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L’effondrement de l’empire – John Scalzi

L’effondrement de l’empire de John Scalzi ne laisse planer aucun doute, c’est du space opera, mais pas militaire. Le premier chapitre qui se focalise sur une mutinerie d’un vaisseau pourrait laisser croire que tout le livre ne sera que batailles. Eh bien non ! C’est beaucoup plus subtil que ça en a l’air et c’est très bien amené au lecteur. Le premier chapitre donne simplement le ton et le rythme.

L’interdépendance représente un empire d’un peu moins d’une cinquantaine de systèmes stellaires qui s’est constitué au fil des siècles. Chacun des systèmes est relié au flux, sorte de courant hyperspatial (ou de couloir) emprunté par les vaisseaux pour se déplacer plus vite que la lumière. Ce flux varie, se déplace au fil du temps. À un moment donné, une colonie peut être connectée à l’interdépendance, et à un autre moment se retrouve isolée, car le flux s’est déplacé. Jusqu’à présent, le flux était relativement stable, mais voilà qu’il change, provoquant des effondrements dans certaines parties de l’interdépendance. L’humanité n’a pas rencontré sur son passage de race extraterrestre, elle a donc essaimé au fil du temps. La plupart des colonies se sont construites en orbite autour de planète. Elles accueillent des millions de personnes. Seule la colonie « du bout » se trouve sur une vraie planète. Cet empire était jadis connecté à la planète mère la Terre. Mais les changements du flux ont fait que la liaison avec la planète a disparu. Les grandes familles marchandes ont donc instauré un système de castes dirigées par un empereur (appelé emperox).

Au moment où commence le roman, l’emperox Batrin est sur le point de décéder et c’est sa fille Cardenia qui doit reprendre le flambeau. À la suite du décès accidentel de son frère ainé, elle est obligée de prendre le pouvoir. Elle n’a pas demandé à être emperox, mais les circonstances ne lui laissent pas le choix. Heureusement, elle a la tête sur les épaules. Après deux tentatives de meurtre sur sa personne, et après avoir appris que l’effondrement du flux risquait de changer les rapports de forces au sein de l’empire, elle tente de limiter les dégâts de la crise qui se profile.

Le Bout est aussi le théâtre d’enjeu lié à la modification du flux. Un ami de l’emperox, le comte de Claremont aussi scientifique a fait une étude sur le flux. Il envoie son fils Marce remettre le dossier à l’emperox Dossier qui intéresse la maison Nohamapetan qui fait tout pour que ce dossier n’arrive pas.

Pour ne rien gâcher, lady Kiva Agos, plus intéressée par les affaires commerciales de sa famille, se retrouve également mêlée aux événements du bout. C’est son vaisseau qui doit ramener le fils du scientifique auprès de l’emperox. Elle connait très bien les Nohamapetan et la rivalité qui existe avec sa propre famille. Derrière un langage châtié et une férocité en affaire, elle se débrouille pour récupérer l’argent que lui a fait perdre les événements et les intrigues du bout.

Sur la colonie du Bout, une révolution prend cours, alimentée en secret par les Nohamapetan. Tout est une question d’argent et de pouvoir pour destituer ou tuer le duc qui y règne. Le frère et la sœur qui sont plus proches de l’emperox cherchent à lier leur famille grâce à un mariage impérial. Mais ça ne se fait pas aussi simplement que cela, surtout si l’emperox n’éprouve aucun sentiment pour le frère ainé. La sœur devine que le bout deviendra une colonie stratégique pour l’empire et tient à disposer ses pions sur l’échiquier politique avant que l’effondrement du flux se produise. C’est certainement la personne la plus dangereuse de ce roman. Mais quel délice pour le lecteur qui découvre des personnages vraiment mauvais, auquel on a envie de botter le cul.

Un premier tome bien construit, pas trop épais qui ravira les lecteurs, car le rythme est soutenu, le tempo est rapide, les personnages bien dessinés, et une histoire facile à suivre. En un mot, excellent !

Reste plus qu’à attendre la suit, car j’ai adoré !

