est quand même très loin du style, si particulier et si riche, de Frank Herbert.

    L’intérêt de ces deux livres ? Donner une fin à Dune et faire le lien entre toutes les « trilogies » (Genèse de Dune, Avant Dune, Dune et cie). Je crois que c’est la seule fonction des personnages clonés.

    C’est un peu le style des deux auteurs : beaucoup de personnages et intrigues secondaires, beaucoup de faux-suspens jusqu’au dénouement, généralement rapide.

    Bravo à Hercule pour avoir retrouvé ce passage, ça fait bien longtemps que je n’ai pas relu L’empereur dieu de Dune.

    La grande question : est-ce la fin qu’avait imaginé Frank Herbert ? Brian et Kevin disent avoir utilisés ses notes et manuscrits…

  4. Hercule, nous n’avons pas la même définition de ce que devrait être la littérature de science-fiction, c’est le moins qu’on puisse dire ^^
    Quant aux « notes », il serait peut-être temps de renoncer à cette fable, non ?
    Merci à Marc pour ce réquisitoire bienvenu. On peut en effet difficilement se considérer comme fan du Cycle et supporter la lecture de ce que Gérard Klein appelle les « faux-Dune ». Dune 7 aurait du être autre chose. Dune 7 aurait du être une prolongation de la réflexion entamée avec les deux premiers volumes de la Seconde Trilogie (Heretics & Chapterhouse) : au niveau des BG, l’expérience est-elle un atout ou un fardeau ? peut-on concilier l’esprit collectif avec l’initiative et l’égo individuel ? au niveau général, comment briser l’interdit butlérien sans retomber dans les travers qui avaient conduit à la chute de la civilisation pré-machinique (dite de Ceres dans la DE) ? l’expansion indéfinie du genre humain conduit-elle inévitablement à l’émergence de rameaux parallèles puis rivaux au sein de notre espèce ? que restera-t-il alors de notre humanité ? faut-il un pouvoir unitaire pour conserver à l’oecumène son identité commune ? … bref, Herbert posait des questions d’un autre niveau que de savoir si tel ghola, robot ou ver aquatique doit mourir au chapitre suivant. Je suis sidéré de voir le manque de discernement du lectorat. Dans SF il y a science, on l’oublie un peu trop en ces temps dominés par la Fantasy et son imaginaire pour ados …

    • Il ne me semble pas avoir donné ma définition de la science-fiction , ni avoir écrit que Brian Herbert et Kevin J. Anderson sont des génies…mais je pense effectivement que ce sont malgré tout de bons faiseurs…même si ce sont seulement des Petits Faiseurs….
      Si on ne veut lire que des chefs-d’œuvre, on est un peu obligé de relire en boucle toujours les mêmes livres .

      • Il y a assez de chefs-d’œuvre en science-fiction que pour ne pas devoir en relire !
        Par contre, je suis plutôt du même avis que Joseph concernant la paire Herbert-Anderson, qui m’a déçue pour les deux derniers tomes de Dune. On a l’impression que ce sont des fanfics de Dune.

  5. Ce n’est pas faux…. et mon tempérament m’incline, en effet, à lire et relire les chefs d’oeuvre du genre plutôt que de suivre l’actualité des parutions. Herbert est plus qu’un auteur, il donne à penser, et c’est pourquoi chaque relecture apporte un éclairage inédit. Les Anglo-Saxons ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en faisant paraître des livres spécifiquement consacrés à la science et la philosophie derrière Dune.
    Pour ce qui est de KJA, je tiens ses écrits parasitiques pour des fanfics ayant reçu l’accord des ayants-droit…. ça ne va pas plus loin que ça.

  6. Bien sûr qu’il existe beaucoup de bons et très bons livres, mais des romans si marquants qu’ils vont nous accompagner toute notre vie , qui font que l’on y pense si souvent qu’on y revient régulièrement …pas tant que ça pour ma part.

    Je n’avais pas prévu de devenir l’avocat de Brian Herbert et Kevin J. Anderson mais bon…essayons d’être leur maître Vergès , même s’ils n’ont commis aucuns crimes majeurs ,sinon quelques délits motivés par l’appât du gain.
    Les 3 tomes « avant Dune » et surtout les 3 « Dune la genèse » sont d’un bon niveau:bien construits,assez bien écrits-facture classique un peu trop académique-mais très respectueux du cycle original ;avec qq idées assez intelligentes.
    Réussir la « suite et fin » de Dune…la mission était quasi impossible et les 2 accusés sont parfois tombés dans le n’importe quoi.Mais la réapparition des IA comme grand ennemi de l’ humanité est bien vu.Ce thème est très présent chez F.Herbert, et  » Destination:Vide » (livre fulgurant à relire sans problème tous les 4-5 ans )est pour moi la genèse de la genèse de Dune.

