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L’empereur de l’espace – Edmond Hamilton

Voici la première aventure écrite en 1940 du cycle Capitaine Futur de Edmond Hamilton. C’est les éditions du Bélial qui nous font découvrir (ou redécouvrir pour ceux qui l’ont lu en anglais), les aventures du capitaine Futur. Un deuxième tome est sorti en même temps que L’empereur de l’espace, c’est A la rescousse. Pour ceux qui l’ignorent, le Capitaine Futur a été adapté en dessin animé en 1979 sous le nom de Capitaine Flam.

On doit cette nouvelle traduction à Pierre-Paul Durastanti, qui a l’habitude de nous proposer des classiques oubliés de la science-fiction (Les vandales du vide, Miro Hertzel, etc.) pour notre plus grand bonheur.

Edmond Hamilton est un pionnier du space opera et de l’aventure spatiale. On lui doit Les rois des étoiles, Les loups des étoiles, Hors de l’univers, Les voleurs d’étoiles, pour ne citer que quelques livres de l’auteur. C’est de la science-fiction épique dans laquelle l’action et l’aventure priment sur la véracité scientifique. Ce qui correspond à nos lectures de notre enfance ou adolescence. Le principal, c’était de lire un bon roman de science-fiction, et pas de savoir si Jupiter était une planète viable pour l’homme.

Ce premier tome des aventures du Capitaine Futur, alias Curt Newton, permet de découvrir les origines du personnage. On pourrait presque le comparer à Flash Gordon, mais en plus posé, plus intelligent, mieux entouré, dont la vocation est de protéger le système solaire.

On découvre que Roger Newton était un brillant biologiste qui travaillait avec Simon Wright. Les deux hommes travaillaient sur des intelligences artificielles et la possibilité d’en faire des créatures intelligentes et artificielles. Mais Wright était trop vieux et pour le garder en vie, Newton a dû transférer son cerveau dans une sorte de boite métallique transparente. Pour se soustraire aux menaces externes, Newton et sa femme, ainsi que Wright ont continué leurs expériences sur la Lune. D’abord ils ont créé Grag le robot, et ensuite Otho qui avait une apparence plus humaine, mais qui a la capacité de prendre d’autres apparences. Au même moment, l’épouse de Newton mettait au monde un petit garçon qui s’appelait Curt, et qui deviendrait plus tard le capitaine Futur. Lorsque Newton et sa femme furent tués, les deux robots s’occupèrent de l’enfant, assistés par Simon Wright. Ils lui apprirent tout ce qu’ils savaient et le formèrent dans plusieurs domaines. C’est là que Curt Newton deviendra petit à petit le capitaine Futur.

Lorsqu’il y a un nouveau danger dans le système solaire, le président de la Terre envoie un signal au capitaine Futur pour lui demander son aide. Vous ne trouvez pas que ça fait un peu bat-signal ? Sauf qu’ici le signal est envoyé vers la Lune. Et le Capitaine Futur sort de sa bat-cave… pardon de son labo lunaire, accompagné de Simon Wright, de Grag et Otho.

Suite à une épidémie inconnue qui fait régresser les humains au point de redevenir des animaux, le président découvre que c’est l’œuvre de l’empereur de l’espace. Un être dont personne ne sait rien, qui se cache derrière un déguisement sombre et qui a la capacité de se dématérialiser. Il n’a d’autre solution que de demander l’aide du capitaine Futur, qui va directement se mettre à la recherche de cet empereur de l’espace. Lui et son équipe vont aussi essayer de trouver un antidote à ce fléau qui se répand dans le système solaire. Voilà dans les grandes lignes le début de ce roman.

J’ai évité de faire le parallèle entre le livre et le dessin animé Capitaine Flam. L’empereur de l’espace correspond aux premiers épisodes et suit presque le livre. Grag est devenu Crag, Otho est devenu Mala, le vaisseau Comète est devenu le Starlabe. Le dessin animé situe l’histoire sur Mégara alors que dans le roman c’est sur Jupiter. Comme on fait abstraction des lieux et de la technologie, cela n’a pas une très grande importance.

En tant que lecteur, il faut juste se familiariser avec des termes qui ont parfois un charme désuet : voiture-fusée, avion-fusée, lunettes fluoroscopiques, rayon protonique, immatérialiseur, foudroyants.