L’effondrement de l’empire, John Scalzi, l’Atalante, 2019, 335 pages, illustration de Sparth

L’âge de cristal – Nolan & Johnson

L’âge de cristal, un roman écrit dans les années 60 par William F. Nolan et George Clayton, qui a passé l’épreuve du temps et qui ressort dans la collection Nouveaux Millénaires de J’ai lu. Le livre se lit très bien aujourd’hui sans que le lecteur se rende compte qu’il a été écrit il y a un demi-siècle. Sorti en 1969 dans la collection Présence du futur de Denoël, avec comme sous-titre « Quand ton cristal mourra », le roman donne lieu à plusieurs suites dans sa version anglaise. En français il faut attendre une dizaine d’années pour voir le tome 2 « Retour à l’âge de cristal ».

Au 22e siècle, la démographie est contrôlée et la durée de vie des êtres humains est limitée à 21 ans. Dès leur naissance, un cristal est greffé dans la paume des bébés. La couleur de celui-ci indique l’âge et change tous les 7 ans. À 21 ans, le cristal devient rouge et clignote la veille du dernier jour. Le lendemain, le cristal devient noir et signale que la durée de vie « légale » est terminée. Ce cristal implanté permet aussi aux limiers de retrouver la trace de leur propriétaire.

À 21 ans, les humains sont censés se diriger vers des maisons de sommeil où on met fin à leurs jours. Ceux qui ne respectent pas cette loi deviennent automatiquement des fugitifs et les limiers les pourchassent pour les tuer. Ce monde n’a vraiment rien de très réjouissant.

Il existe un lieu nommé « Sanctuaire » où les fugitifs peuvent se soustraire aux limiers. Ballard, un homme de 42 ans est à l’origine de ce sanctuaire. Son cristal était défectueux et lui a permis de vivre plus longtemps sans qu’il soit menacé par la limite d’âge. Bien que fugitif, Logan veut détruire le sanctuaire et tuer Ballard, mais après lui-même avoir été traqué il est obligé de fuir avec Jessica. On découvre que le sanctuaire est en fait une station spatiale qui orbite autour de la planète Mars. C’est un peu éloigné et très loin des préoccupations des fugitifs. Cette société, qui n’a pas la moindre empathie pour ses citoyens, est régie par des ordinateurs, dont le plus important s’appelle le penseur. Des robots se chargent des tâches les plus importantes et permettent aux humains de se soustraire à tout travail.

Il ne faut pas confondre le roman avec le film de 1976 ni avec la série télé de 1977 qui en découle. Le livre montre une civilisation « ouverte » qui ne connait pas la cité des dômes. Le carrousel n’existe pas, pas plus que la séance qui mène à la renaissance. Le livre se rapproche davantage d’une course poursuite dans laquelle Logan passe du rôle de chasseur à celui de proie, accompagné par Jessica. Son but c’est découvrir le sanctuaire et le détruire, et par la même occasion tuer Ballard. Mais comme lui-même arrive au terme de ses 21 ans, il est lui-même pourchassé.

Le film corrige certains défauts du livre. Les personnes meurent à 30 ans alors que dans le livre c’est à 21 ans, ce qui permet d’avoir des personnages u peu plus mûrs. La cité des dômes qui apparait dans le film permet au spectateur de mieux appréhender les distances, alors que le livre donne l’impression que les personnages principaux traversent les États-Unis.

Retour à l’âge de cristal (sorti en 1979 chez Denoël), voit Logan et Jessica revenir sur Terre, accompagnés de leur fils Jaq. Ils redeviennent des fugitifs dans une civilisation qui se morcèle, qui s’effrite, mais dans laquelle il y a encore des limiers. Ce second roman devait à l’origine être le scénario du deuxième film, mais il n’en a rien été. Il a laissé la place à une série de 13 épisodes. Je ne m’appesantirai pas sur la série télé qui part d’une bonne idée, mais qui a mal été exploitée, car les scénaristes de l’époque ne connaissaient pas grand-chose à la science-fiction.

Il y a une question que je me suis toujours posée, surtout lorsque j’ai vu le film à l’époque de sa sortie (mais qui est valable pour le livre aussi). Comment font les personnes pour prendre des objets de la main gauche alors qu’ils ont un cristal dans la paume ? Je me suis dit que les auteurs auraient été mieux inspirés de placer le cristal au dos de la main ou sur l’avant-bras. C’est un détail.

