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Conquêtes : Islandia

Avec Islandia, Jean-Luc Istin, Zivorad Radivojevic, Eber Evangelista nous proposent une bande dessinée de science-fiction qui oscille entre space opera et planet opera.

En voyant cette BD sur les présentoirs d’une grande librairie, j’avais envie de découvrir cette nouveauté. Islandia est le premier tome du cycle « Conquêtes », cycle de 5 histoires qui représentent chacune une des colonies qui a quitté la Terre. On aura donc : Islandia, Deluvenn, Decornum, Uranie et Adonaï. Ce seront d’autres scénariste et dessinateurs qui réaliseront les autres tomes.

La couverture laisse deviner qu’on a dans les mains un space opera militaire. C’est bien le cas, mais l’exploration y a toute sa place. Les premières planches sont un clin d’œil à 2001 l’odyssée de l’espace avec son monolithe noir. Mais ça ne va pas plus loin. Je pensais lire un clone d’avatar, mais ce n’était pas le cas.

En termes d’exploration spatiale, ma référence BD est plutôt Leo avec ses cycles Aldebaran, Betelgeuse ou Antares, qui donnent une grande part à l’exploration et la découverte d’autres civilisations. J’avais été déçu par la lecture de « Colonisation » de Filippi et Cucca, où je trouvais que le scénario était faible et ne donnait pas envie de lire la suite. Heureusement, avec Islandia Jean-Luc Istin propose un scénario intéressant à plus d’un titre. D’abord ses personnages sont bien campés, surtout Kirsten Konig qui est l’héroïne de cette histoire de science-fiction. Ensuite l’intrigue sur les mystérieuses explosions est bien amenée.

C’est très bien dessiné. La qualité du dessin de Zivorad Radivojevic m’incite à lire ses autres bandes dessinées. Reste que les détails, les expressions des personnages, les paysages et lieux sont originaux et collent parfaitement à la science-fiction actuelle. Sans oublier la colorisation faite par Eber Evangelista qui dramatise chaque scène et apporte une palette de couleurs qui détermine l’ambiance générale. BD vraiment excellente sur le plan artistique.

Je me pose la question de savoir si Kirsten Konig n’aurait pas dû avoir un grade plus élevé dans cette histoire. Un lieutenant qui s’adresse directement à un amiral et qui dirige une mission d’exploration ou un assaut contre des extraterrestres, c’est plutôt du ressort d’un capitaine ou d’un major, et les responsabilités sont plutôt celles d’un colonel. Un autre détail qui m’avait intrigué, une fois la BD lue entièrement, c’était le fait que les 50 cobayes auraient pu exploser dès leur sortie du cryo-sommeil. Curieusement, ce n’est pas le cas.

Reste une histoire dans laquelle on suit une des cinq flottes d’exploration qui ont quitté la Terre pour coloniser d’autres mondes. Islandia semble être un monde viable pour l’humanité, avec comme principal inconvénient d’être plutôt froide. Mais ce climat polaire n’empêchera pas la colonisation et la découverte d’autochtones de formes humanoïdes. Il y a tellement d’intérêts en jeu dans cette colonisation que certains n’ont pas hésité à faire sortir de leur cryo-sommeil une partie des futurs colons. L’empressement à s’établir sur Islandia est tel que le sort des autochtones n’a pas beaucoup d’importance pour une flotte de vaisseaux qui dispose de toute la technologie nécessaire pour rayer de la carte toute forme de vie extraterrestre. C’est là que le lieutenant Kirsten Konig est pris entre deux feux, et doit d’un côté établir le contact avec les autochtones et de l’autre éliminer la menace qu’ils représentent, suite à une explosion. Car les autochtones sont évidemment les premiers coupables pour un amiral sans scrupule. Si l’histoire parait simple à ce stade, elle l’est moins lorsqu’on découvre que les autochtones ont des pouvoirs, et que parmi les colons cinquante personnes ont subi une mutation génétique lorsqu’ils étaient encore en cryo-sommeil. Et une de ces personnes n’est autre que le lieutenant Kirsten Konig.

Et là, le scénariste s’en donne à cœur joie en distillant les informations au lecteur, et fait alterner les scènes entre la planète et la colonie de vaisseaux. C’est une vraie intrigue policière qui s’ensuit et une course poursuite qui a pour enjeu l’extinction des autochtones.

