Archives de Catégorie: Policier

Le navire qui tue ses capitaines – Tillieux & Follet

Lire un roman au format bande dessinée n’arrive pas tous les jours. Le navire qui tue ses capitaines, de Maurice Tillieux, illustré par René Follet et publié par les éditions de l’Élan est l’occasion de découvrir une autre facette du dessinateur et scénariste de Gil Jourdan. Ce roman policier date de 1942 et se lit sans trop de difficultés. Le style est un peu trop ancien à mon avis, et utilise des expressions qui seraient à leur place dans une histoire de Sherlock Holmes ou de Hercule Poirot. Le détective Annemary qui fume la pipe pour démêler l’histoire des capitaines tués à bord du Taï-Wan, fait un peu trop « cliché ». Mais bon, il faut remettre ce roman policier dans le contexte de l’époque, c’est-à-dire pendant la Seconde Guerre mondiale.

L’intrigue se révèle lentement. Arriver à la moitié du roman, quelques éléments de réponse seront présentés, et ce n’est que dans les deux ou trois dernières pages que le lecteur découvre vraiment qui est le vrai coupable. On voit que Tillieux connait le domaine maritime. Cela se sent, cela se voit au fil des pages, tout comme on devine son grand intérêt pour la littérature policière de l’époque.

On peut reprocher à Tillieux un manque de détails dans la description de ses personnages, voire un style d’écriture qui ne met pas en valeur ses derniers. Les astuces littéraires utilisées sont d’une autre époque et ne correspondent plus au standard actuel du roman policier. Donc, il faut lire ce roman en tenant compte de l’époque à laquelle il a été écrit.

C’est plutôt par curiosité que j’ai lu ce roman, en me disant que j’allais peut-être retrouver Gil Jourdan au fil des pages. Ce n’était pas le cas. Pas plus qu’il n’y a de trace d’humour dans ce roman. Le lecteur de l’époque devra attendre 14 ans avant que Libellule ou l’inspecteur Crouton viennent le perturber dans la bande dessinée Gil Jourdan.

On pourrait croire que je suis un nostalgique de cette bande dessinée. Et c’est en partie vrai, car elle fait partie de celles que je lisais quand j’étais adolescent. Je ne peux pas dire autant de Félix, qui m’a complètement échappé à l’époque. Donc, j’espérais retrouver un peu de l’esprit de Gil Jourdan ou de Marc Jaguar.

Le format du livre est inhabituel, surtout pour le lecteur qui veut lire un roman dans les transports en commun. Un livre normal ou un livre de poche aurait mieux fait l’affaire. Mais alors ce serait les illustrations de Follet qui seraient pénalisées. Non, les éditions de l’Élan ont fait le bon choix, surtout dans la perspective de rééditer tout ce que Tillieux a fait.

Plus récemment on a vu la réédition de Marc Jaguar en bande dessinée, et la réédition de S.O.S. bagarreur ne devrait pas tarder. On pourrait aussi se demander si les éditions de l’Élan comptent rééditer les romans « L’homme qui s’assassina » et « Aventures de Paillasson » que Tillieux a aussi écrits.

Le livre est agrémenté de bons nombres d’illustrations de René Follet qui collent parfaitement à l’histoire. C’est même tout l’intérêt de ce livre. À la limite, une version BD du roman par Follet aurait été une excellente idée.

Le livre ne s’arrête pas au roman et aux illustrations. Il contient également un dossier sur la collaboration entre Tillieux et Follet, un dossier sur le contexte de l’époque qui a permis l’écriture du roman, et une présentation de la collection policière belge de l’époque : Le Sphinx. Ce livre est plus qu’un objet de curiosité. C’est évidemment les fans de Tillieux qui s’y intéresseront, ou les passionnés de René Follet.

Je serai d’avis de lire les autres romans de Tilleux, mais c’est surtout les rééditions de sa production en bande dessinée qui m’intéresse le plus.

Le navire qui tue ses capitaines, Maurice Tillieux et René Follet, éditions de l’Élan, 2017, 112 pages.

Le navire qui tue ses capitaines

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Je t’aime – Barbara Abel

Pour rester dans l’univers de Barbara Abel, j’ai enchainé avec « Je t’aime » juste après avoir lu « Je sais pas ». J’avais pensé que l’auteure allait se répéter en abordant le problème des enfants et adolescents capricieux. Je m’étais dit qu’il lui restait suffisamment de matière inexploitée du livre précédent pour l’utiliser dans son dernier livre. Et il n’en est rien.

