Irons ingénieur-conseil – Luc Brahy & Tristan Roulot

Nouveau personnage de bande dessinée, Irons vient renforcer l’offre déjà alléchante du catalogue Lombard. Sorti dans la collection Troisième vague (dans laquelle on trouve par exemple Alpha), Irons de Luc Brahy & Tristan Roulot va devoir convaincre les amateurs de BD sur un marché déjà pléthorique.

La couverture du premier tome ne laisse pas indifférente, et le dessin de Luc Brahy donne vraiment envie de découvrir cette BD. Le détail des décors, la découpe des planches, sont impeccables, très bien mis en couleur par Hugo Facio. Les nuits canadiennes froides et sombres, tout comme les profondeurs marines sont le décor de cette histoire. Il y a un côté glauque que Brahy a très bien restitué.

Manque peut-être un peu plus d’expression sur les visages des personnages. Si on compare cette BD au dernier Alpha sorti chez le même éditeur dans la même collection au même moment, Alain Queirex est plus précis dans les visages que Luc Brahy. Mais pour le reste, c’est du très beau boulot.

Le scénario de Tristan Roulot est classique et solide, entrecoupé de flashbacks. C’est juste bizarre de trouver un ingénieur en ponts aux commandes de cette histoire policière. Tristan Roulot tisse un scénario autour d’un pont dont une pile s’est effondrée et d’un bateau de pêche (le lady Acacia) qui a coulé lors d’une tempête dix ans plus tôt. Tout se passe au Canada, sur une ile que le pont relie au continent. Irons qui voulait rejoindre le continent pour continuer ses propres affaires se voit bloqué sur cette ile. Son aide précieuse va aider la police à résoudre cet étrange incident.

On découvre un personnage intelligent, mais froid. Comme il le dit lui-même (page 41), il est dyssocial, ou plus simplement sociopathe, qui ne ressent rien pour les autres. C’est un peu le danger de cette BD. Le héros est intelligent, mais pas sympathique.

Sinon, Irons est contraint d’agir et de mener sa propre enquête sur ce pont et sur la voiture qui a plongé dans le fleuve. Il apporte des éléments intéressants en matière de construction. On voit que le domaine a été étudié par le scénariste. Le seul reproche que je fais, c’est que parfois Irons sort une preuve, un fait, une évidence, qui normalement nécessiterait plus de recherche. C’est un peu comme s’il la sortait de son chapeau au bon moment pour faire avancer l’histoire.

Il faut laisser le temps à cette série de se développer, de prendre sont rythme. C’est pourquoi je lirai « Les sables de Sinkis » déjà annoncé sur la quatrième de couverture de la BD.

Dans l’ensemble une bonne bande dessinée à suivre.

Irons ingénieur-conseil, Luc Brahy & Tristan Roulot, Lombard troisième vague, 56 pages, 2018

Irons

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L’astronomie pour les nuls – Blandine Pluchet

Après le big bang pour les nuls, Blandine Pluchet revient avec un livre plus uniquement consacré aux premiers instants de l’univers, mais qui englobe les progrès en astronomie et astrophysique depuis les débuts de notre civilisation jusqu’à notre époque. Dans un format carré, moitié moins grand que le livre sur le Big Bang. Il peut se lire indépendamment du précédent ou compléter celui-ci.

Pas besoin de lire le livre de manière linéaire. Blandine Pluchet aborde 200 notions clés de l’astronomie et de l’astrophysique qui peuvent être lues dans n’importe quel ordre. À travers des articles de deux pages maximums, elle revient sur la création de notre univers, sur son expansion, sur sa relation avec le temps. Les différents astres qui composent notre système solaire sont décrits à tour de rôle.

La vision du monde perçue depuis des millénaires est expliquée au fur et à mesure des théories émises par différents scientifiques. Tycho Brahe, Galilée, Kepler, Newton, Einstein, Hubble, Lemaître, Planck, et plus récemment Hawking sont les acteurs principaux de ce livre. Non seulement on visite chaque planète, mais aussi les étoiles les plus proches, les nébuleuses, la Voie lactée, les amas de galaxies, jusqu’aux limites de l’univers visible, c’est-à-dire à un peu moins de 14 milliards d’années-lumière.

La relativité et la théorie quantique sont présentes dans ce livre, tout comme sont abordées la gravitation universelle, la vitesse de la lumière ou la composition des étoiles. Leur vie, leur mort, leur formation en galaxie. Les différentes forces sont abordées (électromagnétique, forte, faible, gravitationnelle).

