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Time lapse

Et si votre voisin mourait et laissait dans sa maison une étrange machine qui prenait quotidiennement des photos de votre maison toutes les 24 heures ? Oui, mais 24 heures dans le futur, c’est-à-dire demain à 8 heures du soir. C’est sur cette idée originale qu’est basé Time lapse, un film qui tient de la science-fiction, mais qui bascule rapidement dans le thriller angoissant. Le film est un huis clos, ce qui renforce encore un peu plus cette angoisse. L’histoire se passe uniquement dans une maison et celle d’en face.

Film à petit budget dont l’intérêt est largement compensé par une bonne histoire. C’est le genre de film qui a parfaitement trouvé sa place au BIFFF en 2014, et qui est sorti en salle en 2016. Pas de grands acteurs ni réalisateur oscarisé. Simplement le développement d’une idée de science-fiction déjà exploitée sur le plan littéraire et déjà abordée au cinéma sous un autre angle.

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Trois amis colocataires vivent dans une petite maison. L’un d’entre eux est peintre et assure le rôle de concierge dans les environs. Sa petite amie est serveuse, tandis que le troisième est un parieur qui côtoie des personnes pas toujours fréquentables.

Ils découvrent que leur voisin d’en face n’a plus montré signe de vie depuis quelque temps. Le courrier s’accumule sur le pas de sa porte. Heureusement, ils ont la clé de la maison. Et ce qu’ils vont découvrir en y pénétrant, c’est une étrange machine qui prend des photos toutes les 24 heures. Des photos de leur propre maison, prises à travers une baie vitrée. Étrangement une photo montre une situation qui n’est pas encore arrivée. Ils retrouvent la dépouille du propriétaire enfermé dans la cave. Celui-ci est mort mystérieusement. Les trois amis vont découvrir que la photo générée chaque jour correspond bien à ce qui va se passer le lendemain à huit heures du soir.

L’idée de connaitre son avenir prend soudain une grande importance dans leur vie, surtout dans celle du parieur qui y voie un moyen de gagner beaucoup d’argent en récupérant le résultat des courses du lendemain.

Au cœur d’une histoire de paradoxe temporelle, les trois personnages vont être confrontés à un bookmaker peu scrupuleux, qui va les contraindre à travailler pour lui. Leurs vies en danger, ils n’ont plus qu’un moyen de s’en sortir, c’est de se débarrasser du bookmaker et de son garde du corps. Le film bascule alors vers du thriller. Et ça marche ! Cela reste une bonne série B, mais ça marche.

Chaque jour révèle une photo différente de l’avenir, photo parfois compromettante, parfois énigmatique. Le concepteur décédé de cet étrange appareil photo avait laissé quelques mots qui indiquaient que ne pas faire le lendemain ce que la photo montre, correspond à changer le cours du temps, avec les désagréments que cela peut occasionner. Reproduire l’événement revient à s’assurer que ce dernier arrivera bien.

On le voit ici, les principaux protagonistes sont pris dans un piège temporel. Faut-il suivre la photo du lendemain pour que tout se réalise ? Ou faut-il ne pas tenir compte de cette photo ? Le réalisateur du film s’est davantage basé sur la première hypothèse, ce qui lui a permis une certaine liberté quant à la suite de l’histoire.

Personnellement, je pense que quoi que les personnages fassent, la photo du lendemain devra montrer ce qui va vraiment se passer. Donc, il n’y a pas d’obligation de suivre à la lettre la photo. Mais ça, c’est un autre débat qui sort du cadre de ce film. Reste donc, une histoire intéressante, bien développée, sans prétention, qui fera passer un bon moment aux amateurs de science-fiction et de thriller.

Je suis content de retrouver Danielle Panabaker dans ce film. Ce qui la sort de son personnage du docteur Caitlin Snow dans les séries de science-fiction Flash et Arrow. Dans ce film elle est davantage une victime, bien que…

J’ai vraiment bien aimé.

Time lapse réalisé par Bradley King, interprété par Danielle Panabaker, Matt O’Leary, George Finn, 2015, durée 1h44.

