Archives de Catégorie: Film

Star Wars VII – Le réveil de la force

Avec un peu de recul, voici la chronique de Star Wars VII. J’ai préféré laisser passer un peu de temps avant de la proposer. D’abord pour ne pas être influencé par les millions de spectateurs qui ont vu le film à sa sortie. Ensuite parce que je suis davantage fan de Star Trek que de Star Wars. La sortie DVD était donc l’occasion de voir et revoir le film a tête reposer et donner un avis plus objectif sur ce septième opus. J’adore voir Han Solo, Luke Skywalker et la princesse Leia. Ils forment les mythes d’aujourd’hui, tout comme le fait le seigneur des anneaux et Game of thrones.

star-wars-7-le-reveil-de-la-force 2

Il y a des aberrations dans ce film, du genre étoile de la mort. Dans l’épisode IV, la première étoile de la mort est détruite. Puis dans l’épisode VI une nouvelle arme est en cours de construction, mais est déjà opérationnelle. Et là aussi elle est détruite. L’épisode VII montre une nouvelle étoile de la mort (star killer) encore plus grande, toujours capable de détruire une planète, alimentée par l’énergie d’une étoile. D’où ma réflexion : est-ce que le premier ordre est assez stupide pour s’inspirer de l’empire et toujours construire des engins de mort de plus en plus grands ? Et puis de se les faire détruire par les rebelles ? Il faut croire que oui, à moins que ce soit les lacunes des scénaristes qui n’ont rien trouvé de mieux que de reprendre les recettes des épisodes précédents. En fait, c’est bien cette dernière déduction qui est la bonne. Tout le film n’est qu’une succession de sujets développés dans les épisodes précédents. C’est du déjà vu !

Film amusant, intéressant, mais sur le plan scénaristique très insuffisant. C’est le gros défaut de J.J. Abrams qui avec le reboot de Star Trek a privilégié l’action, oubliant que cette série mise aussi sur la réflexion. Les vrais fans de la série (et des films avant le reboot) ne s’y trompent pas, c’est une ligne de temps différent.

Star Wars VII est visuellement une réussite. Les lieux, les personnages, les scènes d’action sont excellentes et ne dépayseront pas les fans du cycle. On n’en attendait pas moins de cette suite. Pendant les 2h10 que dure ce film, il n’y a pas de temps mort, pas de scènes inutiles. Le travail qui a été fait est excellent à tous niveaux. Cela peut paraitre contradictoire avec ce que j’écris plus haut. Mais non, car malgré ses défauts scénaristiques, le film capte l’attention du spectateur que je suis. Ce n’est pas difficile, je l’ai vu trois fois.

star-wars-le-reveil-de-la-force 3

Retrouver les personnages principaux de la trilogie précédente est rassurant et permet de faire le lien avec cette nouvelle trilogie. On dirait que Harrison Ford n’a jamais quitté son costume de Han Solo et a simplement vieilli. C’est plus difficile pour Carrie Fisher qui ne ressemble plus à ce qu’on pouvait attendre d’elle. Trop d’années d’absence sur le grand écran la rendent méconnaissable dans son rôle de Leia Organa. C’est moins le cas de Mark Hamill qui joue Luke Skywalker. S’il apparait seulement dans les dernières minutes du film, il ressemble curieusement à Alan Bates dans Gladiator. D’une certaine manière, un Jedi c’est un gladiateur des temps futurs.

Ce premier opus correspond à une quête menée par Rey et Finn, pour retrouver Luke Skywalker. Lors de celle-ci Han Solo et Chewbacca font leur apparition ainsi que le Faucon Millénaire. La galaxie est immense, mais le hasard fait tout de même que ces deux nouveaux héros tombent sur ceux de la trilogie précédente. Finn déserte un peu trop vite des stormtroopers. Quant à Rey, on se demande comment elle arrive à vivre en cannibalisant les épaves des vaisseaux de l’empire qui se sont écrasés. Le personnage le plus inattendu, c’est BB-8, le droïde sphérique qui grâce à ses mimiques (mouvements de tête) exprime ses émotions. Amusant et originale. Par contre j’aimerais bien qu’on m’explique comment les humains arrivent à comprendre les sons produits par R2-D2 et BB-8.

Le personnage le plus ambigu c’est Kylo Ren qui derrière un costume et un masque noir ressemble vaguement à Darth Vador. On découvre que c’est le fils de Han Solo et de la princesse Leia, et qu’il a été l’élève de Luke Skywalker. À la solde du Premier Ordre fondé sur les ruines de l’empire, Kylo Ren tente de faire aussi bien que son grand-père. En fait, il perd à plusieurs reprises ses moyens en détruisant avec son sabre laser tout ce qui se trouve à proximité de lui. Difficile de croire qu’un être si instable est autorisé à commander. Il est perpétuellement partagé entre ses sentiments pour sa famille et son obéissance à Snoke le chef suprême. Le côté sombre de la force l’a complètement fait basculer du côté obscur.

Même dans la manière de se battre avec un sabre laser, il n’a pas la dextérité de Darth Vador (si on peut appeler cela de la dextérité). On pense qu’il doit être imbattable. Il n’en est rien. Rey avec un sabre laser fait aussi bien que lui alors qu’elle n’a même pas été formée à l’utilisation de la force. À propos de sabre laser, celui de Kylo Ren possède deux petits faisceaux laser perpendiculaires. Ce qui est une anomalie, car au moindre mouvement du poignet de son porteur, l’arme se retournerait contre celui-ci. Il devrait avoir l’avant-bras en charpie à chaque moulinet de sabre laser.

Star Wars 7

Han Solo qui est blessé par le sabre laser de Kylo Ren, puis qui tombe dans le puits. Est-ce que cela ne vous rappelle rien ? L’empire contre-attaque où Luke Skywalker tombe aussi dans un puits conique avant d’être aspiré dans un des conduits sous la cité. On ne voit pas la mort de Han Solo et on peut supposer qu’il est toujours vivant, mais blessé.

L’impression que j’ai de ce septième épisode, c’est que les scénaristes ont repris toutes les idées de la trilogie précédente (épisodes IV, V et VI) qu’ils ont mélangé le tout, et refait un nouveau scénario à partir de ce que Lucas avait déjà imaginé. Donc un sentiment mitigé de ma part concernant le scénario. Pour le reste, rien à redire, c’est un Star Wars pure et dure.

Pour faire cette chronique, j’ai plusieurs fois regardé le film, car je ne pouvais pas me contenter de mes premières impressions. C’est d’autant plus facile que je pouvais arrêter le DVD à n’importe quel moment et revoir une scène en particulier (ce qui n’est pas le cas de la salle de cinéma). Mais au final, je suis heureux que la science-fiction retrouve ses lettres de noblesse à travers des cycles comme Star Wars et Star Trek. Je signale qu’il y a d’autres cycles qui mériteraient d’être adaptés au cinéma. Dans l’ensemble un bon film avec un scénario sans surprise, et des moyens à la hauteur de ce qu’attendent les fans.