Les questions existentielles sont également soulevées. Qu’y avait-il avant le big bang ? L’univers va-t-il continuer à s’étendre ? Y a-t-il d’autres univers ? Pourquoi existe-t-il quelque chose ? Observer l’univers c’est voir le passé. Et voir le passé c’est remonté à presque 14 milliards d’années avant notre existence. L’analyse du fond diffus cosmologique, des trous noirs ou du grand attracteur donnera peut-être un jour des réponses à certaines de ces questions.

L’astronomie est en plein essor. Les grands télescopes construits sur Terre, ainsi que ceux placés en orbite autour de notre planète on fait progresser notre connaissance de notre univers. Des projets privés et publics de missions sur la Lune, sur Mars ou de contact avec des astéroïdes relancent l’intérêt de l’espace. Sans parler de la recherche d’exoplanètes dans notre voie lactée, qui tous les jours apporte son lot de nouveautés. Aujourd’hui, on admet que d’autres civilisations existent, mais qu’elles n’ont pas encore été contactées. À brève échéance, trouver la vie ailleurs que sur Terre, sous quelle forme que ce soit, serait déjà un gage de réussite.

Ce livre ne prétend pas faire mieux que ceux de Stephen Hawking, Étienne Klein, Jean-Pierre Luminet, Hubert Reeves ou Thinh Xuan Thuan, mais il les complète parfaitement.

Blandine Pluchet a l’habitude d’écrire pour un large public, qui commence par les enfants. Elle cherche donc à rendre accessibles des connaissances scientifiques au plus grand nombre d’entre nous. Et ces différents livres vont dans ce sens. Le format du livre et son prix très démocratique (moins de dix euros) en font un très bon choix pour qui s’intéresse à notre univers.

L’astronomie pour les nuls, Vite et bien ! Blandine Pluchet, Editions First, 416 pages, 2018

L'astronomie pour les nuls - Blandine Pluchet

Je sais pas – Barbara Abel

Je ne lis pas souvent un polar, préférant la science-fiction, la littérature ou la BD, voire la vulgarisation scientifique. Et quand j’en lis, c’est davantage des auteurs comme Chandler, Hammett, Spillane ou Manchette qui me mobilisent.

Il était donc nécessaire de corriger une lacune vis-à-vis des auteurs contemporains qui écrivent du polar, et en particulier par rapport à une auteure belge que j’ai rencontrée à plusieurs reprises. Je parle de Barbara Abel. C’est l’événement culturel et littéraire le Boulevard du polar, en parallèle au BIFFF qui a été le déclencheur de cette lecture et de cette chronique.

Avec « Je sais pas » de Barbara Abel, je m’attendais à une histoire pas cousue de fil blanc, qui allait m’emmener dans un sujet cent fois raconté sous forme de série B télévisée. Eh bien non ! Si ça commence bien comme une histoire de petite fille qui s’égare dans la forêt à l’insu de ses professeurs, puis qui est rapidement retrouvée, le reste de l’histoire peut surprendre le lecteur.

On découvre Émilie, une petite fille de cinq ans, qui derrière un visage angélique est un vrai démon. Elle n’hésite pas à faire croire que sa maîtresse est méchante avec elle. De plus, Émilie ne s’entend pas avec ses petits collègues à l’école. Lors d’une sortie en forêt avec 75 enfants et leurs professeurs, elle va suffisamment montrer sa mauvaise foi pour que les professeurs la changent de groupe d’enfants. Un échange est fait dans le groupe de Mylène son institutrice. Émilie quitte le groupe pour un autre, tandis que Mylène récupère un enfant de l’autre groupe. Et que vont faire les enfants en petit groupe ? Construire des cabanes. Un concours de cabane est donc l’activité principale de cette sortie scolaire.

C’est l’occasion pour Émilie de s’échapper et s’enfoncer dans la forêt sans rien dire à personne. Et ce n’est qu’après un certain laps de temps, quand les instituteurs doivent recenser les enfants, qu’ils constatent la disparition d’Émilie.

Barbara Abel

L’écriture de Barbara Abel est fluide et l’histoire tellement évidente qu’on se dit qu’on va rapidement arriver à la fin de cette histoire de petite fille fugueuse. Mais en nous présentant chaque personnage, on a une autre image de l’histoire.

Mylène l’institutrice est diabétique et part à la recherche d’Émilie sans avoir pris sa dose d’insuline. Étienne, le père de Mylène, a un passé violent. Il est aussi diabétique, et est l’amant de Camille, la mère d’Émilie. Camille trompe son mari Patrick et pète les plombs lorsque sa fille fugue ou ne lui raconte pas ce qui s’est réellement passé. Et puis Patrick, le père d’Émilie, professeur, qui en sait plus que ce qu’on pense et à des avis trop tranchés vis-à-vis de sa femme.

