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Fantastique (la bit-lit est inclue)

Place des ombres, après la brume – Véronique Biefnot et Francis Dannemark

Un nouveau roman de Véronique Biefnot et Francis Dannemark est toujours un événement marquant dans la production littéraire littéraire belge. Qu’ils arrivent à écrire à quatre mains des histoires originales tient de la gageure. Bien sûr, d’autres auteurs s’y sont essayés, mais pas de manière aussi réussie qu’eux deux.

La première question qu’on peut se poser sur ce livre, c’est de savoir s’il s’agit d’un ou deux romans. En fait, c’est bel et bien une seule histoire, dont les deux parties se passent à vingt ans d’écart. La première se situe dans les années 1980, et la seconde en 2000. La première est écrite par Véronique Biefnot, et la seconde est écrite par Francis Dannemark.

On avait précédemment lu des romans écrits à quatre mains par les deux auteurs. Voilà que le duo nous propose un diptyque dont chacun a écrit une partie, au départ d’un scénario élaboré ensemble. Et cela fonctionne toujours. Le tandem est bien rôdé !

C’est d’autant plus difficile de chroniquer chaque partie du livre, car trop en dire sur la première partie donnerait des informations aux lecteurs sur la seconde partie. Je m’abstiendrai donc d’en dire trop sur l’histoire pour permettre au futur lecteur de découvrir le roman.

Place des ombres

Reste qu’avec Place des ombres, on retrouve le style d’écriture plus dramatique, plus sombre de Véronique Biefnot, qu’on avait déjà découvert dans sa trilogie (Comme des larmes sous la pluie, Les murmures de la terre, Là où la lumière se pose). Comme d’habitude, le style est soigné, précis, fluide, et… mystérieux. Avec un sens du détails qui lui est propre.

Si le fantastique a déjà été abordé précédemment dans les romans « Sous les ruines de Villers », ici on a droit à une dimension nouvelle et je pense que Jean Ray, Thomas Owen ou Michel de Ghelderode ne renieraient pas cette histoire. Par ailleurs, Véronique Biefnot peut allier le noir et le rose, passer du drame à la comédie lorsque c’est nécessaire. Probablement parce qu’elle est aussi une comédienne qui a abordé de multiples genres sur les planches de nos théâtres.

Le personnage principal de cette première partie est Lucie, une étudiante à l’université, qui se retrouve dans une ville qu’elle va devoir découvrir. Pas très loin de la place des Ombres, elle va faire la connaissance d’Evariste Jussieux un vieil herboriste qui tient son officine au rez-de-chaussée et de madame Latourelle, la propriétaire de la demeure dans laquelle Lucie va occuper un appartement. Lucie « adoptée » par un grand chien noir aux yeux d’ambre qui ne la quitte pas un instant, va bientôt être confrontée à d’étranges phénomènes en ces lieux et découvrir que ces deux personnes sont liées au sort de la maison. Une histoire révolue ? Peut-être pas : un événement tragique et spectaculaire va se produire, dont Lucie sera la victime… Il y a le danger sournois et invisible, que Lucie ignore alors qu’elle est la victime, et le danger imprévisible d’une demeure qui n’a pas encore livré tous ses sombres secrets.

Ce n’est qu’avec l’arrivée inattendue de son amie Maud que les événements tragiques vont trouver une explication rationnelle… Mais ne faudrait-il pas dire surnaturelle ?

Cette première partie se termine sur une note à la fois triste et rassurante, qui donne évidemment envie de lire la seconde partie de ce roman.

À noter que le fil rouge de cette histoire est un autre livre : Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire.

Après la brume

Dans la deuxième partie du roman, on retrouve Maud vingt ans plus tard. Elle a perdu son mari et sa mère, tandis que son fils est hospitalisé. Un nouveau personnage répondant au nom de La Brume fait son apparition. Taciturne, mystérieux, mais toujours aimable et attentif, il est accompagné d’un grand chien noir. Maud se sent rassurée par sa présence et il sera à son côté lorsqu’elle se rendra dans le château de  son père.