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Les vandales du vide – Jack Vance

Le Belial inaugure une nouvelle collection de livres consacrés aux pulps de science-fiction. Le premier roman Les vandales du vide est écrit par Jack Vance, et traduit par Pierre-Paul Durastanti. Pour ajouter une note vintage à celui-ci, la couverture est dessinée par Caza, un illustrateur habitué depuis des décennies à mettre en valeur des scènes des romans de Jack Vance et d’autres auteurs. On ne pouvait pas mieux rêver.

Ce roman de science-fiction date de 1950. C’est un inédit de Jack Vance, mais pas nécessairement une œuvre de jeunesse, car à 34 ans, Vance avait déjà écrit d’autres histoires. Il correspond très bien à la science-fiction de l’époque, que d’autres auteurs ont aussi mise en valeur. En lisant ce roman, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle avec des livres d’Isaac Asimov, Robert Heinlein, Arthur C. Clarke, voire même Filip K. Dick. Les romans de cet âge d’or seraient aujourd’hui considérés comme de la lecture pour la jeunesse. Mais n’avons-nous pas tous été jeunes, et n’avons-nous pas tous gardé un regard d’adolescent sur ce genre d’histoire ?

Dans cette histoire, on suit le jeune Dick Murdock, qui quitte Vénus pour rejoindre son père, l’astronome en chef de l’observatoire situé sur la Lune. Pendant le voyage, le vaisseau qui assure la liaison croise un cimetière d’astronefs. Les épaves sont le résultat d’une bande de pirates qui s’attaquent à la circulation spatiale dans cette partie du système solaire. Un avenir où les humains colonisent petit à petit le système solaire, mais n’ont pas les moyens d’assurer une protection militaire suffisante à chaque convoi. La piraterie a donc fait son apparition et perturbe la colonisation et l’exploitation du système solaire.

En regagnant la Lune, Dick découvre qu’au sein de la base il y a une taupe qui communique aux pirates des informations sur les passages des vaisseaux. Ce qui leur permet d’arraisonner et détruire ces vaisseaux. En voulant en apprendre plus, Dick se met en danger. Son père échappe de peu à la mort et d’étranges accidents surviennent sur la Lune. Dick découvre qu’un homme aux yeux jaune, le Basilic, dirige les vandales et tente de le tuer. Finalement, une science-fiction épique, qui renoue avec

À travers ce livre, on reconnaît difficilement le style de Jack Vance. Le côté flamboyant et baroque est absent, probablement parce que l’histoire se passe dans l’espace et sur la Lune. On trouve ici un Jack Vance qui se fond dans le moule de la science-fiction des années 50. Une science-fiction un peu plus naïve plus axée sur l’aventure, où la technologie est présente, mais pas nécessairement expliquée. C’est ce qui fait d’ailleurs tout le charme de ce genre d’histoire.

On est habitué à mieux de la part de Jack Vance. Par exemple le cycle de Tschaï, la geste des princes-démons, le cycle de la perle verte, ou l’univers baroque de Cugel l’astucieux.

Dans le cas présent, c’est bel et bien un inédit de Jack Vance qui est proposé par le Bélial. Une raison de plus de découvrir ce texte à travers la traduction qu’a faite Pierre-Paul Durastanti.

Je suis curieux de voir quels seront les prochains titres publiés dans cette collection. Il y a certainement quelques perles qui nous ont échappés et qui méritent de revoir le jour ou d’être traduites. Une chose est certaine, c’est une bonne initiative de la part du Bélial. J’espère simplement que ces livres auront également un équivalent poche dans les années qui suivent leur première parution en français.

Le pulp est à la mode. D’autres collections ont décidé de ressortir des romans peu connus ou totalement ignoré du public. C’est par exemple le cas avec Michael Crichton chez Laffont (La dernière tombe, Agent trouble). L’aventure, le polar, l’action, le mystère reviennent à l’avant-plan à travers des œuvres parfois de jeunesse. Et la science-fiction est le genre idéal pour faire découvrir ou redécouvrir des histoires et des auteurs qui ont forgé ce genre littéraire.

À lire, avec un certain recul, et surtout avec un esprit très ouvert, car ce livre remet au centre l’aventure, l’action, le mystère et le danger qui ont bercé notre imagination. J’ai aimé, et je vais certainement suivre cette collection de près.