La mythologie Star Wars est de retour et ça nous a tous manqué. Espérons qu’il ne faut pas attendre trop longtemps pour voir la suite.

Star Wars VII – Le réveil de la force, réalisé par J.J. Abrams, 2016, 2h10 (DVD)

Star Wars 7 - Le reveil de la force

Publicités

Le hobbit 3 : la bataille des cinq armées

Dernière partie de la trilogie sur Bilbon Sacquet le Hobbit, La bataille des cinq armées se laisse voir sans déplaisir. Les 2 h 24 que dure le film passent très vite dans cette histoire qui n’a pas de temps mort. Il y a une trentaine d’années, j’avais lu le livre de J.R.R. Tolkien, et j’avais apprécié celui-ci. J’ai voulu enchainer avec Le seigneur des anneaux, mais je ne suis jamais arrivé à dépasser la moitié de ce roman. J’ai donc attendu l’adaptation cinéma de Peter Jackson pour voir enfin la fin de l’histoire. Pour le Hobbit, j’en garde encore un bon souvenir. L’adaptation cinéma dépasse le cadre du livre et est réussie.

le-hobbit-3b

La désolation de Smaug se terminait par un cliffhanger. Le dragon avait été réveillé par les nains, et LacVille était en danger. Je me souviens que j’avais été frustré à l’idée de ne pas voir la suite. C’est donc avec un grand intérêt que je voulais voir la fin de la trilogie, sans chercher à la comparer au livre de J.R.R. Tolkien.

Le dragon une fois tué par Bard, les Nains retournent dans la montagne pour prendre possession du trésor et de l’Arkenstone. Mais la pierre précieuse échappe à Thorin. C’est Bilbon qui la possède, et compte l’offrir aux Elfes. Elle servira de monnaie d’échange avec les pierres blanches elfiques que les nains détiennent. Cette partie du film peut faire passer les Elfes pour des êtres intéressés et sans cœur. Le plus intelligent dans l’histoire, c’est Bilbon. S’il a bien accepté de jouer le voleur pour le compte des nains, il a aussi la présence d’esprit de vouloir désamorcer le conflit qui risque de se produire entre Nains et Elfes. Surtout que des armées d’Orc ne sont pas loin et visent aussi les trésors laissés à l’abandon par le dragon Smaug

S’il y a d’énormes différences entre le Hobbit et le seigneur des anneaux. Le Hobbit est beaucoup plus linéaire. On suit le même groupe de personnes du début à la fin. Seuls les habitants de LacVille viennent créer un fil secondaire. Par contre, dans le seigneur des anneaux, dès que la compagnie de l’anneau se sépare en petits groupes, on assiste à des histoires différentes qui mettent du temps avant de former un fil commun.

Dans le hobbit, on ne se pose pas de question sur les fils de l’histoire. Pas de lourdeurs, de lenteurs, de séquences inutiles. Tout est bien structuré pour que le spectateur reste captivé par l’histoire. Le hobbit aborde également les sentiments entre Elfe et Nain. On découvre que Tauriel une Elfe est amoureuse d’un nain, alors que dans l’autre trilogie on se contente d’amitié entre humain et Elfe (il y a bien Aragorn amoureux d’Arwen). La mort est aussi présente dans le Hobbit. Le roi des Nains succombe après un héroïque combat contre le chef des Orcs. D’autres nains connaissent le même sort.

le-hobbit-3a

Une comparaison entre Bilbon et Frodon est intéressante. Frodon est perturbé par la présence de l’anneau qu’il hésite à utiliser. Alors que Bilbon, une fois qu’il a découvert les propriétés de l’anneau, s’en sert à bon escient pour aider ses amis Nains. Autant Frodon était pénible, autant Bilbon est amusant et censé. Thorin qui sombre dans la folie, dès qu’il fait main basse sur le trésor. Et l’absence de l’Arkenstone semble amplifier cette folie.

Peter Jackson a eu une bonne idée de produire une trilogie pour le Hobbit, plutôt qu’un film unique. Lorsqu’on voit le résultat, on constate que c’est vraiment réussi. Il a développé un univers qui sera difficile d’égaler. Je pense qu’il est le mieux placé pour adapter l’œuvre de J.R.R. Tolkien. J’avais rencontré le réalisateur lorsqu’il était venu au BIFFF pour la seconde fois.

Le hobbit 3 : la bataille des cinq armées clôture en beauté une trilogie qui va encore une fois donner des idées aux auteurs de fantasy. On peut s’attendre à une nouvelle vague d’auteurs inspirés par les deux trilogies de Peter Jackson. Lire Tolkien est une chose, mais voir l’adaptation de ses romans en est une autre. Et Peter Jackson excelle dans ce rôle de traducteur, d’adaptateur de l’œuvre. Un très bon moment de cinéma. Si vous avez aimer le seigneur des anneaux, alors vous allez aimer le Hobbit qui se passe 60 ans plus tôt.

Le hobbit 3 : La bataille des cinq armées, réalisé par Peter Jackson, 2014, durée : 144 minutes

Le hobbit 3

Le Hobbit (La désolation de Smaug)

Pour cette fin d’année 2013, Peter Jackson nous a concocté un deuxième opus de la trilogie du Hobbit. On pourrait se demander comment Jackson a pu faire pour autant allonger l’adaptation d’un livre qui n’est pas si épais que ça. Mais le résultat est là, et à la hauteur de nos espérances. Qui mieux que lui pouvait adapter le livre qui précède le seigneur des anneaux ?

Avant de voir la désolation de Smaug, je m’étais dit que ce film ne serait qu’une succession de courses poursuites et de batailles. Eh bien, oui et non. Les 161 minutes que dure le film sont passées tellement vite que je ne m’en suis pas rendu compte, tellement j’étais scotché à l’histoire.

smaug-1

Comme dans la précédente trilogie, on a droit à un flashback en début de film. Flashback qui se situe un an avant le premier épisode, dans lequel on voit Gandalf aborder Thorin, et le convaincre de reprendre son royaume d’Erebor en commençant par récupérer l’Arkenstone, une pierre brillante. Pierre qui devra être dérobée au dragon Smaug.

La troupe des nains est capturée par des araignées géantes, puis libérée par Bilbon devenu invisible grâce à l’anneau unique. On voit ici un Bilbon plus entreprenant que ne l’était Frodon dans le seigneur des anneaux. Si Bilbon hésite un moment avant d’utiliser cet anneau, par la suite il en fera un plus grand usage. Bilbon ne s’apitoie pas sur le fardeau que représente l’anneau. Et c’est tant mieux pour l’histoire.