En fait le sujet n’est pas du tout le même. Tout semble presque rose au début de l’histoire. On s’intéresse à des parents et leurs enfants dans des familles différentes. Simon et Maud forment une famille recomposée. Simon qui est chirurgien a une fille de 18 ans qui s’appelle Alice. Il arrive à celle-ci de fumer un joint avec son petit ami Bruno. De son côté, Maud qui est divorcée a deux enfants, Arthur et Suzie de 15 et 11 ans. Nicole est greffière et est la mère de Bruno. Solange est la mère de Thibaut, un enfant de 7 ans.

Tout se passe dans le meilleur des mondes pour ses familles, jusqu’au moment où Bruno le petit ami d’Alice, sous l’emprise de la drogue, fait un accident. Sa voiture s’encastre dans un car. Il perd la vie en même temps que celle de Thibaut. Ces deux décès vont être le départ d’un drame plus que d’un polar. Comme il faut trouver un coupable, pour Nicole la personne toute désignée est Alice, la petite amie de son fils décédé dans l’accident d’auto. Pour elle, Alice est à l’origine de cet accident en fournissant de la drogue. Mais est-ce bien la vérité, ou un prétexte d’une mère qui a perdu son fils pas si parfait que ça, qui a causé le mort d’un petit garçon ? Sa haine vis-à-vis d’Alice et de sa famille va se transformer en vengeance en usant de son influence auprès du juge pour lequel elle travaille. Et à partir de ce moment-là, toutes les personnes présentent dans ce roman vont voir leur vie changer.

Quelques détails de l’histoire m’ont laissé dubitatif. Par exemple que la mère de Bruno qui est greffière et travail pour le juge qui va gérer cette affaire. Normalement, une victime (dans ce cas-ci la mère de la victime) n’a pas le droit d’intervenir dans une enquête. On ne peut pas être juge et parti. Étonnant aussi que Simon espionne son beau-fils dans le parc et ne pense pas à utiliser son smartphone pour le filmer en train de fumer avant de montrer le film à sa mère.

Les policiers ne sont pas particulièrement perspicaces, tout comme c’était déjà le cas dans le livre précédent. C’est grâce à une garde à vue prolongée qu’ils arrivent à obtenir des aveux qui ne reflètent pas la vérité. Ils auraient pu faire preuve de plus de clairvoyance dans leur enquête.

Il reste des inconnues dans cette histoire, surtout concernant la sous-cave exploitée par… qui finalement ? Lorsque tout le monde s’accuse personnellement, cela devient difficile de savoir qui est à l’origine de ce drame. Car drame il y a ! Mais le décès de deux personnes déclenche l’appareil judiciaire et en fait un polar.

Barbara Abel reste égale à elle-même. Ses histoires sont bien documentées, bien construites, bien amenées. C’est un peu la marque de fabrique de Barbara Abel. Amener le lecteur sur de fausses pistes et lui faire comprendre qu’il s’est trompé sur les intentions du coupable, que ce dernier n’est pas celui qu’on croyait.

Des chapitres courts et concis donnent un rythme effréné à ce roman. J’avais passé cinq jours sur la première partie du livre, alors qu’il ne m’a fallu qu’une soirée pour lire la seconde partie et terminer le roman sur les chapeaux des roues, accroché par l’intrigue de cette histoire.

Roman original où l’amour ouvre le bal, pour se transformer ensuite en haine, et se terminer en vengeance aveugle. Aveugle, car les différents protagonistes de cette histoire n’ont pas nécessairement raison, et sont guidés par leurs émotions au détriment de toute logique. C’est étrange d’assister à l’écroulement d’une famille qui donnait l’impression d’être soudée, de constater ensuite que pour ses propres enfants ils sont prêts à tout pour les sauver ou les accuser.

J’avoue avoir passé un bon moment en compagnie de Barbara Abel. Comme pour le précédent livre, je reste agréablement surpris par sa manière d’écrire, par les histoires qu’elle raconte, et j’attends avec impatience le roman suivant.

Je t’aime, Barbara Abel, éditions Belfonds, 2018, 462 pages.