Je n’ai vraiment aucune critique à formuler, si ce n’est que j’aurais aimé des vignettes plus grandes sur certaines pages. Mais alors la BD aurait fait 90 ou 100 planches au lieu de 76 déjà proposées. C’est déjà très gentil de la part des auteurs d’être sorti des 48 pages habituelles.

Ce premier tome est réussi et j’attends avec curiosité les autres tomes de ce cycle, en espérant qu’ils ne sont pas trop militaires, mais plus tourner vers l’exploration et la découverte. Reste une BD qui m’a beaucoup plu. J’espère que les autres scénaristes et dessinateurs de ce cycle feront aussi bien. On mélange BD et science-fiction, avec un scénario bien ficelé et un excellent dessin.

Donc, à conseiller évidemment.

Conquêtes : Islandia, Jean-Luc Istin, Zivorad Radivojevic, Eber Evangelista, Soleil, 2018, 76 pages

Islandia

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Kaboul – Michael Moorcock

Denoël nous publie dans la collection Graphic un livre de Michael Moorcock, Kaboul et autres souvenirs de la troisième guerre mondiale, livre illustré par Miles Hyman. Il s’agit d’une suite de nouvelles qui ont comme trait commun un agent secret.

La couverture de ce livre m’avait frappé non pas par la combattante armée qui se trouve devant l’explosion d’une bombe atomique, mais par le style du dessinateur qui me semblait familier. Et c’est bien le cas. Pour une fois, je vais commencer par l’illustrateur plutôt que l’auteur. Le livre contient une quinzaine d’illustrations qui représentent les différentes scènes rencontrées lors de la lecture de ces nouvelles. Elles sont fidèles à l’histoire et mériteraient d’être plus nombreuses.

En fait, Miles Hyman, je l’ai retrouvé dans ma bibliothèque entre deux bandes dessinées. Il avait fait précédemment l’adaptation BD du dahlia noir, tiré du roman de James Ellroy, et adapté par Matz/David Fincher (édition Rivage, Casterman, Noir).

Miles Hyman n’est pas un inconnu. C’est en grand illustrateur qui vit entre la France et les États-Unis. Ses dessins se retrouvent dans les grands quotidiens. Ses dessins sont très réalistes et son œuvre mérite toute notre attention.

Comme le personnage principal de ce livre voyage à travers une bonne partie de la planète, les illustrations représentent souvent des lieux où la guerre sévit et elles collent parfaitement à l’ambiance que veut donner l’auteur à ses nouvelles.

Michael Moorcock, je connais très bien pour avoir lu tout son cycle sur le champion éternel (Elric, Corum, Erekosé, Hawkmoon), et pour l’avoir rencontré il y a quelques années. L’auteur est une référence en fantasy, et est aussi connu pour ses uchronies. Je pense à Le nomade du temps, Gloriana ou la reine inassouvie. Kaboul s’inscrit aussi dans une uchronie, où la troisième guerre mondiale tient lieu de fonds à cette anthologie. Il ne s’agit pas d’un roman, mais d’une suite de nouvelles qui mettent en scène Tom Dubrowski, un agent secret ukrainien qui se fait passer pour un antiquaire. Chaque nouvelle représente une étape dans la vie de ce personnage, qui se balade aux quatre coins du monde, parfois comme simple agent de renseignements, parfois comme tortionnaire ou combattant. Sa vie est parsemée de rencontres politiques, militaires, voire sentimentales.

Je pense que Michael Moorcock nous a donné depuis longtemps le meilleur de son œuvre avec son cycle du champion éternel, et que ce livre ne vient pas la renforcer, mais se détache un peu plus du tronc commun plus orienté fantasy.

Reste que Michael Moorcock est un bon auteur qui se laisse lire, dont les textes décrivent parfaitement les situations dramatiques lors d’une troisième guerre mondiale, mais aussi les craintes de chacun face au chaos qui se présente à l’ensemble de l’humanité. Tom Dubrowski n’est pas particulièrement un personnage attachant, mais le fait qu’il soit le narrateur de ce livre donne un intérêt particulier. Sa vie sentimentale est également au cœur de ce livre, ainsi que ses diverses missions. C’est un agent secret, mondain par certains côtés, et un soldat qui se retrouve au milieu d’un conflit planétaire, qui décrit les travers de notre société.

