Archives de Catégorie: space opera

Plaies d’honneur – David Weber


Trop long, trop de personnages et trop lent. Voilà ce que je reprocherai à ce dixième opus de Honor Harrington. Bien que j’adore ce cycle, je dois constater que David Weber n’a pas pensé à ses lecteurs en écrivant ce livre. Il aurait pu faire 300 pages de moins sans nuire à l’histoire. Non, malheureusement il faut lire plus de 1200 pages pour se rendre compte que c’est reparti pour un tour.

Depuis l’attentat contre le précédent gouvernement Manticorien, cinq ans se sont écoulés et le nouveau gouvernement de Haute-Crète n’a pas cru bon de maintenir les investissements militaires, tout comme il n’a pas signé de traité de paix avec Havre, et par la même occasion il n’a pas restitué les systèmes stellaires conquis. La FRM (flotte royale manticorienne) ne peut pas protéger convenablement tous les systèmes conquis depuis la dernière guerre. Mais pendant ces cinq années de trêve, la république a reconstruit sa flotte.

Honor Harrington et Havre-Blanc sont dans l’opposition et constituent la vraie opposition contre le gouvernement de Haute-Crète. Mais Honor Harrington est envoyée en Silésie pour prendre le commandement de la base de Sidemore. Elle est aux commandes d’une flotte de vaisseaux qui ne sont pas de dernière génération. Heureusement une flotte Graysonienne constituée de bâtiments modernes accompagne sa flotte Manticorienne. On assiste à des échanges diplomatiques entre le gouvernement Manticorien qui est incompétent et le gouvernement Havrien qui veut la paix, mais prépare la guerre si le traité de paix n’est pas signé rapidement. Un vrai paradoxe.

Seul le Protecteur Benjamin Maihew semble rester lucide. Tandis que les relations entre Manticore et Grayson semblent se détériorer à cause de l’incompétence du gouvernement Haute-Crète, Maihew n’a pas hésité à renforcer la flotte de son meilleur officier et à renforcer le détachement Manticorien qui protège le trou de ver de l’étoile de Trévor.

Ce livre est moins guerrier que les précédents. David Weber s’est focalisé sur les différents protagonistes (en trop grand nombre) et nous fait suivre toutes leurs élucubrations et tergiversations jusqu’au point de non-retour. On peut pratiquement dire qu’il ne se passe rien dans le premier des deux tomes, et que l’histoire ne démarre qu’après 200 pages dans le second tome. C’est beaucoup de temps perdu pour le lecteur. Les scènes de bataille sont bien présentes, mais elles sont coupées, comme si David Weber n’avait plus envie de nous les raconter jusqu’à leur dénouement. Souvent c’est au chapitre suivant qu’on apprend que la bataille a été gagnée par un des adversaires.

Après lecture de ce tome 10 beaucoup trop gros, on comprend que Manticore se retrouve à la case départ et que David Weber a placé ses personnages dans une situation qui permettrait d’écrire encore plusieurs livres.

À lire absolument pour les inconditionnels d’Honor Harrington (dont je suis), mais ce n’est pas le meilleur livre du cycle. Tout au plus le plus épais. C’est plus un vrai exercice d’endurance qui met à rude épreuve la patience du lecteur. Je me demande parfois si ce livre n’a pas été écrit tout simplement pour vérifier la fidélité des fans de la série. Oui, je sais, j’en fais partie !

Plaies d’honneur T.1 & 2, David Weber, L’Atalante poche, 2019, 1258 pages, couverture de Genkis

Plaies d'honneur - David Weber

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L’effondrement de l’empire – John Scalzi

L’effondrement de l’empire de John Scalzi ne laisse planer aucun doute, c’est du space opera, mais pas militaire. Le premier chapitre qui se focalise sur une mutinerie d’un vaisseau pourrait laisser croire que tout le livre ne sera que batailles. Eh bien non ! C’est beaucoup plus subtil que ça en a l’air et c’est très bien amené au lecteur. Le premier chapitre donne simplement le ton et le rythme.