La brume semble être un étranger à toute cette histoire, et l’on sait peu de choses de lui. Et pourtant – mais le lecteur ne le découvrira que bien plus tard – des liens inattendus le rattachent aux protagonistes que l’on a appris à connaître depuis le début du diptyque.  Peu à peu, les pièces éparses s’assemblent…

Le ton et le style de Francis Dannemark sont certes légèrement différents de ceux de Véronique Biefnot mais le mystère plane toujours et nous sommes tout autant dans un registre où le fantastique règne en maître, quoique toujours dans un cadre réaliste

Je me demande à quoi aurait ressemblé ce roman si dès le départ il avait été écrit à quatre mains, comme c’était le cas pour les livres précédents des deux auteurs. Ou ce que cela aurait donné si Francis Dannemark avait écrit la première partie et Véronique Biefnot la seconde. Mais ces questions, qui sont de purs jeux de l’esprit (privilège du lecteur !) ne doivent pas nous faire perdre de vue qu’il s’agit d’une histoire qu’ils ont imaginée ensemble et, bien sûr, retravaillée en duo.

Dans cette « Place des Ombres, après la brume », on ne retrouve pas la charmante douceur de La route des coquelicots, ou la tendre nostalgie de Kyrielle Blues. Au cœur de ce diptyque, c’est un drame qui pose sa marque, et le mystère plane en permanence sur cette histoire, qui n’est pas moins agréable à lire, mais plus dense, plus tendue. C’est une nouvelle dimension dans le travail de ce duo ! Qui annonce d’autres collaborations dans l’avenir. À lire sans aucun doute !

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La forêt de cristal – J.G. Ballard

J’avais lu précédemment La forêt de Cristal édité par Denoël Lunes d’Encre, et j’étais resté mitigé, car J.G. Ballard ne fait pas partie de mes auteurs préférés. J’ai donc décidé de donner une seconde chance à ce roman en relisant la version poche qui vient de sortir chez Folio SF.

Je n’avais jamais lu Ballard auparavant, si ce n’est son livre « Empire du soleil ». J’ai donc décidé de lire cette réédition qui bénéficie d’une retraduction.

L’histoire se passe dans les années 50-60 en Afrique. Ma première réaction a été de faire un parallèle avec Tintin au Congo ou avec le film The african queen à cause de la première image que montre Ballard. Dans une Afrique post-coloniale, le docteur Edward Sanders arrive à Port Matarre et doit se rendre à Mont Royal pour s’occuper d’une léproserie et par extension retrouver sa maitresse qui est la femme de son collaborateur. Ballard crée une ambiance sombre et mystérieuse qui deviendra plus tard belle et dangereuse. C’est très bien écrit, le rythme est lent et l’atmosphère mélancolique, voir un peu envoutante. Il arrive très bien à nous plonger dans l’ambiance de ces vieux films d’aventure où le héros va simplement d’un endroit à un autre, mais à qui on devine parfaitement qu’il arrivera des choses. Sanders dans son voyage est entourée d’une jolie journaliste qui ne le laisse pas insensible, d’un architecte un peu dérangé qui veut retrouver sa femme, d’un prêtre jésuite et d’un médecin militaire, sans parler d’hommes à la mine patibulaire qui sont prêts à tuer…

Mais pourquoi ? Les clichés du vieux film avec Humphrey Bogart sont pleinement utilisés par Ballard. Le docteur Sanders va devoir se rendre à Mont Royal par le fleuve car c’est impossible de s’y rendre par la route. Il est confronté à cette forêt sombre le jour et lumineuse la nuit, dans laquelle la nature, les animaux et les humains qui s’y attardent sont cristallisés.

On se rend vite compte que Sanders est un médecin qui ne soigne pas mais dont le passe-temps favori est de se balader dans cette étrange forêt de cristal. Quand il arrive enfin à Port Royal, on devine qu’il est fasciné par cette forêt et que finalement toute l’intrigue de l’histoire se résume à ça. En dehors du fait qu’on découvre que c’est une fuite temporelle qui est à l’origine du phénomène, l’aspect scientifique a complètement été effacé, tout comme aucune solution n’est donnée pour se débarrasser de cet étrange phénomène. On apprend que cette étrange forêt n’est pas la seule sur Terre.

