Archives de Catégorie: Policier

Marilyn X – Philip Le Roy

Et si Marilyn Monroe n’était pas décédée en 1962 ? C’est sur cette idée (pas si) farfelue que Philip Le Roy a écrit Marilyn X un livre qui tient du polar et du documentaire.

On pourrait se dire qu’il existe des centaines de livres sur Marilyn Monroe et qu’on a écrit tout ou presque sur elle. Elle a été l’objet d’innombrables fantasmes de beaucoup de personnes qui ont un jour aimé un de ces films, qui ont lu les livres qui lui sont consacrés. Je ne fais pas exception à la règle. Je pense qu’un jour elle fera sa réapparition sous forme de personnage de synthèse et le public ne devinera jamais qu’elle n’est pas réelle. On approche à grands pas de ce genre de technologie.

L’idée de savoir Marilyn Monroe vivante au-delà de la date de sa mort est évidemment une idée qui peut donner lieu à plusieurs histoires distinctes. Dans le cas présent, Philip Le Roy retrace la vie de Marilyn Monroe à l’époque des Kennedy, c’est-à-dire à l’époque où elle a une aventure avec le président des États-Unis et avec le ministre de la Justice qui n’est autre que le frère du président. Si on ajoute à cela quelques acteurs et chanteurs bien connus, et de vrais mafieux capables d’influencer le président de la nation la plus puissante du monde, on obtient un livre qui jette un regard neuf sur le mystère du décès de Marilyn Monroe.

Lors d’un périple au Nouveau-Mexique, un couple français est témoin d’un incendie. L’homme est écrivain et est accompagné par sa femme. Si rien ne les prédestine à faire une découverte incroyable, ils vont cependant se retrouver en possession de carnets en partie brulés. Ces carnets sont écrits par un narrateur qui a connu de très près Marilyn Monroe. Il n’en faut pas plus à nos deux voyageurs pour imaginer une histoire rocambolesque tirée de ces bribes. En réalité, il n’en est rien, car ces carnets font référence à Marilyn Monroe. Une lecture plus attentive révèle que ces textes ne sont pas issus de l’imagination d’un écrivain, mais qu’il s’agit bien de souvenirs transposés dans des carnets.

La manière dont les informations sont distillées aux lecteurs va les forcer à progresser plus vite dans la lecture de ce roman déjà très fluide et très bien écrit. Et les vraies informations donnent froid dans le dos, surtout lorsqu’on découvre que Robert et John Kennedy étaient dépendants de la mafia. Marilyn Monroe détenait certaines informations compromettantes, dont celle des carnets qui sont révélés, qui mettraient en danger le président des États-Unis.

Pour éviter d’être assassinée, Marilyn Monroe va donc mettre en scène sa propre mort avec la complicité des Kennedy. Cela veut aussi dire qu’elle renonce à sa carrière et opte pour une vie tranquille et discrète. Quoi de mieux qu’une réserve d’Indiens pour y passer le reste de son existence.

J’avoue que le carnet concernant l’hôtel de Frank Sinatra m’interpelle plus particulièrement. Si les faits sont réels, il y avait vraiment nécessité pour Marilyn Monroe de fuir et se cacher. Le plan qu’elle a échafaudé va justement la soustraire au danger qui plane sur elle. C’est assez original.

Il y a beaucoup de romans, de films, ou BD où la belle blonde occupe un rôle parfois joué par une actrice. C’est un mythe et cela le restera encore longtemps. Si vous ne l’avez pas deviné, je suis un peu fan de Marilyn Monroe. Elle représente le sommet du glamour à l’époque. Elle correspond aux années 50 et 60, un peu désuètes, qui reste profondément ancrées dans nos souvenirs ou notre imagination.

Ce roman est suffisamment bien écrit pour que le lecteur se laisse guider par l’intrigue et accepte tous les arguments historiques liés à cette star hors normes. Les détails que donne Philip Le Roy sont presque toujours issus de documents ou de livres. Il est difficile aux lecteurs de faire la distinction entre la réalité et la fiction, à tel point que la totalité du livre pourrait être prise pour des faits authentiques. Et là, l’auteur a parfaitement réussi son coup en nous faisant douter sur la véracité des faits. Marilyn a-t-elle vécu jusqu’à 90 ans à l’écart des médias ? Que ce soit vrai ou faux, importe peu. Je pense que les fans de Marilyn Monroe auraient aimé que ce soit le cas.