Je ne sais pas si le Bélial envisage d’éditer l’ensemble des histoires liées au Capitaine Futur. Si c’est le cas, c’est une belle initiative que je suivrai de près, car à l’adolescence les livres de Edmond Hamilton m’ont marqué comme beaucoup de lecteurs de ma génération. Je pense qu’un format Omnibus qui reprend 5 ou 6 aventures serait préférable. Le cycle comprend 17 histoires précédemment sorties dans Captain Future Magazine, et 10 autres histoires dans Startling Stories. Il y a donc assez de matière pour en faire des omnibus, comme chez Haffner Press.

Ceci dit, c’est une belle initiative d’éditer enfin en français ce héros de science-fiction qui nous avait échappé dans la langue de Molière, si ce n’est sous forme de dessins animés. À notre époque, on peut cataloguer cette science-fiction dans la catégorie jeunesse. Mais au milieu du vingtième siècle, ces histoires faisaient le bonheur des lecteurs de pulps. Il faut donc lire avec un certain recul ce premier tome du capitaine Futur, se mettre dans la peau du lecteur de l’époque qui était plus émerveillé qu’aujourd’hui.

Et puis, n’oublions pas que Edmond Hamilton a contribué de manière significative à la science-fiction d’aujourd’hui. Star Wars en est un bon exemple. Il faut se souvenir que Leigh Brackett, l’épouse de Edmond Hamilton était aussi auteur de science-fiction et on lui doit le scénario de L’empire contre-attaque.

Donc, si l’envie vous vient de découvrir les auteurs de science-fiction qui sont à l’origine du genre, en voici un bon exemple. L’empereur de l’espace de Edmond Hamilton se laisse lire. Belle initiative du Bélial et de Pierre-Paul Durastanti en particulier.

L’empereur de l’espace, Edmond Hamilton, Le Bélial, 2017, 203 pages, traduit par Pierre-Paul Durastanti, illustration de Philippe Gady

L'empereur de l'espace - Edmond Hamilton

 

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Fidèle à ton pas balancé – Sylvie Lainé

Depuis trois décennies Sylvie Lainé apporte sa pierre à l’édifice imaginaire et science-fiction en particulier. Même si elle n’a pas commis de roman et préfère écrire des nouvelles, elle représente une auteure majeure de la science-fiction francophone. À la différence d’autres auteurs, elle a suscité l’intérêt et la passion à travers des textes courts. Et le temps passant, elle a toujours suivi une voie qui lui était propre, pas influencée par les autres auteurs.

Lire une de ses nouvelles est toujours un vrai bonheur. Et « Fidèle à ton pas balancé » reprend 26 textes qui ont amené les lecteurs dans d’autres contrées de l’univers. On lui doit quatre recueils de nouvelles édités par ActuSF :

  • Le miroir aux éperluettes
  • Espaces insécables
  • Marouflages
  • L’opéra de Shaya

Ces quatre recueils sont entièrement repris dans cette nouvelle anthologie, et même complétés par sept nouveaux textes. J’invite le lecteur à retrouver les chroniques précédentes pour les quatre recueils sur mon blog ou sur Phénix Mag.

Dans cette chronique, je vais davantage me focaliser sur les nouveaux textes :

Mélomania – Cette nouvelle aborde le domaine du remplacement d’organe humain. Lorsqu’on a un frère qui est devenu manchot après un accident de voiture, rien de plus facile que de se faire pousser un autre bras sur son propre corps, pour ensuite le faire greffer chez le frère. Le problème c’est que le bras et la main sont devenus des virtuoses du clavier, et que l’idée de s’en séparer est hors de propos.

Sirius m’était compté – Et si votre chien préféré était recréé tous les jours ? Vous payez 30 jours de clonage et on vous fait une promotion de 40 jours. Soit 10 jours de bonus. De plus, vous pouvez étaler ces 40 jours sur une période plus longue. Le seul problème, c’est que ça vous coute la peau des fesses.

Le printemps des papillons – Et si on utilisait des papillons comme moyen de communication, en inscrivant des messages sur leurs ailes ?

Le karma du chat —La domotique est très présente dans cette nouvelle, au point que les objets de la maison décident eux-mêmes de ce qu’ils vont faire, jusqu’au chat qui n’est pas tout à fait naturel. La quiétude laisse soudain la place à une sorte de chaos orchestré par des intelligences artificielles, que les propriétaires n’arrivent pas à maitriser. Cette nouvelle est pleine d’humour et devrait faire prendre conscience que la domotique risque à terme de connaitre des dérives. Très amusant comme nouvelle.

Temps, bulle et patchouli — Sous une bulle représentant un modèle réduit, on assiste à la création de l’univers.