L’interdépendance représente un empire d’un peu moins d’une cinquantaine de systèmes stellaires qui s’est constitué au fil des siècles. Chacun des systèmes est relié au flux, sorte de courant hyperspatial (ou de couloir) emprunté par les vaisseaux pour se déplacer plus vite que la lumière. Ce flux varie, se déplace au fil du temps. À un moment donné, une colonie peut être connectée à l’interdépendance, et à un autre moment se retrouve isolée, car le flux s’est déplacé. Jusqu’à présent, le flux était relativement stable, mais voilà qu’il change, provoquant des effondrements dans certaines parties de l’interdépendance. L’humanité n’a pas rencontré sur son passage de race extraterrestre, elle a donc essaimé au fil du temps. La plupart des colonies se sont construites en orbite autour de planète. Elles accueillent des millions de personnes. Seule la colonie « du bout » se trouve sur une vraie planète. Cet empire était jadis connecté à la planète mère la Terre. Mais les changements du flux ont fait que la liaison avec la planète a disparu. Les grandes familles marchandes ont donc instauré un système de castes dirigées par un empereur (appelé emperox).

Au moment où commence le roman, l’emperox Batrin est sur le point de décéder et c’est sa fille Cardenia qui doit reprendre le flambeau. À la suite du décès accidentel de son frère ainé, elle est obligée de prendre le pouvoir. Elle n’a pas demandé à être emperox, mais les circonstances ne lui laissent pas le choix. Heureusement, elle a la tête sur les épaules. Après deux tentatives de meurtre sur sa personne, et après avoir appris que l’effondrement du flux risquait de changer les rapports de forces au sein de l’empire, elle tente de limiter les dégâts de la crise qui se profile.

Le Bout est aussi le théâtre d’enjeu lié à la modification du flux. Un ami de l’emperox, le comte de Claremont aussi scientifique a fait une étude sur le flux. Il envoie son fils Marce remettre le dossier à l’emperox Dossier qui intéresse la maison Nohamapetan qui fait tout pour que ce dossier n’arrive pas.

Pour ne rien gâcher, lady Kiva Agos, plus intéressée par les affaires commerciales de sa famille, se retrouve également mêlée aux événements du bout. C’est son vaisseau qui doit ramener le fils du scientifique auprès de l’emperox. Elle connait très bien les Nohamapetan et la rivalité qui existe avec sa propre famille. Derrière un langage châtié et une férocité en affaire, elle se débrouille pour récupérer l’argent que lui a fait perdre les événements et les intrigues du bout.

Sur la colonie du Bout, une révolution prend cours, alimentée en secret par les Nohamapetan. Tout est une question d’argent et de pouvoir pour destituer ou tuer le duc qui y règne. Le frère et la sœur qui sont plus proches de l’emperox cherchent à lier leur famille grâce à un mariage impérial. Mais ça ne se fait pas aussi simplement que cela, surtout si l’emperox n’éprouve aucun sentiment pour le frère ainé. La sœur devine que le bout deviendra une colonie stratégique pour l’empire et tient à disposer ses pions sur l’échiquier politique avant que l’effondrement du flux se produise. C’est certainement la personne la plus dangereuse de ce roman. Mais quel délice pour le lecteur qui découvre des personnages vraiment mauvais, auquel on a envie de botter le cul.

Un premier tome bien construit, pas trop épais qui ravira les lecteurs, car le rythme est soutenu, le tempo est rapide, les personnages bien dessinés, et une histoire facile à suivre. En un mot, excellent !

Reste plus qu’à attendre la suit, car j’ai adoré !

L’effondrement de l’empire, John Scalzi, l’Atalante, 2019, 335 pages, illustration de Sparth

Ascendant – Jack Campbell

Trois ans se sont écoulés depuis les derniers événements de « Avant-garde ». Rob Geary est toujours à Glenlyon, mais il ne commande plus un vaisseau spatial. Il doit gérer la station spatiale qui orbite autour de la planète principale. Le gouvernement a préféré laisser les forces armées dans les mains de terriens, plus aguerries pour gérer la situation. Mais la destruction d’un transport par les forces de Scatha va tout remettre en question.