C’est le premier livre que je lis de Philip Le Roy. C’est une lacune que je devais combler après avoir rencontré l’auteur et son épouse il y a quelques années à Bruxelles. Je m’étais promis de le faire avec un livre qui n’est pas trop noir, et c’est effectivement le cas avec ce Marilyn X qui revient avec une des célébrités les plus importantes du vingtième siècle.

Croise-t-on vraiment Marilyn Monroe dans ce livre ? Eh bien oui ! Mais le lecteur devra attendre la fin du livre pour se rendre compte que l’actrice fait bien son apparition à notre époque. Un exercice de style bien orchestré par Philip Le Roy, qui mérite vraiment d’être un des meilleurs auteurs de polar du moment.

Un livre à conseiller évidemment, mais surtout un auteur à suivre de près.

Marilyn X, Philip Le Roy, édition Cherche Midi, 2016, 270 pages, illustration Mikaël Cunha

Marilyn X - Philip Le Roy

Publicités

Time lapse

Et si votre voisin mourait et laissait dans sa maison une étrange machine qui prenait quotidiennement des photos de votre maison toutes les 24 heures ? Oui, mais 24 heures dans le futur, c’est-à-dire demain à 8 heures du soir. C’est sur cette idée originale qu’est basé Time lapse, un film qui tient de la science-fiction, mais qui bascule rapidement dans le thriller angoissant. Le film est un huis clos, ce qui renforce encore un peu plus cette angoisse. L’histoire se passe uniquement dans une maison et celle d’en face.

Film à petit budget dont l’intérêt est largement compensé par une bonne histoire. C’est le genre de film qui a parfaitement trouvé sa place au BIFFF en 2014, et qui est sorti en salle en 2016. Pas de grands acteurs ni réalisateur oscarisé. Simplement le développement d’une idée de science-fiction déjà exploitée sur le plan littéraire et déjà abordée au cinéma sous un autre angle.

time-lapse-1

Trois amis colocataires vivent dans une petite maison. L’un d’entre eux est peintre et assure le rôle de concierge dans les environs. Sa petite amie est serveuse, tandis que le troisième est un parieur qui côtoie des personnes pas toujours fréquentables.

Ils découvrent que leur voisin d’en face n’a plus montré signe de vie depuis quelque temps. Le courrier s’accumule sur le pas de sa porte. Heureusement, ils ont la clé de la maison. Et ce qu’ils vont découvrir en y pénétrant, c’est une étrange machine qui prend des photos toutes les 24 heures. Des photos de leur propre maison, prises à travers une baie vitrée. Étrangement une photo montre une situation qui n’est pas encore arrivée. Ils retrouvent la dépouille du propriétaire enfermé dans la cave. Celui-ci est mort mystérieusement. Les trois amis vont découvrir que la photo générée chaque jour correspond bien à ce qui va se passer le lendemain à huit heures du soir.

L’idée de connaitre son avenir prend soudain une grande importance dans leur vie, surtout dans celle du parieur qui y voie un moyen de gagner beaucoup d’argent en récupérant le résultat des courses du lendemain.

Au cœur d’une histoire de paradoxe temporelle, les trois personnages vont être confrontés à un bookmaker peu scrupuleux, qui va les contraindre à travailler pour lui. Leurs vies en danger, ils n’ont plus qu’un moyen de s’en sortir, c’est de se débarrasser du bookmaker et de son garde du corps. Le film bascule alors vers du thriller. Et ça marche ! Cela reste une bonne série B, mais ça marche.

Chaque jour révèle une photo différente de l’avenir, photo parfois compromettante, parfois énigmatique. Le concepteur décédé de cet étrange appareil photo avait laissé quelques mots qui indiquaient que ne pas faire le lendemain ce que la photo montre, correspond à changer le cours du temps, avec les désagréments que cela peut occasionner. Reproduire l’événement revient à s’assurer que ce dernier arrivera bien.