Toi que j’ai bue en quatre fois — Se faire le grand flash eroticomane, c’est tout un programme ! Quatre éprouvettes contenant des liquides de différentes couleurs vont permettre de faire un trip érotique qui va s’étaler sur deux heures. En fait, chaque couleur à une signification particulière. Pas mal comme nouvelle. On aurait presque envie que les quatre fluides existent.

Petits arrangements intergalactiques (Verso) – Cette nouvelle est le pendant de Petits arrangements intergalactiques. La différence, c’est que l’histoire est racontée du côté Groc plutôt que du côté humain. Si la communication (ou l’absence de communication) est au cœur de cette nouvelle, elle n’en reste pas moins originale et cocasse.

Parmi les autres nouvelles précédemment publiées, plusieurs d’entre elles m’ont marqué. Je pense à : La bulle d’Euze, Un signe de Setty, Carte blanche, Les yeux d’Elsa, L’opéra de Shaya, Un amour de sable. Nouvelles parfois sensibles, parfois surprenantes, parfois amusantes.

Petits arrangements intergalactiques et sa suite (Verso) mérite aussi une attention particulière, car les deux nouvelles racontent la même histoire vue par des personnages différents.

Comme d’habitude, dans les nouvelles de Sylvie Lainé on va à l’essentiel des personnages, des lieux ou des situations dans lesquels ceux-ci se retrouvent. La technologie est présente, mais sans ennuyer les lecteurs avec des détails qui n’apporteraient rien de plus à l’histoire. Chaque nouvelle provoque le dépaysement. Une situation simple et évidente peut se transformer en situation complexe et dangereuse.

La prose de Sylvie Lainé ne m’a jamais laissé indifférent, au contraire. J’ai aimé la lire tout au long de ces années et si j’ai pris gout à lire des nouvelles c’est grâce à elle. Comme je l’ai dit précédemment, Sylvie Lainé apporte une note de littérature à la science-fiction, rendant le genre encore plus ouvert à des lecteurs qui osent sortir des sentiers battus de la littérature.

Le titre du recueil correspond à la dernière nouvelle du livre. Si je trouve le titre original, ce n’est pas nécessairement ce titre que j’aurais choisi, mais plutôt « Le chemin de la rencontre », car des rencontres, on en fait à chaque nouvelle. C’est même le moteur essentiel de chaque nouvelle. Que ce soit des rencontres entre humains ou avec des extraterrestres, elles sont toujours au cœur de chaque texte. Parfois elles nous surprennent, parfois elles nous font sourire. Dans tous les cas, elles sont empreintes d’une certaine sensibilité qui se ressent au fil des pages.

À noter que dans « Fidèle à ton pas balancé » on a droit à une préface écrite par Sylvie Lainé, alors que dans les quatre recueils précédents c’est Jean-Claude Dunyach, Catherine Dufour, Joëlle Wintrebert et Jean-Marc Ligny qui l’ont rédigée. Je ne veux pas dire par là qu’elle boucle son œuvre, mais que cette anthologie mérite de sa part une préface.

On pourrait me reprocher que cette chronique est plus subjective que mes chroniques précédentes. Si c’est le cas, je l’accepte volontiers, car Sylvie Lainé est vraiment une auteure majeure de la science-fiction, qui mérite que je lui apporte une attention plus particulière. Comme je l’ai d’ailleurs cité sur un autre média, lire « Fidèle à ton pas balancé », c’est un peu comme boire un grand vin. On prend son temps pour le déguster et pour apprécier tout son arôme.

Je dirai donc aux lecteurs qui veulent connaitre l’œuvre de Sylvie Lainé, ou aux amateurs avertis qui veulent approfondir son univers de lire ce recueil de nouvelles qui reprend trois décennies d’écriture. C’est une perle qu’il faut avoir dans sa bibliothèque et qu’il faut évidemment avoir lue.

Fidèle à ton pas balancé, Sylvie Lainé, ActuSF, 2016, 484 pages

Sylvie Lainé - Fidèle à ton pas

La maison d’acier – David Weber

Le cycle Honor Harrington écrit par David Weber s’est enrichi d’un guide de l’univers de la série et d’un court roman. J’avais précédemment eu la version anglaise de ce livre, pour pouvoir consulter les informations techniques et historiques de « l’Honorverse ». Mais je ne m’étais pas attelé à la lecture du roman qui précède ce guide. Erreur que je viens de corriger avec la version française publiée par l’Atalante.

Ce livre est uniquement fait pour les fans du cycle. C’est la référence pour toute personne qui veut connaitre les données techniques des vaisseaux, la personnalité des différents acteurs de ce cycle, la politique menée par les différentes puissances spatiales, les différentes technologies utilisées, etc. En somme, tout ce qui a pu être lu précédemment dans ce cycle est ici résumé et classé. Je ne vais donc pas m’appesantir sur ce qui est censé être connu par les fans du cycle.