Un livre sans temps mort, dans lequel les deux personnages principaux, Logan et Jessica, fuient une civilisation dirigée par des ordinateurs. Le terme IA n’était pas encore utilisé à l’époque. Une science-fiction peut-être un peu trop classique par rapport à ce qui se produit aujourd’hui. Cela reste agréable à lire, et réédité dans la collection J’ai Lu Nouveaux Millénaires, accompagné de sa suite « Retour à l’âge de cristal ». Dommage que l’éditeur n’ait pas décidé de traduire tous les romans et nouvelles du cycle pour en faite une intégrale. A lire et à comparer au film du même nom.

L’âge de cristal, William F. Nolan & George C. Johnson, J’ai lu Nouveaux Millénaires, 2019, 350 pages, illustration de Johann Goutard

L'âge de cristal - Nolan & Johnson

Ascendant – Jack Campbell

Trois ans se sont écoulés depuis les derniers événements de « Avant-garde ». Rob Geary est toujours à Glenlyon, mais il ne commande plus un vaisseau spatial. Il doit gérer la station spatiale qui orbite autour de la planète principale. Le gouvernement a préféré laisser les forces armées dans les mains de terriens, plus aguerries pour gérer la situation. Mais la destruction d’un transport par les forces de Scatha va tout remettre en question.

C’est un homme capable de prendre des initiatives, quelqu’un qui a déjà connu le feu et qui est capable de former et commander des hommes et des femmes qui défendront Glenlyon. Ça ne semble pas être le cas des terriens qui ont pris la relève.

Pendant ces trois années passées, Rob Geary a eu plus de temps à consacrer à sa femme « Ninja » et à son enfant. Mele Darcy, qui est toujours une amie fidèle, fait aussi partie de sa famille.

Quand on demande à Rob Geary de reprendre du service actif en commandant le destroyer Sabre, il sait que si on fait appel à lui c’est pour protéger Glenlyon et venger la destruction du transporteur. La tâche ne sera pas facile et Rob Geary compte bien sur Mele Darcy pour l’épauler. Elle a pour rôle de former de nouveaux fusiliers qui embarqueront sur le Sabre.

Glenlyon doit aussi se trouver des alliés dans cette région dangereuse de la galaxie. Scatha leur ennemi de toujours s’est allié à deux autres systèmes stellaires et a toujours comme objectif de s’emparer de Glenlyon. Il est nécessaire de renforcer les défenses du système et en parallèle d’envoyer des émissaires vers les systèmes les plus proches.

Lors d’un déplacement du Sabre, Rob Geary à une intuition. Plutôt que de retourner vers Glenlyon, il décide d’envoyer le Sabre dans le système de Kozatka. Ce n’est pas clairement les ordres qu’il a reçus du gouvernement. Mais aider Kozatka permettrait de se faire un allié de plus.

Ce tome 2 est calqué sur le même schéma que le premier tome. C’est-à-dire sur une situation de crise, d’un combat spatial et d’un combat au sol en parallèle, avec l’incertitude de la victoire des deux côtés. Des pertes sont à déplorer, mais les choix de Rob Geary et de Mele Darcy sont finalement les bons. Curieusement, comme gratification Rob Geary se voit écarté du commandement d’un vaisseau dans les deux livres. Il est remercié pour ce qu’il a accompli, car les politiques n’apprécient pas trop ses initiatives qui sont pourtant les bonnes.

Les personnages principaux sont de plus en plus attachants au fil du temps, mais il manque encore quelque chose pour qu’ils aient suffisamment de charisme pour convaincre l’ensemble de la classe politique de Glenlyon. Je pense que Jack Campbell tient à ce que ses personnages doutent toujours de leur avenir, car ralentis dans leur progression par des esprits obtus.

Le cycle de la flotte perdue de Jack Campbell n’atteint pas en intensité celui d’Honor Harrington de David Weber, mais il se démarque par une histoire plus fluide, sans lourdeur, sans description trop technique. Cela donne des romans qui contiennent deux fois moins de pages.

Au final un bon deuxième tome. Mais espérons que le troisième ne soit pas sur le même canevas, car le lecteur aurait l’impression de relire la même chose. J’ai bien aimé ce second tome, mais il m’a moins surpris que le premier. Reste que j’attends le troisième avec impatience.