Un livre de Jack Vance qui fait passer un bon moment de lecture.

Les vandales du vide, Jack Vance, Le Belial, 2016, traduction Pierre-Paul Durastanti, Illustration de Caza

Les Vandales

La forêt de cristal – J.G. Ballard

J’avais lu précédemment La forêt de Cristal édité par Denoël Lunes d’Encre, et j’étais resté mitigé, car J.G. Ballard ne fait pas partie de mes auteurs préférés. J’ai donc décidé de donner une seconde chance à ce roman en relisant la version poche qui vient de sortir chez Folio SF.

Je n’avais jamais lu Ballard auparavant, si ce n’est son livre « Empire du soleil ». J’ai donc décidé de lire cette réédition qui bénéficie d’une retraduction.

L’histoire se passe dans les années 50-60 en Afrique. Ma première réaction a été de faire un parallèle avec Tintin au Congo ou avec le film The african queen à cause de la première image que montre Ballard. Dans une Afrique post-coloniale, le docteur Edward Sanders arrive à Port Matarre et doit se rendre à Mont Royal pour s’occuper d’une léproserie et par extension retrouver sa maitresse qui est la femme de son collaborateur. Ballard crée une ambiance sombre et mystérieuse qui deviendra plus tard belle et dangereuse. C’est très bien écrit, le rythme est lent et l’atmosphère mélancolique, voir un peu envoutante. Il arrive très bien à nous plonger dans l’ambiance de ces vieux films d’aventure où le héros va simplement d’un endroit à un autre, mais à qui on devine parfaitement qu’il arrivera des choses. Sanders dans son voyage est entourée d’une jolie journaliste qui ne le laisse pas insensible, d’un architecte un peu dérangé qui veut retrouver sa femme, d’un prêtre jésuite et d’un médecin militaire, sans parler d’hommes à la mine patibulaire qui sont prêts à tuer…

Mais pourquoi ? Les clichés du vieux film avec Humphrey Bogart sont pleinement utilisés par Ballard. Le docteur Sanders va devoir se rendre à Mont Royal par le fleuve car c’est impossible de s’y rendre par la route. Il est confronté à cette forêt sombre le jour et lumineuse la nuit, dans laquelle la nature, les animaux et les humains qui s’y attardent sont cristallisés.

On se rend vite compte que Sanders est un médecin qui ne soigne pas mais dont le passe-temps favori est de se balader dans cette étrange forêt de cristal. Quand il arrive enfin à Port Royal, on devine qu’il est fasciné par cette forêt et que finalement toute l’intrigue de l’histoire se résume à ça. En dehors du fait qu’on découvre que c’est une fuite temporelle qui est à l’origine du phénomène, l’aspect scientifique a complètement été effacé, tout comme aucune solution n’est donnée pour se débarrasser de cet étrange phénomène. On apprend que cette étrange forêt n’est pas la seule sur Terre.

En fait Ballard a préféré se focaliser sur la psychologie de ses personnages et leur fascination pour une mort belle et froide plutôt que sur l’action. Peut-être que ce livre aurait dû s’appeler L’appel de la forêt de cristal. Le titre aurait été plus judicieux.

J’ai lu « Empire du soleil » de J.G. Ballard, son roman autobiographique, qui se passe à Shanghai alors qu’il avait onze ans pendant la guerre sino-japonaise. Ce roman m’a davantage plus que cette forêt de cristal qui me laisse un peu sur ma faim. Cette seconde lecture me confirme que Ballard est un auteur à découvrir.

Je dois reconnaitre que ce livre est bien écrit et plaira certainement à des lecteurs plus en phase avec la transfiction, et le new wave.

La forêt de cristal – James Ballard, Folio SF, 254 pages, 2015

La foret de cristal

Les chroniques de la science-fiction – Guy Haley

Cela fait déjà un moment qu’une encyclopédie consacrée à la science-fiction n’avait plus vu le jour. Si le projet était à l’étude chez certains éditeurs, sa réalisation n’a toujours pas vu le jour. C’est bien dommage pour ceux qui espèrent une nouvelle version du science-fictionnaire qui date de 1994.