Si Émilie est rapidement retrouvée, il n’en est pas de même pour Mylène qui est partie à sa recherche avec d’autres professeurs. Retrouver la petite fille dans un trou, la libérer et être soi-même coincé dans ce même trou ressemble à un cauchemar, surtout pour une diabétique qui a laissé sa dose d’insuline auprès d’une collègue qui garde les enfants.

Chacun des acteurs de ce roman a suffisamment de raisons pour vouloir connaitre la vérité ou tout faire pour que les autres ne sachent rien de ce qui s’est passé. Questionner Émilie sur sa fugue n’a rien d’évident. Ni pour la mère ni pour les policiers qui doivent résoudre l’affaire. Et lorsque ces derniers découvrent que le foulard au bras d’Émilie appartient en fait à Mylène et que cette dernière n’est pas revenue, l’enquête prend une tournure qui n’a plus rien à voir avec une simple fugue d’une enfant capricieuse. C’est une course contre la montre qui s’engage pour retrouver l’enseignante qui risque de mourir si elle n’est pas retrouvée et soignée rapidement.

Le roman prend alors une direction inattendue pour le lecteur et reste très captivant. Les desseins de chacun seulement dévoilés aux lecteurs permettent de se rendre compte que chaque acteur de cette histoire n’est pas aussi net qu’il le montre. Je dirai même que la surprise attend le lecteur lorsqu’il apprend les intentions de l’un d’entre eux.

Au fur et à mesure de la lecture de ce roman, les différents personnages étaient de plus en plus classés dans le tiroir des mauvais. C’était aussi le cas pour les victimes. Seuls les policiers semblaient faire exception à la règle.

En fait, c’est un très bon polar, avec une intrigue bien distillée au fil des pages, où Barbara Abel nous mène en bateau pour nous surprendre jusqu’à la dernière page.

J’ai douté en lisant « Je sais pas » des personnages et de l’auteure. En finalité, j’ai adoré ce livre. Ce qui m’a incité à prévoir la lecture du suivant. Je sais une chose, c’est que Barbara Abel est une excellente auteure de polar, et que je ne vais pas en rester là dans ses romans.

Je sais pas, Barbara Abel, 2017, Pocket, 440 pages, illustration : Rysk

Je sais pas - Barbara Abel

Dimension révolte des machines – Marc Bailly

Nouvelle anthologie de Marc Bailly consacrée aux machines qui prennent de plus en plus de place dans notre existence. Machines intelligentes, machines dénuées d’émotions. Ce n’est pas aussi simple que cela. Elles font parfois preuve de plus de clairvoyance que nous, cachent parfois des sentiments similaires à ceux des humains. Ils peuvent être les meilleurs amis du monde ou les pires ennemis que la Terre a engendrés.

À la lecture de cette anthologie, il y a effectivement des thèmes récurrents autour des robots, des androïdes, des humanoïdes, des machines intelligentes. Dans ces différents futurs elles prennent le pas sur l’homme, elles sont à son service ou éprouvent des sentiments pour lui. Bien sûr, on retrouvera des similitudes avec des situations rencontrées dans des films de science-fiction. Je pense à Terminator, la planète des singes, Blade Runner ou Galactica pour n’en citer que quelques-uns.

Vingt nouvelles de science-fiction par des auteurs francophones d’aujourd’hui, qui ont des visions totalement différentes. Cela va de la nano technologie en passant par la psychologie et les émotions que peuvent éprouver les machines, voir chercher à procréer.

Quelques nouvelles m’ont plus marqué que d’autres, reprises dans cette chronique. Mais dans l’ensemble, une très bonne anthologie.

Des amis fidèles, de Jean-Pierre Andrevon m’a vraiment beaucoup plu. L’idée d’avoir à son service des robots parfois minuscules au point de ne pas les voir, toujours au service de leur maître qu’ils vénèrent comme un dieu, est particulièrement originale, et traité par un vieux briscard de la science-fiction.

Illumination, de Barnett Chevin. Clin d’œil à Blade Runner avec un détective qui s’appelle Deckard-9, qui est lui-même un androïde. Une enquête et une fin tragique dans un monde qui fait penser à Blade Runner!

L’amour de l’autre, de Jean-Louis Trudel. Vision particulière des robots assimilés à des illégaux, voire des animaux dont les droits sont bafoués. Transposition intéressante qui mérite largement le détour. Encore un très bon texte.