Ce que j’ai apprécié, c’est que Michael Moorcock reste vague dans le conflit qui existe entre l’occident et l’orient. Il se contente de le décrire en toile de fond, sans prendre parti pour l’un ou l’autre côté. À travers les yeux de son personnage, on voit lentement évoluer ce conflit, voire à mettre en danger Dubrowski en étant trop proche de l’explosion d’une bombe nucléaire. Le livre se termine sur un retour aux sources et des problèmes de santé, mais l’histoire reste sur une fin ouverte.

Je n’ai qu’une critique à faire aux éditeurs, c’est de n’avoir pas pensé à ordonner les nouvelles sur une ligne de temps. Par exemple Kaboul doit faire suite à Danse à Rome, et Escale au Canada n’est pas suite de cette dernière ! C’est un détail, mais il n’est nulle part fait mention de flashback dans ce livre, donc les nouvelles auraient pu être ordonnées.

Reste une lecture originale d’une troisième guerre sur une Terre fort proche de celle que nous connaissons. Ces nouvelles ne sont pas très longues et agréablement étoffées par les illustrations de Miles Hyman.

Kaboul et autres souvenirs de la troisième guerre mondiale, Michael Moorcock, 2018, 224 pages, illustrations de Miles Hyman

Kaboul - Moorcock

Avant-garde — Jack Campbell

Avec cette préquelle de la flotte perdue, Jack Campbell raconte la genèse de celle-ci et les débuts de Robert « Rob » Geary. C’est toujours l’Atalante qui édite le cycle.

Il y a quelques années, j’avais lu « Indomptable » le premier tome de ce space opera. Il m’avait plu sans plus. C’est probablement parce que dans le genre je préférais le cycle Honor Harrington de David Weber. Cela ne m’a pas empêché d’avoir tous les livres de la flotte. Je m’étais simplement dit que je les lirais plus tard, une fois que Honor Harrington serait terminé. Ce n’est pas encore le cas. Tant pis, je passe tout de même à la flotte perdue !

Avec cette préquelle j’avais envie de donner une seconde chance à Jack Campbell. Et ce premier tome « Avant-garde » m’a effectivement captivé. Peut-être parce que commencer par le début, c’est-à-dire présenter le personnage principal avant qu’il ne devienne un héros était la bonne solution.

En fait, ce n’est pas uniquement Rob Geary qui est présenté dans ce livre. C’est aussi Mele Darcy un fusilier hors pair, Lyn Metzger surnommée Ninja qui est une informaticienne de génie, Carmen Ochoa une spécialiste dans la résolution de conflit et Lochan Nakamura un ancien politicien qui veut aider les autres. Ces cinq personnages vont parfois se rencontrer et formeront la toile de fond de ce space opera de bonne facture. Dans leur domaine respectif Geary et Darcy sont ceux qui vont au bout des choses, ceux qui n’abandonnent jamais, quitte à y laisser leur vie. Ils sont altruistes, guidés par un incommensurable besoin d’aider leur prochain. Pour des officiers au début de leur carrière, ils possèdent une maturité, un raisonnement et une logique que beaucoup leur envieraient.

C’est aussi là que Jack Campbell apporte un plus dans la description de ses personnages. Ils ont une âme, ils aspirent à une meilleure vie comme chacun de nous, mais bon nombre d’obstacles se dressent devant eux pour y parvenir. Ils sont attachants, ont des doutes, mais ne renoncent pas facilement. On a donc droit à un space opera qui se passe en partie sur Glenlyon, et en partie dans l’espace.

Geary est un jeune lieutenant qui a quitté les forces spatiales d’Alfar. Il n’a pas une très longue expérience, mais lorsque les colons de Glenlyon lui demandent leur aide contre les pirates venus de Scatha, il n’hésite pas à un seul instant. Il forme un commando pour s’emparer de leur vaisseau de guerre, un cotre armé qui permettra de défendre la colonie contre un adversaire de taille similaire. Le problème, c’est que Scatha envoie d’autres vaisseaux, dont un chargé de colons, de soldats et d’équipements militaires. Et ce vaisseau se pose quelque part sur la planète pour créer une base militaire et à terme faire fuir les colons ou les soumettre.