    Pour le sous cycle « légendes de dune » et ses romans intercalaires type « Paul le prophète »…et bien oui B.H et KJ.A ont sans doute une famille à nourrir.

    Pour finir: je me trompe sûrement !… »toute réponse constitue une prise dangereuse sur l’univers.Malgré une apparence sensée,elle n’explique peut-être rien. » Le Fouet Zensunni

    • Le prochain Dune (pas encore traduit) sera consacré au Bene Gesserit.
      Peut-être que les deux auteurs seront plus à l’aise dans leur nouveau cycle qui commence avec Olium (sortie en octobre chez Orbit).

  7. Le cycle des Maisons peut se lire. Il cède trop souvent à la facilité de l’anecdote, mais il n’est pas désagréable. Dans le cycle de la Genèse, on sent que Kevin J. Anderson (et son documentaliste) est plus libre de ses mouvements. Les thèmes, le scénario, les personnages lui appartiennent avec quelques copier-coller du Cycle.
    Je comprends que la question de l’intelligence artificielle soit posée. C’est après tout une inspiration constante de l’oeuvre de F Herbert, notamment dans Destination vide. Mais Herbert a SA manière bien à lui d’interroger le problème de l’IA. Contrairement à Asimov et à d’autres auteurs de l’âge d’or, il n’a pas de fascination particulière pour la « magie » de la technique. La technique est pour lui un moyen, au même titre que la religion, le génie génétique ou les expérimentations psychologiques.
    L’IA occupe dans son oeuvre le même rôle que les intelligences collectives insectoïdes (Cerveau Vert/Hellstrom Hive) ou les communions psychiques permises par l’altération chimique du cerveau (type BG ou communauté du Jaspé).
    Cerveau humain, échange phéromonal ou influx électronique, ce n’est pas la nature de ces échanges qui m’interpelle mais la nature du rapport qu’ils induisent. Collectif ou individuel, voilà une question qui me frappe plus que le « Future Noir » dickien si étranger à Herbert.
    KJA, en privilégiant un scénario à la James Cameron, s’écarte donc de l’esprit de l’oeuvre d’Herbert au profit d’une vision plus classique, plus terne, déjà vue (et revue). Je veux bien croire à la pertinence du thème robotique chez Herbert mais pas sous la simple forme d’un conflit homme/machine. Au regard de ce que l’on sait des écrits de FH, c’est comme si on imaginait des extra-terrestres dur Arrakis ou un anneau magique à Kaitain … C’est juste hors-sujet.
    Le plus insupportable, finalement, réside dans la prétention de KJA a vouloir littéralement « remplacer » le canon originel par le sien. Dans Paul le Prophète, il fait dire à Irulan que ce qui correspond aux 3 premiers livres d’Herbert fut publié sous sa plume. Ça revient à dire que la première moitié du Cycle de Dune est un écrit « in-universe » comme le Nécronomicon ou le Livre Rouge d’Arda. Un témoignage, parmi d’autres témoignages, et donc sujet à caution. Je sais que KJA était coutumier de ce procédé dans les novelisations de Star Wars mais il y a des bornes à l’escroquerie, non ? On comprend mieux alors le dispositif dans lequel les suites de Dune (Chasseurs/Triomphe) tentent de boucler la boucle : le retour de Norma Cenva et des robots n’est pas un hasard sans intérêt. C’est une manière de poser un horizon interprétatif à l’oeuvre d’Herbert. Qu’est-ce que le Sentier d’Or ? Quel était l’Ennemi redouté d’Odrade et des Honorées Matriarches ? Quel rôle jouent les 2 vieillards et les danseurs visage ?
    Faire revenir le « danger robotique » c’est répondre à ces questions et de facto imprimer à l’ensemble du Dunivers une grille de lecture qui était étrangère à Frank Herbert. Quel affadissement de l’imaginaire ! Je comprends que mes amis américains parlent à cet égard de « crime against literature » …

    • Effectivement, le cycle des maisons était encore agréable à lire. Il répondait à pas mal de questions qu’on se posait en lisant le cycle original.

