Soren disparu — Francis Dannemark et Véronique Biefnot

Cinquième livre de Francis Dannemark et Véronique Biefnot, deux auteurs qui ont l’habitude d’écrire des histoires à quatre mains. Soren disparu se distingue par une approche peu commune. Ici, pas d’histoire linéaire dans laquelle on suit un ou plusieurs personnages. Mais plutôt un patchwork de témoignages de personnes qui connaissaient ou qui ont croisé un jour Soren. C’est une sorte de reportage, d’enquête sur la disparition du personnage principal.

Soren a disparu en traversant un pont à Bordeaux. Ce livre est à la fois une enquête sur sa disparition et une sorte de reportage sur qui il était. Le procédé utilisé par les auteurs n’est pas conventionnel, mais original.

C’est à travers des souvenirs parfois précis, parfois flous que le lecteur se fait une idée de qui était Soren. Parfois, c’est simplement un avis, une situation, une anecdote, une sensation qui motive les différents acteurs à livrer leurs pensées sur ce personnage qui a été musicien et qui un jour a créé son propre label musical. On a donc ici une vision subjective de Soren, car chaque témoin ne l’a pas perçu de la même manière. Pour certains, le souvenir est encore vivace, pour d’autres l’image s’estompe petit à petit, pour d’autres encore c’est une image tronquée, déformée, idéalisée du personnage qui subsiste dans la mémoire.

Une centaine de témoignages composent ce livre, rendant moins aisée l’image que le lecteur doit se faire de Soren. Cela a comme inconvénient que le lecteur a moins d’empathie pour le personnage avec lequel il n’est pas directement en contact. Donc, ce sera un peu plus difficile de convaincre le lecteur (mais pas impossible).

Haruki Murakami avec son livreUnderground avait utilisé un procédé similaire en décrivant les attentats du métro de Tokyo. Les entretiens de dizaines de témoins avaient été rassemblés pour décrire un événement tragique. C’était une forme de reportage littéraire.

Soren disparu n’est ni un roman ni une biographie. C’est un nouveau challenge que les deux auteurs se sont fixé. Ce n’est pas sans danger pour eux, car reste à convaincre les lecteurs de s’intéresser à un personnage qui ne vit qu’à travers les souvenirs des autres.

D’habitude, le lecteur s’identifie au personnage principal. Il rit avec lui, il pleure pour lui, il s’inquiète, il l’observe avec bienveillance et s’y attache au fil des pages. Et au bout du livre, lorsqu’il termine la dernière page, il regrette d’avoir terminé le livre, ou il l’oubliera, voire il le relira, car il n’arrive pas à se détacher de l’histoire. Si le livre ne laisse pas indifférent (en bon ou en mal), l’auteur a réussi sa mission. C’est marquer le lecteur par son empreinte littéraire.

J’aurai aimé trouver l’une ou l’autre lettre d’amour écrite par Soren, qui aurait été détaillée par une des femmes qui a partagé sa vie. Peut-être aussi quelques poèmes ou paroles de chanson.

J’aurais aussi aimé lire ces différents témoignages dans un ordre chronologique pour ne pas être perturbé par les différents témoins et époques qui se mélangent au fil de la lecture. Chaque témoignage de quelques lignes ou plusieurs pages fait découvrir des personnages intéressants qui mériteraient parfois de remplir un chapitre complet d’un roman classique. Je pense à Gaby qui chantait dans un groupe punk-bondage et qui est sortie avec Soren dans des lieux connus de Bruxelles. Leur histoire s’est terminée après qu’elle lui a lancé un cendrier. Je pense aussi à Michèle qui a joué des pièces de théâtre avec lui et qui a partagé sa vie. Jean-Philippe qui avait envie de virer cet «emmerdeur de Soren» et a été content de recevoir sa lettre de démission. C’est comme ça que s’en vont les oiseaux ! Il y a aussi Alain qui nous présente le CV de Soren plus vrai que nature.

Dans ce livre on trouve des dizaines de références musicales, théâtrales, cinématographiques qui montrent bien que les deux auteurs ont vécu une partie de celles-ci, voire toutes. Bruxelles est au centre de ce livre, et bon nombre de lieux y sont mentionnés. Un avis tout spécial pour l’Archiduc qui apparait à plusieurs reprises dans les différents témoignages.

Une suggestion que je voudrais faire aux deux auteurs, ce serait de faire interpréter ces textes sur scène par des comédiens qui alterneraient les différents rôles. Je trouve que ces témoignages trouvent parfaitement leur place dans un cadre moins littéraire, mais plus théâtral. Ce n’est pas antinomique puisque Véronique Biefnot est une comédienne ! Est-ce qu’inconsciemment Soren disparu a été écrit pour être interprété au théâtre ? Je me pose la question !

Je n’ai pas vérifié les références musicales, car si je suis de la même génération que les deux auteurs, je n’écoutais pas le même genre de musique. Cependant, il y a des lieux qui me rappellent les mêmes souvenirs que décrits dans le livre.

En tout cas, une nouvelle approche de Véronique Biefnot et Francis Dannemark. L’avantage du livre, c’est qu’il peut être lu par bribe. Et comme c’est une mosaïque de témoignages, il n’y a pas la nécessité de se souvenir de tous les personnages. Au fur et à mesure de la lecture, une image de plus en plus complète de Soren se dessine. Pour certaines personnes c’est un ange tandis que pour d’autres ce sera un diable. Dans tous les cas, les deux auteurs réussissent à nous faire douter sur qui était Soren. À découvrir.

Soren disparu, Francis Dannemark et Véronique Biefnot, La Castor Astral, 2019, 240 pages

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