Le conseil de Glenlyon envoie donc Geary chercher de l’aide à Kosatka, une autre colonie. Et pendant son absence, c’est Mele Darcy qui doit contenir l’envahisseur sur le sol. Geary n’obtiendra pas ce qu’il est venu chercher, mais avec son vaisseau il aide Kosatka contre d’autres pirates. Il sera mis en relation avec des connaissances à Mele Darcy, Carmen Ochoa et Lochan Nakamura. À son retour dans le système de Glenlyon, il devra faire face à une nouvelle incursion de Scatha. C’est donc Mele Darcy qui affrontera l’envahisseur au sol, tandis que Geary l’affrontera dans l’espace. Et pour y arriver, l’aide de Ninja est la bienvenue.

Si le roman parait classique pour du space opera, il offre toute de même une bonne histoire et un bon moment de lecture à passer. Jack Campbell ne tombe pas dans les travers de David Weber avec une pléthore de personnages et de discussions inutiles. Ici il va à l’essentiel en se focalisant sur les personnages et l’action. En 365 pages, il nous présente un futur pas nécessairement optimiste, où la civilisation a essaimé dans une partie du bras spiralée dans lequel se trouve notre système solaire. Au plus éloignées sont les colonies au plus elles sont en danger et risquent de rencontrer des pirates et des trafiquants d’esclaves. Et ce danger permanent qui va être le fil conducteur de ce premier tome.

Ce que je peux dire, c’est que j’attends avec impatience le tome 2 de cette genèse de la flotte. En attendant, je lirai le prochain Honor Harrington que L’Atalante doit bientôt éditer. Reste l’histoire est classique et qu’elle tient en halène le lecteur jusqu’au bout. La fin de ce premier tome n’est pas aussi heureuse qu’on l’espérait et c’est une excellente initiative de Jack Campbell pour nous donner envie de lire la suite. Dès que la suite sortira je la lirai, car cette fois-ci j’ai accroché au cycle !

Avant-Garde (la genèse de la flotte), Jack Campbell, L’Atalante, 2018, 366 pages, illustration de David Demaret.

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L’ombre de la victoire – David Weber

Avec L’ombre de la victoire en deux tomes, l’univers d’Honor Harrington de David Weber continue à se développer avec ce cycle annexe qui fait parfois intervenir les personnages principaux, mais qui se concentre sur les événements qui sont parallèles au cycle principal.

Honor Harrington n’apparait pas dans ce livre qui se passe principalement dans l’amas de Talbot. Mais les événements qui y sont relatés ne sont pas inconnus aux lecteurs du cycle. En fait, on revit les mêmes moments que les autres cycles, mais étalés dans le temps, et depuis une région de la galaxie où les intrigues contre Manticore se trament. Donc, le lecteur ne doit pas être étonné de cette répétition. L’intérêt de ce livre est d’expliquer comment certaines situations critiques en sont arrivées là.

Cela dit, on constate que toutes les intrigues convergent autour de l’amas de Talbot et que les différents protagonistes (Manticore, Havre, la ligue solarienne, la flotte des frontières, Mesa, et la myriade d’agents secrets et comploteurs qui sont autour) risquent fort de s’affronter sur plusieurs champs de batailles dans la même région de la galaxie. On pense évidemment à l’opération Janus, puis baie des huitres menées par Mesa contre Manticore. Mais aussi aux interventions de la ligue solarienne qui se croit tellement supérieure au reste de la galaxie, qu’elle en a oublié que sa technologie est complètement obsolète face à celle de Manticore ou de Havre.

L’alignement mesan fait tout son possible pour faire en sorte que les Manticoriens passent pour des mauvais au sein de la galaxie. Ils organisent des attentats sur plusieurs mondes, jusqu’à utiliser l’arme atomique contre leur propre peuple. Ils font croire que les Manticoriens vont aider tous les peuples qui se révoltent contre la ligne solarienne. La ligue de son côté voit son commerce subir le contrecoup de la guerre économique et militaire menée par Manticore.

On revit la destruction de la base Héphaïstos dans le système de Manticore, la destruction du croiseur Hexapuma et de tout son équipage à l’exception du capitaine Aivars Terekhov. Le vaisseau avait vaillamment combattu et vaincu un ennemi supérieur dans l’amas de Talbot, au point d’en devenir emblématique.

On survole les victoires de Michelle Henke l’amiral du Pic d’or contre les flottes de la ligue solarienne. Ce sont principalement des répétitions d’événements déjà lus dans d’autres livres du cycle, mais vus sous un autre angle. Et puis, Michelle Henke aider par l’amiral Tourville, ce n’est pas courant. Le final de ce livre est assez particulier, l’alignement mesan n’hésite pas à tuer une grande partie de « l’oignon » qui le compose pour cacher la vérité au reste du monde et peut-être renaitre de ses cendres.