C’est un homme capable de prendre des initiatives, quelqu’un qui a déjà connu le feu et qui est capable de former et commander des hommes et des femmes qui défendront Glenlyon. Ça ne semble pas être le cas des terriens qui ont pris la relève.

Pendant ces trois années passées, Rob Geary a eu plus de temps à consacrer à sa femme « Ninja » et à son enfant. Mele Darcy, qui est toujours une amie fidèle, fait aussi partie de sa famille.

Quand on demande à Rob Geary de reprendre du service actif en commandant le destroyer Sabre, il sait que si on fait appel à lui c’est pour protéger Glenlyon et venger la destruction du transporteur. La tâche ne sera pas facile et Rob Geary compte bien sur Mele Darcy pour l’épauler. Elle a pour rôle de former de nouveaux fusiliers qui embarqueront sur le Sabre.

Glenlyon doit aussi se trouver des alliés dans cette région dangereuse de la galaxie. Scatha leur ennemi de toujours s’est allié à deux autres systèmes stellaires et a toujours comme objectif de s’emparer de Glenlyon. Il est nécessaire de renforcer les défenses du système et en parallèle d’envoyer des émissaires vers les systèmes les plus proches.

Lors d’un déplacement du Sabre, Rob Geary à une intuition. Plutôt que de retourner vers Glenlyon, il décide d’envoyer le Sabre dans le système de Kozatka. Ce n’est pas clairement les ordres qu’il a reçus du gouvernement. Mais aider Kozatka permettrait de se faire un allié de plus.

Ce tome 2 est calqué sur le même schéma que le premier tome. C’est-à-dire sur une situation de crise, d’un combat spatial et d’un combat au sol en parallèle, avec l’incertitude de la victoire des deux côtés. Des pertes sont à déplorer, mais les choix de Rob Geary et de Mele Darcy sont finalement les bons. Curieusement, comme gratification Rob Geary se voit écarté du commandement d’un vaisseau dans les deux livres. Il est remercié pour ce qu’il a accompli, car les politiques n’apprécient pas trop ses initiatives qui sont pourtant les bonnes.

Les personnages principaux sont de plus en plus attachants au fil du temps, mais il manque encore quelque chose pour qu’ils aient suffisamment de charisme pour convaincre l’ensemble de la classe politique de Glenlyon. Je pense que Jack Campbell tient à ce que ses personnages doutent toujours de leur avenir, car ralentis dans leur progression par des esprits obtus.

Le cycle de la flotte perdue de Jack Campbell n’atteint pas en intensité celui d’Honor Harrington de David Weber, mais il se démarque par une histoire plus fluide, sans lourdeur, sans description trop technique. Cela donne des romans qui contiennent deux fois moins de pages.

Au final un bon deuxième tome. Mais espérons que le troisième ne soit pas sur le même canevas, car le lecteur aurait l’impression de relire la même chose. J’ai bien aimé ce second tome, mais il m’a moins surpris que le premier. Reste que j’attends le troisième avec impatience.

Peut-être que plus d’intrigues politiques viendraient casser cette image de space opera militaire, ce qui ne serait pas pour déplaire. Mais qui nécessiterait de s’intéresser à d’autres personnages capables de favoriser ou de faire échouer les plans des différents systèmes stellaires.

C’est un space opera de bonne facture chez L’Atalante, en attendant la sortie du prochain Honor Harrington.

Ascendant, Jack Campbell, L’Atalante, 396 pages, 2018, illustration de David Demaret

Ascendant - Jack Campbell

Les cendres de la victoire – David Weber

Sorti en deux tomes chez L’Atalante poche, cette aventure d’Honor Harrington fait 900 pages. Il s’agit du neuvième livre du cycle écrit par David Weber. Le livre précédent La disparue de l’enfer nous avait appris que Honor Harrington s’était évadée de la planète prison située dans le système Cerbère, au cœur de la république de Havre. Elle s’est échappée, emmenant avec elle plus de quatre cents mille personnes.

