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Fidèle à ton pas balancé – Sylvie Lainé

Depuis trois décennies Sylvie Lainé apporte sa pierre à l’édifice imaginaire et science-fiction en particulier. Même si elle n’a pas commis de roman et préfère écrire des nouvelles, elle représente une auteure majeure de la science-fiction francophone. À la différence d’autres auteurs, elle a suscité l’intérêt et la passion à travers des textes courts. Et le temps passant, elle a toujours suivi une voie qui lui était propre, pas influencée par les autres auteurs.

Lire une de ses nouvelles est toujours un vrai bonheur. Et « Fidèle à ton pas balancé » reprend 26 textes qui ont amené les lecteurs dans d’autres contrées de l’univers. On lui doit quatre recueils de nouvelles édités par ActuSF :

  • Le miroir aux éperluettes
  • Espaces insécables
  • Marouflages
  • L’opéra de Shaya

Ces quatre recueils sont entièrement repris dans cette nouvelle anthologie, et même complétés par sept nouveaux textes. J’invite le lecteur à retrouver les chroniques précédentes pour les quatre recueils sur mon blog ou sur Phénix Mag.

Dans cette chronique, je vais davantage me focaliser sur les nouveaux textes :

Mélomania – Cette nouvelle aborde le domaine du remplacement d’organe humain. Lorsqu’on a un frère qui est devenu manchot après un accident de voiture, rien de plus facile que de se faire pousser un autre bras sur son propre corps, pour ensuite le faire greffer chez le frère. Le problème c’est que le bras et la main sont devenus des virtuoses du clavier, et que l’idée de s’en séparer est hors de propos.

Sirius m’était compté – Et si votre chien préféré était recréé tous les jours ? Vous payez 30 jours de clonage et on vous fait une promotion de 40 jours. Soit 10 jours de bonus. De plus, vous pouvez étaler ces 40 jours sur une période plus longue. Le seul problème, c’est que ça vous coute la peau des fesses.

Le printemps des papillons – Et si on utilisait des papillons comme moyen de communication, en inscrivant des messages sur leurs ailes ?

Le karma du chat —La domotique est très présente dans cette nouvelle, au point que les objets de la maison décident eux-mêmes de ce qu’ils vont faire, jusqu’au chat qui n’est pas tout à fait naturel. La quiétude laisse soudain la place à une sorte de chaos orchestré par des intelligences artificielles, que les propriétaires n’arrivent pas à maitriser. Cette nouvelle est pleine d’humour et devrait faire prendre conscience que la domotique risque à terme de connaitre des dérives. Très amusant comme nouvelle.

Temps, bulle et patchouli — Sous une bulle représentant un modèle réduit, on assiste à la création de l’univers.

Toi que j’ai bue en quatre fois — Se faire le grand flash eroticomane, c’est tout un programme ! Quatre éprouvettes contenant des liquides de différentes couleurs vont permettre de faire un trip érotique qui va s’étaler sur deux heures. En fait, chaque couleur à une signification particulière. Pas mal comme nouvelle. On aurait presque envie que les quatre fluides existent.

Petits arrangements intergalactiques (Verso) – Cette nouvelle est le pendant de Petits arrangements intergalactiques. La différence, c’est que l’histoire est racontée du côté Groc plutôt que du côté humain. Si la communication (ou l’absence de communication) est au cœur de cette nouvelle, elle n’en reste pas moins originale et cocasse.

Parmi les autres nouvelles précédemment publiées, plusieurs d’entre elles m’ont marqué. Je pense à : La bulle d’Euze, Un signe de Setty, Carte blanche, Les yeux d’Elsa, L’opéra de Shaya, Un amour de sable. Nouvelles parfois sensibles, parfois surprenantes, parfois amusantes.

Petits arrangements intergalactiques et sa suite (Verso) mérite aussi une attention particulière, car les deux nouvelles racontent la même histoire vue par des personnages différents.

Comme d’habitude, dans les nouvelles de Sylvie Lainé on va à l’essentiel des personnages, des lieux ou des situations dans lesquels ceux-ci se retrouvent. La technologie est présente, mais sans ennuyer les lecteurs avec des détails qui n’apporteraient rien de plus à l’histoire. Chaque nouvelle provoque le dépaysement. Une situation simple et évidente peut se transformer en situation complexe et dangereuse.

La prose de Sylvie Lainé ne m’a jamais laissé indifférent, au contraire. J’ai aimé la lire tout au long de ces années et si j’ai pris gout à lire des nouvelles c’est grâce à elle. Comme je l’ai dit précédemment, Sylvie Lainé apporte une note de littérature à la science-fiction, rendant le genre encore plus ouvert à des lecteurs qui osent sortir des sentiers battus de la littérature.