Barbara Abel - Je t'aime

Irons ingénieur-conseil – Luc Brahy & Tristan Roulot

Nouveau personnage de bande dessinée, Irons vient renforcer l’offre déjà alléchante du catalogue Lombard. Sorti dans la collection Troisième vague (dans laquelle on trouve par exemple Alpha), Irons de Luc Brahy & Tristan Roulot va devoir convaincre les amateurs de BD sur un marché déjà pléthorique.

La couverture du premier tome ne laisse pas indifférente, et le dessin de Luc Brahy donne vraiment envie de découvrir cette BD. Le détail des décors, la découpe des planches, sont impeccables, très bien mis en couleur par Hugo Facio. Les nuits canadiennes froides et sombres, tout comme les profondeurs marines sont le décor de cette histoire. Il y a un côté glauque que Brahy a très bien restitué.

Manque peut-être un peu plus d’expression sur les visages des personnages. Si on compare cette BD au dernier Alpha sorti chez le même éditeur dans la même collection au même moment, Alain Queirex est plus précis dans les visages que Luc Brahy. Mais pour le reste, c’est du très beau boulot.

Le scénario de Tristan Roulot est classique et solide, entrecoupé de flashbacks. C’est juste bizarre de trouver un ingénieur en ponts aux commandes de cette histoire policière. Tristan Roulot tisse un scénario autour d’un pont dont une pile s’est effondrée et d’un bateau de pêche (le lady Acacia) qui a coulé lors d’une tempête dix ans plus tôt. Tout se passe au Canada, sur une ile que le pont relie au continent. Irons qui voulait rejoindre le continent pour continuer ses propres affaires se voit bloqué sur cette ile. Son aide précieuse va aider la police à résoudre cet étrange incident.

On découvre un personnage intelligent, mais froid. Comme il le dit lui-même (page 41), il est dyssocial, ou plus simplement sociopathe, qui ne ressent rien pour les autres. C’est un peu le danger de cette BD. Le héros est intelligent, mais pas sympathique.

Sinon, Irons est contraint d’agir et de mener sa propre enquête sur ce pont et sur la voiture qui a plongé dans le fleuve. Il apporte des éléments intéressants en matière de construction. On voit que le domaine a été étudié par le scénariste. Le seul reproche que je fais, c’est que parfois Irons sort une preuve, un fait, une évidence, qui normalement nécessiterait plus de recherche. C’est un peu comme s’il la sortait de son chapeau au bon moment pour faire avancer l’histoire.

Il faut laisser le temps à cette série de se développer, de prendre sont rythme. C’est pourquoi je lirai « Les sables de Sinkis » déjà annoncé sur la quatrième de couverture de la BD.

Dans l’ensemble une bonne bande dessinée à suivre.

Irons ingénieur-conseil, Luc Brahy & Tristan Roulot, Lombard troisième vague, 56 pages, 2018

Irons

Je sais pas – Barbara Abel

Je ne lis pas souvent un polar, préférant la science-fiction, la littérature ou la BD, voire la vulgarisation scientifique. Et quand j’en lis, c’est davantage des auteurs comme Chandler, Hammett, Spillane ou Manchette qui me mobilisent.

Il était donc nécessaire de corriger une lacune vis-à-vis des auteurs contemporains qui écrivent du polar, et en particulier par rapport à une auteure belge que j’ai rencontrée à plusieurs reprises. Je parle de Barbara Abel. C’est l’événement culturel et littéraire le Boulevard du polar, en parallèle au BIFFF qui a été le déclencheur de cette lecture et de cette chronique.

Avec « Je sais pas » de Barbara Abel, je m’attendais à une histoire pas cousue de fil blanc, qui allait m’emmener dans un sujet cent fois raconté sous forme de série B télévisée. Eh bien non ! Si ça commence bien comme une histoire de petite fille qui s’égare dans la forêt à l’insu de ses professeurs, puis qui est rapidement retrouvée, le reste de l’histoire peut surprendre le lecteur.