La maison d’acier est un roman à ne pas négliger. Il précède le cycle Honor Harrington et se focalise sur le roi Roger Winton III, le père de la reine Elizabeth III. On suit l’héritier du trône depuis qu’il est lieutenant de vaisseau dans la flotte royale manticorienne, jusqu’à ce qu’il prenne la succession de sa mère pour devenir roi, puis jusqu’à son décès. L’histoire s’étale sur plusieurs décennies, pendant lesquels Roger assiste lentement à la montée en puissance de la République populaire de Havre, qui annexe petit à petit les systèmes stellaires voisins et devient une menace de plus en plus grande pour Manticore.

À travers des projets mis en place avec l’aide de sa mère, et de Jonas Hadcock (son meilleur ami et son futur beau-frère), Roger va participer à la création d’une force capable de rivaliser avec la RPH. Cela va prendre des décennies. D’abord en intégrant ArmNav et en travaillant avec Hadcock, ensuite en devenant souverain et en infléchissant la politique défensive de Manticore. C’est là que son vœu de créer une maison d’acier pour Manticore prend tout son sens. Roger devra composer avec les rivalités politiques au sein de son propre système solaire, mais aussi en créant des alliances avec les autres systèmes voisins.

En parallèle à ça, Angélique la sœur de Jonas Hadcock devient l’épouse de Roger et quelques années plus tard mettra au monde une petite fille qui deviendra la reine Elizabeth III. Tout semble se dérouler convenablement, jusqu’à ce qu’un accident mette un terme à l’existence de Roger. On découvrira qu’il ne s’agit pas d’un accident, mais d’un assassinat commandité par Havre.

Elizabeth arrivée à l’âge de régner prend la succession de son père, et ne dévoile pas directement que derrière ce meurtre se cache la République Populaire de Havre. Ce n’est qu’avec l’invasion de l’étoile de Trévor par la RPH, qu’Elizabeth a un prétexte pour entrer dans le conflit qui se dessinait depuis plusieurs décennies.

Pas de combats spatiaux dans ce roman, si ce n’est celui qui se passe à la fin de la guerre entre Havre et Manticore (dont à l’époque d’Honor Harrington) et qui est mené par l’amiral Havre-Blanc pour le compte de la reine Elizabeth.

Une préquelle indispensable au lecteur du cycle Honor Harrington, qui permet de comprendre comment Havre a lentement mais surement envahi d’autres systèmes stellaires et comment Manticore a préparé le choc inévitable avec Havre.

On s’attache au roi Roger dans ce roman, et quand on le perd on est heureux qu’Elizabeth prenne sa succession. Jonas Hadcock est certainement une des personnes les plus importantes sur l’évolution la FRM. On comprend mieux comment Gram a abouti à des développements technologiques importants qui feront basculer l’avantage en faveur de Manticore.

Pas d’Honor Harrington dans ce roman, car elle est l’aboutissement de ce qui va suivre. Par contre, quelle planification subtile écrite par David Weber ! On peut faire les mêmes reproches que les autres livres du cycle. C’est-à-dire des longueurs dans certains débats politiques ou stratégiques. Mais au final on se dit que cela renforce la cohérence du roman et de ses suites.

J’ai aimé ce livre autant que ses personnages, car j’avais envie de retrouver un univers qui m’était familier depuis plusieurs années. La partie guide de l’univers est plus à consulter plus qu’à lire. Celui qui aime ce cycle y trouvera son bonheur. À conseiller aux fans d’Honor Harrington.

La maison d’acier/Le guide de l’univers, David Weber, L’Atalante, 618 pages, 2013, illustrations de Thomas Marrone, Couverture de Genkis

La maison d'acier - David Weber

Les vandales du vide – Jack Vance

Le Belial inaugure une nouvelle collection de livres consacrés aux pulps de science-fiction. Le premier roman Les vandales du vide est écrit par Jack Vance, et traduit par Pierre-Paul Durastanti. Pour ajouter une note vintage à celui-ci, la couverture est dessinée par Caza, un illustrateur habitué depuis des décennies à mettre en valeur des scènes des romans de Jack Vance et d’autres auteurs. On ne pouvait pas mieux rêver.