En fait Ballard a préféré se focaliser sur la psychologie de ses personnages et leur fascination pour une mort belle et froide plutôt que sur l’action. Peut-être que ce livre aurait dû s’appeler L’appel de la forêt de cristal. Le titre aurait été plus judicieux.

J’ai lu « Empire du soleil » de J.G. Ballard, son roman autobiographique, qui se passe à Shanghai alors qu’il avait onze ans pendant la guerre sino-japonaise. Ce roman m’a davantage plus que cette forêt de cristal qui me laisse un peu sur ma faim. Cette seconde lecture me confirme que Ballard est un auteur à découvrir.

Je dois reconnaitre que ce livre est bien écrit et plaira certainement à des lecteurs plus en phase avec la transfiction, et le new wave.

La forêt de cristal – James Ballard, Folio SF, 254 pages, 2015

La foret de cristal

Les dossiers secrets de Harry Dickson T4 – Brice Tarvel

Harry Dickson est de retour aux éditions Malpertuis. Brice Travel nous a concocté deux nouvelles histoires dans lesquelles le détective américain va mettre sa vie en jeu.

Lire les aventures d’Harry Dickson, c’est un peu comme lire celles de Bob Morane ou de Sherlock Holmes. On peut laisser passer du temps, mais chaque fois qu’une nouvelle aventure se présente, on est bien content de retrouver le personnage. D’abord parce qu’il s’agit de longues nouvelles rapidement lues, ensuite car le héros est original (un détective américain qui habite Baker Street à Londres). Les histoires se passent toutes entre les deux guerres du vingtième siècle, à une époque où les inventions les plus farfelues et les savants parfois fous se côtoient.

Et pour contrer tous les dangers qui se présentent, quoi de plus naturel que de faire appel à l’intelligence et au flegme d’Harry Dickson, toujours accompagné de son fidèle Tom Wills. Les deux histoires contenues dans ce quatrième tome sont résolument fantastiques.

Le polichinelle d’argile.

Des enfants sont capturés par d’étranges gnomes en terre glaise. À partir d’une main cassée, Harry Dickson va remonter jusqu’au commanditaire de ces rapts, et va découvrir que l’homme qui se cache derrière cela n’a qu’un seul but : tuer les enfants et utiliser leur sang. En le mélangeant à cette terre glaise en provenance d’Australie, il crée des gnomes qui travaillent pour lui. Il n’a qu’un but, s’enrichir sans se soucier de la vie des autres. Une aventure où Harry Dickson est lui-même en danger.

La chambre effroyable.

Les membres d’un cercle sont parvenus à capturer la mort, la faucheuse. Et cela grâce à l’aide d’un fakir qui va tisser une prison psychique. Le problème, c’est que les gens censés mourir ressuscitent. Même Harry Dickson qui a été tué lors d’une enquête revit. Cette situation amène le chaos à Londres et nécessite qu’Harry Dickson retrouve ceux qui ont capturé la mort, et la libère. Entreprise périlleuse puisque le détective doit faire face au pire ennemi qui existe. Mais est-ce vraiment un ennemi ? Car il ne peut exister la vie sans la mort.

Deux enquêtes dans le plus pur style du détective américain, que Brice Tarvel continue à animer à la fois sous forme littéraire, mais aussi en tant que scénariste de bande dessinée, pour notre plus grand bonheur. J’aime bien le clin d’œil à Georgette Cuvelier. J’espère que l’auteur ne se contentera pas de la mentionner dans le tome suivant, mais qu’elle aura un vrai rôle.

À suivre pour l’inconditionnel que je suis d’Harry Dickson. J’ai peut-être éprouvé un peu plus de difficultés à lire ce nouvel opus, parce que Brice Tarvel a parsemé ses histoires d’argot qui ne m’est pas toujours familier. Dans l’ensemble, deux histoires qui font passer un bon moment de lecture.

Les dossiers secrets d’Harry Dickson T.4, Brice Tarvel, éditions Malpertuis, 2014, 130 pages, illustration de Christophe Alves

Harry Dickson 4

Légendes d’Afrique – Marc Bailly

Voilà une anthologie que j’attendais depuis un certain temps. Dirigée par Marc Bailly, elle aurait dû voir le jour un an plus tôt. Mais certaines péripéties l’ont retardée. Ce qui en soi n’est pas une mauvaise chose, car c’est les éditions Elenya qui ont enfin donné corps à celle-ci.