Le « pavé » que nous propose Guy Haley est censé combler en partie cette lacune. Stephen Baxter n’a écrit que l’avant-propos du livre. Le livre commence en 1818 et se termine en 2009. Inutile de chercher des séries comme millénium Sanctuary ou Supergirl. C’est trop récent.

Pas d’Harry Potter dans ce livre, mais une page dédiée à H.P. Lovecraft. Sous le terme science-fiction, on trouve tout de même un peu de fantastique, mais pas de fantasy.

Par exemple, Arthur C. Clarke, Isaac Asimov et Robert Heinlein sont mentionnés comme les trois grands de la science-fiction pour les années 40. Une page leur est consacrée. Si le lecteur veut en savoir plus sur chacun d’eux, il les trouvera sur des pages dédiées à leurs cycles et livres. Reste plus au lecteur qu’à situer la décennie dans laquelle le livre a été écrit pour faire une recherche visuelle. Sinon, il y a ce bon vieil index à la fin du livre qui renvoie vers l’information recherchée.

Par exemple, le cycle Dune (pages 232 à 237) reprend la chronologie dans un tableau où les couleurs indiquent si c’est un livre, un jeu, un film, une série TV. Un autre tableau détaille les événements importants du cycle et les personnages qui y sont associés. Et comme c’est aussi un film, on a droit à une double page de photos. Visuellement, ce livre est très pratique.

C’est davantage un guide visuel de la science-fiction, axé sur les supports cinéma et TV. Bien sûr, les livres ont la part belle dans ce guide. Les vues synthétiques par auteur ou par cycle sont un plus non négligeable à la lecture.

Mais ce livre est loin d’être exhaustif. Il est épais et lourd. Bonjour les poignets pendant la lecture. Donc, pas facile à manipuler. Son principal défaut en dehors du poids, c’est le choix des polices de caractères trop petites. Chaque article est écrit dans une police qui paraitra normale sur l’écran d’un smartphone, mais qui est trop petite pour un livre papier. Les légendes des photos nécessitent une loupe.

Le livre fait la part belle à la production anglo-saxonne. Inutile de chercher Bordage, Genefort ou Dunyach. Par contre, on y trouve Valerian et Laureline de Christin et Mézières, mais pas Blake et Mortimer ou Les naufragés du temps de Forest et Gillon ! Un lecteur anglo-saxon se contentera de ce livre alors qu’un lecteur européen en attendra davantage.

Les 35 euros du livre peuvent en dissuader plus d’un, surtout par rapport à la version anglaise qui coute 25 dollars. Mais ce genre de livre est trop rare que pour le laisser passer. Donc, l’amateur de science-fiction que je suis le conseil, en espérant que du côté francophone on pense à faire quelque chose de similaire.

Les chroniques de la science-fiction, Gut Haley, édition Muttpop, 576 pages, 2015, traduction de par Marie Renier et Inès Lecigne, couverture de Gualtiero Boffi/Alamy.

Les chroniques de la science-fiction

High-Opp – Frank Herbert

Roman inédit de Frank Herbert, High-Opp apparait comme une surprise dans le paysage de la science-fiction. Dans la collection Ailleurs & Demain qui a publié la plupart des livres de l’auteur, ce roman annonce les prémisses de ce que sera le bureau des sabotages ou le cycle de Dune. Le livre n’en a ni l’ampleur ni la complexité, mais on y trouve des éléments révélateurs de ce que Frank Herbert écrira plus tard.

Était-ce une bonne idée de sortir ce roman probablement un demi-siècle après sa création ? Peut-être. Pour un ethnologue de la science-fiction, certainement. Pour un lecteur d’aujourd’hui, le livre n’aura aucun impact sur ses choix littéraires. En tant qu’amateur de l’œuvre de Frank Herbert, je pense qu’il aurait été plus judicieux de directement publier ce livre en format de poche, et pas en grand format comme c’est présentement le cas.