On découvre Émilie, une petite fille de cinq ans, qui derrière un visage angélique est un vrai démon. Elle n’hésite pas à faire croire que sa maîtresse est méchante avec elle. De plus, Émilie ne s’entend pas avec ses petits collègues à l’école. Lors d’une sortie en forêt avec 75 enfants et leurs professeurs, elle va suffisamment montrer sa mauvaise foi pour que les professeurs la changent de groupe d’enfants. Un échange est fait dans le groupe de Mylène son institutrice. Émilie quitte le groupe pour un autre, tandis que Mylène récupère un enfant de l’autre groupe. Et que vont faire les enfants en petit groupe ? Construire des cabanes. Un concours de cabane est donc l’activité principale de cette sortie scolaire.

C’est l’occasion pour Émilie de s’échapper et s’enfoncer dans la forêt sans rien dire à personne. Et ce n’est qu’après un certain laps de temps, quand les instituteurs doivent recenser les enfants, qu’ils constatent la disparition d’Émilie.

Barbara Abel

L’écriture de Barbara Abel est fluide et l’histoire tellement évidente qu’on se dit qu’on va rapidement arriver à la fin de cette histoire de petite fille fugueuse. Mais en nous présentant chaque personnage, on a une autre image de l’histoire.

Mylène l’institutrice est diabétique et part à la recherche d’Émilie sans avoir pris sa dose d’insuline. Étienne, le père de Mylène, a un passé violent. Il est aussi diabétique, et est l’amant de Camille, la mère d’Émilie. Camille trompe son mari Patrick et pète les plombs lorsque sa fille fugue ou ne lui raconte pas ce qui s’est réellement passé. Et puis Patrick, le père d’Émilie, professeur, qui en sait plus que ce qu’on pense et à des avis trop tranchés vis-à-vis de sa femme.

Si Émilie est rapidement retrouvée, il n’en est pas de même pour Mylène qui est partie à sa recherche avec d’autres professeurs. Retrouver la petite fille dans un trou, la libérer et être soi-même coincé dans ce même trou ressemble à un cauchemar, surtout pour une diabétique qui a laissé sa dose d’insuline auprès d’une collègue qui garde les enfants.

Chacun des acteurs de ce roman a suffisamment de raisons pour vouloir connaitre la vérité ou tout faire pour que les autres ne sachent rien de ce qui s’est passé. Questionner Émilie sur sa fugue n’a rien d’évident. Ni pour la mère ni pour les policiers qui doivent résoudre l’affaire. Et lorsque ces derniers découvrent que le foulard au bras d’Émilie appartient en fait à Mylène et que cette dernière n’est pas revenue, l’enquête prend une tournure qui n’a plus rien à voir avec une simple fugue d’une enfant capricieuse. C’est une course contre la montre qui s’engage pour retrouver l’enseignante qui risque de mourir si elle n’est pas retrouvée et soignée rapidement.

Le roman prend alors une direction inattendue pour le lecteur et reste très captivant. Les desseins de chacun seulement dévoilés aux lecteurs permettent de se rendre compte que chaque acteur de cette histoire n’est pas aussi net qu’il le montre. Je dirai même que la surprise attend le lecteur lorsqu’il apprend les intentions de l’un d’entre eux.

Au fur et à mesure de la lecture de ce roman, les différents personnages étaient de plus en plus classés dans le tiroir des mauvais. C’était aussi le cas pour les victimes. Seuls les policiers semblaient faire exception à la règle.

En fait, c’est un très bon polar, avec une intrigue bien distillée au fil des pages, où Barbara Abel nous mène en bateau pour nous surprendre jusqu’à la dernière page.

J’ai douté en lisant « Je sais pas » des personnages et de l’auteure. En finalité, j’ai adoré ce livre. Ce qui m’a incité à prévoir la lecture du suivant. Je sais une chose, c’est que Barbara Abel est une excellente auteure de polar, et que je ne vais pas en rester là dans ses romans.

Je sais pas, Barbara Abel, 2017, Pocket, 440 pages, illustration : Rysk

Je sais pas - Barbara Abel

Marilyn X – Philip Le Roy

Et si Marilyn Monroe n’était pas décédée en 1962 ? C’est sur cette idée (pas si) farfelue que Philip Le Roy a écrit Marilyn X un livre qui tient du polar et du documentaire.

On pourrait se dire qu’il existe des centaines de livres sur Marilyn Monroe et qu’on a écrit tout ou presque sur elle. Elle a été l’objet d’innombrables fantasmes de beaucoup de personnes qui ont un jour aimé un de ces films, qui ont lu les livres qui lui sont consacrés. Je ne fais pas exception à la règle. Je pense qu’un jour elle fera sa réapparition sous forme de personnage de synthèse et le public ne devinera jamais qu’elle n’est pas réelle. On approche à grands pas de ce genre de technologie.