Peut-être que plus d’intrigues politiques viendraient casser cette image de space opera militaire, ce qui ne serait pas pour déplaire. Mais qui nécessiterait de s’intéresser à d’autres personnages capables de favoriser ou de faire échouer les plans des différents systèmes stellaires.

C’est un space opera de bonne facture chez L’Atalante, en attendant la sortie du prochain Honor Harrington.

Ascendant, Jack Campbell, L’Atalante, 396 pages, 2018, illustration de David Demaret

Ascendant - Jack Campbell

Kaboul – Michael Moorcock

Denoël nous publie dans la collection Graphic un livre de Michael Moorcock, Kaboul et autres souvenirs de la troisième guerre mondiale, livre illustré par Miles Hyman. Il s’agit d’une suite de nouvelles qui ont comme trait commun un agent secret.

La couverture de ce livre m’avait frappé non pas par la combattante armée qui se trouve devant l’explosion d’une bombe atomique, mais par le style du dessinateur qui me semblait familier. Et c’est bien le cas. Pour une fois, je vais commencer par l’illustrateur plutôt que l’auteur. Le livre contient une quinzaine d’illustrations qui représentent les différentes scènes rencontrées lors de la lecture de ces nouvelles. Elles sont fidèles à l’histoire et mériteraient d’être plus nombreuses.

En fait, Miles Hyman, je l’ai retrouvé dans ma bibliothèque entre deux bandes dessinées. Il avait fait précédemment l’adaptation BD du dahlia noir, tiré du roman de James Ellroy, et adapté par Matz/David Fincher (édition Rivage, Casterman, Noir).

Miles Hyman n’est pas un inconnu. C’est en grand illustrateur qui vit entre la France et les États-Unis. Ses dessins se retrouvent dans les grands quotidiens. Ses dessins sont très réalistes et son œuvre mérite toute notre attention.

Comme le personnage principal de ce livre voyage à travers une bonne partie de la planète, les illustrations représentent souvent des lieux où la guerre sévit et elles collent parfaitement à l’ambiance que veut donner l’auteur à ses nouvelles.

Michael Moorcock, je connais très bien pour avoir lu tout son cycle sur le champion éternel (Elric, Corum, Erekosé, Hawkmoon), et pour l’avoir rencontré il y a quelques années. L’auteur est une référence en fantasy, et est aussi connu pour ses uchronies. Je pense à Le nomade du temps, Gloriana ou la reine inassouvie. Kaboul s’inscrit aussi dans une uchronie, où la troisième guerre mondiale tient lieu de fonds à cette anthologie. Il ne s’agit pas d’un roman, mais d’une suite de nouvelles qui mettent en scène Tom Dubrowski, un agent secret ukrainien qui se fait passer pour un antiquaire. Chaque nouvelle représente une étape dans la vie de ce personnage, qui se balade aux quatre coins du monde, parfois comme simple agent de renseignements, parfois comme tortionnaire ou combattant. Sa vie est parsemée de rencontres politiques, militaires, voire sentimentales.

Je pense que Michael Moorcock nous a donné depuis longtemps le meilleur de son œuvre avec son cycle du champion éternel, et que ce livre ne vient pas la renforcer, mais se détache un peu plus du tronc commun plus orienté fantasy.

Reste que Michael Moorcock est un bon auteur qui se laisse lire, dont les textes décrivent parfaitement les situations dramatiques lors d’une troisième guerre mondiale, mais aussi les craintes de chacun face au chaos qui se présente à l’ensemble de l’humanité. Tom Dubrowski n’est pas particulièrement un personnage attachant, mais le fait qu’il soit le narrateur de ce livre donne un intérêt particulier. Sa vie sentimentale est également au cœur de ce livre, ainsi que ses diverses missions. C’est un agent secret, mondain par certains côtés, et un soldat qui se retrouve au milieu d’un conflit planétaire, qui décrit les travers de notre société.