On le voit ici, les principaux protagonistes sont pris dans un piège temporel. Faut-il suivre la photo du lendemain pour que tout se réalise ? Ou faut-il ne pas tenir compte de cette photo ? Le réalisateur du film s’est davantage basé sur la première hypothèse, ce qui lui a permis une certaine liberté quant à la suite de l’histoire.

Personnellement, je pense que quoi que les personnages fassent, la photo du lendemain devra montrer ce qui va vraiment se passer. Donc, il n’y a pas d’obligation de suivre à la lettre la photo. Mais ça, c’est un autre débat qui sort du cadre de ce film. Reste donc, une histoire intéressante, bien développée, sans prétention, qui fera passer un bon moment aux amateurs de science-fiction et de thriller.

Je suis content de retrouver Danielle Panabaker dans ce film. Ce qui la sort de son personnage du docteur Caitlin Snow dans les séries de science-fiction Flash et Arrow. Dans ce film elle est davantage une victime, bien que…

J’ai vraiment bien aimé.

Time lapse réalisé par Bradley King, interprété par Danielle Panabaker, Matt O’Leary, George Finn, 2015, durée 1h44.

time-lapse-0

A la mort subite – Jerome Charyn et Michel Castermans

À la mort subite. Un titre qui évoque invariablement pour un Bruxellois un lieu dans lequel il peut boire une gueuze du même nom. Car la mort subite est d’abord une gueuze. La brasserie bruxelloise se trouve au croisement de la rue de la Montagne et de la rue d’Assaut, et a pris le nom de La mort subite vers 1910. Voilà pour la petite histoire.

C’est le premier livre que je lis de Jérôme Charyn. Je le découvre à travers ce roman. Et pourtant l’homme semble être une référence littéraire au Etats-Unis. On retrouve ses textes aux côtés de ceux de Francis Scott Fitzgerald ou Henry Miller. On lui doit aussi Marilyn la dernière déesse, livre dans lequel il retrace la carrière de Marilyn Monroe.

Le Castor Astral nous propose un roman à suspens (je n’ose pas dire policier) de cet auteur qui va justement utiliser comme décor cette brasserie bien connue des Bruxellois. À travers les yeux de Sidney Holden son personnage principal, on a droit à un tour de Bruxelles. Ici, point de guide touristique. On apprend qu’il y aurait un étage caché à l’hôtel Métropole, que les trams bruxellois sont des scarabées de cuivre, et qu’on peut trouver du waterzooi à la mort subite.

L’histoire est relativement simple. Sydney Holden qui vit à Paris est appelé par le vieux Raab à Bruxelles. Il est invité par celui-ci à l’hôtel Métropole. Holden occupe la même chambre que son défunt père. Il a toujours su que son père n’était pas qu’un ancien MP américain, mais qu’il était aussi un flingueur, un nettoyeur qui travaillait pour Raab. Sydney Holden est aussi un flingueur. Son arrivée à Bruxelles provoque certains remous dans le milieu de la pègre. À peine arrivé à l’hôtel Métropole, on tente déjà de l’éliminer. C’est Raab qui se débarrasse d’un de ses hommes de main en l’envoyant tuer Holden. Après cette péripétie mortelle pour l’homme de main, Raab propose à Holden de reprendre le boulot de son père, en commençant par se débarrasser d’une certaine Louiza Boogarden qui lui fait de l’ombre.

Alors qu’il cherche à rencontrer cette « môme », Holden découvre une photo d’une femme qui pourrait être sa mère et qu’il n’a jamais connue. La rencontre avec Louiza va lui faire comprendre que le pourri dans cette histoire, ce n’est pas elle, mais bien Raab qui ne supporte pas la concurrence. De plus, Raab détient la mère de Holden. Ce dernier va remettre les choses en place. Le flingueur qu’il est ne s’encombre pas de sentiments pour faire le vide autour de lui.