Le titre du recueil correspond à la dernière nouvelle du livre. Si je trouve le titre original, ce n’est pas nécessairement ce titre que j’aurais choisi, mais plutôt « Le chemin de la rencontre », car des rencontres, on en fait à chaque nouvelle. C’est même le moteur essentiel de chaque nouvelle. Que ce soit des rencontres entre humains ou avec des extraterrestres, elles sont toujours au cœur de chaque texte. Parfois elles nous surprennent, parfois elles nous font sourire. Dans tous les cas, elles sont empreintes d’une certaine sensibilité qui se ressent au fil des pages.

À noter que dans « Fidèle à ton pas balancé » on a droit à une préface écrite par Sylvie Lainé, alors que dans les quatre recueils précédents c’est Jean-Claude Dunyach, Catherine Dufour, Joëlle Wintrebert et Jean-Marc Ligny qui l’ont rédigée. Je ne veux pas dire par là qu’elle boucle son œuvre, mais que cette anthologie mérite de sa part une préface.

On pourrait me reprocher que cette chronique est plus subjective que mes chroniques précédentes. Si c’est le cas, je l’accepte volontiers, car Sylvie Lainé est vraiment une auteure majeure de la science-fiction, qui mérite que je lui apporte une attention plus particulière. Comme je l’ai d’ailleurs cité sur un autre média, lire « Fidèle à ton pas balancé », c’est un peu comme boire un grand vin. On prend son temps pour le déguster et pour apprécier tout son arôme.

Je dirai donc aux lecteurs qui veulent connaitre l’œuvre de Sylvie Lainé, ou aux amateurs avertis qui veulent approfondir son univers de lire ce recueil de nouvelles qui reprend trois décennies d’écriture. C’est une perle qu’il faut avoir dans sa bibliothèque et qu’il faut évidemment avoir lue.

Fidèle à ton pas balancé, Sylvie Lainé, ActuSF, 2016, 484 pages

Sylvie Lainé - Fidèle à ton pas

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Les chroniques de la science-fiction – Guy Haley

Cela fait déjà un moment qu’une encyclopédie consacrée à la science-fiction n’avait plus vu le jour. Si le projet était à l’étude chez certains éditeurs, sa réalisation n’a toujours pas vu le jour. C’est bien dommage pour ceux qui espèrent une nouvelle version du science-fictionnaire qui date de 1994.

Le « pavé » que nous propose Guy Haley est censé combler en partie cette lacune. Stephen Baxter n’a écrit que l’avant-propos du livre. Le livre commence en 1818 et se termine en 2009. Inutile de chercher des séries comme millénium Sanctuary ou Supergirl. C’est trop récent.

Pas d’Harry Potter dans ce livre, mais une page dédiée à H.P. Lovecraft. Sous le terme science-fiction, on trouve tout de même un peu de fantastique, mais pas de fantasy.

Par exemple, Arthur C. Clarke, Isaac Asimov et Robert Heinlein sont mentionnés comme les trois grands de la science-fiction pour les années 40. Une page leur est consacrée. Si le lecteur veut en savoir plus sur chacun d’eux, il les trouvera sur des pages dédiées à leurs cycles et livres. Reste plus au lecteur qu’à situer la décennie dans laquelle le livre a été écrit pour faire une recherche visuelle. Sinon, il y a ce bon vieil index à la fin du livre qui renvoie vers l’information recherchée.

Par exemple, le cycle Dune (pages 232 à 237) reprend la chronologie dans un tableau où les couleurs indiquent si c’est un livre, un jeu, un film, une série TV. Un autre tableau détaille les événements importants du cycle et les personnages qui y sont associés. Et comme c’est aussi un film, on a droit à une double page de photos. Visuellement, ce livre est très pratique.

C’est davantage un guide visuel de la science-fiction, axé sur les supports cinéma et TV. Bien sûr, les livres ont la part belle dans ce guide. Les vues synthétiques par auteur ou par cycle sont un plus non négligeable à la lecture.

Mais ce livre est loin d’être exhaustif. Il est épais et lourd. Bonjour les poignets pendant la lecture. Donc, pas facile à manipuler. Son principal défaut en dehors du poids, c’est le choix des polices de caractères trop petites. Chaque article est écrit dans une police qui paraitra normale sur l’écran d’un smartphone, mais qui est trop petite pour un livre papier. Les légendes des photos nécessitent une loupe.