Ce que j’ai apprécié, c’est que Michael Moorcock reste vague dans le conflit qui existe entre l’occident et l’orient. Il se contente de le décrire en toile de fond, sans prendre parti pour l’un ou l’autre côté. À travers les yeux de son personnage, on voit lentement évoluer ce conflit, voire à mettre en danger Dubrowski en étant trop proche de l’explosion d’une bombe nucléaire. Le livre se termine sur un retour aux sources et des problèmes de santé, mais l’histoire reste sur une fin ouverte.

Je n’ai qu’une critique à faire aux éditeurs, c’est de n’avoir pas pensé à ordonner les nouvelles sur une ligne de temps. Par exemple Kaboul doit faire suite à Danse à Rome, et Escale au Canada n’est pas suite de cette dernière ! C’est un détail, mais il n’est nulle part fait mention de flashback dans ce livre, donc les nouvelles auraient pu être ordonnées.

Reste une lecture originale d’une troisième guerre sur une Terre fort proche de celle que nous connaissons. Ces nouvelles ne sont pas très longues et agréablement étoffées par les illustrations de Miles Hyman.

Kaboul et autres souvenirs de la troisième guerre mondiale, Michael Moorcock, 2018, 224 pages, illustrations de Miles Hyman

Kaboul - Moorcock

L’ombre de la victoire – David Weber

Avec L’ombre de la victoire en deux tomes, l’univers d’Honor Harrington de David Weber continue à se développer avec ce cycle annexe qui fait parfois intervenir les personnages principaux, mais qui se concentre sur les événements qui sont parallèles au cycle principal.

Honor Harrington n’apparait pas dans ce livre qui se passe principalement dans l’amas de Talbot. Mais les événements qui y sont relatés ne sont pas inconnus aux lecteurs du cycle. En fait, on revit les mêmes moments que les autres cycles, mais étalés dans le temps, et depuis une région de la galaxie où les intrigues contre Manticore se trament. Donc, le lecteur ne doit pas être étonné de cette répétition. L’intérêt de ce livre est d’expliquer comment certaines situations critiques en sont arrivées là.

Cela dit, on constate que toutes les intrigues convergent autour de l’amas de Talbot et que les différents protagonistes (Manticore, Havre, la ligue solarienne, la flotte des frontières, Mesa, et la myriade d’agents secrets et comploteurs qui sont autour) risquent fort de s’affronter sur plusieurs champs de batailles dans la même région de la galaxie. On pense évidemment à l’opération Janus, puis baie des huitres menées par Mesa contre Manticore. Mais aussi aux interventions de la ligue solarienne qui se croit tellement supérieure au reste de la galaxie, qu’elle en a oublié que sa technologie est complètement obsolète face à celle de Manticore ou de Havre.

L’alignement mesan fait tout son possible pour faire en sorte que les Manticoriens passent pour des mauvais au sein de la galaxie. Ils organisent des attentats sur plusieurs mondes, jusqu’à utiliser l’arme atomique contre leur propre peuple. Ils font croire que les Manticoriens vont aider tous les peuples qui se révoltent contre la ligne solarienne. La ligue de son côté voit son commerce subir le contrecoup de la guerre économique et militaire menée par Manticore.

On revit la destruction de la base Héphaïstos dans le système de Manticore, la destruction du croiseur Hexapuma et de tout son équipage à l’exception du capitaine Aivars Terekhov. Le vaisseau avait vaillamment combattu et vaincu un ennemi supérieur dans l’amas de Talbot, au point d’en devenir emblématique.

On survole les victoires de Michelle Henke l’amiral du Pic d’or contre les flottes de la ligue solarienne. Ce sont principalement des répétitions d’événements déjà lus dans d’autres livres du cycle, mais vus sous un autre angle. Et puis, Michelle Henke aider par l’amiral Tourville, ce n’est pas courant. Le final de ce livre est assez particulier, l’alignement mesan n’hésite pas à tuer une grande partie de « l’oignon » qui le compose pour cacher la vérité au reste du monde et peut-être renaitre de ses cendres.

Le dénouement s’approche, mais il faudra encore attendre quelques livres (un ou deux) pour enfin voir le bout de ce conflit commencé avec Havre, continué par Mesa et la ligue solarienne, où Havre s’allie à Manticore. C’est grand, c’est gigantesque, c’est presque impossible à résumer tellement il y a des personnages et des intrigues.