Le dénouement s’approche, mais il faudra encore attendre quelques livres (un ou deux) pour enfin voir le bout de ce conflit commencé avec Havre, continué par Mesa et la ligue solarienne, où Havre s’allie à Manticore. C’est grand, c’est gigantesque, c’est presque impossible à résumer tellement il y a des personnages et des intrigues.

Ce livre a un défaut, c’est qu’il y a une pléthore de personnages qu’il est impossible de retenir. L’auteur se perd dans des détails qui ne font pas avancer l’histoire. En fait, David Weber se prend parfois pour Proust. Dans A la poursuite du temps perdu, des dizaines de personnages sont présentés par l’auteur et servent à renforcer l’histoire. Mais tout le monde n’est pas Proust, et David Weber nous noie sous des tonnes de détails inutiles et de personnages qui ne font que passer. La solution la plus simple c’est de lire en diagonale certains chapitres. Les fans d’Honor Harrington sont habitués à ce genre de longueur. Une astuce pour lire ce long roman de science-fiction consiste à s’intéresser principalement à Aivars Terekhov et sa femme, ainsi qu’à Michelle Henke.

Cela reste donc un très bon cycle pour le lecteur de science-fiction qui suit de près le cycle Honor Harrington. Mais il est temps que David Weber se décide à conclure le face à face entre Manticore, Mesa et la ligue solarienne. La fin est proche et ça se sent.

À lire, mais attention aux longueurs !

L’ombre de la victoire T.1 & 2, David Weber, L’Atalante, 2018, 1065 pages

L'ombre de la victoire T1-T2

Dimension révolte des machines – Marc Bailly

Nouvelle anthologie de Marc Bailly consacrée aux machines qui prennent de plus en plus de place dans notre existence. Machines intelligentes, machines dénuées d’émotions. Ce n’est pas aussi simple que cela. Elles font parfois preuve de plus de clairvoyance que nous, cachent parfois des sentiments similaires à ceux des humains. Ils peuvent être les meilleurs amis du monde ou les pires ennemis que la Terre a engendrés.

À la lecture de cette anthologie, il y a effectivement des thèmes récurrents autour des robots, des androïdes, des humanoïdes, des machines intelligentes. Dans ces différents futurs elles prennent le pas sur l’homme, elles sont à son service ou éprouvent des sentiments pour lui. Bien sûr, on retrouvera des similitudes avec des situations rencontrées dans des films de science-fiction. Je pense à Terminator, la planète des singes, Blade Runner ou Galactica pour n’en citer que quelques-uns.

Vingt nouvelles de science-fiction par des auteurs francophones d’aujourd’hui, qui ont des visions totalement différentes. Cela va de la nano technologie en passant par la psychologie et les émotions que peuvent éprouver les machines, voir chercher à procréer.

Quelques nouvelles m’ont plus marqué que d’autres, reprises dans cette chronique. Mais dans l’ensemble, une très bonne anthologie.

Des amis fidèles, de Jean-Pierre Andrevon m’a vraiment beaucoup plu. L’idée d’avoir à son service des robots parfois minuscules au point de ne pas les voir, toujours au service de leur maître qu’ils vénèrent comme un dieu, est particulièrement originale, et traité par un vieux briscard de la science-fiction.

Illumination, de Barnett Chevin. Clin d’œil à Blade Runner avec un détective qui s’appelle Deckard-9, qui est lui-même un androïde. Une enquête et une fin tragique dans un monde qui fait penser à Blade Runner!

L’amour de l’autre, de Jean-Louis Trudel. Vision particulière des robots assimilés à des illégaux, voire des animaux dont les droits sont bafoués. Transposition intéressante qui mérite largement le détour. Encore un très bon texte.

La pieuvre, de Tepdhida Hay. Probablement une des nouvelles qui m’a le plus plu dans cette anthologie. L’histoire se passe dans les sous-sols d’une ville où le tube pneumatique qui a sa propre intelligence a des sentiments pour un humain, et par jalousie tue tous ceux qui s’approchent. Cela mériterait une adaptation TV.