Le livre fait la part belle à la production anglo-saxonne. Inutile de chercher Bordage, Genefort ou Dunyach. Par contre, on y trouve Valerian et Laureline de Christin et Mézières, mais pas Blake et Mortimer ou Les naufragés du temps de Forest et Gillon ! Un lecteur anglo-saxon se contentera de ce livre alors qu’un lecteur européen en attendra davantage.

Les 35 euros du livre peuvent en dissuader plus d’un, surtout par rapport à la version anglaise qui coute 25 dollars. Mais ce genre de livre est trop rare que pour le laisser passer. Donc, l’amateur de science-fiction que je suis le conseil, en espérant que du côté francophone on pense à faire quelque chose de similaire.

Les chroniques de la science-fiction, Gut Haley, édition Muttpop, 576 pages, 2015, traduction de par Marie Renier et Inès Lecigne, couverture de Gualtiero Boffi/Alamy.

Les chroniques de la science-fiction

Quand les ténèbres viendront – Isaac Asimov

Isaac Asimov fait partie de ces auteurs qui ont façonné ma vision de la science-fiction lorsque j’étais adolescent. Au même titre que Heinlein, Bradbury, Clarke, Williamson, E.E. Smith, Hamilton, Vance et Herbert, il m’a fait découvrir de nouveaux horizons, là où personne n’avait été avant (sauf l’Enterprise). C’est dans la collection Denoël Présence du futur que j’ai d’abord découvert les nouvelles de l’auteur, puis son cycle Fondation qui m’a marqué.

Denoël qui reste fidèle à l’auteur, réédite dans sa collection Lunes d’encre, les principales nouvelles d’Asimov. Le recueil de nouvelles porte le titre de la première nouvelle : Quand les ténèbres viendront.

En anglais, il s’agit du recueil Nightfall and other stories. Jamais sorti en intégrale en français. À l’époque, Denoël l’a coupé en trois tomes. C’est donc une grande première de retrouver un volume unique représentant une vingtaine de nouvelles.

J’aurais dû sauter de joie en relisant ces nouvelles qui se sont parfois perdues quelque part dans ma mémoire. Ce n’était pas le cas, car 40 ans se sont écoulés depuis la première lecture, et les textes d’Asimov s’ils restent originaux, le sont beaucoup moins aujourd’hui.

À l’époque de l’écriture de ces nouvelles, Asimov se basait principalement sur des dialogues et peu de narration. Aujourd’hui, ce style est un peu surfait et donne l’impression que l’auteur n’y connait pas grand-chose en technologie malgré le fait que ce soit un scientifique. C’est probablement parce que la science-fiction de l’époque n’avait pas besoin d’être aussi bien détaillée qu’elle l’est aujourd’hui. Les questions philosophiques l’emportaient sur la science pure. Et même dans ces deux domaines, Asimov ne fait que les effleurer dans ses textes. Il ne se risque pas à développer en profondeur les différents aspects des situations qu’il crée. Dans ce sens, ses histoires restent accessibles mêmes aux plus néophytes de la science-fiction.

Je ne passerai pas en revue chaque nouvelle, mais quelques-unes ont retenu mon attention.

Quand les ténèbres viendront date de 1941. Sur Lagash le jour est permanent grâce aux six soleils du système solaire. Ses habitants pensent que la fin du monde va arriver lorsque la lumière de leurs soleils disparaîtra. On assiste à une confrontation entre les croyances et la science.

Hôtesse m’a davantage surpris par son originalité. Inviter un extraterrestre pour des raisons scientifique et puis lui extorquer le secret de sa présence sur Terre. Et si les terriens avaient en eux un virus qui décimerait la population des autres mondes ?

Vide-C était plus dans la lignée que j’attendais. La nouvelle fait référence à un vide-cadavre, porte donnant sur l’extérieur d’un vaisseau qui permet d’éjecter les morts. Dans la perspective de prendre le contrôle du vaisseau piraté par des extraterrestres, un homme va utiliser ce vide-C pour s’emparer du poste de pilotage. Pas mal.

Un livre toujours intéressant et facile à lire qu’il faut replacer dans le contexte des années où il a été écrit. Un recueil qui présente une quantité infime de la production importante de l’auteur, mais qui se focalise plus sur le début de sa carrière. C’est la première fois que Nightfall and others stories sort intégralement en français. Une lacune qui est maintenant comblée.