L’histoire est agrémentée par de nombreuses photos en noir et blanc prises par Michel Castermans. Avec celle-ci, le lecteur peut mieux visualiser les lieux dans lesquels l’histoire se passe. Car ces lieux existent vraiment.

Courts romans ou longues nouvelles, au choix. On ne s’ennuie jamais dans ce livre dont le rythme ne permet pas au lecteur de souffler. Tous les chapitres sont courts, et commencent par une photo en noir et blanc des lieux où se situe l’action. On aurait presque envie de demander à l’auteur de faire un autre roman, dans lequel Michel Castermans pourrait insérer d’autres photos de la capitale européenne.

 J’ai beau connaitre Bruxelles, la vision de Jérôme Charyn est plutôt sombre, mais pas glauque. Les photos de Michel Castermans ajoutent de la noirceur à cette histoire de truands. Le Bruxellois que je suis a aimé ce court roman. Plus pour l’histoire que pour les lieux où elle se situe. À peine commencé, ce livre a été lu entièrement. Et lorsque je l’ai refermé, j’avais le sentiment d’avoir passé un bon moment avec ce flingueur. Petit roman sympa qui se laisse lire.

À la mort subite, Jérome Charyn & Michel Castermans, Le Castor Astral, 2014, 110 pages, traduit par Marc Chénetier.

A la mort subite

Sire Cédric en Belgique

Sire Cédric a achevé sa semaine belge avec l’équipe Phénix. Il a été encadré par Marc Bailly, Frédéric Livyns et Christophe Courthouts/Collins lors de ses déplacements à la bibliothèque de Waremme, la Licorne et Filigranes à Bruxelles. Lors du dernier diner étaient présents Marc Bailly, Adriana Lorusso, Frédéric Livyns, Véronique De Laet, Bruno Peeters et Marc Van Buggenhout.

Sire Cédric et l'équipe Phénix

Moment de détente avant le retour vers la France, passé dans un restaurant indien aux alentours de la gare du midi à Bruxelles. C’était l’occasion une dernière fois de profiter de la venue de Sire Cédric en Belgique. Et ce moment a été très intéressant et très détendu. C’était aussi l’occasion de poser des questions à l’auteur sur ses choix littéraires, sur son actualité future, ou tout simplement sur le monde de l’édition et de l’écriture. Et les réponses ne se sont pas fait attendre, car Sire Cédric aborde les différentes questions de manière calme, avec un certain humour et beaucoup de franchise.

Personnellement, je découvrais l’auteur, car le thriller est plus la spécialité d’autres membres de l’équipe Phénix. Dans le courant de la semaine, j’étais passé chez Filigranes, et j’en avais profité pour acheter un des thrillers de Sire Cédric. N’ayant jamais lu ses livres, je n’ai pas pris le premier tome de son cycle qui met en scène une héroïne. Mais ce détail sera corrigé dans un proche avenir, puisque j’envisage de lire tous ses thrillers.

Sire Cédric n’avait pas envie de quitter la capitale sans découvrir nos gaufres de Bruxelles. On a donc fait une escapade dans un lieu qui en proposait Vraiment très amusant.

Sire Cédric, c’est avec Franck Thilliez et Maxime Chattam la tendance actuelle du thriller et polar. Un auteur à découvrir, une production de livres à découvrir, et surtout un homme à connaitre. Car il ne faut pas se fier aux apparences, Sire Cédric est d’une gentillesse, d’une amabilité, d’une sympathie qui font regretter de devoir le quitter à un certain moment. Il est accessible à tout le monde, et fait preuve d’une grande patience et prend le temps d’écouter ses lecteurs.

A découvrir, ou à approfondir pour ceux qui ont déjà lu un de ses romans. En tout cas, a ne pas oublier.

La saga de madame Atomos 7 – Michel Stephan

Après avoir édité l’intégrale du cycle madame Atomos d’André Caroff, Rivière Blanche propose ici « Madame Atomos sème la tempête » écrit par Michel Stephan. On retrouve la Japonaise dans le désert du Nevada dans les sixties. À ses trousses, l’éternel Smith Beffort, agent du FBI qui n’a de cesse de mettre définitivement hors d’état de nuire la malfaisante Japonaise.