Instinct maternel, de Sophie Dabat. Voilà un robot-nourrice qui aimerait bien avoir son propre enfant et qui éprouve des sentiments similaires à ceux des humains. Si cette nouvelle commence comme une belle histoire, avec Peter l’androïde-précepteur elle se transforme rapidement en scène d’horreur lorsque ce dernier découpe un être de chair et de sang. Sophie Dabat nous fait passer d’une situation gentille au cauchemar. Mais n’était-ce pas le but ?

Robot or not robot, de Marie Latour. Xi-Lo le robot majordome est particulièrement énervant, mais c’est ce qui fait l’originalité de ce texte, car son maître l’est encore plus. On aurait presque envie de dire à Xi-Lo qu’il doit botter le postérieur de son maître. Très bonne nouvelle.

La marche des Néovocytes, de Denis Labbé. On suit le développement physique et intellectuel d’un être vivant, qui cherche à comprendre qui il est réellement. Et lorsqu’il le découvre, il apprend qu’il est une machine hybride, créée à partir d’éléments mécaniques et organiques et de sève végétale. Sa recherche va finalement le mener à une évidence : faire la révolution. Nouvelle bien construite, qui joue sur les sentiments que peuvent éprouver les machines.

Des hommes et des machinesLes robots et autres machines intelligentes n’ont jamais été mon thème SF de prédilection, ce qui fait que cela n’a pas été évident de chroniquer cette anthologie. J’ai toujours préféré Fondation d’Isaac Asimov à son cycle des robots que je n’ai jamais lu. J’ai toujours préféré Star Trek à Galactica. Et ma rare incursion dans le domaine des machines s’est faite avec Jack Williamson. D’abord à travers sa nouvelle «Les bras croisés», et ensuite avec son roman «Les humanoïdes». Lorsque j’ai proposé la nouvelle «L’aurore d’une nouvelle vie» pour cette anthologie, j’avais effectivement envie de revenir sur le thème, où les humanoïdes prenaient en charge les humains et les empêchaient de s’en prendre à eux-mêmes. J’en ai profité pour faire un clin d’œil à Marc Bailly qui se souvient peut-être de l’anthologie «Des hommes et des machines» dirigée par Robert Silverberg, parue en 1973 chez Marabout. Anthologie dans laquelle se trouve justement la nouvelle «Les bras croisés».

On constate que 45 ans plus tard la préoccupation des auteurs de SF tournent toujours autour du conflit qui peut surgir de la chaire et du métal. Nul ne sait qui le gagnera, mais il y a une certitude, ce qui était parfois de la science-fiction devient petit à petit de la science, et le jour où l’homme sera confronté à sa création arrivera tôt ou tard. Bien sûr, tous les auteurs n’ont pas une vue pessimiste du futur. Peut-être que l’homme arrivera à intégrer dans sa vie les machines qu’il crée.

Ces vingt nouvelles de science-fiction sont loin d’avoir épuisé le thème et on peut se dire que le genre a encore de beaux jours devant lui. Une bonne anthologie à découvrir et des histoires qui méritent parfois d’être développées sous la forme de romans.

Dimension Révolte des machines, Marc Bailly, Rivière Blanche, 2017, 320 page, illustration de Mike Hoffman.

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Vestiges – Laurence Suhner

C’est drôle, dans ma bibliothèque j’ai la trilogie Quantika de Laurence Suhner parue chez L’Atalante, et je n’ai commencée à la lire que lorsque le premier tome « Vestiges » est sorti en format de poche chez Folio SF. Je découvre l’auteur avec ce premier livre, et le moins que je puisse dire c’est que c’est original. J’avais l’impression de lire un auteur anglo-saxon traduit.

J’avais des préjugés sur ce premier tome. Le fait que c’est un planet opera (et pas un space opera comme le laisse supposer la couverture du livre chez L’Atalante) sur un monde de glace, me refroidissait déjà avant d’ouvrir la première page. Mais comme souvent, je laisse mes préjugés au vestiaire pour découvrir un nouvel auteur. Dès les premières pages, j’étais rassuré par le style de Laurence Sunher et après les vingt premières pages je savais que je lirais le livre jusqu’au bout. Bien sûr il y a eu des doutes lors de la lecture, car les 200 premières pages ne sont qu’une mise en place des personnages et servent à planter le décor. Mais le style de l’auteur donne envie de persévérer et entrer dans l’exploration des vestiges de la planète Gemma.