Ce roman de science-fiction date de 1950. C’est un inédit de Jack Vance, mais pas nécessairement une œuvre de jeunesse, car à 34 ans, Vance avait déjà écrit d’autres histoires. Il correspond très bien à la science-fiction de l’époque, que d’autres auteurs ont aussi mise en valeur. En lisant ce roman, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle avec des livres d’Isaac Asimov, Robert Heinlein, Arthur C. Clarke, voire même Filip K. Dick. Les romans de cet âge d’or seraient aujourd’hui considérés comme de la lecture pour la jeunesse. Mais n’avons-nous pas tous été jeunes, et n’avons-nous pas tous gardé un regard d’adolescent sur ce genre d’histoire ?

Dans cette histoire, on suit le jeune Dick Murdock, qui quitte Vénus pour rejoindre son père, l’astronome en chef de l’observatoire situé sur la Lune. Pendant le voyage, le vaisseau qui assure la liaison croise un cimetière d’astronefs. Les épaves sont le résultat d’une bande de pirates qui s’attaquent à la circulation spatiale dans cette partie du système solaire. Un avenir où les humains colonisent petit à petit le système solaire, mais n’ont pas les moyens d’assurer une protection militaire suffisante à chaque convoi. La piraterie a donc fait son apparition et perturbe la colonisation et l’exploitation du système solaire.

En regagnant la Lune, Dick découvre qu’au sein de la base il y a une taupe qui communique aux pirates des informations sur les passages des vaisseaux. Ce qui leur permet d’arraisonner et détruire ces vaisseaux. En voulant en apprendre plus, Dick se met en danger. Son père échappe de peu à la mort et d’étranges accidents surviennent sur la Lune. Dick découvre qu’un homme aux yeux jaune, le Basilic, dirige les vandales et tente de le tuer. Finalement, une science-fiction épique, qui renoue avec

À travers ce livre, on reconnaît difficilement le style de Jack Vance. Le côté flamboyant et baroque est absent, probablement parce que l’histoire se passe dans l’espace et sur la Lune. On trouve ici un Jack Vance qui se fond dans le moule de la science-fiction des années 50. Une science-fiction un peu plus naïve plus axée sur l’aventure, où la technologie est présente, mais pas nécessairement expliquée. C’est ce qui fait d’ailleurs tout le charme de ce genre d’histoire.

On est habitué à mieux de la part de Jack Vance. Par exemple le cycle de Tschaï, la geste des princes-démons, le cycle de la perle verte, ou l’univers baroque de Cugel l’astucieux.

Dans le cas présent, c’est bel et bien un inédit de Jack Vance qui est proposé par le Bélial. Une raison de plus de découvrir ce texte à travers la traduction qu’a faite Pierre-Paul Durastanti.

Je suis curieux de voir quels seront les prochains titres publiés dans cette collection. Il y a certainement quelques perles qui nous ont échappés et qui méritent de revoir le jour ou d’être traduites. Une chose est certaine, c’est une bonne initiative de la part du Bélial. J’espère simplement que ces livres auront également un équivalent poche dans les années qui suivent leur première parution en français.

Le pulp est à la mode. D’autres collections ont décidé de ressortir des romans peu connus ou totalement ignoré du public. C’est par exemple le cas avec Michael Crichton chez Laffont (La dernière tombe, Agent trouble). L’aventure, le polar, l’action, le mystère reviennent à l’avant-plan à travers des œuvres parfois de jeunesse. Et la science-fiction est le genre idéal pour faire découvrir ou redécouvrir des histoires et des auteurs qui ont forgé ce genre littéraire.

À lire, avec un certain recul, et surtout avec un esprit très ouvert, car ce livre remet au centre l’aventure, l’action, le mystère et le danger qui ont bercé notre imagination. J’ai aimé, et je vais certainement suivre cette collection de près.

Un livre de Jack Vance qui fait passer un bon moment de lecture.

Les vandales du vide, Jack Vance, Le Belial, 2016, traduction Pierre-Paul Durastanti, Illustration de Caza

Les Vandales

Le monde du fleuve – Philip José Farmer

Mnémos continue les rééditions sous forme d’intégrale des classiques de la science-fiction. Un de ces grands classiques n’est autre que Le monde du fleuve de Philip José Farmer. Livre ambitieux et original qui valut à son auteur le prix Hugo du meilleur roman en 1972. Cette intégrale contient :

  • Le monde du fleuve
  • Le bateau fabuleux
  • Le noir dessein
  • Le labyrinthe magique
  • Les dieux du fleuve

Commencé en 1971 et achevé en 1983, le monde du fleuve n’a fait son apparition en français qu’au début des années 80, dans la collection Ailleurs & Demains dirigée par Gérard Klein. C’était l’époque où les Laffont argentés représentaient ce qu’il y avait de mieux en science-fiction, c’est-à-dire qu’ils proposaient la qualité, l’originalité et un grand nombre de chefs-d’œuvre.