Comme elle avait été torturée par les Havriens, elle avait perdu l’usage d’une partie de son visage, d’un œil et d’un bras (qui était déjà des prothèses). On pourrait penser que le dernier livre parle de la longue convalescence de Honor Harrington. Mais le livre ne s’arrête pas là. Le royaume de Manticore comme la république populaire de Havre ont arrêté momentanément leur progression et fourbissent leurs armes en vue d’une prochaine offensive. On suit donc les préparatifs de guerre des deux côtés, tout comme les intrigues politiques qui risquent de déstabiliser les différents gouvernements.

Honor Harrington est devenue duchesse de Manticore, et a enfin le grade d’amiral manticorien qu’elle avait déjà dans la flotte graysonienne. Elle dirige l’école militaire de Saganami et donne des conférences sur la tactique et la stratégie.

David Weber ne pouvait pas se contenter de rester focaliser sur son héroïne. Il nous montre les préparatifs de guerre, puis nous emmène dans de nouvelles batailles, qui cette fois-ci représentent un tournant important dans le conflit entre l’alliance manticorienne et la république populaire de Havre. Il ajoute a cela une intrigue secondaire où Honor Harrington doit agir très rapidement, sans quoi l’alliance manticorienne pourrait très bien se trouver décapitée pour de bon.

Un bon livre dans son ensemble, avec certaine longueur qui deviennent  fréquente chez David Weber. Un chapitre entier sur la manière d’apprendre le  langage des signes à Nimitz, le chat de Honor Harrington, c’est le genre de digression auquel on doit toujours s’attendre en lisant ce cycle. Par contre le chapitre 23 qui parle de tactique et stratégie est parfaitement valable pour toutes les armées du monde à notre époque.

Un livre qui s’achève sur un cliffhanger qui donne envie de lire sa suite : Plaies d’honneur. Un livre pour les habitués du cycle, qui ne peut pas se lire sans avoir lu les tomes précédents.

Les cendres de la victoire T.1 & T.2, David Weber, L’Atalante poche, 2019, 900 pages

les cendres de la victoire

Conquêtes : Islandia

Avec Islandia, Jean-Luc Istin, Zivorad Radivojevic, Eber Evangelista nous proposent une bande dessinée de science-fiction qui oscille entre space opera et planet opera.

En voyant cette BD sur les présentoirs d’une grande librairie, j’avais envie de découvrir cette nouveauté. Islandia est le premier tome du cycle « Conquêtes », cycle de 5 histoires qui représentent chacune une des colonies qui a quitté la Terre. On aura donc : Islandia, Deluvenn, Decornum, Uranie et Adonaï. Ce seront d’autres scénariste et dessinateurs qui réaliseront les autres tomes.

La couverture laisse deviner qu’on a dans les mains un space opera militaire. C’est bien le cas, mais l’exploration y a toute sa place. Les premières planches sont un clin d’œil à 2001 l’odyssée de l’espace avec son monolithe noir. Mais ça ne va pas plus loin. Je pensais lire un clone d’avatar, mais ce n’était pas le cas.

En termes d’exploration spatiale, ma référence BD est plutôt Leo avec ses cycles Aldebaran, Betelgeuse ou Antares, qui donnent une grande part à l’exploration et la découverte d’autres civilisations. J’avais été déçu par la lecture de « Colonisation » de Filippi et Cucca, où je trouvais que le scénario était faible et ne donnait pas envie de lire la suite. Heureusement, avec Islandia Jean-Luc Istin propose un scénario intéressant à plus d’un titre. D’abord ses personnages sont bien campés, surtout Kirsten Konig qui est l’héroïne de cette histoire de science-fiction. Ensuite l’intrigue sur les mystérieuses explosions est bien amenée.

C’est très bien dessiné. La qualité du dessin de Zivorad Radivojevic m’incite à lire ses autres bandes dessinées. Reste que les détails, les expressions des personnages, les paysages et lieux sont originaux et collent parfaitement à la science-fiction actuelle. Sans oublier la colorisation faite par Eber Evangelista qui dramatise chaque scène et apporte une palette de couleurs qui détermine l’ambiance générale. BD vraiment excellente sur le plan artistique.