Avant de parler de chaque nouvelle, je voudrais juste précisé que je fais aussi partie des auteurs qui ont participé à son élaboration. Je ne ferai donc aucune remarque sur mon propre texte, me contentant de résumer l’histoire en quelques lignes.

L’Afrique, un continent qui stimule l’imagination des auteurs, surtout lorsque Marc Bailly demande des textes liés à l’imaginaire, c’est-à-dire au fantastique, à la science-fiction et à la fantasy. Et les nouvelles contenues dans cette anthologie abordent justement les trois genres. J’y ajouterai en fil conducteur l’aventure et le mystère. Les histoires se passent à notre époque, mais aussi dans le futur ou à l’aube de l’humanité, sans parler d’une nouvelle qui nous transporte à une époque où l’Afrique ne portait pas encore ce nom.

Et pour écrire ces histoires, une très belle brochette d’auteurs avec lesquels il est agréable de se retrouver dans la table des matières. Au début de chaque nouvelle, les auteurs expliquent comment ils sont arrivés à écrire leur nouvelle.

Gudule commence l’anthologie en donnant le ton général de celle-ci avec « La rose blanche du Caire », qui nous présente une jeune exploratrice qui va se retrouver au musée du Caire à une place qu’elle n’aurait jamais imaginé. C’est mystérieux et original.

Avec « Celle-qui-conte », David Bry nous présente un jeune homme envoyé en Afrique par son père auprès d’un sorcier qui est censé le guérir. La fille du sorcier ne le laisse pas indifférent, mais une fois soigné, lorsqu’il doit regagner la civilisation, il n’y a pas de place pour une compagne.

Boris Darnaudet propose « Gro-Mak-Gra-Che », titre étrange qui correspond au nom des adversaires que son personnage tuera. L’histoire se passe à l’aube de l’humanité.

Avec « Jahia », Céline Guillaume nous parle d’un prince qui n’a pas le droit de voir des femmes et qui se transforme en crocodile le jour où il en rencontre une.

Jacques Mercier propose une nouvelle sombre et mystérieuse « Ankh ». Les personnes qui portent cette croix meurent.

« La résurrection d’Olokun » de Jérôme Felin nous emmène dans une Afrique mystérieuse où certaines personnes se transforment en félin.

« Qui se souvient encore de moi ? » de Emmanuelle Nuncq mélange aventure et science-fiction avec une sorte d’appareil photo surnommé « Victorine » qui permet de prendre des photos à des époques différentes. Original.

« Saxo bird » de Patrick S. Vast est probablement la nouvelle qui s’éloigne le plus du thème de l’Afrique. Elle fait référence à l’âme de Charlie Parker alias Birdie, et l’histoire ne se passe pas en Afrique. Pour fan de Jazz.

« Anima mea » d’Alain Dartevelle mélange des légendes.

« Lettre morte » de Serena Gentilhomme nous propose une nouvelle très sensuelle qui concerne Isis. On découvre comment elle a trompé Osiris avec Seth avant de le tuer. Très envoutant. C’est mieux que cinquante nuances…

« Amazulu est de retour » de Gulzar Joby. Nouvelle de science-fiction qui s’inscrit dans un cadre plus large développé par l’auteur. Un peu déroutant.

« Les éléphants de Sankuru » de Rose Berryl, revient sur une trame plus familière qui mélange conte et nostalgie.

« Sécheresse et chaos » de Kwamé Maherpa. De l’heroïc fantasy. Une longue nouvelle qui tourne autour d’un royaume dans une Afrique imaginaire, et d’une sécheresse provoquée. L’histoire mérite d’être développée pour en faire un vrai roman. Même si cette nouvelle est longue, il y a comme un gout de trop peu. J’espère que l’auteur en fera un roman.

« La robe d’écailles » de Brice Tarvel. Nouvelle qui commence simplement. Le personnage principal a décidé d’avoir une aventure sans lendemain avec Mami Wata. Jusque-là rien d’anormal, sauf qu’elle va se transformer en sirène et que notre héros va être surpris par la suite des événements. Peut-être que la fin mériterait une ou deux pages de plus. Mais Brice Tarvel est comme d’habitude parvenu à capter mon attention !