Si le Monde du fleuve m’avait captivé à l’époque, pour autant je n’avais pas enchaîné avec ses suites. Comme je savais que Farmer n’en resterait pas là, j’avais préféré attendre la sortie des cinq tomes pour me lancer dans une lecture complète du cycle.

Le monde du fleuve fait partie des livres-univers qui existent en science-fiction. Il se suffit à lui-même et plonge le lecteur dans des histoires qui tiennent autant de la science-fiction, de l’aventure, de l’histoire, de la science et ses techniques. Mais surtout, il met en valeur un grand nombre de personnages réels et imaginaires qui vont se croiser.

Farmer avait l’embarras du choix à partir du moment où il avait décidé de ressusciter tous les humains qui ont vécu sur Terre depuis l’aube des temps. C’est-à-dire 40 milliards de personnes qui renaissent le long d’un gigantesque fleuve long de trente deux millions de kilomètres. Au début de ce fleuve, il y a une tour géante qui abrite les Ethiques. Ce sont les extraterrestres qui ont conçu ce monde et son long fleuve, qui sont responsables de la réincarnation de toute l’humanité.

Curieusement, le premier tome de ce cycle n’est pas très épais. Il s’arrête à la page 155 de cette intégrale. Ce qui suffit à Farmer pour poser le décor, nous présenter les principaux personnages et nous mettre face à une énigme pour laquelle il faudra les quatre premiers tomes pour la résoudre. C’est davantage un livre d’aventure, un peu comme Jack Vance pouvait le faire avec le cycle de Tschaï. Sauf que Farmer a décidé de tourner son histoire en panoramique et technicolor, avec une distribution inégalée de personnages.

Si Richard Francis Burton et Sam Clemens (Mark Twain) sont les principaux personnages, on y trouve également Alice Liddell (Alice aux pays des merveilles), Jean sans Terre, Hélène de Troie, Cyrano de Bergerac, Mozart, Ulysse, Jésus Christ, Jack London, Hermann Goering, etc. La suite de personnages ne s’arrête pas là. Mais il y a aussi le journaliste Peter Jairus Frigate, qui n’est autre que Philip José Farmer transposé le long de ce fleuve (regardez les initiales communes).

Imaginez tous les hommes et les femmes qui ont vécu sur Terre, qui sont ressuscités dans des corps de 25 ans, dépourvus de pilosité. Ils sont nus et doivent tout réinventer et reconstruire. La seule aide dont ils disposent, ce sont ces sortes de grands champignons métalliques dans lesquels ils vont pouvoir prendre régulièrement des gamelles de nourritures. Mais certaines personnes n’ont pas droit à celles-ci et dépendent des autres personnes. La nourriture est d’ailleurs une source de conflit entre ressuscités, tout comme la découverte et l’exploitation des ressources sur les berges du long fleuve. De plus, les réincarnés ne parlent pas la même langue, n’ont pas les mêmes convictions, les mêmes habitudes, les mêmes modes de vie, ce qui génère des conflits et surtout des convoitises. Les gens qui meurent sont ressuscités quelque part ailleurs sur les rives du fleuve. D’autres ont moins de chance et deviennent esclaves ou tyrans. On le voit, le fleuve de l’éternité commence par un chaos monstrueux. Ceux qui arrivent à recréer un semblant d’humanité se lancent dans une quête gigantesque : remonter aux sources du fleuve et découvrir ce qui se cache dans la grande tour.

J’avoue qu’à l’époque où j’ai découvert ce cycle, je me suis intéressé aux voyages de Richard Francis Burton l’explorateur anglais qui remonta aux sources du Nil et découvrit avec John Hanning Speke les lacs Tanganyika et Victoria. Il s’est déguisé pour pouvoir entrer à la Mecque. On lui doit aussi la traduction des mille et une nuits. C’était aussi l’occasion de découvrir Mark Twain (de son vrai nom Sam Clemens) à qui on doit les aventures de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn.

Le deuxième tome « Le bateau fabuleux » est plus axé sur Sam Clemens et son bateau à aube qui est censé remonter le fleuve. Le troisième tome « Le noir dessein » se focalise sur la construction d’un dirigeable et la remontée du fleuve. Avec le quatrième tome « Le labyrinthe magique », c’est l’énigme de cet étrange monde et son fleuve qui va être résolue. Un cinquième tome « Les dieux du fleuve » se passe dans la tour géante. Ce dernier tome n’est pas indispensable pour le lecteur, mais dévoile l’autre côté de ce monde.