      Le cycle du Jihad Butlérien m’est tombé des mains. L’introduction des machines ne m’a pas emballé, tout comme l’inversion entre les bons et les mauvais. En fait, ce cycle se détache vraiment de celui de Frank Herbert, au point d’en devenir dispensable. Chez Herbert, la technologie était secondaire. Elle était là pour servir l’histoire, pas pour être mise en avant. Le lecteur ne veut pas savoir comment fonctionne les générateurs Holtzman, pas plus qu’il ne veut savoir comment sont conçus les gholas. Il veut juste savoir pourquoi ils ont été conçus et pour quels plans. Et en matière de plan, on a une grosse lacune dans les livres des BH et KJA. C’est même là que le bât blesse. Les intrigues sont linéaires et téléphonées alors que chez Frank Herbert on avait droit à des plans derrière des plans, à des niveaux différents de pouvoir.

      Même les vers ont été désacralisés dans les deux derniers tomes, tout comme la planète Arrakis, alors qu’avec Frank Herbert c’était le centre de notre univers de lecteur.

      Et puis, il y a une certaine rigueur chez Herbert, qui fait que la lecture du cycle n’est pas facile pour qui ne se concentre pas dessus. Le moindre détail à son importance, la moindre respiration des personnages, la moindre pensée peut déclencher une suite d’événements qui changeront le cours de l’histoire. Les têtes de chapitre sont à elles seules un vrai condensé des livres de référence de l’empire ou d’Arrakis. Rien qu’en les lisant, on a une vue précise du contexte historique et politique.

      Je me demande si un jour il ne faudrait pas réécrire la suite de la maison des mères (Chasseurs/Triomphe), en respectant l’œuvre initiale, et en éliminant tout ce qui touche aux IA. Ce qui rendrait du même coup le jihad butlérien obsolète dans sa version actuelle.

      • En effet, on pourrait imaginer que d’autres auteurs s’emparent de la « Matière de Dune » comme tant d’artistes l’ont fait avec la Matière de Bretagne et le Cycle Arthurien.C’est le destin des récits si riches, ils deviennent des légendes archétypales marquant l’inconscient collectif et sont une source d’inspiration sans fin.D’ailleurs John Boorman s’était intéressé à Dune,mais on ne peut que rêver au film qui aurait pu être.

  8. Du vivant de Brian Herbert, il ne faut probablement rien attendre. Aux archives de Fullerton on trouve tout SAUF les manuscrits de la Maison des Mères et du « Dune 7 » inachevé. J’espère qu’un jour Byron Merritt (neveu) ou les filles de Brian voudront bien publier ces notes inédites, ou du moins les déposer dans des archives publiques. Quant à la réécriture de Dune 7, Brian Herbert a souvent déclaré dans ses interviews qu’il n’ouvrirait pas le Dunivers à d’autres plumes que la sienne et celle de son nègre. Donc, contrairement à Asimov, pas de « shared universe » en perspective, pas dans cette génération en tout cas.

    • Faut-il comprendre que KJA s’est accaparé les droits de Dune ?

      Apparemment, après le Bénéfice Gesserit on aura encore droit au mentat de Dune.

      • Non, non pas KJA… Les ayants-droit restent les membres de l’Herbert Partnership LLC, c’est-à-dire la descendance Herbert/Merritt. Mais depuis que Brian Herbert est allé chercher KJA pour l’aider à relancer l’entreprise familiale (en 96/97) il a lié son avenir à ce dernier au point de lui confier la publication des éditions électroniques de Frank Herbert (WorldFire Inc).

        Ce que j’écris là, je le tiens de ses interviews, répétées et immuables depuis plus de 15 ans ! Un de mes amis, D Pope, en a fait la recension quasi exhaustive. Ça occupe un sous-forum entier ! Et interview après interview reviennent sans cesse les mêmes arguments : non, Brain et son nègre conserveront le monopole du Dunivers … non, aucun autre auteur ne sera invité à partager sa vision … oui, leur « oeuvre » fixe le « canon » (j’employe les termes de KJA) que doivent observer les fans …

        On s’étonne ensuite du climat détestable que ces manières de faire ont suscité sur la toile …
        Donc après le « Bénéfice » Gesserit, ils espèrent bien continuer à creuser le filon de la « Mentat-gne » d’or … [oui, je sais, c’est nul ^ ^ ]

      • Joseph, ça m’intéresse d’en savoir plus sur le sujet. Bien que j’ai déjà écrit un article sur Dune, j’aimerais faire un dossier complet sur le livre et le cycle. Cela reste mon livre de chevet depuis 40 ans.

      • Je n’existe que pour servir ^ ^

  9. Je viens de découvrir ce post et moi aussi j’ai été très déçu par cet opus.
    Je trouve que plus le temps passe, plus Brian Herbert et Kevin J. Anderson cèdent à la facilité et bâclent leurs romans. Autant j’avais bien aimé leur triolgie sur le Jihad Butlérien, autant leurs livres suivants étaient très décevants. Le pire est selon moi Paul of Dune (Paul le Prophète en français) qui trahit à la fois l’intrigue et l’esprit du cycle original. Je n’ai même pas lu la suite, le Souffle de Dune

    • Effectivement, Paul of Dune n’avait rien de captivant. Par contre, j’ai préféré la trilogie avant Dune à celle sur le Jihad Buthlérien.