Il était inévitable de retrouver les elfes dans ce second film. Ceux-ci capturent les nains, mais pas Bilbon. Et le roi Thranduil propose d’aider Thorin dans sa quête à condition de partager les trésors d’Erebor. Proposition refusée par Thorin. À ce stade, on retrouve Legolas qui manie aussi bien l’épée que l’arc. Il est secondé par Tauriel une elfe qui tue les créatures qui s’aventurent dans le pays des elfes. Legolas est toujours joué par Orlando Bloom, et c’est Evangeline Lilly (Lost, Smalville) qui joue Tauriel. Personnage ambigu, qui laisse planer le doute sur l’affection qu’elle a. Aime-t-elle Legolas, ou est-elle amoureuse de Kili, le nain ?

Les nains, et surtout Bilbon, sont assez roublards pour s’échapper des elfes, en empruntant des tonneaux qui leur serviront de transport sur un cours d’eau en furie. Ils ont aux trousses d’un côté les elfes et de l’autre les orques, qui s’affronteront. On arrive à une scène où les combats se succèdent les uns après les autres. D’une certaine manière, on sature visuellement, attendant avec impatience de retrouver la quiétude dans ce film.

smaug-3

Lacville fait penser à une sorte de Venise sur un lac. Encore un de ces lieux originaux imaginés par l’équipe du film. Pour le spectateur, c’est le dépaysement complet, c’est l’enchantement de contrées imagniées par J.R.R. Tolkien. L’image de synthèse n’a jamais fait aussi merveille que dans le cycle du seigneur des anneaux et maintenant dans celui de Bilbon.

La suite du film correspond à un nouvel acte de bravoure de Bilbon qui au cœur de la montagne doit dérober l’Arkenstone au dragon Smaug. Pierre qu’il verra mais n’emportera pas, car le dragon perçoit sa présence malgré l’invisibilité que lui procure l’anneau unique.

Dans la version anglaise du film, c’est Benedict Cumberbatch qui donne sa voix et ses expressions au dragon Smaug. Décidément l’acteur non content de jouer un Sherlock Holmes moderne, et un Khan machiavélique dans le dernier Star Trek, se retrouve dans cette trilogie de fantasy où encore une fois il s’impose par son jeu d’acteur sous les traits du dragon Smaug.

Je ne vais pas dévoiler la fin de ce second film, mais je signale qu’il se termine sur un cliffhanger et qu’au cœur de l’action on se retrouve tout d’un coup avec le générique de fin. Le spectateur qui a les yeux rivés sur l’écran se sent soudain dépouillé de la fin de l’histoire. Il faudra attendre un an avant d’avoir la conclusion de celle-ci. C’est un coup de maître de la part de Peter Jackson, qui a savamment étalé cette histoire sur trois films.

Personnellement, je préfère l’histoire du Hobbit plutôt que celle du seigneur des anneaux. Sans doute parce que l’histoire n’est pas parsemée de grands champs de bataille. L’action ne manque pas. Le seul reproche que je fais à l’histoire, mais pas au film, c’est que Gandalf a un rôle mineur. Encore une fois, il quitte les personnages principaux pour se lancer dans une autre quête. On avait déjà eu une situation similaire dans la compagnie de l’anneau. Dommage. Par contre, Bilbon est à la hauteur de ce qu’on attend de lui. C’est-à-dire un Hobbit qui se dévoue pour le groupe de nains. Ce rôle convient à merveille à Martin Freeman.

Un bon moment de cinéma pour ceux qui aiment la fantasy, un très long moment de cinéma qui passe très vite. À voir, et à revoir lorsque la trilogie sera complète. Vraiment excellent.

La chronique du premier film (Le Hobbit : un voyage inattendu) est également disponible sur le blog.

Le hobbit (la désolation de Smaug), réalisé par Peter Jackson, 2013, 161 minutes.

smaug-2

Gravity (film de Alfonso Cuarón)

Voici Sandra Bullock et George Clooney au générique d’un film qui a tout d’un huis clos spatial. On pourrait penser qu’on va s’ennuyer avec si peu de personnage. Mais rien n’est moins en vrai. En fait, plus de la moitié du film, on la passera en compagnie de Sandra Bullock.

Lors d’une sortie spatiale (EVA) pour réparer le télescope Hubble le commandant Matt Kowalski (George Clooney) et le docteur Ryan Stone (Sandra Bullock) sont victimes d’une pluie de débris. Débris dont l’origine provient d’un satellite russe détruit par un missile. Les débris entrainent une suite d’autres collisions qui crée à son tour de nouveaux débris. En somme une réaction en chaîne. C’est ce qu’on surnomme le syndrome de Kessler, envisagé en 1978 par un consultant de la NASA. Le film d’Alfonso Cuaron est entièrement basé sur ce syndrome.

Alors que la navette est endommagée et ses occupants tués, sur les trois personnes qui faisaient une sortie extra-véhiculaires, seules deux arrivent à s’en sortir. La troisième personne est tuée par un débris qui lui troue la tête.

Kowalski garde la tête sur les épaules, et grâce à son MMU peut se déplacer dans l’espace. Ce n’est pas le cas du docteur Stone qui se détache du satellite Hubble et se retrouve en train de tourner sur elle-même dans l’espace. Sandra Bullock montre parfaitement ce moment de panique qui étreint son personnage, confronté au vide spatial dans l’impossibilité de reprendre le contrôle de ses déplacements. L’espace est traitre, encore plus pour ceux qui n’ont pas d’unité de manœuvre dans le dos. Kowalski parviendra à récupérer Stone et la ramener à la navette spatiale avant de repartir avec elle vers la station spatiale internationale. Mais il va épuiser tout son carburant, et va se perdre dans l’immensité de l’espace. Oui, bon, j’ai déjà vu ça quelque part (Mission to Mars de Brian De Palma). Admettons !

Gravity2

La station spatiale est déjà désertée. Le docteur Stone doit pénétrer seule dans l’ISS et utiliser le module Soyouz encore disponible. Mais les débris qui reviennent, après avoir fait une orbite de 90 minutes, vont à nouveau faire des dégâts. C’est au tour de l’ISS d’être détruite. Il ne reste plus à Stone que d’emprunter le Soyouz pour rejoindre la station spatiale chinoise. Et le cycle recommence. Je laisse deviner la fin de l’histoire.

Les images sont époustouflantes. On a vraiment l’impression d’être dans l’espace. Par moment, on voit ce que le docteur Stone voit. Et ce grand vide fait peur. Les débris spatiaux amènent le chaos et la destruction et Stone doit perpétuellement réanalyser la situation et trouver un moyen de s’en sortir.