Ce livre a un défaut, c’est qu’il y a une pléthore de personnages qu’il est impossible de retenir. L’auteur se perd dans des détails qui ne font pas avancer l’histoire. En fait, David Weber se prend parfois pour Proust. Dans A la poursuite du temps perdu, des dizaines de personnages sont présentés par l’auteur et servent à renforcer l’histoire. Mais tout le monde n’est pas Proust, et David Weber nous noie sous des tonnes de détails inutiles et de personnages qui ne font que passer. La solution la plus simple c’est de lire en diagonale certains chapitres. Les fans d’Honor Harrington sont habitués à ce genre de longueur. Une astuce pour lire ce long roman de science-fiction consiste à s’intéresser principalement à Aivars Terekhov et sa femme, ainsi qu’à Michelle Henke.

Cela reste donc un très bon cycle pour le lecteur de science-fiction qui suit de près le cycle Honor Harrington. Mais il est temps que David Weber se décide à conclure le face à face entre Manticore, Mesa et la ligue solarienne. La fin est proche et ça se sent.

À lire, mais attention aux longueurs !

L’ombre de la victoire T.1 & 2, David Weber, L’Atalante, 2018, 1065 pages

L'ombre de la victoire T1-T2

Space O Matic – Manchu

Après Starship[s] et Science[Fiction], Delcourt nous propose Space O Matic, troisième livre consacré à l’œuvre de Manchu.

J’ai toujours considéré Manchu comme le plus grand illustrateur en matière d’imaginaire. Cela à commencer dans les années quatre-vingt avec l’encyclopédie galactique en deux volumes de François Nedelec. Comme j’ai toujours adoré la science-fiction depuis un demi-siècle, j’ai parfois été déçu de ne pas trouver davantage de couvertures de livres qui collent aux l’histoires. Mais voilà, Manchu est arrivé et cela a changé beaucoup de choses.

Cela m’a aussi donné l’envie de voir une de ses expos à Paris. Pour moi, il n’y a pas de meilleur illustrateur dans le domaine de la science-fiction. Suivre son œuvre n’est pas aisée car il y a tellement de livres consacrés à l’imaginaire ou tellement de bandes dessinées auxquels il a participé, que c’est difficile de recenser toute sa production.

En dehors du livre Manchu Sketchbook sorti en 2008, on peut avoir une vision de sa production à travers Starship[s] sorti en 2004 et introuvable, Science[Fiction] sorti en 2010, et Space O Matic sorti en 2017.

Quand on regarde la qualité des détails de chaque illustration, on se demande si elles sortent uniquement de l’esprit de Manchu, ou s’il a régulièrement trouvé le moyen de sillonné la galaxie et l’univers à la recherche de mondes étranges, d’artefacts mystérieux et de vaisseaux aux lignes épurées ou de taille démesurée. C’est tellement réaliste, que cela devient une référence graphique.

Pour prendre un exemple de présence de Manchu dans la science-fiction, je suis en train de lire Vestiges de Laurence Suhner. Que ce soit la couverture grand format ou celle du livre de poche, cette dernière est faite par Manchu, et pour les deux éditions ce sont bien deux illustrations différentes.

Pour un amateur de science-fiction, de fantasy ou de BD, Manchu est une vraie bénédiction. Ses illustrations représentent fidèlement ce que les auteurs ou lecteurs imaginent d’une scène d’un livre. Et si ce n’est pas le cas, elles aident le lecteur à mieux entrer dans le roman ou la BD, voire même à terminer la lecture d’un livre lorsque ce dernier à quelques faiblesses. C’est un peu comme si Manchu jouait le rôle de locomotive pour certains livres et bandes dessinées.

Certaines illustrations vont même donner envie aux lecteurs de lire ou relire des livres qu’on peut parfois considérer comme juvéniles. Je pense par exemple à la trilogie de l’espace d’Arthur C. Clarke, parue en 2001 chez Bragelonne, qui comprend Iles de l’espace, Les sables de Mars, Lumière cendrée. Cette mise à jour graphique apporte un plus à des livres qui ne manquent pas d’intérêt, mais qui ont parfois un peu été oubliés par de nouveaux lecteurs.