L’idée de savoir Marilyn Monroe vivante au-delà de la date de sa mort est évidemment une idée qui peut donner lieu à plusieurs histoires distinctes. Dans le cas présent, Philip Le Roy retrace la vie de Marilyn Monroe à l’époque des Kennedy, c’est-à-dire à l’époque où elle a une aventure avec le président des États-Unis et avec le ministre de la Justice qui n’est autre que le frère du président. Si on ajoute à cela quelques acteurs et chanteurs bien connus, et de vrais mafieux capables d’influencer le président de la nation la plus puissante du monde, on obtient un livre qui jette un regard neuf sur le mystère du décès de Marilyn Monroe.

Lors d’un périple au Nouveau-Mexique, un couple français est témoin d’un incendie. L’homme est écrivain et est accompagné par sa femme. Si rien ne les prédestine à faire une découverte incroyable, ils vont cependant se retrouver en possession de carnets en partie brulés. Ces carnets sont écrits par un narrateur qui a connu de très près Marilyn Monroe. Il n’en faut pas plus à nos deux voyageurs pour imaginer une histoire rocambolesque tirée de ces bribes. En réalité, il n’en est rien, car ces carnets font référence à Marilyn Monroe. Une lecture plus attentive révèle que ces textes ne sont pas issus de l’imagination d’un écrivain, mais qu’il s’agit bien de souvenirs transposés dans des carnets.

La manière dont les informations sont distillées aux lecteurs va les forcer à progresser plus vite dans la lecture de ce roman déjà très fluide et très bien écrit. Et les vraies informations donnent froid dans le dos, surtout lorsqu’on découvre que Robert et John Kennedy étaient dépendants de la mafia. Marilyn Monroe détenait certaines informations compromettantes, dont celle des carnets qui sont révélés, qui mettraient en danger le président des États-Unis.

Pour éviter d’être assassinée, Marilyn Monroe va donc mettre en scène sa propre mort avec la complicité des Kennedy. Cela veut aussi dire qu’elle renonce à sa carrière et opte pour une vie tranquille et discrète. Quoi de mieux qu’une réserve d’Indiens pour y passer le reste de son existence.

J’avoue que le carnet concernant l’hôtel de Frank Sinatra m’interpelle plus particulièrement. Si les faits sont réels, il y avait vraiment nécessité pour Marilyn Monroe de fuir et se cacher. Le plan qu’elle a échafaudé va justement la soustraire au danger qui plane sur elle. C’est assez original.

Il y a beaucoup de romans, de films, ou BD où la belle blonde occupe un rôle parfois joué par une actrice. C’est un mythe et cela le restera encore longtemps. Si vous ne l’avez pas deviné, je suis un peu fan de Marilyn Monroe. Elle représente le sommet du glamour à l’époque. Elle correspond aux années 50 et 60, un peu désuètes, qui reste profondément ancrées dans nos souvenirs ou notre imagination.

Ce roman est suffisamment bien écrit pour que le lecteur se laisse guider par l’intrigue et accepte tous les arguments historiques liés à cette star hors normes. Les détails que donne Philip Le Roy sont presque toujours issus de documents ou de livres. Il est difficile aux lecteurs de faire la distinction entre la réalité et la fiction, à tel point que la totalité du livre pourrait être prise pour des faits authentiques. Et là, l’auteur a parfaitement réussi son coup en nous faisant douter sur la véracité des faits. Marilyn a-t-elle vécu jusqu’à 90 ans à l’écart des médias ? Que ce soit vrai ou faux, importe peu. Je pense que les fans de Marilyn Monroe auraient aimé que ce soit le cas.

C’est le premier livre que je lis de Philip Le Roy. C’est une lacune que je devais combler après avoir rencontré l’auteur et son épouse il y a quelques années à Bruxelles. Je m’étais promis de le faire avec un livre qui n’est pas trop noir, et c’est effectivement le cas avec ce Marilyn X qui revient avec une des célébrités les plus importantes du vingtième siècle.