Gemma est un monde de glace situé à 6,5 années-lumière de la Terre. Depuis 170 ans une colonie humaine s’y est installée et exploite ses ressources. Autour de cette planète, tourne en orbite un gigantesque artéfact que les humains ne sont pas encore arrivés à explorer. Il semblerait que la civilisation qui a créé l’artéfact a visité Gemma il y a 12 000 ans. Des vestiges ont été trouvés sous les glaces et sont en cours d’exploration par des équipes scientifiques. En parallèle à cela, beaucoup d’engins connaissent une panne qui est due à une altération spatio-temporelle.

D’un côté, on suit les recherches que mène l’équipe de Ambre Pasquier, et de l’autre l’équipe de scientifique du professeur Stanislas. Et entre ses deux, Haziel Delaurier tente de réconcilier les choses, sans trop dévoiler ses propres intentions.

Il y a un côté mystique à ce livre avec un extraterrestre sorti d’hibernation. Plusieurs chapitres dévoilent dans le passé cette civilisation extraterrestre surnommée les bâtisseurs.

Il y a des longueurs dans ce livre, des passages où l’auteur nous fait un cours de biologie, de physique ou de théologie. Des répétitions font que ce livre de plus de 700 pages aurait pu en faire 500. Je prends comme exemple les évènements que certains personnages vont vivre, puis qu’ils vont répéter à d’autres personnes. Les débats qui s’ensuivent ont tout leur sens, mais il aurait été plus facile de simplement dire qu’ils relataient les évènements passés. C’est un détail qui m’a parfois fait lire une page en diagonale plutôt que de relire la même scène.

Il y a aussi une pléthore de personnages secondaires dans ce livre, ce qui rend parfois la lecture difficile. Au fil des pages, le lecteur se focalise sur Ambre Pasquier, Haziel Delaurier et Kya.

Haziel Delaurier est certainement le personnage le plus attachant de cette histoire, et dès le départ on se rend compte qu’il a un rôle plus important qu’il n’en a l’air. Il a beau faire son possible pour approcher et aider Ambre Pasquier, mais elle ne voit en lui qu’un sous-fifre pour lequel elle n’a pas beaucoup de reconnaissance. C’est à croire qu’il a comme leitmotiv « endurer pour durer ». À plusieurs reprises, il sort la scientifique d’un mauvais pas.

Ambre Pasquier l’exobiologiste est une belle femme intelligente et froide, voire condescendante et imbue de sa personne qu’on a envie de détester. On lui a donné la direction d’une équipe de scientifiques et d’explorateurs et elle entend maintenir le cap qu’elle s’est fixé, sans tenir compte de l’avis des autres parfois plus compétents qu’elle. C’est un personnage ambigu que j’espère voir évoluer favorablement dans les deux autres tomes de la trilogie.

Quant à Kya qui a 18 ans et est la fille du professeur Stanislas, on perçoit chez elle beaucoup de potentiel. Indépendantiste et rebelle, elle est sous-estimée par son propre père.

Après lecture de ce premier tome de Quantika, je dois reconnaitre que ce n’est pas mal du tout et que ça me donne envie de lire la suite de cette trilogie. Soit, je continue avec la trilogie parue chez L’Atalante qui est dans ma bibliothèque (tout comme « Le terminateur »), soit j’attends la suite en format de poche. Dans tous les cas, c’est une belle surprise qui m’incite à suivre de près Laurence Suhner, car c’est très bien écrit.

Mais c’est justement parce que je reste sur ma faim avec le final de ce livre que je préfèrerais donner plus tard un avis général sur l’ensemble de la trilogie. Les quelques remarques que j’ai faites dans cette chronique n’enlèvent rien au fait que c’est un bon livre comme on aimerait en avoir plus souvent.

Vestiges, Laurence Suhner, Folio SF, 2017, 713 page, illustration de Manchu

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Space O Matic – Manchu

Après Starship[s] et Science[Fiction], Delcourt nous propose Space O Matic, troisième livre consacré à l’œuvre de Manchu.

J’ai toujours considéré Manchu comme le plus grand illustrateur en matière d’imaginaire. Cela à commencer dans les années quatre-vingt avec l’encyclopédie galactique en deux volumes de François Nedelec. Comme j’ai toujours adoré la science-fiction depuis un demi-siècle, j’ai parfois été déçu de ne pas trouver davantage de couvertures de livres qui collent aux l’histoires. Mais voilà, Manchu est arrivé et cela a changé beaucoup de choses.