À collectionner pour les amateurs, et à découvrir pour les nouvelles générations de lecteurs. À ces derniers, je conseille de lire aussi la trilogie de Fondation sortie chez le même éditeur qui reste un chef-d’œuvre.

Quand les ténèbres viendront, Isaac Asimov, Denoël Lunes d’encre, 2015, 576 pages

Asimov - Ténèbres

Au tour de l’amour – Biefnot-Dannemark

Pour les quarante ans du Castor Astral, un livre atypique est publié. Il s’agit d’un recueil de textes en vers et en prose écrits par le tandem Véronique Biefnot et Francis Dannemark. Les deux romanciers, sous un pseudonyme unique (Biefnot-Dannemark), publient deux livres en même temps. Le premier, un roman sur lequel je reviendrai dans une autre chronique : « La route des coquelicots », et « Au tour de l’amour » une plongée au cœur de ce qui motive notre existence, l’amour. Sujet vaste et éternel que les deux romanciers ont voulu aborder à travers des textes, mais aussi à travers des peintures toutes réalisées par Véronique Biefnot. Les dessins s’accordent parfaitement avec les mots. Ils retournent une certaine chaleur, beaucoup de sensibilité et peuvent se regarder indépendamment du texte.

La collaboration des deux auteurs n’est pas neuve, puisque leur dernier roman respectif possédait des éléments de roman de l’autre. Cela s’était aussi traduit par une nouvelle « Wallis & Ashvin » précédemment publiée en anglais, qui est un échange épistolaire entre deux personnes dans un futur improbable. À la lecture des différents textes, le lecteur trouvera des liens avec « Les murmures de la terre » et « Là où la lumière se pose ».

J’ai l’habitude de lire les livres des deux romanciers. Concernant Francis Dannemark, c’est depuis l’histoire d’Alice. Le livre m’a suffisamment marqué pour lire ses derniers opus littéraires, mais aussi pour lire ses précédents livres. Ses textes sont emprunt d’une légèreté, d’un bon sens, d’un amusement, d’une vision positive de la vie même dans les situations les plus dramatiques.

Pour Véronique Biefnot, c’est plus facile, car la romancière et comédienne est aussi une amie. En littérature, elle se révèle être une des romancières belges les plus douées. Sa trilogie sur Naëlle souffle le chaud et le froid et surprend les lecteurs. Et puis, il ne faut pas oublier la peinture, un art qu’elle exerce à merveille et qui peut se voir à travers une exposition ou tout simplement à travers ce livre qui parle d’amour.

Et l’amour, quel sujet peut autant occuper nos pensées et diriger notre vie ? Vaste domaine que les deux auteurs ont abordé pour notre plus grand bonheur avec toute leur sensibilité et talent, à travers l’écriture et la peinture.

Le titre du livre est un jeu de mots qui dévoile un peu le chemin qu’ils veulent faire prendre à leurs lecteurs. Les voies qui mènent à l’amour sont nombreuses et une de celles-ci passe par ce livre.

À travers les différents textes qui font ressortir tous les sentiments qui nous étreignent : le doute, l’incertitude, l’espoir, l’attente, le souvenir, le désir, la mélancolie, la tendresse, l’amusement, l’affection qu’on éprouve, l’envie ou le trouble qui nous assaille nous rappellent que le chemin qui mène à l’amour est parsemé de sentiments qui prennent souvent le dessus sur notre raison. Ne dit-on pas que le cœur à ses raisons que la raison ne connait pas.

Au tour de l'amour3

Je ne pouvais pas chroniquer ce livre sans proposer deux extraits:

Et si c’était la dernière fois…
Si c’était la dernière fois que je vois
Dans les yeux d’un homme qu’il me trouve belle ?
Si c’était la dernière fois que je suis belle ?

Mais aussi :

Avant que le soleil ne disparaisse,
Avant de revenir vers les gestes,
Accorde-moi encore un instant de rêve
Sans parler, sans bouger, laisse-moi te regarder.

Un voyage qui ne nous laisse pas indifférents, dans un pays qui nous est proche et éloigné, qui révèle nos propres sentiments et émotions, et que les deux auteurs ont décidé d’explorer à leur manière. Un moment de magie, de mystère, de plaisir qu’on partage volontiers avec les deux auteurs.

Des mots et des images au tour de l’amour, que les deux auteurs nous proposent de compléter à la fin du livre, par nos propres interprétations de l’amour. Un livre à lire, et à relire, qu’il est bon d’offrir ou de partager avec l’être aimé. C’est aussi un collector pour les quarante ans du Castor Astral.