Croise-t-on vraiment Marilyn Monroe dans ce livre ? Eh bien oui ! Mais le lecteur devra attendre la fin du livre pour se rendre compte que l’actrice fait bien son apparition à notre époque. Un exercice de style bien orchestré par Philip Le Roy, qui mérite vraiment d’être un des meilleurs auteurs de polar du moment.

Un livre à conseiller évidemment, mais surtout un auteur à suivre de près.

Marilyn X, Philip Le Roy, édition Cherche Midi, 2016, 270 pages, illustration Mikaël Cunha

Marilyn X - Philip Le Roy

Time lapse

Et si votre voisin mourait et laissait dans sa maison une étrange machine qui prenait quotidiennement des photos de votre maison toutes les 24 heures ? Oui, mais 24 heures dans le futur, c’est-à-dire demain à 8 heures du soir. C’est sur cette idée originale qu’est basé Time lapse, un film qui tient de la science-fiction, mais qui bascule rapidement dans le thriller angoissant. Le film est un huis clos, ce qui renforce encore un peu plus cette angoisse. L’histoire se passe uniquement dans une maison et celle d’en face.

Film à petit budget dont l’intérêt est largement compensé par une bonne histoire. C’est le genre de film qui a parfaitement trouvé sa place au BIFFF en 2014, et qui est sorti en salle en 2016. Pas de grands acteurs ni réalisateur oscarisé. Simplement le développement d’une idée de science-fiction déjà exploitée sur le plan littéraire et déjà abordée au cinéma sous un autre angle.

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Trois amis colocataires vivent dans une petite maison. L’un d’entre eux est peintre et assure le rôle de concierge dans les environs. Sa petite amie est serveuse, tandis que le troisième est un parieur qui côtoie des personnes pas toujours fréquentables.

Ils découvrent que leur voisin d’en face n’a plus montré signe de vie depuis quelque temps. Le courrier s’accumule sur le pas de sa porte. Heureusement, ils ont la clé de la maison. Et ce qu’ils vont découvrir en y pénétrant, c’est une étrange machine qui prend des photos toutes les 24 heures. Des photos de leur propre maison, prises à travers une baie vitrée. Étrangement une photo montre une situation qui n’est pas encore arrivée. Ils retrouvent la dépouille du propriétaire enfermé dans la cave. Celui-ci est mort mystérieusement. Les trois amis vont découvrir que la photo générée chaque jour correspond bien à ce qui va se passer le lendemain à huit heures du soir.

L’idée de connaitre son avenir prend soudain une grande importance dans leur vie, surtout dans celle du parieur qui y voie un moyen de gagner beaucoup d’argent en récupérant le résultat des courses du lendemain.

Au cœur d’une histoire de paradoxe temporelle, les trois personnages vont être confrontés à un bookmaker peu scrupuleux, qui va les contraindre à travailler pour lui. Leurs vies en danger, ils n’ont plus qu’un moyen de s’en sortir, c’est de se débarrasser du bookmaker et de son garde du corps. Le film bascule alors vers du thriller. Et ça marche ! Cela reste une bonne série B, mais ça marche.

Chaque jour révèle une photo différente de l’avenir, photo parfois compromettante, parfois énigmatique. Le concepteur décédé de cet étrange appareil photo avait laissé quelques mots qui indiquaient que ne pas faire le lendemain ce que la photo montre, correspond à changer le cours du temps, avec les désagréments que cela peut occasionner. Reproduire l’événement revient à s’assurer que ce dernier arrivera bien.

On le voit ici, les principaux protagonistes sont pris dans un piège temporel. Faut-il suivre la photo du lendemain pour que tout se réalise ? Ou faut-il ne pas tenir compte de cette photo ? Le réalisateur du film s’est davantage basé sur la première hypothèse, ce qui lui a permis une certaine liberté quant à la suite de l’histoire.

Personnellement, je pense que quoi que les personnages fassent, la photo du lendemain devra montrer ce qui va vraiment se passer. Donc, il n’y a pas d’obligation de suivre à la lettre la photo. Mais ça, c’est un autre débat qui sort du cadre de ce film. Reste donc, une histoire intéressante, bien développée, sans prétention, qui fera passer un bon moment aux amateurs de science-fiction et de thriller.

Je suis content de retrouver Danielle Panabaker dans ce film. Ce qui la sort de son personnage du docteur Caitlin Snow dans les séries de science-fiction Flash et Arrow. Dans ce film elle est davantage une victime, bien que…

J’ai vraiment bien aimé.