Je me pose la question de savoir si Kirsten Konig n’aurait pas dû avoir un grade plus élevé dans cette histoire. Un lieutenant qui s’adresse directement à un amiral et qui dirige une mission d’exploration ou un assaut contre des extraterrestres, c’est plutôt du ressort d’un capitaine ou d’un major, et les responsabilités sont plutôt celles d’un colonel. Un autre détail qui m’avait intrigué, une fois la BD lue entièrement, c’était le fait que les 50 cobayes auraient pu exploser dès leur sortie du cryo-sommeil. Curieusement, ce n’est pas le cas.

Reste une histoire dans laquelle on suit une des cinq flottes d’exploration qui ont quitté la Terre pour coloniser d’autres mondes. Islandia semble être un monde viable pour l’humanité, avec comme principal inconvénient d’être plutôt froide. Mais ce climat polaire n’empêchera pas la colonisation et la découverte d’autochtones de formes humanoïdes. Il y a tellement d’intérêts en jeu dans cette colonisation que certains n’ont pas hésité à faire sortir de leur cryo-sommeil une partie des futurs colons. L’empressement à s’établir sur Islandia est tel que le sort des autochtones n’a pas beaucoup d’importance pour une flotte de vaisseaux qui dispose de toute la technologie nécessaire pour rayer de la carte toute forme de vie extraterrestre. C’est là que le lieutenant Kirsten Konig est pris entre deux feux, et doit d’un côté établir le contact avec les autochtones et de l’autre éliminer la menace qu’ils représentent, suite à une explosion. Car les autochtones sont évidemment les premiers coupables pour un amiral sans scrupule. Si l’histoire parait simple à ce stade, elle l’est moins lorsqu’on découvre que les autochtones ont des pouvoirs, et que parmi les colons cinquante personnes ont subi une mutation génétique lorsqu’ils étaient encore en cryo-sommeil. Et une de ces personnes n’est autre que le lieutenant Kirsten Konig.

Et là, le scénariste s’en donne à cœur joie en distillant les informations au lecteur, et fait alterner les scènes entre la planète et la colonie de vaisseaux. C’est une vraie intrigue policière qui s’ensuit et une course poursuite qui a pour enjeu l’extinction des autochtones.

Je n’ai vraiment aucune critique à formuler, si ce n’est que j’aurais aimé des vignettes plus grandes sur certaines pages. Mais alors la BD aurait fait 90 ou 100 planches au lieu de 76 déjà proposées. C’est déjà très gentil de la part des auteurs d’être sorti des 48 pages habituelles.

Ce premier tome est réussi et j’attends avec curiosité les autres tomes de ce cycle, en espérant qu’ils ne sont pas trop militaires, mais plus tourner vers l’exploration et la découverte. Reste une BD qui m’a beaucoup plu. J’espère que les autres scénaristes et dessinateurs de ce cycle feront aussi bien. On mélange BD et science-fiction, avec un scénario bien ficelé et un excellent dessin.

Donc, à conseiller évidemment.

Conquêtes : Islandia, Jean-Luc Istin, Zivorad Radivojevic, Eber Evangelista, Soleil, 2018, 76 pages

Islandia

L’ombre de la victoire – David Weber

Avec L’ombre de la victoire en deux tomes, l’univers d’Honor Harrington de David Weber continue à se développer avec ce cycle annexe qui fait parfois intervenir les personnages principaux, mais qui se concentre sur les événements qui sont parallèles au cycle principal.

Honor Harrington n’apparait pas dans ce livre qui se passe principalement dans l’amas de Talbot. Mais les événements qui y sont relatés ne sont pas inconnus aux lecteurs du cycle. En fait, on revit les mêmes moments que les autres cycles, mais étalés dans le temps, et depuis une région de la galaxie où les intrigues contre Manticore se trament. Donc, le lecteur ne doit pas être étonné de cette répétition. L’intérêt de ce livre est d’expliquer comment certaines situations critiques en sont arrivées là.

Cela dit, on constate que toutes les intrigues convergent autour de l’amas de Talbot et que les différents protagonistes (Manticore, Havre, la ligue solarienne, la flotte des frontières, Mesa, et la myriade d’agents secrets et comploteurs qui sont autour) risquent fort de s’affronter sur plusieurs champs de batailles dans la même région de la galaxie. On pense évidemment à l’opération Janus, puis baie des huitres menées par Mesa contre Manticore. Mais aussi aux interventions de la ligue solarienne qui se croit tellement supérieure au reste de la galaxie, qu’elle en a oublié que sa technologie est complètement obsolète face à celle de Manticore ou de Havre.