« Sable » de Christophe Collins. Du classique, mais du bon classique. Dans un futur où les ordinateurs ont disparu, deux soldats sont chargés de récupérer un paquet en Égypte. La mission ne se fera pas sans danger, et le paquet n’est pas ce qu’on pourrait croire. Il y a un petit clin d’œil à un commandant Morane et à Indiana Jones. Belle nouvelle avec une fin originale.

« La fille qui fut promise au dieu-serpent » de Fabien Clavel est un vrai conte, étrange qui mêle des animaux étranges et une jeune femme qui ne parle pas au début. C’est un excellent texte.

« Semences du désert » de Marc Van Buggenhout. J’en arrive à ma propre nouvelle, qui est la plus longue de cette anthologie, et qui parle d’une pyramide noire découverte dans le désert du Ténéré. Les explorateurs découvrent qu’il s’agit d’un octaèdre formé par deux pyramides collées à leurs bases, qu’elle est plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur, et que le temps s’écoule différemment. J’ai fait un clin d’œil à une amie très proche qui est romancière et comédienne. On devinera qui !

« Emela-Ntouka » de Sophie Dabat. Encore un récit étrange où un animal dangereux à un lien direct avec une petite fille. La fin est surprenante, montrant encore une fois que Sophie Dabat sait comment captiver ses lecteurs.

« La voie du dessous » de Jean Millemann nous fait découvrir un homme qui vient voire un sorcier avec l’espoir de guérir son épouse gravement malade. C’est une quête qui l’attend quelque part dans une grotte en plein désert. Belle histoire qui trouve une fin logique mais triste.

L’anthologie se termine par une présentation de chaque auteur. Dans l’ensemble une belle anthologie, bien équilibrée, dans laquelle on ne s’ennuie jamais. Des textes qui mélangent les thèmes de l’imaginaire, et des auteurs qui n’ont pas hésité à proposer des textes originaux. C’est vraiment une belle sélection de textes réunis par Marc Bailly. Le thème n’avait rien d’évident, car tout le monde n’avait pas été en Afrique, et c’est donc l’image du continent de chacun qui a été transposée dans ces nouvelles.

Je ne voudrais pas terminer cette chronique sans mentionner la belle couverture de cette anthologie éditée par Elenya. Le continent africain qui apparait sur le visage est vraiment original.

Belle anthologie qui mérite d’avoir une suite en explorant les autres continents de notre planète. J’ai vraiment passé un très bon moment de lecture, et j’espère en voir d’autres prochainement.

Légendes d’Afrique, anthologie dirigée par Marc Bailly, éditions Elenya, 2015, 404 pages

 Légendes d'Afrique

Harry Dickson, la maison borgne – Brice Tarvel & Christophe Alvès

Voici enfin le retour d’Harry Dickson en bande dessinée, sous la plume de Brice Tarvel et le crayon de Christophe Alvès. On avait précédemment eu le tandem Zanon & Verhaegen très Blake et Mortimer, et le tandem Nolan & Roman qui nous avaient proposé un Harry Dickson proche des fascicules.

On retrouve le détective de Baker Street et son fidèle collaborateur au cœur d’une histoire de fantômes. Histoire dans la plus pure tradition des Harry Dickson qu’écrivait par Jean Ray.

Brice Tarvel n’est pas un inconnu, ni dans le monde de la BD ni dans le monde de l’imaginaire. Il a déjà signé quelques aventures d’Harry Dickson parues aux éditions Malpertuis. Avec lui, on retrouve un Harry Dickson cohérent, intelligent, accompagné d’un Tom Wills déterminé à en découdre avec le mal sous toutes ses formes.

Christophe Alvès concrétise les histoires de Brice Tarvel, par un dessin soigné et très réaliste (ce qui est un euphémisme en fantastique). Il passe indifféremment d’une scène glauque à une scène d’action, avec une découpe qui permet de garder un certain rythme. Les personnages sont bien campés, les couleurs sont judicieusement bien choisies par Alvès. Dans son ensemble, un bel album sur le plan graphique. Pour un premier essai, c’est réussi.