Au tour de l’amour, Biefnot-Dannemark, Le Castor Astral, 2015, 128 pages, illustrations de Véronique Biefnot

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Légendes d’Afrique – Marc Bailly

Voilà une anthologie que j’attendais depuis un certain temps. Dirigée par Marc Bailly, elle aurait dû voir le jour un an plus tôt. Mais certaines péripéties l’ont retardée. Ce qui en soi n’est pas une mauvaise chose, car c’est les éditions Elenya qui ont enfin donné corps à celle-ci.

Avant de parler de chaque nouvelle, je voudrais juste précisé que je fais aussi partie des auteurs qui ont participé à son élaboration. Je ne ferai donc aucune remarque sur mon propre texte, me contentant de résumer l’histoire en quelques lignes.

L’Afrique, un continent qui stimule l’imagination des auteurs, surtout lorsque Marc Bailly demande des textes liés à l’imaginaire, c’est-à-dire au fantastique, à la science-fiction et à la fantasy. Et les nouvelles contenues dans cette anthologie abordent justement les trois genres. J’y ajouterai en fil conducteur l’aventure et le mystère. Les histoires se passent à notre époque, mais aussi dans le futur ou à l’aube de l’humanité, sans parler d’une nouvelle qui nous transporte à une époque où l’Afrique ne portait pas encore ce nom.

Et pour écrire ces histoires, une très belle brochette d’auteurs avec lesquels il est agréable de se retrouver dans la table des matières. Au début de chaque nouvelle, les auteurs expliquent comment ils sont arrivés à écrire leur nouvelle.

Gudule commence l’anthologie en donnant le ton général de celle-ci avec « La rose blanche du Caire », qui nous présente une jeune exploratrice qui va se retrouver au musée du Caire à une place qu’elle n’aurait jamais imaginé. C’est mystérieux et original.

Avec « Celle-qui-conte », David Bry nous présente un jeune homme envoyé en Afrique par son père auprès d’un sorcier qui est censé le guérir. La fille du sorcier ne le laisse pas indifférent, mais une fois soigné, lorsqu’il doit regagner la civilisation, il n’y a pas de place pour une compagne.

Boris Darnaudet propose « Gro-Mak-Gra-Che », titre étrange qui correspond au nom des adversaires que son personnage tuera. L’histoire se passe à l’aube de l’humanité.

Avec « Jahia », Céline Guillaume nous parle d’un prince qui n’a pas le droit de voir des femmes et qui se transforme en crocodile le jour où il en rencontre une.

Jacques Mercier propose une nouvelle sombre et mystérieuse « Ankh ». Les personnes qui portent cette croix meurent.

« La résurrection d’Olokun » de Jérôme Felin nous emmène dans une Afrique mystérieuse où certaines personnes se transforment en félin.

« Qui se souvient encore de moi ? » de Emmanuelle Nuncq mélange aventure et science-fiction avec une sorte d’appareil photo surnommé « Victorine » qui permet de prendre des photos à des époques différentes. Original.

« Saxo bird » de Patrick S. Vast est probablement la nouvelle qui s’éloigne le plus du thème de l’Afrique. Elle fait référence à l’âme de Charlie Parker alias Birdie, et l’histoire ne se passe pas en Afrique. Pour fan de Jazz.

« Anima mea » d’Alain Dartevelle mélange des légendes.

« Lettre morte » de Serena Gentilhomme nous propose une nouvelle très sensuelle qui concerne Isis. On découvre comment elle a trompé Osiris avec Seth avant de le tuer. Très envoutant. C’est mieux que cinquante nuances…

« Amazulu est de retour » de Gulzar Joby. Nouvelle de science-fiction qui s’inscrit dans un cadre plus large développé par l’auteur. Un peu déroutant.

« Les éléphants de Sankuru » de Rose Berryl, revient sur une trame plus familière qui mélange conte et nostalgie.

« Sécheresse et chaos » de Kwamé Maherpa. De l’heroïc fantasy. Une longue nouvelle qui tourne autour d’un royaume dans une Afrique imaginaire, et d’une sécheresse provoquée. L’histoire mérite d’être développée pour en faire un vrai roman. Même si cette nouvelle est longue, il y a comme un gout de trop peu. J’espère que l’auteur en fera un roman.

« La robe d’écailles » de Brice Tarvel. Nouvelle qui commence simplement. Le personnage principal a décidé d’avoir une aventure sans lendemain avec Mami Wata. Jusque-là rien d’anormal, sauf qu’elle va se transformer en sirène et que notre héros va être surpris par la suite des événements. Peut-être que la fin mériterait une ou deux pages de plus. Mais Brice Tarvel est comme d’habitude parvenu à capter mon attention !

