L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafon

Premier livre du cycle « Le cimetière des livres oubliés » de Carlos Ruiz Zafon, « L’ombre du vent » m’a échappé pendant plusieurs années. Un ami m’a un jour conseillé de le lire alors que je plongeais dans un livre de Stefán Zweg. J’ai retenu cette suggestion en me promettant d’y donner suite. Quelques années plus tard, la réédition du livre en grand format chez Actes Sud me donne l’occasion de combler cette lacune.

C’est le parcours initiatique d’un enfant de 10 ans qui après avoir choisi un livre, va chercher à connaitre son auteur. Auteur espagnole qui vit comme lui à Barcelone. L’histoire se passe entre 1945 et 1956, une période sombre de l’Espagne. On suit Daniel Sempere, un enfant dont le père est libraire. Un jour, son père décide de l’emmener au cimetière des livres disparus, une bibliothèque inconnue du public pour amoureux des livres. Daniel choisit un livre qui va le marquer et l’inciter à en savoir plus sur son auteur Julian Carax. Sa quête qui s’étale sur 10 ans l’amène à découvrir des personnages au passé parfois sordide, parfois dangereux, mais aussi à des amis, et des amours contrariés. Cet intérêt pour Julian Carax est risqué pour Daniel, qui ne se rend pas compte que remuer le passé peut aussi le mettre en danger. En fait, Daniel a beaucoup de points communs avec l’auteur.

De nombreux témoignages et histoires se recoupent pour former une gigantesque toile dans laquelle toutes les personnes rencontrées ont un lien direct ou indirect avec Julia Carax. C’est un roman qui parle de livres. C’est aussi la découverte du cimetière des livres oubliés, lieu décrit par Carlos Ruiz Zafon dans trois autres romans du même cycle.

C’est sans aucun doute un grand livre très bien écrit avec quelques longueurs. Une centaine de pages en moins aurait donné le même résultat. Mais on ne va pas bouder son plaisir avec ce genre de détail. Le roman est écrit à la première personne, vécut à travers les yeux de Daniel Sempere un enfant de dix ans. On va le suivre pendant plus d’une décennie et découvrir avec lui les intrigues qui existent autour de Julian. On s’identifie à Daniel, et on éprouve une certaine empathie pour ce jeune garçon. On découvre sa passion pour les livres, ses premiers émois sentimentaux et ses premières déceptions, mais aussi la tristesse de voir disparaitre des proches, la peur provoquée par de funestes personnes à l’origine de tous les maux de cette histoire. Il y a des moments de joie, de bonheur où certains personnages se détachent plus que d’autres. C’est le cas du père de Daniel qui est libraire, mais aussi de Fermin qu’on découvre comme un clochard au début de cette histoire, qui s’avère être une personne sympathique et originale.

La lecture du roman donne envie d’en savoir plus sur le Barcelone de l’époque. Carlos Ruiz Zafon est doué pour faire vivre ses personnages, pour leur donner une âme et pour décrire les lieux.

Les deux cents dernières pages du roman sont un vrai régal. Chaque question restée en suspens est élucidée. À partir du moment où on découvre le témoignage de Nuria Monfort, le passé trouble devient tout d’un coup très clair, mais révèle aussi des événements tragiques. Tout se rejoint, jusqu’au détail du stylo qui aurait appartenu à Victor Hugo ou Alexandre Dumas, ou le livre de Julian Carax caché dans le cimetière des livres oubliés, trouvé par Daniel. Ce dernier rencontrera Julian Carax, mais ne se doutera pas que c’était lui. C’est orchestré intelligemment par Carlos Ruiz Zafon qui distille les informations au fil des pages. Ce roman est tout simplement un chef-d’œuvre. Après lecture, difficile d’ignorer les autres livres du cycle Le cimetière des livres oubliés qui se passent à des époques différentes (Le jeu de l’ange, Le prisonnier du ciel, Le labyrinthe des esprits). C’est certain, je vais aussi les lire, mais pas tout de suite !

Un roman évidemment à conseiller, car l’histoire est originale. Si elle prend des allures de parcours initiatique au début, elle devient rapidement une histoire policière qui trouve son origine dans le passé. La densité de l’histoire et la fluidité d’écriture de l’auteur font que ce livre est captivant. J’ai adoré !

L’ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon, Actes Sud, 528 pages, 2019

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