On peut facilement imaginer que Mnémos n’en restera pas là avec Philip José Farmer, que le cycle des hommes-dieux (7 tomes) fera aussi l’objet d’une future intégrale (peut-être en deux tomes). Enfin, je l’espère.

Bon nombre de livres sortis dans la collection Ailleurs et Demains de Laffont, puis sortis en format de poche, méritent de renaitre sous une forme omnibus. J’ai toujours été favorable à ces intégrales, même si elles sont lourdes et encombrantes (ce qui est le cas pour le monde du fleuve). C’est certain que vous n’allez pas emporter le livre dans le métro ou le train pour le lire pendant le trajet. Mais l’amateur qui a déjà lu le cycle dans une version précédente (et plus légère) aimera probablement avoir dans sa bibliothèque une version définitive. Le monde du fleuve a pratiquement la même taille et le même poids qu’un Larousse ou un Petit Robert.

Pour rappel, ce cycle avait fait l’objet d’une version Omnibus dans la défunte collection « Bibliothèque » de Laffont. Seuls trois cycles avaient été repris dans cette collection : Dune, Hypérion, Le monde du Fleuve, trois chefs-d’œuvre de la science-fiction.

Avant que le lecteur soit délivré d’un tel pavé, il faudra lire les 1272 pages qui le composent. Impossible de résumer un livre pareil tellement il foisonne d’idées, d’histoires, de personnages. Ce n’est qu’en refermant ce livre, qu’on se rend compte que Philip José Farmer avait vraiment beaucoup d’imagination et qu’il a écrit un chef-d’œuvre de la science-fiction qui mérite amplement le prix Hugo décerné. C’est un peu long, mais excellent et un vrai régal pour ceux qui aiment la science-fiction et l’aventure. Et pour l’occasion, je ne vous cache pas que j’ai adoré et que je le conseille à tout le monde.

Ouf, la chronique est enfin terminée ! En fait, j’avais envie de faire comme Philip José Farmer, écrire une grande chronique pour une grande intégrale.

Le monde du fleuve, Philip José Farmer, Mnémos, 2016, 1272 pages, illustration de Jorge Jacinto, traduit par Guy Abadia, Charles Canet, Bernard Weigel

Le monde du Fleuve - Philip José Farmer

La forêt de cristal – J.G. Ballard

J’avais lu précédemment La forêt de Cristal édité par Denoël Lunes d’Encre, et j’étais resté mitigé, car J.G. Ballard ne fait pas partie de mes auteurs préférés. J’ai donc décidé de donner une seconde chance à ce roman en relisant la version poche qui vient de sortir chez Folio SF.

Je n’avais jamais lu Ballard auparavant, si ce n’est son livre « Empire du soleil ». J’ai donc décidé de lire cette réédition qui bénéficie d’une retraduction.

L’histoire se passe dans les années 50-60 en Afrique. Ma première réaction a été de faire un parallèle avec Tintin au Congo ou avec le film The african queen à cause de la première image que montre Ballard. Dans une Afrique post-coloniale, le docteur Edward Sanders arrive à Port Matarre et doit se rendre à Mont Royal pour s’occuper d’une léproserie et par extension retrouver sa maitresse qui est la femme de son collaborateur. Ballard crée une ambiance sombre et mystérieuse qui deviendra plus tard belle et dangereuse. C’est très bien écrit, le rythme est lent et l’atmosphère mélancolique, voir un peu envoutante. Il arrive très bien à nous plonger dans l’ambiance de ces vieux films d’aventure où le héros va simplement d’un endroit à un autre, mais à qui on devine parfaitement qu’il arrivera des choses. Sanders dans son voyage est entourée d’une jolie journaliste qui ne le laisse pas insensible, d’un architecte un peu dérangé qui veut retrouver sa femme, d’un prêtre jésuite et d’un médecin militaire, sans parler d’hommes à la mine patibulaire qui sont prêts à tuer…

Mais pourquoi ? Les clichés du vieux film avec Humphrey Bogart sont pleinement utilisés par Ballard. Le docteur Sanders va devoir se rendre à Mont Royal par le fleuve car c’est impossible de s’y rendre par la route. Il est confronté à cette forêt sombre le jour et lumineuse la nuit, dans laquelle la nature, les animaux et les humains qui s’y attardent sont cristallisés.