« Sable » de Christophe Collins. Du classique, mais du bon classique. Dans un futur où les ordinateurs ont disparu, deux soldats sont chargés de récupérer un paquet en Égypte. La mission ne se fera pas sans danger, et le paquet n’est pas ce qu’on pourrait croire. Il y a un petit clin d’œil à un commandant Morane et à Indiana Jones. Belle nouvelle avec une fin originale.

« La fille qui fut promise au dieu-serpent » de Fabien Clavel est un vrai conte, étrange qui mêle des animaux étranges et une jeune femme qui ne parle pas au début. C’est un excellent texte.

« Semences du désert » de Marc Van Buggenhout. J’en arrive à ma propre nouvelle, qui est la plus longue de cette anthologie, et qui parle d’une pyramide noire découverte dans le désert du Ténéré. Les explorateurs découvrent qu’il s’agit d’un octaèdre formé par deux pyramides collées à leurs bases, qu’elle est plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur, et que le temps s’écoule différemment. J’ai fait un clin d’œil à une amie très proche qui est romancière et comédienne. On devinera qui !

« Emela-Ntouka » de Sophie Dabat. Encore un récit étrange où un animal dangereux à un lien direct avec une petite fille. La fin est surprenante, montrant encore une fois que Sophie Dabat sait comment captiver ses lecteurs.

« La voie du dessous » de Jean Millemann nous fait découvrir un homme qui vient voire un sorcier avec l’espoir de guérir son épouse gravement malade. C’est une quête qui l’attend quelque part dans une grotte en plein désert. Belle histoire qui trouve une fin logique mais triste.

L’anthologie se termine par une présentation de chaque auteur. Dans l’ensemble une belle anthologie, bien équilibrée, dans laquelle on ne s’ennuie jamais. Des textes qui mélangent les thèmes de l’imaginaire, et des auteurs qui n’ont pas hésité à proposer des textes originaux. C’est vraiment une belle sélection de textes réunis par Marc Bailly. Le thème n’avait rien d’évident, car tout le monde n’avait pas été en Afrique, et c’est donc l’image du continent de chacun qui a été transposée dans ces nouvelles.

Je ne voudrais pas terminer cette chronique sans mentionner la belle couverture de cette anthologie éditée par Elenya. Le continent africain qui apparait sur le visage est vraiment original.

Belle anthologie qui mérite d’avoir une suite en explorant les autres continents de notre planète. J’ai vraiment passé un très bon moment de lecture, et j’espère en voir d’autres prochainement.

Légendes d’Afrique, anthologie dirigée par Marc Bailly, éditions Elenya, 2015, 404 pages

 Légendes d'Afrique

L’opéra de Shaya – Sylvie Lainé

Curieusement, j’ai eu des difficultés à écrire cette chronique. Cela tient au fait que l’interview qui se trouve dans le recueil de nouvelles reprend une bonne partie de mes propres conclusions sur ce recueil. J’aurais l’impression de répéter ce que Sylvie Lainé répond à Jean-Marc Ligny. Donc, je vais prendre le problème par l’autre bout en étant très subjectif (oh oui !) sur ce quatrième recueil de nouvelles proposé par ActuSF.

Sylvie Lainé, c’est la littérature dans la science-fiction, ou la science-fiction dans la littérature. Elle a une façon d’écrire qui fait d’elle un auteur à part entière, qui navigue entre les deux genres littéraires. Le format nouvelle lui convient à merveille. Nouvelles longues ou courtes, Sylvie est dans son élément et nous amène dans des coins de l’univers qui ne semblent pas être ce qu’ils laissent croire. Le dépaysement est toujours au rendez-vous, même pour un lecteur de la première heure. Sylvie propose un de ses thèmes favoris, la rencontre, le contact avec l’autre, avec l’étranger, avec l’extraterrestre, avec une forme de vie insoupçonnée, où la communication a tout son sens, mais ne s’établit pas dès le départ. Les sentiments des différents personnages viennent enrichir chaque histoire, au point d’en faire des textes uniques.

Quatre nouvelles forment ce recueil. Nouvelles inattendues, qui souvent commencent par une situation idyllique qui lentement révèle un danger, avant de basculer vers l’étrange tinté de cruauté. Car derrière l’apparente quiétude de chaque histoire se cachent des histoires complexes et sombres.