La première partie du livre est un florilège d’illustrations qui mêlent science-fiction, exploration spatiale, rencontres avec d’autres civilisations, mais aussi fantasy et aventures. La finesse des détails est saisissante, les couleurs sont chatoyantes et les décors laissent rêveurs. Une mission sur Mars devient soudain plus compréhensive pour le lecteur. Bon nombre de ces illustrations sont accompagnées de roughs (maquettes) qui montrent parfois la même scène sous des angles différents.

Ce sont des auteurs tels que Poul Anderson, Robert Silverberg, Laurent Genefort, Olivier Paquet, Laurence Suhner, Arthur C. Clarke, Iain M. Banks ou Isaac Asimov qui sont mis à l’honneur avec les couvertures de Manchu. On pourrait même dire que toutes ses illustrations pourraient donner naissances à de nouvelles histoires.

Une seconde partie du livre se focalise sur les participations de Manchu dans le domaine de la bande dessinée. Bon nombre de couvertures de BD lui sont imputables. C’est par exemple le cas pour les séries Hauteville House, Jour J, L’homme de l’année et Artica. J’ai moins été tenté par ces cycles BD. C’est probablement parce que j’espérais trouver la patte de Manchu chaque fois que je tournais une page.

Une dernière partie du livre est consacrée au steam punk et a une steam car en particulier, dont on peut admirer les croquis, mais aussi une maquette du véhicule dans un environnement victorien.

En attendant, je conseille cet Art book à tout amateur d’imaginaire qui a envie de retrouver une grande partie des illustrations les plus récentes de Manchu. Personnellement, je suis un inconditionnel de l’illustrateur, donc la présence de ce livre dans ma bibliothèque est une obligation que je m’impose. Il rejoint ses autres livres. J’espère qu’il y aura un quatrième, voire cinquième volume dans les années qui viennent. Je me dis qu’un jour la bannière de mon blog de science-fiction serait inspirée par Manchu.

Un livre à conseiller aux amateurs d’imaginaires, mais aussi à toute personne qui aime les arts books.

Space O Matic, Manchu, éditions Delcourt, 2017, 96 pages.

Manchu Space O Matic

L’empereur de l’espace – Edmond Hamilton

Voici la première aventure écrite en 1940 du cycle Capitaine Futur de Edmond Hamilton. C’est les éditions du Bélial qui nous font découvrir (ou redécouvrir pour ceux qui l’ont lu en anglais), les aventures du capitaine Futur. Un deuxième tome est sorti en même temps que L’empereur de l’espace, c’est A la rescousse. Pour ceux qui l’ignorent, le Capitaine Futur a été adapté en dessin animé en 1979 sous le nom de Capitaine Flam.

On doit cette nouvelle traduction à Pierre-Paul Durastanti, qui a l’habitude de nous proposer des classiques oubliés de la science-fiction (Les vandales du vide, Miro Hertzel, etc.) pour notre plus grand bonheur.

Edmond Hamilton est un pionnier du space opera et de l’aventure spatiale. On lui doit Les rois des étoiles, Les loups des étoiles, Hors de l’univers, Les voleurs d’étoiles, pour ne citer que quelques livres de l’auteur. C’est de la science-fiction épique dans laquelle l’action et l’aventure priment sur la véracité scientifique. Ce qui correspond à nos lectures de notre enfance ou adolescence. Le principal, c’était de lire un bon roman de science-fiction, et pas de savoir si Jupiter était une planète viable pour l’homme.

Ce premier tome des aventures du Capitaine Futur, alias Curt Newton, permet de découvrir les origines du personnage. On pourrait presque le comparer à Flash Gordon, mais en plus posé, plus intelligent, mieux entouré, dont la vocation est de protéger le système solaire.