Sandra Bullock est excellente dans ce rôle d’astronaute survivante. Le rôle de George Clooney est plus anecdotique. C’est plutôt le faire-valoir d’une actrice qui supporte entièrement le film sur ses épaules. Et Sandra Bullock assure, comme elle le fait dans tous ses films. Les deux acteurs avaient précédemment joué dans des films de science-fiction. Sandra Bullock, c’était dans Demolition man et George Clooney dans Solaris.

Des erreurs, il y en a, et pas nécessairement sur le plan technique. Par exemple, il est difficile de croire que Kowalski ne vérifie pas la réserve de carburant de son MMU et la réserve d’oxygène de sa combinaison avant de quitter la navette endommagée pour rejoindre l’ISS. On a l’impression qu’il part en piquenique en trainant derrière lui le docteur Stone au bout d’un câble. Cela manque de professionnalisme pour des astronautes censés faire preuve de sang-froid dans des moments critiques. Le MMU qu’il a sur le dos peut être rechargé en azote depuis les réservoirs de la navette spatiale. Tout le monde sait ça quand il va dans l’espace !

gravity3

Sur un plan technique, on a oublié de faire activer les visières pare-soleil. Ces visières dorées qui filtrent la lumière visible et rejettent une partie des rayons ultraviolets et infrarouges, sans quoi les astronautes seraient brulés au visage chaque fois qu’ils regarderaient en direction du soleil. Souvenez-vous de la séquence dans le film Armageddon où l’astronaute devient aveugle parce que sa visière n’avait pas été abaissée. Dans Gravity, on a oublié ce détail ! C’est étonnant, surtout lorsqu’on sait que ces combinaisons spatiales coutent entre 10 et 20 millions de dollars et qu’elles sont faites pour protéger les astronautes.

Un autre détail du film qui pose question, c’est la proximité entre la navette spatiale qui répare Hubble, l’ISS et la station chinoise (qui est l’élément encore à lancer dans l’espace). Le film donne l’impression que ces différents objets lancés par l’homme volent à proximité les uns des autres dans l’espace.

Le film d’Alfonso Cuaron a le mérite d’être très réaliste, même s’il se base sur le syndrome de Kessler. Il rappelle aux humains que l’espace est dangereux et reste un milieu hostile à toute forme de vie. Et que l’humanité doit arrêter de polluer la banlieue terrestre avec des débris appartenant à toutes les missions spatiales et satellites qu’elle envoie. Pour l’instant, cela devient une vraie décharge qui nuit au bon fonctionnement de nouveaux satellites. Il est temps de nettoyer l’espace, si nous voulons continuer à observer et étudier notre planète, et surtout si nous voulons continuer à communiquer.

Au-delà du message que délivre ce film, on a droit à des effets spéciaux tellement bien réussis qu’on se demande s’il s’agit de vraies images de la NASA ou d’images de synthèse. Un film qui vaut pour la qualité de ses images et par l’interprétation de son actrice. Une histoire simple, qui est davantage basée sur l’action et les catastrophes engendrées par les débris spatiaux. Mais une histoire admirablement bien tournée, qui tient en haleine le spectateur. A voir dans tous les cas.

Gravity, réalisé par Alfonso Cuarón, avec Sandra Bullock et George Clooney, 1h31, 2013

image

Galactica (1978)

Battlestar Galactica, c’est dans une salle de cinéma que j’ai découvert ce film en 1978. Il utilisait un système Sensurround qui devait faire trembler les sièges des spectateurs. Je ne me souviens pas avoir ressenti de tremblement, mais seulement un effet sonore. Par contre, sur l’écran j’ai vu un film avec de bonnes idées à exploiter. L’histoire se défendait et les effets spéciaux étaient à la hauteur des moyens investis. Enfin presque… car les trajectoires des chasseurs étaient toujours les mêmes (merci John Dykstra), et les explosions se répétaient. Ce film qui était en fait le pilote d’une série, il annonçait le retour de la science-fiction sur le petit écran. Depuis Star Trek, il n’y avait plus grand-chose qui montrait des vaisseaux spatiaux. L’âge de cristal ou la planète des singes restaient sur Terre, Cosmos 1999 et UFO étaient les seules séries qui prenaient l’espace comme décor. Il faudra attendre le milieu des années 80 pour que Star Trek redémarre, et que V les visiteurs marquent leurs empreintes sur le petit écran, et on en était encore loin.

Glen A. Larson, le producteur de Galactica, avait mis les moyens pour cette série. Chaque épisode dépassait le million de dollars. C’était la première série de science-fiction à couter aussi cher. Les trois premiers épisodes correspondaient au film pilote sorti en salle sous le titre « Galactica, la bataille de l’espace ». En réalité, Galactica n’était rien d’autre qu’un téléfilm de science-fiction que les producteurs essayaient de faire passer pour un grand film. Malheureusement, la différence de qualité s’est rapidement remarquée, et ce film n’eut pas l’impact de Star Wars ni les recettes qui l’accompagnaient. Un deuxième téléfilm vit le jour : Les Cylons attaquent, qui lui aussi était la concaténation de plusieurs épisodes. Bonne ou mauvaise idée pour l’époque ? En tout cas, une tentative de faire passer des épisodes mis bout à bout pour des films. Les spectateurs ne furent pas dupes, et Galactica dût se contenter d’une série télé de deux saisons (1978-1979), qui comprend un total de 24 épisodes de 45 minutes. Après ces deux saisons, Glen A. Larson n’en resta pas là, il produisit la série Buck Rogers au 25ème siècle, série qui s’étala également sur deux saisons, et dont les deux premiers épisodes furent présentés comme un seul film dans nos salles obscures. Là aussi, les mêmes déboires furent au rendez-vous. Mais que raconte Galactica exactement ?

galactica 1

C’est bel et bien du space opera. Dans un secteur galactique très éloigné de la galaxie, douze colonies ont été fondées par la race humaine. Un jour, ces douze colonies sont attaquées par les Cylons, robots créés par une race de reptiles qui ont disparu. La totalité des colonies est détruite et une partie des survivants s’est réfugiée à bord de vaisseaux qui fuient les Cylons. Ces vaisseaux forment une flotte autour du Galactica, seul vaisseau de guerre qui a survécu à l’attaque des Cylons. La sécurité du convoi de fortune est donc assurée par ce seul Galactica commandé par l’amiral Adama, un homme prudent et intelligent. Il faut assurer le ravitaillement d’une flotte hétéroclite de 400 vaisseaux, il faut soigner et nourrir tous les réfugiés embarqués, et il faut surtout trouver du combustible pour le long voyage qui attend cette flotte hétéroclite. Avec l’aide des membres d’équipage du Galactica, Adama doit déjouer les plans des Cylons et éviter de les rencontrer sur le chemin qu’il fait prendre à la flotte. Une fois le traitre découvert (le comte Baltar), les fugitifs doivent se donner un objectif, une destination qui les mettrait à l’abri des Cylons. Adama propose de partir à la recherche de la treizième colonie qui serait sur une planète qui s’appelle la Terre.