Et l’histoire. Deux fantômes dans deux fioles qui vont se briser à tour de rôle. Deux brigands qui vont donner du fil à retordre à la police, mais aussi à Harry Dickson. Une maison hantée par ces fantômes, qui se transforme petit à petit en navire. Ça, c’est vraiment très original. Le fantôme qui a peur du noir, je n’y ai pas cru un seul instant. Par contre, capturer l’âme des fantômes pour les placer dans des poules… pourquoi pas ? J’aurais aimé qu’elles se fassent manger à la fin de l’histoire. Mais les deux auteurs en ont décidé autrement en laissant planer un doute à la dernière page. Bien joué !

Dans l’ensemble, un premier tome réussi, amusant, intriguant, attendu par ceux qui comme moi aiment les histoires d’Harry Dickson. Une bande dessinée qui en appelle d’autres, car on peut supposer que les deux compères ne vont pas en rester là. Et donc, une suite très attendue. Beau travail !

Harry Dickson T.1, La maison Borgne, Brice Tarvel et Christophe Alvès, éditions Grand West, 48 pages, 2014

Harry Dickson

Les contes d’Amy – Frédéric Livyns

Mais pourquoi n’ai-je pas lu ce livre plus tôt ? Avec les contes d’Amy de Frédéric Livyns, je retrouve tout ce qui fait l’originalité du fantastique Belge. Et du fantastique, l’auteur nous en sert sur un plateau en contant des petites histoires toutes plus différentes les unes que les autres, mais qui forment un tout dans ce recueil édité par Lokomodo. Un petit livre qui a un prix très démocratique, qui en plus inclut un marque-page.

Curieusement, je n’ai pas lu ces nouvelles les unes à la suite des autres. Entre chacune d’entre elles, j’ai lu autre chose. Peut-être pour mieux apprécier les textes de Frédéric Livyns, pour ne pas être entré et aussi vite sorti de la lecture de ce recueil de nouvelles fantastiques. Et le résultat, c’est que j’ai beaucoup apprécié ce recueil. À travers l’auteur je trouve une relève assurée au fantastique Belge. Jean Ray peut dormir sur ses deux oreilles, Frédéric Livyns est là pour nous concocter des histoires mystérieuses et cauchemardesques. Un fantastique classique à lire, qui pourrait facilement être adapté par le 7ème art.

Le livre a raflé le prix Masterton en 2012, ce qui ne m’étonne pas vraiment en le lisant. Les nouvelles sont courtes et toutes originales. L’écriture est très fluide, et chaque nouvelle est originale. Il y a une certaine homogénéité, un certain équilibre dans ce recueil. Aucune nouvelle ne démérite sa place. Au contraire, chacune apporte une pierre à l’édifice que Frédéric Livyns à patiemment construit. La première et la dernière nouvelle ne forment qu’une seule et même histoire, dans laquelle on peut découvrir qui est Amy. C’est le fil conducteur de ce recueil.

En fait, cela commence par la visite d’un couple, Charles et Coralie, qui a un projet immobilier et s’intéresse à un bâtiment à l’abandon en pleine forêt. L’agent immobilier leur apprend qu’il s’agit d’un ancien asile psychiatrique qui pendant la Seconde Guerre mondiale a été réquisitionné par les Allemands qui en ont fait un point d’observation contre les maquisards. Les pins, c’est le nom de cet ancien institut, accueillaient des pensionnaires qui ont tous été fusillés par les Allemands.

Pendant que Charles visite le bâtiment en compagnie de l’agent immobilier, Coralie découvre des anciens dossiers médicaux qui font référence à une patiente qui s’appelle Amy. Une fillette qui a prématurément vieilli et qui a un don particulier, celui d’effrayer les autres personnes en leur instillant des cauchemars qu’elle a préalablement écrit. Chaque nouvelle correspond à un de ces cauchemars. C’est excellent, bien amené et très fluide.

A noter, l’excellente préface de Christophe Collins, qui lui aussi navigue entre polar, macabre et aventure.

Un bon conseil, si vous voulez dormir sur vos deux oreilles, n’achetez pas un asile psychiatrique en pleine forêt ! Par contre, ne laissez pas passer ce livre, si vous aimez le fantastique. C’est du Belge et c’est excellent.