L’histoire est relativement simple. Daniel Movius, un liaitor (médiateur), va perdre son job, car sa petite amie est convoitée par un membre du gouvernement. On retrouve le schéma classique du héros qui perd tout ce qu’il aime dès le début, et qui part à la reconquête du pouvoir, mais pas de sa bienaimée.

Dans ce futur, la Terre possède un gouvernement mondial, où chaque ministre ne pense qu’à une chose : supprimer les autres pour prendre leurs places. Le personnage principal étant la cible désignée de toutes les personnes qu’il croisera. Les uns veulent sa mort parce qu’il est doué pour organiser un mouvement séparatiste, les autres veulent l’éliminer, car il est trop proche du pouvoir, sans parler du beau-père espion qui veut le tuer, car il a mis sa fille enceinte. A chaque chapitre, on assiste à des scènes où les différents intervenants ne pensent qu’à buter Danel Movius. Au début, c’est intéressant, plus tard cela devient comique. Tout cela entrecoupé de surprises qui n’en sont pas vraiment. Le plus intéressant, ce sont les joutes verbales entre le héros et ses détracteurs.

Le roman fait référence à des machines à écrire, à des messagers, à des technologies dépassées par rapport à notre époque. Les satellites, Internet, les PC, les smartphones sont totalement inconnus dans ce roman. Il faut donc lire le livre en tenant compte du contexte dans lequel il a été écrit, c’est-à-dire les années 50-60. Le héros n’est pas particulièrement attachant, mais en tant que lecteur on est de son côté. Les autres personnages ne sont pas mieux.

A retenir, la postface de Gérard Klein qui apporte comme d’habitude un avis éclairé.

On reconnait l’empreinte de Frank Herbert dans ce livre, mais on est à des années-lumière de Dune. Je dirai donc que c’est un livre à découvrir pour les inconditionnels de l’auteur, mais dispensable pour les autres.

High-Opp, Frank Herbert, Ailleurs & Demain, 242 pages, 2014, traduit par Patrick Dusoulier, illustration de Mehau Kulyk

Frank Herbert - High-Opp

Quand les ténèbres viendront – Isaac Asimov

Isaac Asimov fait partie de ces auteurs qui ont façonné ma vision de la science-fiction lorsque j’étais adolescent. Au même titre que Heinlein, Bradbury, Clarke, Williamson, E.E. Smith, Hamilton, Vance et Herbert, il m’a fait découvrir de nouveaux horizons, là où personne n’avait été avant (sauf l’Enterprise). C’est dans la collection Denoël Présence du futur que j’ai d’abord découvert les nouvelles de l’auteur, puis son cycle Fondation qui m’a marqué.

Denoël qui reste fidèle à l’auteur, réédite dans sa collection Lunes d’encre, les principales nouvelles d’Asimov. Le recueil de nouvelles porte le titre de la première nouvelle : Quand les ténèbres viendront.

En anglais, il s’agit du recueil Nightfall and other stories. Jamais sorti en intégrale en français. À l’époque, Denoël l’a coupé en trois tomes. C’est donc une grande première de retrouver un volume unique représentant une vingtaine de nouvelles.

J’aurais dû sauter de joie en relisant ces nouvelles qui se sont parfois perdues quelque part dans ma mémoire. Ce n’était pas le cas, car 40 ans se sont écoulés depuis la première lecture, et les textes d’Asimov s’ils restent originaux, le sont beaucoup moins aujourd’hui.

À l’époque de l’écriture de ces nouvelles, Asimov se basait principalement sur des dialogues et peu de narration. Aujourd’hui, ce style est un peu surfait et donne l’impression que l’auteur n’y connait pas grand-chose en technologie malgré le fait que ce soit un scientifique. C’est probablement parce que la science-fiction de l’époque n’avait pas besoin d’être aussi bien détaillée qu’elle l’est aujourd’hui. Les questions philosophiques l’emportaient sur la science pure. Et même dans ces deux domaines, Asimov ne fait que les effleurer dans ses textes. Il ne se risque pas à développer en profondeur les différents aspects des situations qu’il crée. Dans ce sens, ses histoires restent accessibles mêmes aux plus néophytes de la science-fiction.

Je ne passerai pas en revue chaque nouvelle, mais quelques-unes ont retenu mon attention.

