Le fantastique belge aujourd’hui

Ce mardi 3 décembre 2013, Jean-Baptiste Baronian proposait de faire un état des lieux du fantastique en Belgique, et aussi de nous rappeler l’origine de ce genre littéraire à part entière. Pour l’occasion, la conférence était donnée à l’Académie Royale de Belgique, devant une audience composée d’amateurs avertis mais aussi d’auteurs ou réalisateur.

Je ne propose pas une retranscription de la vision du fantastique Belge expliquée par Baronian. Mais plutôt ce que j’ai compris lors de cette conférence. J’y ai aussi ajouté ce que Jacques Van Herp m’avait dit à une certaine époque.

Mais qu’est-ce le fantastique ? Roger Caillois l’a défini comme : « L’intrusion de l’étrange dans le quotidien ».

L’émergence du fantastique Belge date de la fin du 19ème siècle (vers 1880). On retrouve à cette époque Émile Verhaeren, un des plus grands poètes qu’a compté la Belgique. C’est le symbolisme à travers l’utilisation du surnaturel, et un certain réalisme qui va donner naissance à une forme de fantastique propre à la Belgique. Les histoires se passent dans notre monde de tous les jours, mais font intervenir des portes, des êtres, des événements issus d’une réalité parallèle qui interfère avec la nôtre. Ce fantastique qui fait intervenir de la magie dans la réalité va se retrouver dans la peinture, et plus tard dans le cinéma belge. C’est l’envie de déranger, de bousculer les conventions qui va animer ce fantastique qu’on peut considérer comme surréaliste. C’est un fantastique de réaction qui fait face aux courants littéraires traditionnels. Il se distingue de celui des Anglo-saxons, et soutient la comparaison face à celui d’auteurs tels que Howard Philip Lovecraft, Edgar Allan Poe ou Louis Borges. On peut dire que Franz Hellens et Jean Ray y sont pour beaucoup.

Curieusement, les premiers auteurs sont tous flamands, mais écrivent en français. On compte parmi eux Jean Ray ou Michel de Ghelderode. Le premier a écrit des centaines de contes et est probablement l’auteur belge fantastique le plus connu (Malpertuis), et le second a consacré une bonne partie de son existence au théâtre.

Une particularité des auteurs belges, c’est qu’ils sont venus naturellement au fantastique. C’est presque une seconde nature chez eux, comme si c’était enregistré dans leurs gènes. Le fantastique est présent dès le début, et y faire référence n’a rien d’anormal. C’est d’ailleurs ce qui distingue les auteurs belges des Français. Par contre, ils ne se connaissent pas nécessairement. A quelques exceptions près, chacun écrit sans connaitre les autres.

25 histoires noires et fantastiques

Marabout

Il suffit de lire les mémoires d’Henri Verne (père de Bob Morane) pour se rendre compte qu’il a été un des initiateurs du retour du fantastique en Belgique. C’est grâce à lui qu’on a pu redécouvrir l’œuvre de Jean Ray, dont le titre le plus connu est évidemment Malpertuis, mais à qui on doit une grande partie des Harry Dickson. L’œuvre de Jean Ray s’articule autour de centaines de contes et nouvelles, qui ont été publiées sous plusieurs pseudo, entre autres celui de John Flanders. Encore aujourd’hui, Jean Ray reste un auteur de référence, au même titre qu’un Lovecraft chez les Anglo-saxons.

Marabout dans les années 60-70, c’est l’éditeur de référence en matière de fantastique. À l’époque, il n’y avait que quatre ou cinq éditeurs qui proposaient de l’imaginaire et du fantastique en particulier. Pour Marabout, c’était l’âge d’or, celui de la découverte de nouveaux auteurs, ou la redécouverte d’auteurs oubliés, et évidemment la publication de grands titres (Dracula de Bram Stoker, Frankenstein de Mary Shelley). Mais c’était surtout l’occasion de lire des auteurs belges comme Marcel Thiry, Thomas Owen, Jean Ray, Michel de Ghelderode, Gérard Prévot. On doit cette alternance à Baronian, qui en tant que directeur de collection chez Marabout, tenait à faire découvrir ces nouveaux auteurs.

Pour en revenir à Jean Ray, c’est le livre « Les 25 meilleures histoires noires et fantastiques » paru en 1961, qui a permis de redécouvrir l’auteur, alors presque en fin de vie. Parmi les nouvelles présentes, on trouve « La ruelle ténébreuse » ou « Le grand nocturne ».