Le livre comprend le roman, trois nouvelles et une chronologie des aventures de madame Atomos. Si on retrouve effectivement l’ambiance qu’André Carroff avait imposée lors de la parution au Fleuve Noir, on doit lire ce livre avec le regard de l’époque.

Le roman est classique, et pourrait aussi bien correspondre à une aventure de Bob Morane ou d’Harry Dickson. L’ombre jaune, Miss Yalang-Ylang ou Georgette Cuvelier la fille de Flax, joueraient très bien le rôle de madame Atomos. Dans ce roman, le héros c’est évidemment Smith Beffort, qui court derrière Kanoto Yoshimuta (alias madame Atomos) qu’on aperçoit à de rares occasions dans cette histoire.

En fait, on suit d’abord Danny le neveu de Beffort, policier qui est parvenu à s’infiltrer dans une communauté qui vit en bordure du désert de Mojave. Un trafic d’armes de haute technologie est découvert, et un policier a été tué. Danny a été accepté par la communauté et découvre un étrange cimetière. Pendant ce temps, son oncle pense avoir rencontré madame Atomos en la personne de Loris Adams. Il ne lui révèle pas ses soupçons pour l’emmener dans le désert à la recherche de son neveu.

Étrange histoire qui montre que des activités illégales existent dans le désert, et que madame Atomos y a une base secrète enfuie sous le sol. Lorsque Smith Beffort et Lori Adams sont sauvés d’une mort certaine dans le désert, ils se retrouvent dans la base secrète de madame Atomos. Cette dernière qui voue une haine aux Américains a planifié la mort des enfants de Los Angeles. Beffort va découvrir que la base secrète est en fait un grand vaisseau spatial qui fait route vers la cité des anges. Comme à son habitude, les plans de madame Atomos sont perturbés et elle n’est pas capturée.

À ce stade-ci, il y a une petite erreur dans le livre à la page 163. On apprend qu’un énorme engin sphérique d’un diamètre d’un kilomètre était stationné au-dessus de la ville. Et puis plus loin, l’engin est une soucoupe volante qui se jettera dans la mer. Une petite relecture du texte aurait été la bienvenue.

Curieusement, c’est la nouvelle qui suit « Une écharpe de soie rouge » qui m’a le plus plu. Elle est racontée par Tom Wills, l’adjoint d’Harry Dickson. Dans les années 30, le plus grand des détectives a rencontré Kanoto Yoshimuta au Japon. Lors d’un moment de relaxation, elle lui a inoculé quelque chose dans l’organisme qui le paralysera un an plus tard s’il ne vient pas au rendez-vous qu’ils se sont fixé. Amusant comme nouvelle, où on voit Harry Dickson à la merci de la belle Japonaise.

La nouvelle suivante « Avec les compliments de Nestor ! » met en scène Nestor Burma qui accepte de remettre des documents à un homme pour le compte de Leni Riefenstahl. Nouvelle dans laquelle on retrouve Bob Morane, OSS 117 et Mister Bean qui combattent l’organisation de madame Atomos.

Avec « La maitresse du haut château », on retrouve madame Atomos à la tête d’un asile psychiatrique dans lequel elle a une conversation avec Hawthorn Abendsen l’écrivain créé par Philip K. Dick dans Le maître du Haut Château.

Ce tome 7  se termine par une chronologie des aventures de madame Atomos. Dans l’ensemble, un livre qui se lit sans nécessairement avoir lu les précédents. C’est un moment de lecture plutôt réservé aux fans de la Japonaise. Rivière Blanche continue la saga commencée par André Carroff. Aux commandes, Michel Stephan qui s’en tire pas si mal que ça. À lire.

La saga de madame Atomos T.7, Michel Stephan, 214 pages, Rivière Blanche, 2013, illustration de Jean-Michel Ponzio

atomossaga701

Noire jonction – Kate Milie

À travers un polar, Kate Milie nous propose de découvrir la jonction Nord-Midi à Bruxelles, un tronçon ferroviaire qui traverse la ville de part en part et l’a défiguré.