Quand les ténèbres viendront date de 1941. Sur Lagash le jour est permanent grâce aux six soleils du système solaire. Ses habitants pensent que la fin du monde va arriver lorsque la lumière de leurs soleils disparaîtra. On assiste à une confrontation entre les croyances et la science.

Hôtesse m’a davantage surpris par son originalité. Inviter un extraterrestre pour des raisons scientifique et puis lui extorquer le secret de sa présence sur Terre. Et si les terriens avaient en eux un virus qui décimerait la population des autres mondes ?

Vide-C était plus dans la lignée que j’attendais. La nouvelle fait référence à un vide-cadavre, porte donnant sur l’extérieur d’un vaisseau qui permet d’éjecter les morts. Dans la perspective de prendre le contrôle du vaisseau piraté par des extraterrestres, un homme va utiliser ce vide-C pour s’emparer du poste de pilotage. Pas mal.

Un livre toujours intéressant et facile à lire qu’il faut replacer dans le contexte des années où il a été écrit. Un recueil qui présente une quantité infime de la production importante de l’auteur, mais qui se focalise plus sur le début de sa carrière. C’est la première fois que Nightfall and others stories sort intégralement en français. Une lacune qui est maintenant comblée.

À collectionner pour les amateurs, et à découvrir pour les nouvelles générations de lecteurs. À ces derniers, je conseille de lire aussi la trilogie de Fondation sortie chez le même éditeur qui reste un chef-d’œuvre.

Quand les ténèbres viendront, Isaac Asimov, Denoël Lunes d’encre, 2015, 576 pages

Asimov - Ténèbres

L’opéra de Shaya – Sylvie Lainé

Curieusement, j’ai eu des difficultés à écrire cette chronique. Cela tient au fait que l’interview qui se trouve dans le recueil de nouvelles reprend une bonne partie de mes propres conclusions sur ce recueil. J’aurais l’impression de répéter ce que Sylvie Lainé répond à Jean-Marc Ligny. Donc, je vais prendre le problème par l’autre bout en étant très subjectif (oh oui !) sur ce quatrième recueil de nouvelles proposé par ActuSF.

Sylvie Lainé, c’est la littérature dans la science-fiction, ou la science-fiction dans la littérature. Elle a une façon d’écrire qui fait d’elle un auteur à part entière, qui navigue entre les deux genres littéraires. Le format nouvelle lui convient à merveille. Nouvelles longues ou courtes, Sylvie est dans son élément et nous amène dans des coins de l’univers qui ne semblent pas être ce qu’ils laissent croire. Le dépaysement est toujours au rendez-vous, même pour un lecteur de la première heure. Sylvie propose un de ses thèmes favoris, la rencontre, le contact avec l’autre, avec l’étranger, avec l’extraterrestre, avec une forme de vie insoupçonnée, où la communication a tout son sens, mais ne s’établit pas dès le départ. Les sentiments des différents personnages viennent enrichir chaque histoire, au point d’en faire des textes uniques.

Quatre nouvelles forment ce recueil. Nouvelles inattendues, qui souvent commencent par une situation idyllique qui lentement révèle un danger, avant de basculer vers l’étrange tinté de cruauté. Car derrière l’apparente quiétude de chaque histoire se cachent des histoires complexes et sombres.

Le paradis, c’est les autres ? Le recueil commence par une excellente préface de Jean-Marc Ligny, qui nous rappelle que les textes tournent autour de trois axes : les rencontres, les échanges et les sentiments. Le titre de cette préface fait sourire, car c’est un clin d’œil à L’enfer c’est les autres, une citation de Jean-Paul Sartre qui apparait dans Huis clos.

L’opéra de Shaya – Nouvelle qui donne son nom au recueil. La plus longue et la plus belle nouvelle de ce recueil, dans lequel on découvre So-Ann qui recherche une planète idyllique sur laquelle elle peut passer un moment. Lorsqu’elle découvre cette planète, elle est assurée de pouvoir y passer deux ans. Le maitre mot de cette nouvelle, c’est imprégnation. Tout est contact physique, tout est sujet à assimilation des fluides, de l’ADN, ou des organes des autres. Que ce soit les habitants de Shaya, ses animaux ou ses plantes, ils sont tous capables de changer leur apparence en fonction de l’ADN des êtres qu’ils touchent.