Le paradis, c’est les autres ? Le recueil commence par une excellente préface de Jean-Marc Ligny, qui nous rappelle que les textes tournent autour de trois axes : les rencontres, les échanges et les sentiments. Le titre de cette préface fait sourire, car c’est un clin d’œil à L’enfer c’est les autres, une citation de Jean-Paul Sartre qui apparait dans Huis clos.

L’opéra de Shaya – Nouvelle qui donne son nom au recueil. La plus longue et la plus belle nouvelle de ce recueil, dans lequel on découvre So-Ann qui recherche une planète idyllique sur laquelle elle peut passer un moment. Lorsqu’elle découvre cette planète, elle est assurée de pouvoir y passer deux ans. Le maitre mot de cette nouvelle, c’est imprégnation. Tout est contact physique, tout est sujet à assimilation des fluides, de l’ADN, ou des organes des autres. Que ce soit les habitants de Shaya, ses animaux ou ses plantes, ils sont tous capables de changer leur apparence en fonction de l’ADN des êtres qu’ils touchent.

So-Ann pense être sur une planète qui tient du paradis, car loin de la technologie et du stress de la civilisation. Elle va découvrir une étrange culture qui évolue en fonction de ses propres visiteurs. C’est une histoire très étrange, admirablement bien écrite. Mais derrière cette image de beauté et de plénitude se cache un secret beaucoup plus terrible. Lorsque So-Ann découvre celui-ci, elle met un terme à son séjour et se fixe comme objectif de retrouver la personne qui a imprégné son compagnon sur Shaya. C’est à la fois beau et cruel.

Grenade au bord du ciel – Et si tous les cauchemars, les vilaines pensées, les doutes, les envies qui traversent notre esprit étaient stockés sur un astéroïde et oubliés du commun des mortels. Jusqu’au jour où une mission spatiale retrouve celui-ci et découvre son contenu. Ces souvenirs et ses pensées deviennent tout d’un coup une marchandise, une drogue, qui va faire le bonheur des humains. Étrange nouvelle.

Petits arrangements intra-galactiques – Un vaisseau en panne obligé de se poser sur un monde inconnu, et un pilote qui est pressé de retrouver la civilisation, mais qui doit d’abord penser à trouver de la nourriture. Mais quelle nourriture sur cette planète ? Nouvelle caustique, humoristique, qui fait un peu penser aux histoires de Robert Sheckley.

Un amour de sable – Nouvelle très originale, dans laquelle les humains découvrent un monde de sable. Ils prélèvent des échantillons (de grands échantillons) de différentes couleurs. Mais ils n’imaginent pas que ce sable est vivant, pense, et aime être en contact avec les humains. Une histoire où les sentiments ont un grand rôle à jouer, mais seulement pour une des deux parties de cette étrange rencontre.

Interview de Sylvie Lainé par Jean-Marc Ligny – Avec cette interview, Sylvie Lainé se dévoile un peu plus pour le grand bonheur des lecteurs. Curieusement, je ne m’appesantirai pas sur son contenu, préférant que les lecteurs la découvrent. C’est le point d’orgue de ce recueil. Il mérite bien sa place.

Je suis un inconditionnel de Sylvie Lainé. C’est toujours un plaisir de lire ses textes. Et pourtant, je n’ai pas toujours été un adepte du format nouvelle. Mais au fil du temps, Sylvie m’a fait changer ma vision de l’imaginaire et des textes courts en particulier. C’est aussi pour ça que j’ai préféré chroniquer ce recueil avec un certain retard par rapport à sa date de publication.

Un livre de Sylvie, c’est comme un grand vin. Cela se mérite, cela se déguste, cela s’apprécie, et surtout cela nécessite une lecture plus attentive. Pas besoins de demander d’écrire un roman à Sylvie. Toutes ses nouvelles contiennent les éléments nécessaires à de grandes histoires. La différence, c’est que chaque nouvelle se focalise sur les individus, sur leurs pensées, sur ce qu’ils éprouvent, sur la difficulté à communiquer. Le décor une fois planté et l’histoire lancée, c’est au lecteur de prolonger celle-ci une fois la dernière ligne de texte lue. En fait, les nouvelles de Sylvie Lainé sont de petites perles. Au fur et à mesure que ses recueils sont édités par ActuSF, on rencontre un nombre de plus en plus grand de lecteurs qui ont été convaincus par sa plume.

Je conseille ce recueil à tous ceux qui veulent découvrir la science-fiction à travers des nouvelles de qualité, mais aussi aux habitués de Sylvie Lainé qui attendent avec impatience ses histoires. Je suis certain que lire ce recueil donnera envie de lire les précédents à ceux qui découvrent l’auteur. Encore une fois, un recueil excellent pour lequel je ne peux que remercier Sylvie Lainé de l’avoir écrit et avec lequel j’ai passé un agréable moment de lecture.