Cela m’a aussi donné l’envie de voir une de ses expos à Paris. Pour moi, il n’y a pas de meilleur illustrateur dans le domaine de la science-fiction. Suivre son œuvre n’est pas aisée car il y a tellement de livres consacrés à l’imaginaire ou tellement de bandes dessinées auxquels il a participé, que c’est difficile de recenser toute sa production.

En dehors du livre Manchu Sketchbook sorti en 2008, on peut avoir une vision de sa production à travers Starship[s] sorti en 2004 et introuvable, Science[Fiction] sorti en 2010, et Space O Matic sorti en 2017.

Quand on regarde la qualité des détails de chaque illustration, on se demande si elles sortent uniquement de l’esprit de Manchu, ou s’il a régulièrement trouvé le moyen de sillonné la galaxie et l’univers à la recherche de mondes étranges, d’artefacts mystérieux et de vaisseaux aux lignes épurées ou de taille démesurée. C’est tellement réaliste, que cela devient une référence graphique.

Pour prendre un exemple de présence de Manchu dans la science-fiction, je suis en train de lire Vestiges de Laurence Suhner. Que ce soit la couverture grand format ou celle du livre de poche, cette dernière est faite par Manchu, et pour les deux éditions ce sont bien deux illustrations différentes.

Pour un amateur de science-fiction, de fantasy ou de BD, Manchu est une vraie bénédiction. Ses illustrations représentent fidèlement ce que les auteurs ou lecteurs imaginent d’une scène d’un livre. Et si ce n’est pas le cas, elles aident le lecteur à mieux entrer dans le roman ou la BD, voire même à terminer la lecture d’un livre lorsque ce dernier à quelques faiblesses. C’est un peu comme si Manchu jouait le rôle de locomotive pour certains livres et bandes dessinées.

Certaines illustrations vont même donner envie aux lecteurs de lire ou relire des livres qu’on peut parfois considérer comme juvéniles. Je pense par exemple à la trilogie de l’espace d’Arthur C. Clarke, parue en 2001 chez Bragelonne, qui comprend Iles de l’espace, Les sables de Mars, Lumière cendrée. Cette mise à jour graphique apporte un plus à des livres qui ne manquent pas d’intérêt, mais qui ont parfois un peu été oubliés par de nouveaux lecteurs.

La première partie du livre est un florilège d’illustrations qui mêlent science-fiction, exploration spatiale, rencontres avec d’autres civilisations, mais aussi fantasy et aventures. La finesse des détails est saisissante, les couleurs sont chatoyantes et les décors laissent rêveurs. Une mission sur Mars devient soudain plus compréhensive pour le lecteur. Bon nombre de ces illustrations sont accompagnées de roughs (maquettes) qui montrent parfois la même scène sous des angles différents.

Ce sont des auteurs tels que Poul Anderson, Robert Silverberg, Laurent Genefort, Olivier Paquet, Laurence Suhner, Arthur C. Clarke, Iain M. Banks ou Isaac Asimov qui sont mis à l’honneur avec les couvertures de Manchu. On pourrait même dire que toutes ses illustrations pourraient donner naissances à de nouvelles histoires.

Une seconde partie du livre se focalise sur les participations de Manchu dans le domaine de la bande dessinée. Bon nombre de couvertures de BD lui sont imputables. C’est par exemple le cas pour les séries Hauteville House, Jour J, L’homme de l’année et Artica. J’ai moins été tenté par ces cycles BD. C’est probablement parce que j’espérais trouver la patte de Manchu chaque fois que je tournais une page.

Une dernière partie du livre est consacrée au steam punk et a une steam car en particulier, dont on peut admirer les croquis, mais aussi une maquette du véhicule dans un environnement victorien.

En attendant, je conseille cet Art book à tout amateur d’imaginaire qui a envie de retrouver une grande partie des illustrations les plus récentes de Manchu. Personnellement, je suis un inconditionnel de l’illustrateur, donc la présence de ce livre dans ma bibliothèque est une obligation que je m’impose. Il rejoint ses autres livres. J’espère qu’il y aura un quatrième, voire cinquième volume dans les années qui viennent. Je me dis qu’un jour la bannière de mon blog de science-fiction serait inspirée par Manchu.

Un livre à conseiller aux amateurs d’imaginaires, mais aussi à toute personne qui aime les arts books.

Space O Matic, Manchu, éditions Delcourt, 2017, 96 pages.

Manchu Space O Matic