J’ai eu la chance de rencontrer Kate Milie lors de la pré-fête nationale organisée par la librairie Club de la place Flagey. C’était l’occasion de découvrir l’engouement, l’intérêt, la passion que l’auteure a pour la capitale de L’Europe.

D’abord intrigué par l’auteure, mais surtout par les lieux où se passe l’histoire de Noire Jonction, je me devais de lire ce livre. Étant bruxellois, et ayant passé les dix-huit premières années de mon existence devant une des cinq gares de cette jonction Nord-Midi (la Chapelle), je voulais en savoir davantage sur ces lieux que j’ai côtoyé pendant des années sans me poser de question sur leurs origines. Et Kate Milie y répond parfaitement, en décrivant minutieusement page après page une partie de l’histoire de Bruxelles du début du vingtième siècle jusqu’à nos jours.

Comme je n’ai pas lu le précédent livre de Kate Milie, L’assassin aime l’art déco, je n’ai pas fait le lien lorsque Marie le personnage principal apparait dans ce livre. En effet, on suit Marie, une guide, photographe à ces heures perdues, qui va faire découvrir la jonction Nord-Midi à un groupe de personnes très hétéroclite. Il y a un écrivain suédois qui veut situer son prochain polar à Bruxelles, deux jeunes artistes qui apportent la joie et la bonne humeur, une jeune slameuse, et une très vieille dame « Moeder Révolution ».

Derrière un projet de bar à textes, qui fait partie du programme Art/Jonction, les différents témoins, lecteurs, visiteurs sont invités à écrire quelques mots. L’événement culturel se répétera et lors d’un dernier bal populaire et feu d’artifice, les textes seront visibles à tous.

Mais voilà, des poupées gonflables sont retrouvées ensanglantées. Puis, une participante aux activités du collectif Art/Jonction est assassinée. Un point commun ? L’ange de la couverture !

À noter, le changement de style qu’impose Kate Milie lorsqu’elle nous révèle les pensées de Tony, que je laisserai découvrir par le lecteur. Cela fait froid dans le dos. C’est écrit dans un style vif, énergique et moderne. On y trouve aussi une correspondance électronique.

Bien que Noire jonction soit un polar, on pourrait presque en faire un guide touristique sur la partie ferroviaire de Bruxelles. Il y manque évidemment les photos qui en feraient un vrai guide. Mais on ne sait plus vraiment si on a affaire à un roman touristique ou un guide romancé. En tout cas, le but est atteint en présentant un aspect de la capitale qui est très mal connu par ses propres habitants. Je ne cache pas que j’y ai appris beaucoup, et qu’en lisant le polar, je jetais fréquemment un coup d’œil dans le dictionnaire historique des rues de Bruxelles de Jean d’Osta. Et dans le polar, j’ai découvert pas mal d’anecdotes historiques qui m’étaient totalement inconnues. Il y a un sérieux travail de recherche dans ce livre. Même s’il tient en deux cents pages, il faut remarquer qu’il s’est fait grâce à un long travail de recherche.

Si je peux faire une suggestion à l’éditeur, c’est de proposer Noire Jonction avec un marque-page représentant la jonction Nord-Midi. Ce sera plus facile pour le lecteur. Un petit détail qui m’a perturbé, c’est une réflexion faite par Tony à la page 13 : « C’est une fille comme moi, qui aime passer son temps dans les trains et les gares ». En tant que lecteur, on croit que cette personne est une femme, alors qu’on découvre plus tard qu’il s’agit d’un homme qui se nomme Tony.

En dehors de cela, j’ai passé un agréablement moment de lecture, trop vite passé, qui incite à lire d’autres livres de Kate Milie. Pour rester dans la veine, je conseille au lecteur qui ont aimé cette escapade bruxelloise et le style rythmé de Kate Milie, à enchainer avec L’assassin aime l’art déco.

Noire Jonction, Kate Milie, 180° éditions, 2013, 208 pages

Noire jonction

Annette Luciani/Amy Shark – Interview

Suite à la sortie de son livre Jour de chance pour les salauds, et dans le cadre du magazine Phénix, j’ai proposé une interview à Amy Shark alias Annette Luciani.