L’alignement mesan fait tout son possible pour faire en sorte que les Manticoriens passent pour des mauvais au sein de la galaxie. Ils organisent des attentats sur plusieurs mondes, jusqu’à utiliser l’arme atomique contre leur propre peuple. Ils font croire que les Manticoriens vont aider tous les peuples qui se révoltent contre la ligne solarienne. La ligue de son côté voit son commerce subir le contrecoup de la guerre économique et militaire menée par Manticore.

On revit la destruction de la base Héphaïstos dans le système de Manticore, la destruction du croiseur Hexapuma et de tout son équipage à l’exception du capitaine Aivars Terekhov. Le vaisseau avait vaillamment combattu et vaincu un ennemi supérieur dans l’amas de Talbot, au point d’en devenir emblématique.

On survole les victoires de Michelle Henke l’amiral du Pic d’or contre les flottes de la ligue solarienne. Ce sont principalement des répétitions d’événements déjà lus dans d’autres livres du cycle, mais vus sous un autre angle. Et puis, Michelle Henke aider par l’amiral Tourville, ce n’est pas courant. Le final de ce livre est assez particulier, l’alignement mesan n’hésite pas à tuer une grande partie de « l’oignon » qui le compose pour cacher la vérité au reste du monde et peut-être renaitre de ses cendres.

Le dénouement s’approche, mais il faudra encore attendre quelques livres (un ou deux) pour enfin voir le bout de ce conflit commencé avec Havre, continué par Mesa et la ligue solarienne, où Havre s’allie à Manticore. C’est grand, c’est gigantesque, c’est presque impossible à résumer tellement il y a des personnages et des intrigues.

Ce livre a un défaut, c’est qu’il y a une pléthore de personnages qu’il est impossible de retenir. L’auteur se perd dans des détails qui ne font pas avancer l’histoire. En fait, David Weber se prend parfois pour Proust. Dans A la poursuite du temps perdu, des dizaines de personnages sont présentés par l’auteur et servent à renforcer l’histoire. Mais tout le monde n’est pas Proust, et David Weber nous noie sous des tonnes de détails inutiles et de personnages qui ne font que passer. La solution la plus simple c’est de lire en diagonale certains chapitres. Les fans d’Honor Harrington sont habitués à ce genre de longueur. Une astuce pour lire ce long roman de science-fiction consiste à s’intéresser principalement à Aivars Terekhov et sa femme, ainsi qu’à Michelle Henke.

Cela reste donc un très bon cycle pour le lecteur de science-fiction qui suit de près le cycle Honor Harrington. Mais il est temps que David Weber se décide à conclure le face à face entre Manticore, Mesa et la ligue solarienne. La fin est proche et ça se sent.

À lire, mais attention aux longueurs !

L’ombre de la victoire T.1 & 2, David Weber, L’Atalante, 2018, 1065 pages

L'ombre de la victoire T1-T2

Space O Matic – Manchu

Après Starship[s] et Science[Fiction], Delcourt nous propose Space O Matic, troisième livre consacré à l’œuvre de Manchu.

J’ai toujours considéré Manchu comme le plus grand illustrateur en matière d’imaginaire. Cela à commencer dans les années quatre-vingt avec l’encyclopédie galactique en deux volumes de François Nedelec. Comme j’ai toujours adoré la science-fiction depuis un demi-siècle, j’ai parfois été déçu de ne pas trouver davantage de couvertures de livres qui collent aux l’histoires. Mais voilà, Manchu est arrivé et cela a changé beaucoup de choses.

Cela m’a aussi donné l’envie de voir une de ses expos à Paris. Pour moi, il n’y a pas de meilleur illustrateur dans le domaine de la science-fiction. Suivre son œuvre n’est pas aisée car il y a tellement de livres consacrés à l’imaginaire ou tellement de bandes dessinées auxquels il a participé, que c’est difficile de recenser toute sa production.