En dehors de cette course poursuite entre humains et Cylons, on suit plusieurs personnages différents dont les vies se croisent. Cela va de fugitifs en passant par les enfants de l’amiral Adama, qui sont également militaires à bord du Galactica. On découvre ainsi le capitaine Apollo, fils ainé d’Adama qui est aussi le chef d’escadrille des chasseurs du Galactica. Il est secondé par Starbuck, un pilote très doué, qui a une propension au jeu et aux femmes. C’est le séducteur de service. Boomer, un troisième larron, les accompagnes. Athena, la fille de l’amiral, assure la surveillance et les communications à bord du vaisseau de guerre, et le colonel Tigh est le second de l’amiral qui veille au bon fonctionnement du Galactica. Une belle brochette de personnalités entourée par celle d’un enfant et d’une ancienne prostituée, un chien qui tient plus du jouet technologique, et quelques personnages qui passent comme des guest stars.

On retrouve un vieux Briscard comme Lorne Greene dans le rôle de l’amiral Adama. On l’avait précédemment vu dans la série Bonanza. Richard Hatch et Dirk Benedict jouent Apollo et Starbuck, les deux pilotes principaux de la série. On reverra Richard Hatch en 2004 dans la nouvelle série Battlestar Galactica, mais il n’aura pas le même rôle. Quant à Dirk Benedict, il enchainera avec L’agence tous risques dans laquelle il sera Futé. À noter que Jane Seymour (Serina) apparait dans le pilote et les premiers épisodes de la série, mais comme elle n’avait pas envie de continuer l’aventure son personnage a disparu. On retrouvera aussi Patrick McNee (Chapeau melon et bottes de cuir) dans la seconde saison. John Colicos a le rôle ingrat d’entrer dans la peau du comte Baltar, le traitre de service qui a permis aux Cylons de détruire les colonies et une partie de leur flotte. On avait précédemment vu l’acteur dans Le facteur sonne toujours deux fois.

galactica 2

Chaque épisode de cette série de science-fiction sera l’occasion de découvrir de Nouveaux Mondes, de nouveaux espoirs, de nouveaux pièges à déjouer. Les Cylons continuant d’étendre leur toile pour capturer les fugitifs. Si on oublie le côté clinquant des années 70, cette série mérite mieux que ce qu’elle a eu. Avec le recul du temps, elle a très mal vieilli et seuls les deux téléfilms valent encore la peine d’être vus. Les amateurs se dirigeront vers la série de 2004 qui est beaucoup plus intelligente et qui fait appel à des effets spéciaux du meilleur tonneau.

Dans la deuxième saison, le Galactica découvre enfin la 13ème colonie. Il s’agit de la Terre de la fin du 20ème siècle, une Terre dépassée technologiquement par la flotte de fugitifs qui arrive. Surprise pour les héros de cette série autant que pour les spectateurs qui s’attendaient davantage à voir une Terre du futur. Les producteurs ont sans doute trouvé moins onéreux de situer la série à l’époque où elle a été tournée. Bon, c’est un choix qui ne changeait rien au déclin de la série.

En dehors des costumes dignes d’un cirque, et des décors qui donnent l’impression d’être à Las Vegas, cette série avait des effets sonores qui tapent sur le système des spectateurs. Effets repris dans la série Buck Rogers. Le synthétiseur des lasers ou le “By your command” des Cylons est lourd. Il ne manquait plus que les drôles de dames pour faire un concours de brushing avec les actrices de la série. Ceci dit, il y avait beaucoup d’idée dans cette série. À voir, mais pas nécessairement à revoir.

Battlestar Galactica, créé par Glen A. Larson, 1978-1979, 24 épisodes et 2 téléfilms.

Casting : Richard Hatch (Captaine Apollo), Dirk Benedict (Lieutenant Starbuck), Lorne Greene (Amiral Adama), Herb Jefferson Jr. (Lieutenant Boomer), Laurette Spang (Cassiopeia), Terry Carter (Colonel Tigh), John Colicos (comte Baltar), Tony Swartz (Flight Sergent Jolly), Maren Jensen (Athena), Noah Hathaway (Boxey), David Greenan (Omega)

Galactica la bataille de l'espace  1978

Destination Mars – Marc Bailly

Pour Destination Mars, Marc Bailly avait contacté plusieurs auteurs. Comme il avait déjà lu plusieurs de mes nouvelles, il m’a proposé d’en écrire une, qui plus tard a été retenue. Par la suite, Marc Bailly m’a demandé d’écrire un essai sur Mars dans la littérature imaginaire, avec une contrainte sur le nombre de signes. J’aurais certainement voulu écrire un essai beaucoup plus long et exhaustif, mais les impératifs de l’édition ne le permettaient pas. J’ai dû faire des choix. Curieusement, une partie du texte s’est perdu dans les méandres du Web. Partie qu’on retrouvera si les éditions du Riez rééditent le livre. En attendant, je propose la partie manquante à la fin de cet article (avec la bénédiction de Marc Bailly et des éditions du Riez).

Pour cette anthologie, Marc Bailly a fait appel à des auteurs connus comme à des nouveaux, gardant ainsi un juste équilibre dans le choix des textes. Tous sont francophones. Il a sélectionné 12 nouvelles qui vont du thriller en passant par la politique, l’écologie ou la hard science. C’est très diversifié.

Les douze nouvelles sont accompagnées de deux essais qui permettront aux lecteurs d’approfondir leur connaissance littéraire ou filmographique sur Mars. Ils ne sont pas exhaustifs, mais suffisamment documentés pour que le lecteur y trouve de quoi continuer son exploration de la planète rouge.

Une chose que j’aime bien dans les anthologies de Marc Bailly, c’est qu’avant chaque nouvelle il présente chaque auteur. Présentation suivie d’un court chapitre sur les raisons qui ont poussé l’auteur à écrire le texte qui suit (je peux affirmer qu’il n’avait pas un phaser sur la tempe pour écrire).

Les nouvelles

Brice Tarvel Le Syndrome martien – Des terriens découvrent les martiens, sorte de grandes cocottes roses, qui les forceront à se jeter dans la lave. Étrange nouvelle, dont l’écriture fait penser aux chroniques martiennes de Ray Bradbury. Brice Tarvel continue à m’étonner en passant indifféremment d’un genre à un autre.

Jean-Louis TrudelLes sculpteurs de Mars – Sauvetage sur Mars et sculpture martienne.