Annette Luciani

Il est difficile de croire que la personne qui a écrit « La Corse, l’enfance » ou « L’enfant du lac » est aussi celle qui a écrit « Jour de chance pour les salauds ». Ce sont des genres totalement différents. Dans quel genre te sens-tu le plus à l’aise pour écrire ?

Je dirais que les genres se complètent ! J’ai d’abord écrit beaucoup de poésie avant d’en venir à la prose, et la poésie reste pour moi le moyen d’expression le plus parfait, capable de concentrer tout ce qu’un écrivain recherche – le rythme, la musicalité, la couleur, l’émotion, le sens… — dans un minimum d’espace.

Et puis j’ai écrit des nouvelles policières ou fantastiques, mais toujours très courtes, ce qui fait que les revues les refusaient souvent. C’est Joel Champetier qui le premier m’a décidée à faire « du long » : il avait accepté quelques-uns de mes textes pour Solaris, tout en leur reprochant d’être « trop courts ». Donc, c’est en essayant d’« allonger » mes textes que j’ai versé dans le polar, et en m’efforçant d’« allonger » mes polars, que Jérôme Camilly trouvait lui aussi trop courts, que je suis retombée dans le fantastique, pour ne plus en sortir ! C’est comme si l’un menait naturellement à l’autre, la poésie liant le tout.

Par contre, je n’ai jamais vraiment été tentée par la SF : c’est un genre dont les risques de longueur m’effraient. Même dans le long, je reste une adepte du court, ne serait-ce que parce que j’ai peu le temps d’écrire, et que c’est le temps pour moi le plus précieux de ma journée. Une fois lancée, je cours vers la fin. Finalement, le genre qui me tente le plus, l’idéal auquel j’aspire, c’est l’image. Je le dis dans mon tout premier texte, L’esprit de chair ; c’est peut-être pourquoi je suis proche des peintres, des photographes, des cinéastes… Je les admire, parce qu’ils parviennent à un absolu qui reste pour moi, en littérature, du domaine de la recherche, de l’expérimentation, du tâtonnement. Un texte en prose n’est jamais complètement abouti.

Le titre de ton dernier livre « Jour de chance pour les salauds » est un peu sur le même ton que « Journal d’un vieux dégueulasse » de Charles Bukowski. Y a-t-il eu une influence de Bukowski dans le choix du titre ?

Pas dans le choix du titre, non, mais j’apprécie la référence à Bukowski ! J’aime particulièrement ses poèmes, et il a marqué mon parcours américain. Ceci dit, mon Salaud n’est pas un vieux dégueulasse du tout ; il est jeune, il est beau, et il a de la tenue. Et c’est un flic, en plus ! Ce n’est pas une cloche ! Donc, le titre de Bukowski ne conviendrait pas du tout !!! Même si les femmes, au fond, aiment tout autant les vieux dégueulasses que les salauds, comme le prouve l’histoire de Bukowski. Et celle de Kowinski !

Pourrais-tu nous dire quelles sont tes préférences en imaginaire et pourquoi ? Quels sont les livres ou les auteurs qui t’ont marqué ?

Ouf ! La liste est longue. Tout Rimbaud. Nerval, Novalis, Goethe, Hugo, Poe, Baudelaire pour les classiques. En vrac, ensuite, Cortazar, Borges, Buzzati, Jean Ray, Owen, Bradbury, Clive Barker, S. King, G. Masterton, Ellroy, J.Thompson, P.Highsmith, R.Rendell, la Bible et les Évangiles.

Y a-t-il un roman dont tu aurais voulu être l’auteur ? Si oui, pourquoi ?

J’aurais bien voulu écrire la Bible, j’aurais pu y apporter quelques modifications…

Comment t’est venue l’idée de cette trilogie qui tient du fantastique et un peu de la science-fiction ? Y a-t-il eu un élément marquant qui t’a donné envie d’écrire l’histoire d’un salaud tel que Kowinski ?