    • J’ai aussi pris du plaisir à lire les deux cycles Avant-Dune et Génèse. Ce n’est pas du FH mais ça on le savait avant d’en entamer la lecture. Ensuite j’ai aussi été un peu déçu par le Triomphe. Ceci dit ce ne devait pas être une mince affaire de clôturer le cycle de FH même si il y avait probablement moyen de faire mieux que ce naïf bâclage.
      En ce qui concerne les sous-cycles susmentionnés j’ai bien du mal à imaginer l’intérêt qu’ils pourraient représenter et ce qu’ils pourraient apporter de plus à l’oeuvre originale augmentée des pré et post cycles.

      • Je pense que les raisons qui poussent Brian Herbert et Kevin J. Anderson à poursuivre l’écriture de romans est d’une part l’argent mais surtout, la liberté de pouvoir écrire en toute liberté (hélas) sur le cycle de Dune. Leurs romans ressemblent de plus en plus à des « fan fictions » souhaitant étirer au maximum l’univers de Dune…

      • Fanfiction, c’est bien le terme. Dans ma bouche ça n’a rien de dépréciatif, bien au contraire. Certaines fanfics de Dune méritent vraiment le détour (pour ceux qui lisent un peu l’anglais).
        Le problème de DTCA (Dans Ton Luc Anderson), c’est qu’il auto-proclame ses fanfics « canon » grâce au prête-nom qui lui sert de documentaliste. Là est l’escroquerie, car les « faux-Dune » – de l’aveu même de leur éditeur en France – n’éclipseront pas plus le Cycle originel que Herbert fils son paternel …
        (PS: j’ai la dent dure envers les 2 abominations, mais je tiens à préciser que mon mépris ne s’adresse en rien aux lecteurs de leurs forgeries ; je connais d’ailleurs des « fans » de KJA plutôt sympas, en dépit de nos divergences d’opinion).

      • C’est vrai que je préfèrerais que les deux compères passent plus de temps sur d’autres projets plutôt que sur Dune. D’abord, ce serait leur propre univers, et ensuite ils ne déprécieraient pas l’oeuvre de Frank Herbert.

        Je pense que la plupart des fans du cycle font la différence entre ce que Frank Herbert a écrit et ce que les Brian Herbert et Kevin J. Anderson ont écrit. Donc, je comprends parfaitement le malaise que cela engendre chez certains fans. Et je suis du nombre !

        Je viens encore d’acheter le cycle dans sa nouvelle présentation noire chez Pocket. Je n’ai pas pu résister alors que j’ai déjà trois fois le cycle de Frank Herbert (de Dune à la maison de mère).

        J’envisage d’écrire un essai sur Dune (le livre d’origine). Je suis ouvert à toute suggestion concernant les sources qui permettraient d’écrire cet essai. Cela manque, et j’ai envie de m’y atteler.🙂

      • Je n’ai pas pu m’empêcher non plus de faire l’acquisition ^_^
        Tout essai sur Dune en français est le bienvenu, il y en a si peu… et c’est d’autant plus incompréhensible que les sources sont là, à portée de main. Quand je pense que certains répètent à longueur de temps qu’Herbert s’est peu exprimé sur son travail … c’est absurde ! Entre 1969 et 1985 il a donné au minimum 1 interview chaque année! Nous sommes en train de les recenser (une petite trentaine déjà). Sans compter ses articles, préfaces et autres discours (comme celui où il expliquait en 1964 la genèse de Dune World). O’Reilly avait même publié un recueil de ses articles en 1987 (Maker of Dune). Le même O’Reilly avait publié en 1981 une bio critique où il citait abondamment ses discussions avec Herbert. D’autres témoins apportent des éclairages utiles (Pohl, Campbell, Bova, Poul Anderson etc. – cf. les eulogies dans l’Easton Press edition de 1987).
        Il y a enfin son fils, Brian, qui a laissé un gros travail, même s’il est plein de parti-pris (d’où mon reproche à l’article du Bifrost qui n’en était qu’un résumé). Et puis … il y a le Graal des archives de Fullerton.
        Sur toutes ces choses, je suis à ton service pour tout scan ou fichier dont tu voudrais prendre connaissance. N’hésite pas à m’envoyer un courriel ou inscris-toi sur mon forum francophone, c’est pareil🙂

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