En dehors du livre Manchu Sketchbook sorti en 2008, on peut avoir une vision de sa production à travers Starship[s] sorti en 2004 et introuvable, Science[Fiction] sorti en 2010, et Space O Matic sorti en 2017.

Quand on regarde la qualité des détails de chaque illustration, on se demande si elles sortent uniquement de l’esprit de Manchu, ou s’il a régulièrement trouvé le moyen de sillonné la galaxie et l’univers à la recherche de mondes étranges, d’artefacts mystérieux et de vaisseaux aux lignes épurées ou de taille démesurée. C’est tellement réaliste, que cela devient une référence graphique.

Pour prendre un exemple de présence de Manchu dans la science-fiction, je suis en train de lire Vestiges de Laurence Suhner. Que ce soit la couverture grand format ou celle du livre de poche, cette dernière est faite par Manchu, et pour les deux éditions ce sont bien deux illustrations différentes.

Pour un amateur de science-fiction, de fantasy ou de BD, Manchu est une vraie bénédiction. Ses illustrations représentent fidèlement ce que les auteurs ou lecteurs imaginent d’une scène d’un livre. Et si ce n’est pas le cas, elles aident le lecteur à mieux entrer dans le roman ou la BD, voire même à terminer la lecture d’un livre lorsque ce dernier à quelques faiblesses. C’est un peu comme si Manchu jouait le rôle de locomotive pour certains livres et bandes dessinées.

Certaines illustrations vont même donner envie aux lecteurs de lire ou relire des livres qu’on peut parfois considérer comme juvéniles. Je pense par exemple à la trilogie de l’espace d’Arthur C. Clarke, parue en 2001 chez Bragelonne, qui comprend Iles de l’espace, Les sables de Mars, Lumière cendrée. Cette mise à jour graphique apporte un plus à des livres qui ne manquent pas d’intérêt, mais qui ont parfois un peu été oubliés par de nouveaux lecteurs.

La première partie du livre est un florilège d’illustrations qui mêlent science-fiction, exploration spatiale, rencontres avec d’autres civilisations, mais aussi fantasy et aventures. La finesse des détails est saisissante, les couleurs sont chatoyantes et les décors laissent rêveurs. Une mission sur Mars devient soudain plus compréhensive pour le lecteur. Bon nombre de ces illustrations sont accompagnées de roughs (maquettes) qui montrent parfois la même scène sous des angles différents.

Ce sont des auteurs tels que Poul Anderson, Robert Silverberg, Laurent Genefort, Olivier Paquet, Laurence Suhner, Arthur C. Clarke, Iain M. Banks ou Isaac Asimov qui sont mis à l’honneur avec les couvertures de Manchu. On pourrait même dire que toutes ses illustrations pourraient donner naissances à de nouvelles histoires.

Une seconde partie du livre se focalise sur les participations de Manchu dans le domaine de la bande dessinée. Bon nombre de couvertures de BD lui sont imputables. C’est par exemple le cas pour les séries Hauteville House, Jour J, L’homme de l’année et Artica. J’ai moins été tenté par ces cycles BD. C’est probablement parce que j’espérais trouver la patte de Manchu chaque fois que je tournais une page.

Une dernière partie du livre est consacrée au steam punk et a une steam car en particulier, dont on peut admirer les croquis, mais aussi une maquette du véhicule dans un environnement victorien.

En attendant, je conseille cet Art book à tout amateur d’imaginaire qui a envie de retrouver une grande partie des illustrations les plus récentes de Manchu. Personnellement, je suis un inconditionnel de l’illustrateur, donc la présence de ce livre dans ma bibliothèque est une obligation que je m’impose. Il rejoint ses autres livres. J’espère qu’il y aura un quatrième, voire cinquième volume dans les années qui viennent. Je me dis qu’un jour la bannière de mon blog de science-fiction serait inspirée par Manchu.

Un livre à conseiller aux amateurs d’imaginaires, mais aussi à toute personne qui aime les arts books.

Space O Matic, Manchu, éditions Delcourt, 2017, 96 pages.

Manchu Space O Matic