Time lapse réalisé par Bradley King, interprété par Danielle Panabaker, Matt O’Leary, George Finn, 2015, durée 1h44.

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A la mort subite – Jerome Charyn et Michel Castermans

À la mort subite. Un titre qui évoque invariablement pour un Bruxellois un lieu dans lequel il peut boire une gueuze du même nom. Car la mort subite est d’abord une gueuze. La brasserie bruxelloise se trouve au croisement de la rue de la Montagne et de la rue d’Assaut, et a pris le nom de La mort subite vers 1910. Voilà pour la petite histoire.

C’est le premier livre que je lis de Jérôme Charyn. Je le découvre à travers ce roman. Et pourtant l’homme semble être une référence littéraire au Etats-Unis. On retrouve ses textes aux côtés de ceux de Francis Scott Fitzgerald ou Henry Miller. On lui doit aussi Marilyn la dernière déesse, livre dans lequel il retrace la carrière de Marilyn Monroe.

Le Castor Astral nous propose un roman à suspens (je n’ose pas dire policier) de cet auteur qui va justement utiliser comme décor cette brasserie bien connue des Bruxellois. À travers les yeux de Sidney Holden son personnage principal, on a droit à un tour de Bruxelles. Ici, point de guide touristique. On apprend qu’il y aurait un étage caché à l’hôtel Métropole, que les trams bruxellois sont des scarabées de cuivre, et qu’on peut trouver du waterzooi à la mort subite.

L’histoire est relativement simple. Sydney Holden qui vit à Paris est appelé par le vieux Raab à Bruxelles. Il est invité par celui-ci à l’hôtel Métropole. Holden occupe la même chambre que son défunt père. Il a toujours su que son père n’était pas qu’un ancien MP américain, mais qu’il était aussi un flingueur, un nettoyeur qui travaillait pour Raab. Sydney Holden est aussi un flingueur. Son arrivée à Bruxelles provoque certains remous dans le milieu de la pègre. À peine arrivé à l’hôtel Métropole, on tente déjà de l’éliminer. C’est Raab qui se débarrasse d’un de ses hommes de main en l’envoyant tuer Holden. Après cette péripétie mortelle pour l’homme de main, Raab propose à Holden de reprendre le boulot de son père, en commençant par se débarrasser d’une certaine Louiza Boogarden qui lui fait de l’ombre.

Alors qu’il cherche à rencontrer cette « môme », Holden découvre une photo d’une femme qui pourrait être sa mère et qu’il n’a jamais connue. La rencontre avec Louiza va lui faire comprendre que le pourri dans cette histoire, ce n’est pas elle, mais bien Raab qui ne supporte pas la concurrence. De plus, Raab détient la mère de Holden. Ce dernier va remettre les choses en place. Le flingueur qu’il est ne s’encombre pas de sentiments pour faire le vide autour de lui.

L’histoire est agrémentée par de nombreuses photos en noir et blanc prises par Michel Castermans. Avec celle-ci, le lecteur peut mieux visualiser les lieux dans lesquels l’histoire se passe. Car ces lieux existent vraiment.

Courts romans ou longues nouvelles, au choix. On ne s’ennuie jamais dans ce livre dont le rythme ne permet pas au lecteur de souffler. Tous les chapitres sont courts, et commencent par une photo en noir et blanc des lieux où se situe l’action. On aurait presque envie de demander à l’auteur de faire un autre roman, dans lequel Michel Castermans pourrait insérer d’autres photos de la capitale européenne.

 J’ai beau connaitre Bruxelles, la vision de Jérôme Charyn est plutôt sombre, mais pas glauque. Les photos de Michel Castermans ajoutent de la noirceur à cette histoire de truands. Le Bruxellois que je suis a aimé ce court roman. Plus pour l’histoire que pour les lieux où elle se situe. À peine commencé, ce livre a été lu entièrement. Et lorsque je l’ai refermé, j’avais le sentiment d’avoir passé un bon moment avec ce flingueur. Petit roman sympa qui se laisse lire.

À la mort subite, Jérome Charyn & Michel Castermans, Le Castor Astral, 2014, 110 pages, traduit par Marc Chénetier.

A la mort subite