L’opéra de Shaya, Sylvie Lainé, ActuSF, 2014, 178 pages, illustration de Gilles Francescano

L'opéra de Shaya

Le rêve de l’exilé – Alain le Bussy

Alain Le Bussy fait partie de ces auteurs belges qui m’ont échappés. Je l’ai rencontré une fois, lors d’un Trolls et Légendes à Mons. À l’époque, je me demandais ce qu’il pouvait bien écrire comme science-fiction. Puis, je me suis dit qu’il fallait absolument combler cette lacune. D’abord parce que c’est un compatriote, et que depuis un certain temps je fais découvrir des auteurs belges sur mon blog, tous domaines confondus. Ensuite parce que j’en ai tellement entendu parler autour de moi et surtout dans le fandom, qu’il m’était impossible de ne pas le lire.

J’ajouterai que ce premier tome de l’anthologie consacrée à Alain le Bussy est paru chez Rivière Blanche, et est dirigée par Marc Bailly. Donc, cette anthologie devenait incontournable pour moi, surtout si je ne voulais pas mourir idiot. C’est donc avec un regard neuf que j’ai abordé cet auteur très prolifique et très actif dans le domaine de l’imaginaire. Il a écrit une centaine de romans et deux fois plus de nouvelles.

En commençant la lecture de cette anthologie, je n’ai pas eu l’impression d’être confronté à des textes obsolètes. Les nouvelles qui la constituent sont toujours d’actualité, et le style de Le Bussy fait que ses textes restent intemporels.

La première de ces nouvelles donne le ton de l’anthologie. Dans Un don inné paru en 1966, qui est le premier texte d’Alain le Bussy, on aborde le space opera, et de manière plus classique, le planet opera. Ce qu’on découvre, c’est un extraterrestre naufragé sur Terre, qui doit attendre que le niveau technologique de la civilisation lui permette de réparer son vaisseau ou d’en reconstruire un , capable de le ramener chez lui. Mais après les siècles passés, l’extraterrestre doit bien s’intégrer au reste de l’humanité, et l’identité qu’il prend est révélée dans les dernières lignes de la nouvelle, et est assez amusante.

La cité des tours mélancoliques reprend le thème du voyageur solitaire qui explore d’autres mondes. Thème qu’on retrouve souvent dans les nouvelles d’Alain le Bussy. L’auteur est à l’aise avec les histoires de planet et space opera.

Le rêve de l’exilé, nouvelle qui donne son titre à cette anthologie, fait référence au dieu endormi, à l’extraterrestre qui un jour a atterri sur Terre pour ne plus repartir. On peut considérer que cette nouvelle est une variante de « Un don inné ».

Les autres nouvelles sont du même niveau, et se passent parfois à notre époque. Alain le Bussy, passant facilement de la science-fiction au fantastique.

On retrouve dans l’écriture d’Alain le Bussy, une forme toujours très épurée, très facile de ses histoires. L’auteur a le mérite d’avoir de très bonnes histoires, bien pensées, mais racontées simplement, avec l’envie pour le lecteur d’aller jusqu’au bout de celles-ci. Dans certaines des nouvelles, on dénote même une forme de poésie chez l’auteur.

Marc Bailly préface cette anthologie dont il a choisi les textes. Il précise que ce premier tome correspond à une période spécifique de l’écrivain qui va de 1966 à 1991. Deux autres anthologies devraient suivre. Dominique Warfa préface la première nouvelle de Alain le Bussy, tandis que George Bormand, Serena Gentihomme, Christian Martin et Jeremy Sauvage ajoutent un hommage en guise de postface. On le voit, l’auteur ne laisse pas indifférent. Au cours de ses cinquante années d’activités dans l’imaginaire, il a tissé un réseau impressionnant d’amis et de lecteurs.

Sur 350 pages, le lecteur trouvera déjà un excellent panel de la productivité en imaginaire d’Alain le Bussy. Ce premier tome devrait être suivi par deux autres, et réjouira les lecteurs qui ont aimé celui-ci, mais aussi ceux qui veulent découvrir en détail l’auteur. Une anthologie qui rend hommage à un excellent auteur de science-fiction d’origine belge.

Le rêve de l’exilé, Alain le Bussy, Anthologie dirigée par Marc Bailly, Rivière Blanche, 350 pages, illustration de Grillon

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