Les contes d’Amy, Frédéric Livyns, Lokomodo, 224 pages, Prix Masterton 2012, illustration de Jimmy Kerast

Les  contes d'Amy

Hauteville House (intégrale T.1) – Duval, Gioux, Quet, Beau

Voici une BD bien représentative du style steampunk, c’est-à-dire de la science-fiction qui mélange intelligemment passé et technologie. Édité par Delcourt, et réalisée par Fred Duval, Thierry Gioux, Christophe Quet, Carole Beau, cette BD se situe au 19ème siècle, en 1864 pour être précis.

Cette intégrale reprend le premier cycle formé par les quatre premiers tomes (Zelda, Destination Tulum, Atlanta, Le streamer fantôme). Elle est sortie en même temps que le tome 10 (Jack Tupper) de la série.

Jusqu’à présent, je n’avais pas abordé le steampunk. En fait, je m’étais laissé tenter par la superbe couverture de Manchu, et en ouvrant la BD, j’ai découvert un récit en cinémascope et technicolor. Une histoire qui tient de l’aventure et de l’espionnage, sur fond de guerre de Sécession, histoire qui se situe en Europe et en Amérique. Lors de sa lecture, j’ai eu l’impression de lire un mélange entre les mystères de l’ouest, Indiana Jones, Blake et Mortimer et James Bond, dans un contexte historique qui tient tout à fait la route.

Avant de parler de la BD, un petit détour historique est nécessaire. Hauteville house, c’est le surnom d’une maison que Victor Hugo a achetée dans la rue Hauteville, sur l’ile de Guernesey en 1856. Dans la BD, cette maison est le quartier général d’une organisation qui combat Napoléon III.

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Hauteville house, c’est l’histoire d’un groupe de soldats républicains exilés sur l’ile de Guernesey qui tente de contrer les projets de conquête de l’empereur Napoléon III. Parmi eux, il y a le capitaine Gabriel-Valentin La Rochelle, plus connu sous le nom de code de Gavroche (un clin d’œil aux Misérables de Victor Hugo). Il est envoyé en mission au Mexique, sur les pas de Cortez, pour empêcher une armée française de mettre la main sur une arme d’origine inconnue. Gavroche s’allie à plusieurs reprises à Zelda, une espionne américaine qui travaille pour les nordistes, et qui a les mêmes objectifs que lui, c’est-à-dire empêcher les sudistes de gagner la guerre de Sécession et contrecarrer les plans d’invasion de Napoléon III. En parallèle à leur mission, Églantine, un autre agent de Hauteville House, joue les traductrices et recherche des informations qui permettront à Gavroche de mener à bien sa mission. Les trois personnages se retrouveront à un moment clé de l’histoire. Curieusement, chacune des quatre parties de cette bande dessinée représente un des éléments (terre, air, eau et feu).

La découverte de ce milieu de 19ème siècle est surprenante. Il existe des véhicules blindés, des dirigeables qui sont de vrais vaisseaux aériens, des sous-marins, des exosquelettes qui permettent de voler. Et toutes ces connaissances sont issues du grand chambardement, moment qui correspond à un coup de pouce de la part des extraterrestres. On est donc confronté à une civilisation qui a deux siècles d’avance sur le plan technologique, mais dont les us et coutumes sont bien ceux du 19ème siècle.

Si je dois émettre une critique, elle se fera sur les représentations des ectoplasmes extraterrestres, ou du monstre (page 184) qui ressemble plus à un grand jouet au milieu d’une bataille. Le fait qu’il y a une partie ésotérique avec une médium ne m’a pas dérangé. Au contraire, cela ajoute du danger à l’histoire.

Si vous avez aimé les mystères de l’ouest, alors vous aimerez cette. C’est admirablement bien dessiné, mis en scène et colorisé. L’aventure est au rendez-vous et le dépaysement est assuré.

Delcourt continue à rééditer ses différentes séries en intégrales. On ne peut qu’applaudir cette initiative qui permet de gagner de la place, mais aussi de proposer la BD à un prix plus abordable.

Hauteville House intégrale T. 1 à 4, Duval & Gioux & Quet & Beau, Delcourt, 2013, 200 pages, illustration de Manchu

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