Je conseillerais à tout amateur de lire la biographie écrite par Henri Verne, qui explique plus en détail cette période du fantastique Belge. Dans la foulée, je me pose la question suivante : peut-on dire que Henri Verne écrivait aussi du fantastique ? Son héros Bob Morane touchant à presque tous les genres, je me dis que le cycle « Les portes d’Ananké » n’est pas seulement de l’aventure, mais aussi du fantastique.

Dans les années 70, Baronian a surnommé cette vague fantastique : l’école belge de l’étrange. Aujourd’hui, on la retrouve à travers des auteurs comme Michel Rozenberg, Alain Dartevelle, Christopher Gérard ou Bernard Quirigny. C’est en tous cas les quatre principaux proposés par Baronian. D’autres auteurs anciens ou contemporains touchent au fantastique. On peut citer : Marcel Thiry, Jean Munoz, Nadine Monfils, Anne Richter, Jacques Sternberg, Alain Le Bussy, pour n’en citer que quelques-uns.

À l’heure actuelle, les auteurs qui écrivent du fantastique se limitent plutôt au format de la nouvelle. Un texte pas trop long, où l’idée principale peut être développée sans provoquer de longueur. Et pourtant il y a des auteurs qui s’essaient au roman fantastique. C’est par exemple le cas de Jean Ray avec Malpertuis. C’est aussi le cas chez des auteurs anglo-saxons, avec Stephen King qui propose régulièrement des pavés de 500-600 pages de fantastique. On espère évidemment retrouver des textes plus longs écrits par les auteurs contemporains belges.

Il existe très peu de magazines dédiés au fantastique belge. Phénix, qui au départ était en format papier, continue à parler de fantastique à travers le domaine plus large de l’imaginaire, mais c’est uniquement sur le Web.

Je pense qu’un essai plus complet sur le fantastique Belge aujourd’hui serait le bienvenu. J’espère que Jean-Baptiste Baronian pensera à l’écrire, car le dernier qu’il a rédigé remonte loin dans le temps.

En écrivant cet article, mon but n’était pas de faire un essai sur le fantastique belge, mais plutôt de résumer où il se situe aujourd’hui.

Marc

15 réponses à “Le fantastique belge aujourd’hui

  1. Bonjour,
    Je ne sais pas où mettre mon post sans vous importuner. Je suis comme vous une fan de science fiction. J’ai découvert récemment un projet qui me tient sur my major compagny : le financement du livre « Providence » de Denis Lereffait. Je connais cet écrivain via ses ouvrage dans un tout autre registre , l’aventure sur fond historique. J’ai appris il y a peu qu’il se lançait dans le financement de son ouvrage de science fiction cette fois-ci. J’essaie par ce message de communiquer mon envie de lire cette ouvrage et pour cela il faut le financer. J’espère que vous viendrez l’aider via my major compagny.
    Votre blog est vraiment très bien au passage🙂

  2. Merci pour ce bel article, qui donne envie de découvrir cette littérature au Français que je suis !

  3. Merci pour ce compte-rendu! Est-ce que ce serait possible de savoir par quel biais vous avez été mis au courant de cette conférence? Je m’intéresse au fantastique belge (je suis Belge moi-même) et j’espère ne pas louper ce genre d’évènements la prochaine fois!

    A côté du fantastique, je m’intéresse aussi à la fantasy, et je me demande s’il existe des auteurs belges dans ce créneau. J’ai découvert il y a peu Rose Berryl et sa saga Damendynn. Est-ce que vous en connaissez d’autres?

    Merci d’avance!

    • Bonjour. J’ai tout simplement eu l’information par Marc Bailly le redacteur en chef du magazine Phenix (dont je fais partie). Si je ne me trompe pas, il est aussi arrivé à Baronian de chroniquer pour Phenix.

      Ce que j’ai aussi fait, c’est m’inscrire sur la page web de l’academie royale pour recevoir la newsletter qui annonce les futurs evenements.

      Concernant la fantasy en Belgique, je n’ai pas encore eu l’occasion d’en lire. Mais je sais que marc bailly prepare une anthologie de l’imaginaire belge en 2 tomes (science-fiction, fantasy et fantastique) dans laquelle il y aura probablment Rose Berryl. Ce sera un panorama des meilleurs textes belges dans l’imaginaire, et cela devrait être prevu pour 2014 et 2015. A confirmer. Le mieux est de poser la question directement sur le site du magazine phenix.