On découvre que Roger Newton était un brillant biologiste qui travaillait avec Simon Wright. Les deux hommes travaillaient sur des intelligences artificielles et la possibilité d’en faire des créatures intelligentes et artificielles. Mais Wright était trop vieux et pour le garder en vie, Newton a dû transférer son cerveau dans une sorte de boite métallique transparente. Pour se soustraire aux menaces externes, Newton et sa femme, ainsi que Wright ont continué leurs expériences sur la Lune. D’abord ils ont créé Grag le robot, et ensuite Otho qui avait une apparence plus humaine, mais qui a la capacité de prendre d’autres apparences. Au même moment, l’épouse de Newton mettait au monde un petit garçon qui s’appelait Curt, et qui deviendrait plus tard le capitaine Futur. Lorsque Newton et sa femme furent tués, les deux robots s’occupèrent de l’enfant, assistés par Simon Wright. Ils lui apprirent tout ce qu’ils savaient et le formèrent dans plusieurs domaines. C’est là que Curt Newton deviendra petit à petit le capitaine Futur.

Lorsqu’il y a un nouveau danger dans le système solaire, le président de la Terre envoie un signal au capitaine Futur pour lui demander son aide. Vous ne trouvez pas que ça fait un peu bat-signal ? Sauf qu’ici le signal est envoyé vers la Lune. Et le Capitaine Futur sort de sa bat-cave… pardon de son labo lunaire, accompagné de Simon Wright, de Grag et Otho.

Suite à une épidémie inconnue qui fait régresser les humains au point de redevenir des animaux, le président découvre que c’est l’œuvre de l’empereur de l’espace. Un être dont personne ne sait rien, qui se cache derrière un déguisement sombre et qui a la capacité de se dématérialiser. Il n’a d’autre solution que de demander l’aide du capitaine Futur, qui va directement se mettre à la recherche de cet empereur de l’espace. Lui et son équipe vont aussi essayer de trouver un antidote à ce fléau qui se répand dans le système solaire. Voilà dans les grandes lignes le début de ce roman.

J’ai évité de faire le parallèle entre le livre et le dessin animé Capitaine Flam. L’empereur de l’espace correspond aux premiers épisodes et suit presque le livre. Grag est devenu Crag, Otho est devenu Mala, le vaisseau Comète est devenu le Starlabe. Le dessin animé situe l’histoire sur Mégara alors que dans le roman c’est sur Jupiter. Comme on fait abstraction des lieux et de la technologie, cela n’a pas une très grande importance.

En tant que lecteur, il faut juste se familiariser avec des termes qui ont parfois un charme désuet : voiture-fusée, avion-fusée, lunettes fluoroscopiques, rayon protonique, immatérialiseur, foudroyants.

Je ne sais pas si le Bélial envisage d’éditer l’ensemble des histoires liées au Capitaine Futur. Si c’est le cas, c’est une belle initiative que je suivrai de près, car à l’adolescence les livres de Edmond Hamilton m’ont marqué comme beaucoup de lecteurs de ma génération. Je pense qu’un format Omnibus qui reprend 5 ou 6 aventures serait préférable. Le cycle comprend 17 histoires précédemment sorties dans Captain Future Magazine, et 10 autres histoires dans Startling Stories. Il y a donc assez de matière pour en faire des omnibus, comme chez Haffner Press.

Ceci dit, c’est une belle initiative d’éditer enfin en français ce héros de science-fiction qui nous avait échappé dans la langue de Molière, si ce n’est sous forme de dessins animés. À notre époque, on peut cataloguer cette science-fiction dans la catégorie jeunesse. Mais au milieu du vingtième siècle, ces histoires faisaient le bonheur des lecteurs de pulps. Il faut donc lire avec un certain recul ce premier tome du capitaine Futur, se mettre dans la peau du lecteur de l’époque qui était plus émerveillé qu’aujourd’hui.

Et puis, n’oublions pas que Edmond Hamilton a contribué de manière significative à la science-fiction d’aujourd’hui. Star Wars en est un bon exemple. Il faut se souvenir que Leigh Brackett, l’épouse de Edmond Hamilton était aussi auteur de science-fiction et on lui doit le scénario de L’empire contre-attaque.

Donc, si l’envie vous vient de découvrir les auteurs de science-fiction qui sont à l’origine du genre, en voici un bon exemple. L’empereur de l’espace de Edmond Hamilton se laisse lire. Belle initiative du Bélial et de Pierre-Paul Durastanti en particulier.

L’empereur de l’espace, Edmond Hamilton, Le Bélial, 2017, 203 pages, traduit par Pierre-Paul Durastanti, illustration de Philippe Gady

L'empereur de l'espace - Edmond Hamilton