On se rend vite compte que Sanders est un médecin qui ne soigne pas mais dont le passe-temps favori est de se balader dans cette étrange forêt de cristal. Quand il arrive enfin à Port Royal, on devine qu’il est fasciné par cette forêt et que finalement toute l’intrigue de l’histoire se résume à ça. En dehors du fait qu’on découvre que c’est une fuite temporelle qui est à l’origine du phénomène, l’aspect scientifique a complètement été effacé, tout comme aucune solution n’est donnée pour se débarrasser de cet étrange phénomène. On apprend que cette étrange forêt n’est pas la seule sur Terre.

En fait Ballard a préféré se focaliser sur la psychologie de ses personnages et leur fascination pour une mort belle et froide plutôt que sur l’action. Peut-être que ce livre aurait dû s’appeler L’appel de la forêt de cristal. Le titre aurait été plus judicieux.

J’ai lu « Empire du soleil » de J.G. Ballard, son roman autobiographique, qui se passe à Shanghai alors qu’il avait onze ans pendant la guerre sino-japonaise. Ce roman m’a davantage plus que cette forêt de cristal qui me laisse un peu sur ma faim. Cette seconde lecture me confirme que Ballard est un auteur à découvrir.

Je dois reconnaitre que ce livre est bien écrit et plaira certainement à des lecteurs plus en phase avec la transfiction, et le new wave.

La forêt de cristal – James Ballard, Folio SF, 254 pages, 2015

La foret de cristal

Les chroniques de la science-fiction – Guy Haley

Cela fait déjà un moment qu’une encyclopédie consacrée à la science-fiction n’avait plus vu le jour. Si le projet était à l’étude chez certains éditeurs, sa réalisation n’a toujours pas vu le jour. C’est bien dommage pour ceux qui espèrent une nouvelle version du science-fictionnaire qui date de 1994.

Le « pavé » que nous propose Guy Haley est censé combler en partie cette lacune. Stephen Baxter n’a écrit que l’avant-propos du livre. Le livre commence en 1818 et se termine en 2009. Inutile de chercher des séries comme millénium Sanctuary ou Supergirl. C’est trop récent.

Pas d’Harry Potter dans ce livre, mais une page dédiée à H.P. Lovecraft. Sous le terme science-fiction, on trouve tout de même un peu de fantastique, mais pas de fantasy.

Par exemple, Arthur C. Clarke, Isaac Asimov et Robert Heinlein sont mentionnés comme les trois grands de la science-fiction pour les années 40. Une page leur est consacrée. Si le lecteur veut en savoir plus sur chacun d’eux, il les trouvera sur des pages dédiées à leurs cycles et livres. Reste plus au lecteur qu’à situer la décennie dans laquelle le livre a été écrit pour faire une recherche visuelle. Sinon, il y a ce bon vieil index à la fin du livre qui renvoie vers l’information recherchée.

Par exemple, le cycle Dune (pages 232 à 237) reprend la chronologie dans un tableau où les couleurs indiquent si c’est un livre, un jeu, un film, une série TV. Un autre tableau détaille les événements importants du cycle et les personnages qui y sont associés. Et comme c’est aussi un film, on a droit à une double page de photos. Visuellement, ce livre est très pratique.

C’est davantage un guide visuel de la science-fiction, axé sur les supports cinéma et TV. Bien sûr, les livres ont la part belle dans ce guide. Les vues synthétiques par auteur ou par cycle sont un plus non négligeable à la lecture.

Mais ce livre est loin d’être exhaustif. Il est épais et lourd. Bonjour les poignets pendant la lecture. Donc, pas facile à manipuler. Son principal défaut en dehors du poids, c’est le choix des polices de caractères trop petites. Chaque article est écrit dans une police qui paraitra normale sur l’écran d’un smartphone, mais qui est trop petite pour un livre papier. Les légendes des photos nécessitent une loupe.

Le livre fait la part belle à la production anglo-saxonne. Inutile de chercher Bordage, Genefort ou Dunyach. Par contre, on y trouve Valerian et Laureline de Christin et Mézières, mais pas Blake et Mortimer ou Les naufragés du temps de Forest et Gillon ! Un lecteur anglo-saxon se contentera de ce livre alors qu’un lecteur européen en attendra davantage.

Les 35 euros du livre peuvent en dissuader plus d’un, surtout par rapport à la version anglaise qui coute 25 dollars. Mais ce genre de livre est trop rare que pour le laisser passer. Donc, l’amateur de science-fiction que je suis le conseil, en espérant que du côté francophone on pense à faire quelque chose de similaire.

Les chroniques de la science-fiction, Gut Haley, édition Muttpop, 576 pages, 2015, traduction de par Marie Renier et Inès Lecigne, couverture de Gualtiero Boffi/Alamy.

Les chroniques de la science-fiction