So-Ann pense être sur une planète qui tient du paradis, car loin de la technologie et du stress de la civilisation. Elle va découvrir une étrange culture qui évolue en fonction de ses propres visiteurs. C’est une histoire très étrange, admirablement bien écrite. Mais derrière cette image de beauté et de plénitude se cache un secret beaucoup plus terrible. Lorsque So-Ann découvre celui-ci, elle met un terme à son séjour et se fixe comme objectif de retrouver la personne qui a imprégné son compagnon sur Shaya. C’est à la fois beau et cruel.

Grenade au bord du ciel – Et si tous les cauchemars, les vilaines pensées, les doutes, les envies qui traversent notre esprit étaient stockés sur un astéroïde et oubliés du commun des mortels. Jusqu’au jour où une mission spatiale retrouve celui-ci et découvre son contenu. Ces souvenirs et ses pensées deviennent tout d’un coup une marchandise, une drogue, qui va faire le bonheur des humains. Étrange nouvelle.

Petits arrangements intra-galactiques – Un vaisseau en panne obligé de se poser sur un monde inconnu, et un pilote qui est pressé de retrouver la civilisation, mais qui doit d’abord penser à trouver de la nourriture. Mais quelle nourriture sur cette planète ? Nouvelle caustique, humoristique, qui fait un peu penser aux histoires de Robert Sheckley.

Un amour de sable – Nouvelle très originale, dans laquelle les humains découvrent un monde de sable. Ils prélèvent des échantillons (de grands échantillons) de différentes couleurs. Mais ils n’imaginent pas que ce sable est vivant, pense, et aime être en contact avec les humains. Une histoire où les sentiments ont un grand rôle à jouer, mais seulement pour une des deux parties de cette étrange rencontre.

Interview de Sylvie Lainé par Jean-Marc Ligny – Avec cette interview, Sylvie Lainé se dévoile un peu plus pour le grand bonheur des lecteurs. Curieusement, je ne m’appesantirai pas sur son contenu, préférant que les lecteurs la découvrent. C’est le point d’orgue de ce recueil. Il mérite bien sa place.

Je suis un inconditionnel de Sylvie Lainé. C’est toujours un plaisir de lire ses textes. Et pourtant, je n’ai pas toujours été un adepte du format nouvelle. Mais au fil du temps, Sylvie m’a fait changer ma vision de l’imaginaire et des textes courts en particulier. C’est aussi pour ça que j’ai préféré chroniquer ce recueil avec un certain retard par rapport à sa date de publication.

Un livre de Sylvie, c’est comme un grand vin. Cela se mérite, cela se déguste, cela s’apprécie, et surtout cela nécessite une lecture plus attentive. Pas besoins de demander d’écrire un roman à Sylvie. Toutes ses nouvelles contiennent les éléments nécessaires à de grandes histoires. La différence, c’est que chaque nouvelle se focalise sur les individus, sur leurs pensées, sur ce qu’ils éprouvent, sur la difficulté à communiquer. Le décor une fois planté et l’histoire lancée, c’est au lecteur de prolonger celle-ci une fois la dernière ligne de texte lue. En fait, les nouvelles de Sylvie Lainé sont de petites perles. Au fur et à mesure que ses recueils sont édités par ActuSF, on rencontre un nombre de plus en plus grand de lecteurs qui ont été convaincus par sa plume.

Je conseille ce recueil à tous ceux qui veulent découvrir la science-fiction à travers des nouvelles de qualité, mais aussi aux habitués de Sylvie Lainé qui attendent avec impatience ses histoires. Je suis certain que lire ce recueil donnera envie de lire les précédents à ceux qui découvrent l’auteur. Encore une fois, un recueil excellent pour lequel je ne peux que remercier Sylvie Lainé de l’avoir écrit et avec lequel j’ai passé un agréable moment de lecture.

L’opéra de Shaya, Sylvie Lainé, ActuSF, 2014, 178 pages, illustration de Gilles Francescano

L'opéra de Shaya