  4. Pingback: Revue de blogs #2: décembre 2013… et bonne année! | Scientas'Hic

  5. Les français savent produire de très bons écrivains et artistes, les belges aussi mais un cran au-dessus : Devos, Brel, Jean Ray. ..Les 25 meilleures histoires et fantastiques de JR sont mon livre de chevet.
    Soleil vert

    • C’est une différence que je n’ai pas vraiment remarqué entre les auteurs français et belges. Je pense qu’il y a une vraie originalité dans le fantastique belge, et qu’il se distingue des anglo-saxons. Et Jean Ray en est le plus bel exemple. Cela tient peut-être aussi au fait qu’il y a deux langues en Belgique (français et néerlandais) et que le mélange des deux cultures produit un certain type de fantastique.

      L’handicap majeur des auteurs belges actuels c’est de trouver un éditeur. Je prends comme exemple l’anthologie de l’imaginaire belge (fantastique, science-fiction et fantasy) dirigée par Marc Bailly (Phénix Mag, prix Masterton, prix Bob Morane), qui a difficile à trouver un éditeur qui veut bien se lancer dans l’aventure. Dans le cas présent, c’est une anthologie en deux tomes qui reprend les meilleurs textes et nouvelles en imaginaire en Belgique, qui n’a pas encore trouvé d’éditeur.

  6. Si vous aimez l’auteur Rose Berryl, je vous conseille « provocation policière », une nouvelle qui est parue en février 2014 aux éditions lune écarlate. Très différente de la saga Damenndyn, mais ouch, une histoire très intéressante. Personnellement, je passe souvent sur le site de l’auteur pour avoir le planning de ses parutions à venir (sur http://www.rose-berryl.com), c’est pour moi le meilleur moyen de ne rien rater (j’ai hâte aussi que Rose Berryl réédite sa saga, histoire de pouvoir lire le tome 5 et la suite). Pour l’anthologie mentionnée ci-dessus, aucune trace encore sur le site de l’auteur. Amitiés.

    • Je n’ai encore rien lu de Rose Berryl. C’est probablement parce que je m’intéresse plus à la science-fiction qu’au fantastique. Mais si je ne me trompe pas, elle devrait être au sommaire de l’anthologie Légendes africaines, dans laquelle je suis également.

  7. Possible. Il n’y a encore rien d’indiqué à ce propos sur son site😦 Wait and see comme on dit. Hâte d’en savoir plus. Elle est prévue pour quand cette anthologie?

    • L’anthologie est prévue pour 2015 et continuera en 2016. Elle sera en trois tomes, et sera publiée chez Lune écarlate, donc en papier ou numérique. Je le sais, car je suis un des auteurs présents dans cette anthologie. A l’origine, cela devait se faire chez Voy’el. Mais des différents ont fait que l’anthologie « Légendes d’Afrique » qui devait sortir début 2014 chez Voy’el a été postposée. Marc Bailly a décidé de faire confiance à un éditeur belge, Lune écarlate qui avait déjà édité Christophe Courthouts/Collins, qui fait partie de l’équipe Phenix Mag. Donc, on peut dire que ces anthologies sont bouclées et qu’elles sont bien dans le planning de sortie de l’éditeur pour 2015.

  8. Merci pour l’information🙂

  9. Bonjour et merci pour ce résumé . Le fantastique belge contemporain comporte aussi quelques pépites dont Laëtitia Reynders et Stefan Platteau. Les retrouverons nous dans l’Anthologie de M Bailly?

    • Bonjour Jean,

      L’anthologie concernant l’imaginaire belge est déjà bouclée depuis longtemps. C’est un projet qui a duré quelques années, où il y a eu un appel à texte aux auteurs belges. Marc Bailly a fait une sélection des meilleurs textes et les a réparti en trois tomes. Le premier est sorti au début de cette année, le second six mois plus tard et le troisième six mois après. Ce qui fait que sur un an l’intégrale de l’anthologie belge devrait être disponible.

      Je fais partie des auteurs qui ont contribué à celle-ci et je pense qu’elle est figée depuis que le premier tome a été publié. Mais connaissant très bien Marc Bailly, qui est aussi mon rédacteur en chef du magasine Phénix, il va continuer à publier des anthologies, des romans et essais liés de près ou de loin à l’imaginaire et à à la littérature.

      Donc, s’il y a des auteurs ou textes qui ont échappés à cette anthologie, il y a de fortes chances de les trouver dans de prochaines éditions dirigées par Marc Bailly.

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