Dominique DouayCelui qui attend – Exploration qui commence à quatre et qui finit à un. Les pensées d’un rescapé.

Jean-Pierre AndrevonLe caillou de Mars – À la fois triste et ironique, cette nouvelle parle de l’épidémie mortelle qui décima la population sur Terre après la première expédition martienne.

Gulzar JobyMars l’ancienne – Nouvelle qui nous parle d’un projet d’envoyer des personnes sur Mars, mais sans possibilité de retour. C’est bien écrit, un peu trop long, et cela met en scène deux vieux couples qui vont se rendre sur la planète rouge, ce qui servira les politiques restés sur Terre.

Jonas LennLe Gaucho de Mars – Un artéfact découvert, et un personnage principal contaminé par une entité extraterrestre. Premier contact, mais sur la planète rouge.

Hugo Van Gaert118 heures avant la fin – Très courte nouvelle qui propose un dialogue entre un capitaine de vaisseau et son ordinateur de bord. N’est pas capitaine celui qui croit l’être. Fort éloigné du sujet martien.

Marc Van BuggenhoutRestez chez vous – Et si Mars était une station balnéaire dans une grande confédération galactique ? Les images que nous recevons sur Terre sont falsifiées de telle sorte que nous ne cherchons pas à nous y rendre. Le problème c’est qu’au 21ème siècle, deux missions européennes et asiatiques font route vers Mars, et dès qu’elles poseront un pied, tout ce qui a été construit appartiendra aux terriens.

Jean-Jacques GirardotLes chants de Mars – Les chants de Mars mélange plusieurs genres : le steampunk et le space opera, mais étalé sur des milliards d’années. On dirait qu’Olaf Stapledon est passé par là, mais avec une connaissance culturelle plus approfondie, car on y parle aussi de Mozart et de Chris Rea.

Thierry Di RolloAube dernière – Mars fantasmé par Di Rollo, prétexte pour nous parler de la mort d’une mère.

Frank RogerCiel rouge, sable rouge – Entre politique et terrorisme, cette nouvelle nous relate des événements sur Mars qui ressemblent étrangement à ceux que la Terre a déjà connus. Les colons répèteraient-ils les erreurs du passé faites sur Terre. Sur Mars, un président du Conseil et sa fille qui milite pour retrouver une planète Mars d’avant la colonisation. Pas mal !

Daniel WaltherOlympus Mons – L’ascension du mont Olympe par John Carter. Oui, mais fallait-il qu’il meure d’une crise cardiaque à la fin ? À moins que ce ne soit pas le vrai John Carter.

Essais

Marc Van BuggenhoutMars dans la littérature – Cet essai reprend les livres ou cycles les plus représentatifs concernant la planète Mars. Cela va du 19ème siècle à notre époque. Les livres sont regroupés par thème (expéditions, invasions, les martiens).

Jean-Pierre AndrevonMars au cinéma – C’est une visite guidée que nous propose Jean-Pierre Andrevon. D’abord avec un historique des adaptations cinématographiques concernant Mars, ensuite avec une filmographie très détaillée.

J’ai bien aimé cette anthologie (pas parce que je suis dedans). La planète Mars a toujours été une des destinations favorites des auteurs de science-fiction. La planète rouge fait rêver. Marc Bailly et les éditions du Riez ont eu la bonne idée de faire une anthologie sur ce qui sera le prochain défi technologique et humain de ce siècle.

Une seule critique à formuler sur cette anthologie, l’absence de numéros de page dans le sommaire. Ce n’est pas grand-chose, mais cela simplifierait la vie aux lecteurs qui ne veulent pas lire les textes dans l’ordre qu’a choisi Marc Bailly.

Belle couverture de Pierre le Pivain qui colle parfaitement à l’anthologie.

Destination Mars est une bonne anthologie, très variée. Inégale à plus d’un titre, avec une brochette d’auteurs qui avaient un point commun : nous présenter leur vision de la planète Mars. J’espère que d’autres anthologies du même genre verront le jour.

Destination Mars, anthologie de Marc Bailly, Éditions du Riez, 2013, illustration de Pierre Le Pivain, 339 pages

destination-mars-riez

***

Voici la partie manquant dans l’anthologie de l’essai  Mars dans la littérature :

Le gouffre financier que représente une mission martienne à l’heure où bon nombre de pays subissent la crise économique fait reculer l’événement qui devrait être le plus important du siècle. Le premier pas de l’homme sur Mars est sans cesse postposé, faute d’argent et de volonté politique. Le défi est à la fois technologique et psychologique. Technologique, car il faut construire un vaisseau capable de faire l’aller-retour entre la Terre et Mars. Il devra accueillir un équipage qui devra y vivre six mois à l’aller et au retour. Psychologique, car la promiscuité des membres d’équipage ne doit pas engendrer de dissensions, mais une collaboration étroite. Quant au vaisseau, il devra contenir un module d’atterrissage et probablement l’un ou l’autre satellite qui permettra une meilleure communication et géolocalisation sur la planète rouge. Et puis, il faudra déployer assez de matériel pour construire une base pour les astronautes. On ne sait pas encore combien de temps ils passeront, ni combien ils seront sur la planète rouge, mais ce sera sans commune mesure avec ce qu’on a vu lors des missions Apollo. La mission d’exploration sur le sol de la planète rouge durera certainement plusieurs semaines, voire quelques mois. Il faut rentabiliser le coût d’un tel projet. Les astronautes qui un jour fouleront le sol rouge ne pourront pas se contenter de faire quelques pas et quelques expériences. On peut supposer que l’investissement intellectuel et financier aura des retombées économiques et technologiques importantes pour l’humanité.

Si les différentes agences spatiales étudient la question, ce sont surtout les auteurs de science-fiction qui développent le mieux les idées fondamentales pour un projet qui consiste à amener un homme sur Mars. On doit à plusieurs auteurs de hard-science une vision réaliste de ce que sera cette mission. On compte parmi ces auteurs, Arthur C. Clarke, Kim Stanley Robinson, Ben Bova et Stephen Baxter.

Arthur C. Clarke, dans son livre Les sables de Mars nous montre une des premières colonies installées. Sur Mars. Un journaliste est envoyé pour y relater le quotidien des explorateurs. Il découvre une colonie martienne où l’amabilité n’est que façade. En fait, il est l’intrus et est toléré par les colons. Lors d’une exploration, il va découvrir l’existence de martiens, sorte de petits kangourous à l’intelligence similaire. L’un d’entre eux va devenir son ami, ce qui rendra le journaliste plus populaire au sein de la colonie. Tandis qu’il participe au travail quotidien de la colonie, on va lui révéler qu’une des lunes est en train d’être adaptée pour devenir soleil artificiel autour de la planète rouge. La colonie veut son indépendance par rapport à la Terre. Le livre Les sables de Mars est le premier du genre. C’est une approche pas trop naïve de la colonisation de Mars, qui date tout de même de 1951.