Il n’y a pas vraiment d’idée, rien qu’une immense vague de dégoût et une révolte inutile pour ce que la réalité nous offre au quotidien : le meurtre et mensonge, qui ont toujours pignon sur rue. L’inutilité de cette révolte qui continue pourtant à s’affirmer, à crier sa présence, c’est cela pour moi le « fond » du fantastique, son origine et son ressort. D’ailleurs, c’est sans doute la raison d’exister de toute la littérature, dans tous ses genres. Disons que le fantastique est pour moi le meilleur angle d’approche.

Est-ce que Kowinski est inspiré d’un personnage réel ?

Même de plusieurs. On y reconnaît facilement un récent tueur en série, pilote de ligne, militaire haut gradé, au parcours impeccable, qui à côté de ça démolissait les femmes… On peut y reconnaître les fantasmes de toute-puissance et la perversité de certains chefs d’entreprise qui ne valent pas mieux que des tueurs en série. Inutile de citer des noms, regarde autour de toi et dis-moi si nous ne sommes pas cernés par un tas de salauds !

Dans ton roman, la ville est omniprésente. Que ce soit Maskette, Petipas ou Vignole, elles occupent une place importante dans l’histoire, et tu vas même jusqu’à qualifier la première de ville-cube, ville-monstre, ville-mouroir. Penses-tu que nos villes actuelles prennent cette direction ?

Oui. J’envie les grands écrivains de SF de les avoir si bien décrites, d’avoir si bien perçu notre avenir urbain.

Dans la préface, Jérôme Camilly dit qu’on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments. On a l’impression que tu as appliqué ce principe et proposé à tes lecteurs un personnage qu’on a envie d’étrangler tellement il est mauvais. Dirais-tu que les lecteurs sont plus attirés par les âmes sombres plutôt que par les personnages sans reproches ?

Disons que toute histoire ne peut se nouer qu’autour de deux personnages, un bourreau et une victime. Pour aimer la victime qu’est le capitaine Vince dans cette histoire, il faut ressentir et apprécier, même si on la déteste, la cruauté de Kowinski. S’il n’y avait que des innocents vertueux, ce serait le Paradis, et on n’écrit pas au Paradis, on ne raconte pas, on contemple ; c’est très ennuyeux. Un roman avec des personnages, et surtout des héros sans reproches, ce serait une utopie littéraire !

Si un tel personnage que Kowinski, qui est censé représenter l’ordre, en arrive à de tels actes, n’est-ce pas parce qu’il a une image négative de la société ? Est-ce qu’à ses yeux, l’humanité n’est pas vouée à la pourriture ? Et les zombies en sont le bon exemple ?

Je partagerais alors la vision intime de Kowinski sur ce point ! L’humanité est certainement vouée à la pourriture, depuis toujours, puisqu’elle est vouée à la mort, vivante ou non. Le seul moyen d’échapper à la morsure des vers, au grouillement de la vermine, à la zombification, c’est l’incinération évidemment. Le grand incendie purificateur ! Mais attention, c’est là ma vision personnelle, ce n’est pas celle de Kowinski. Kowinski n’est pas un anarchiste, ce n’est pas un justicier, il ne souffre aucunement de l’injustice. C’est un fonctionnaire égoïste, mesquin, lâche et pantouflard, un survivant qui ne songe qu’à assouvir ses instincts, qui lui-même est mené par des pulsions animales qu’il ne s’explique pas. Il ne se comprend pas, il ne comprend rien ; son raisonnement est très limité…

Sans dévoiler la suite de l’histoire, peux-tu nous dire où tu en es dans la suite de l’écriture ?

Les trois tomes sont finis, je ne veux rien révéler ! Mais évidemment, le polar s’achève dans le plus pur fantastique, puisqu’il s’agit de savoir au fond si cette société pourrie a une possibilité de se racheter, de renaître sous une autre forme, ou de disparaître à jamais…

Pourrais-tu nous en dire plus sur tes projets littéraires ?

J’ai une série de douze nouvelles policières qui devrait paraître (dont certaines sont mélangées de fantastique), et un gros thriller en préparation. « Gros » pour moi, c’est à dire presque 200 pages !

Merci, Marc, merci Phenix, j’ai passé un bon, agréable moment à répondre à ces questions !