On retrouve la planète rouge chez Arthur C. Clarke dans Maelstrom, le tome 2 de son cycle Base Vénus. Cycle qui est en fait une concaténation de plusieurs nouvelles de Clarke, adaptées par Paul Preuss. Dans ce livre, après la découverte d’un morceau de métal, vieux de plus d’un milliard d’années, dans les sables de Mars, on retrouve son héroïne Sparta, à la poursuite d’un ami d’enfance. Mars n’est ici qu’un décor parmi d’autres. Car avec ce cycle, Clarke nous fait visiter tout le système solaire.

Kim Stanley Robinson va plus loin que Arthur C. Clarke. Il nous propose une trilogie sur Mars (Mars la rouge, la verte, la bleue), qui va de la colonisation de la planète rouge à sa terraformation. Un quatrième tome Les martiens est un recueil de nouvelles qui complète la trilogie.

La trilogie montre un futur où l’homme a déjà posé son pied sur la planète rouge. L’Arès, un grand vaisseau emmène cent colons vers Mars, et à son bord se trouve l’homme qui a marché sur Mars. Le voyage durera un an et il sera à sens unique. Ils ne reviendront pas et il leur faudra s’adapter à la planète Mars, ou adapter la planète Mars à eux. Mais cette dernière solution ne plait pas à tout le monde et engendre des conflits. Commence alors un long travail de construction, poussé par l’exode d’autres colons qui fuient une Terre surpeuplée. Cette colonisation aiguise évidemment l’intérêt des multinationales terriennes, qui y voient une manne financière importante.

Tandis que Mars se terraforme et cherche son indépendance, la Terre connait la surpopulation et des catastrophes naturelles. Une chaine de volcans en éruption a fait monter le niveau des eaux.

Cette trilogie est longue et aborde tous les aspects, que ce soit humain, technologique, politique, écologique. Elle est suivie d’un recueil de nouvelles qui se passe dans les blancs laissés libres de la trilogie. Un cycle de référence.

Avec Mars, Ben Bova propose une science-fiction plus classique, plus hard science. Il présente la première expédition humaine vers la planète Mars. Ce qu’elle devrait être encore ce siècle-ci. L’histoire est parsemée de flashbacks qui concernent la sélection des membres d’équipage. En dehors de son aspect technique, ce livre se focalise davantage sur l’aspect psychologique ou humain d’une telle expédition. Ce livre est sorti avant la trilogie de Kim Stanley Robinson, mais a été publiée en français bien après celle-ci.

Ben Bova écrira une suite Retour sur Mars qui se passera six ans plus tard. L’histoire est davantage calquée sur le projet Mars Direct présenté à la NASA par Robert Zubrin en 1981.

Voyage de Stephen Baxter est une uchronie qui se passe dans les années 70 et 80. Kennedy n’a pas été abattu à Dallas, et la NASA ne se contente pas de mettre un pied sur la Lune. Plutôt que d’explorer le système solaire avec des sondes, l’humanité se focalise sur Mars. La prochaine étape spatiale sera la planète rouge et l’année de cet événement sera 1986.

Baxter nous conte une mission spatiale dans ces moindres détails, depuis la conception de la mission, en passant par le choix des technologies, l’incertitude de la mission, l’inquiétude du lancement, l’ennui du voyage, l’exaltation de l’objectif enfin atteint, et le retour sur Terre. C’est un roman de hard science comme Baxter sait le faire. Le livre, assez épais, reste très cohérent avec la technologie de l’époque. Il n’est pas certain qu’à notre époque on s’y prendrait de la même manière. En tout cas, Baxter reste en phase avec les programmes spatiaux de l’époque. Une référence, un livre à comparer avec celui de Ben Bova.

Références littéraires

Plutôt que de donner une liste de livres de science-fiction sur la planète Mars, je donne ici quelques références que le lecteur pourra approfondir.

  • Mars & SF (http://gotomars.free.fr/marsintro.html)
    Ce site est une vraie mine d’informations consacrée à la planète rouge et à la science-fiction. Les références que je pourrais donner sont pratiquement toutes sur ce site. Donc, commencez par-là votre exploration de la planète rouge.
  • Guerre des mondes ! de Jean-Pierre Andrevon (Les moutons électriques)
    Essai consacré au livre de H.G. Wells et à toutes ses adaptations littéraires, illustrées et cinématographiques. Cet essai est vraiment exhaustif sur la guerre des mondes.
  • Destination Mars de Alain Dupas (Solar)
    Livre de vulgarisation scientifique entièrement consacré à Mars. Cela va de la mythologie jusqu’aux futures missions d’explorations spatiales.
  • L’homme sur mars de Charles Frankel (Dunod)
    Un livre consacré à la préparation et à la réalisation d’une mission humaine sur Mars. Une mission, comme si on y était.

Il était impossible d’être exhaustif en écrivant cet article. J’ai donc dû me résoudre à parler des auteurs qui ont écrit des livres et pas des nouvelles sur Mars. J’ai par exemple éliminé Les sables de Mars d’Isaac Asimov, Total recall de Philip K. Dick. J’ai également fait l’impasse sur des livres comme Les conquérants de l’univers de Richard Bessiere, Roi de l’espace de Captain W.E. Johns, Ilium et Olympos de Dan Simmons, L’envol de Mars de Greg Bear ou Le grand livre de Mars de Leigh Brackett. On le voit, ce n’est pas les livres de science-fiction qui manquent sur Mars.

Mars reste pour l’instant un rêve inaccessible pour l’homme, mais pas pour l’humanité. Les sondes et les robots sont les seuls à pouvoir s’y rendre. Le premier homme, et pourquoi pas la première femme, devra encore attendre quelques décennies avant de pouvoir poser le pied sur Mars. En attendant, la science-fiction représente le seul moyen pour chacun de se rendre sur la planète rouge.

Marc Van Buggenhout

Man of steel (film)

Pour les 75 ans de Superman, on a droit à une nouvelle aventure du Kryptonien le plus célèbre. Avec Zack Snyder aux commandes de ce sixième opus. Un film qui ne laisse pas indifférent le spectateur, mais aussi l’amateur de Comics, car le mythe est revisité complètement au point que celui-ci est considéré comme un reboot.

MAN OF STEEL

Dès le départ on est sur Krypton, la planète d’origine de Superman/Clark Kent/Kal-El. Une Krypton tout droit sortie d’un univers de fantasy, avec des dragons-libellules (c’est comme ça que je les surnomme). On y mélange des hommes en armures et de la haute technologie. On a l’impression que le réalisateur a lorgné du côté de chez Thor. Le design de la technologie kryptonienne est compliqué, peut-être même un peu trop, mais ce n’est qu’un détail.

Une séquence nous montre Clark Kent en train de sauver des vies. Jusque-là, tout va bien. Le problème, c’est qu’il a une barbe et des longs cheveux. Et on sait tous que la barbe de Superman ne pousse pas sur Terre. Comme le réalisateur a-t-il fait pour laisser passer une telle bourde ?

L’histoire est relativement classique et fait penser aux deux premiers Superman avec Christopher Reeve. Clark Kent apprend à devenir Superman, et doit affronter le général Zod, un Kryptonien comme lui. La Terre est en danger, et Clark n’a pas d’autre choix.

On peut être étonné de ne pas voir de référence à Lex Luthor. L’ennemi attitré de Superman n’est pas présent dans ce film. Pas plus qu’on ne parle de kryptonite. À la place, on a droit à Zod, un super méchant qui a les mêmes origines que Superman. Ce Zod est beaucoup plus dangereux que celui dans Superman II, mais moins retord que celui de Smallville. Reste que c’est un vrai épouvantail pour l’humanité tout entière.

mos-2

Le film bénéficie d’une belle distribution. Kevin Costner (Jonathan Kent), Diane Lane (Martha Kent), Russel Crowe (Jor-El), Laurence Fishburne (Perry White), Christophe Meloni (Colonel Hardy), Michael Shannon (Zod) pour n’en citer que quelques-uns. Ils encadrent Henry Cavill qui a endossé le costume de Superman, et Amy Adams qui nous donne une nouvelle version de Loïs Lane, cette charmante journaliste qui met son nez partout.

Au début du film, on a tendance à comparer chaque acteur/personnage à ceux qu’on a déjà vus dans les films précédents. On ne peut s’empêcher de penser à Christopher Reeve qui représentait le Superman idéal. Mais Henry Cavill arrive à faire oublier les anciennes prestations du personnage. Il donne une image moderne du héros, et apporte un nouveau visage à celui-ci (ainsi qu’un nouveau costume). Sa palette d’émotions est encore réduite à l’écran, ce qui freine un peu l’empathie du spectateur pour le personnage de Superman. Mais au fil de l’histoire, si on accepte ce changement d’acteur, on commence à apprécier ce nouveau Superman. Certaines séquences du film montrent la sensibilité du personnage, principalement lorsqu’il se préoccupe de ses parents adoptifs, ou lorsque Lois Lane vient le rassurer. Oui, ce Clark Kent a une chance de devenir le reporter qu’on aime, mais il doit encore faire ses preuves. Et ce n’est qu’à la fin du film qu’il entre au Daily Planet. Donc, il faut lui laisser une chance de nous convaincre.

Loïs Lane se démarque de ses prédécesseurs. Amy Adams se substitue à Margot Kidder (Superman I, II, III et IV), Teri Hatcher (Loïs et Clark) et Erica Durance (Smallville) qui sont les trois meilleures interprètes du rôle. Si l’actrice apporte une certaine fraicheur, elle ne se démarque pas pour autant des trois autres. J’aurais tendance à dire que c’est Teri Hatcher et Erica Durance qui incarnent le mieux la journaliste du Daily Planet. Ce qu’on attend de Loïs Lane, c’est qu’elle prenne des risques, qu’elle attire les problèmes, et surtout qu’elle soit subjective au point de penser que tout tourne autour de sa personne, sans parler d’une dose d’autodérision et un côté déjanté qui font son charme. Ici rien de cela. On est face à une jeune femme moderne qui prend des risques, mais qui est un peu trop rapidement au courant de l’identité de Superman. Amy Adams fait largement mieux que Kate Bosworth dans Superman returns, mais elle manque encore de charisme. S’il y a un deuxième opus, espérons que son personnage sera plus développé. Ceci dit, Amy Adams me fait penser à un mélange entre Nicole Kidman et Charlize Theron, deux actrices oscarisées. Donc dans le futur j’attends beaucoup de cette actrice.

La présence de Kevin Costner, Diane Lane et Russel Crow est évidemment trop courte dans un aussi long film. On aurait voulu les voir davantage, surtout que leurs interprétations sont excellentes.

mos-3

Dans l’ensemble, le film n’est pas trop long avec ses 143 minutes. Dans sa première partie, il nous explique comment Kal-El est arrivé sur Terre et a été adopté par les Kent. Dans sa seconde partie, c’est le combat contre le général Zod qui est mis en évidence. Une débauche d’effets spéciaux vient aveugler le spectateur. Même si les scènes de bataille sont plus réalistes que dans les Superman précédents, ce film tend à emprunter la même voie que les Avengers ou Star Trek Into Darkness, c’est-à-dire peu d’histoire et beaucoup de batailles et d’effets spéciaux. C’est une mode qui commence un peu à lasser le spectateur.

Ceci dit, à la sortie du film, on n’est pas mécontent. Ce Superman pourrait en effet être le premier d’un cycle. Comme la mode est aux trilogies, rien n’est impossible.

Y a-t-il des choses qui ne m’ont pas plu dans ce film ? Oui, les tons sombres des images, mais aussi du costume de Superman. On dirait qu’il est en permanence sorti d’une mine de charbon. C’est tout le contraire de ce qu’on attend de lui, car Superman est un personnage flamboyant, et pas sombre comme l’est Batman. Ce que je n’ai pas trop apprécié non plus, c’est son identité rapidement révélée. Trop rapidement, surtout pour Loïs Lane. Le début du film donne l’impression de voir de la fantasy, quelque chose entre Thor et Star Wars, avec des sortes de dragons-libellules. Très dérangeant pour ceux qui s’attendent à voir une planète de glace au bord de l’apocalypse. Ce sont de petits détails qui sont agaçants au départ, puis qu’on oublie en se disant qu’on est dans un reboot qui réinvente le mythe de Superman. Ah oui, j’oubliais ! Une partie du film est construite sur des flashbacks. Je ne suis pas certain que c’est ce que les spectateurs aiment le plus.

Dans l’ensemble, un bon film, à mettre dans la même catégorie que ceux sur les héros de Marvel (Iron man, Spiderman, Thor, Hulk, X-men, Captain America). Mais cela reste de l’action, trop d’actions. Ce film est meilleur que Superman returns, et les personnages sont beaucoup plus intéressants. Reste à savoir si ce nouvel univers va être développé à travers des suites ou des séries parallèles qui mettraient en œuvre d’autres héros de DC Comics. À voir, et même à revoir.

Man of steel, 2013, réalisé par Zack Snyder, avec Henry Cavill, Amy Adams, Michael Shannon, Diane Lane, Kevin Costner, Russell Crowe? Laurent Fishburne, Christopher Meloni, 143 minutes

Man of steel