La pieuvre, de Tepdhida Hay. Probablement une des nouvelles qui m’a le plus plu dans cette anthologie. L’histoire se passe dans les sous-sols d’une ville où le tube pneumatique qui a sa propre intelligence a des sentiments pour un humain, et par jalousie tue tous ceux qui s’approchent. Cela mériterait une adaptation TV.

Instinct maternel, de Sophie Dabat. Voilà un robot-nourrice qui aimerait bien avoir son propre enfant et qui éprouve des sentiments similaires à ceux des humains. Si cette nouvelle commence comme une belle histoire, avec Peter l’androïde-précepteur elle se transforme rapidement en scène d’horreur lorsque ce dernier découpe un être de chair et de sang. Sophie Dabat nous fait passer d’une situation gentille au cauchemar. Mais n’était-ce pas le but ?

Robot or not robot, de Marie Latour. Xi-Lo le robot majordome est particulièrement énervant, mais c’est ce qui fait l’originalité de ce texte, car son maître l’est encore plus. On aurait presque envie de dire à Xi-Lo qu’il doit botter le postérieur de son maître. Très bonne nouvelle.

La marche des Néovocytes, de Denis Labbé. On suit le développement physique et intellectuel d’un être vivant, qui cherche à comprendre qui il est réellement. Et lorsqu’il le découvre, il apprend qu’il est une machine hybride, créée à partir d’éléments mécaniques et organiques et de sève végétale. Sa recherche va finalement le mener à une évidence : faire la révolution. Nouvelle bien construite, qui joue sur les sentiments que peuvent éprouver les machines.

Des hommes et des machinesLes robots et autres machines intelligentes n’ont jamais été mon thème SF de prédilection, ce qui fait que cela n’a pas été évident de chroniquer cette anthologie. J’ai toujours préféré Fondation d’Isaac Asimov à son cycle des robots que je n’ai jamais lu. J’ai toujours préféré Star Trek à Galactica. Et ma rare incursion dans le domaine des machines s’est faite avec Jack Williamson. D’abord à travers sa nouvelle «Les bras croisés», et ensuite avec son roman «Les humanoïdes». Lorsque j’ai proposé la nouvelle «L’aurore d’une nouvelle vie» pour cette anthologie, j’avais effectivement envie de revenir sur le thème, où les humanoïdes prenaient en charge les humains et les empêchaient de s’en prendre à eux-mêmes. J’en ai profité pour faire un clin d’œil à Marc Bailly qui se souvient peut-être de l’anthologie «Des hommes et des machines» dirigée par Robert Silverberg, parue en 1973 chez Marabout. Anthologie dans laquelle se trouve justement la nouvelle «Les bras croisés».

On constate que 45 ans plus tard la préoccupation des auteurs de SF tournent toujours autour du conflit qui peut surgir de la chaire et du métal. Nul ne sait qui le gagnera, mais il y a une certitude, ce qui était parfois de la science-fiction devient petit à petit de la science, et le jour où l’homme sera confronté à sa création arrivera tôt ou tard. Bien sûr, tous les auteurs n’ont pas une vue pessimiste du futur. Peut-être que l’homme arrivera à intégrer dans sa vie les machines qu’il crée.

Ces vingt nouvelles de science-fiction sont loin d’avoir épuisé le thème et on peut se dire que le genre a encore de beaux jours devant lui. Une bonne anthologie à découvrir et des histoires qui méritent parfois d’être développées sous la forme de romans.

Dimension Révolte des machines, Marc Bailly, Rivière Blanche, 2017, 320 page, illustration de Mike Hoffman.

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Vestiges – Laurence Suhner

C’est drôle, dans ma bibliothèque j’ai la trilogie Quantika de Laurence Suhner parue chez L’Atalante, et je n’ai commencée à la lire que lorsque le premier tome « Vestiges » est sorti en format de poche chez Folio SF. Je découvre l’auteur avec ce premier livre, et le moins que je puisse dire c’est que c’est original. J’avais l’impression de lire un auteur anglo-saxon traduit.

J’avais des préjugés sur ce premier tome. Le fait que c’est un planet opera (et pas un space opera comme le laisse supposer la couverture du livre chez L’Atalante) sur un monde de glace, me refroidissait déjà avant d’ouvrir la première page. Mais comme souvent, je laisse mes préjugés au vestiaire pour découvrir un nouvel auteur. Dès les premières pages, j’étais rassuré par le style de Laurence Sunher et après les vingt premières pages je savais que je lirais le livre jusqu’au bout. Bien sûr il y a eu des doutes lors de la lecture, car les 200 premières pages ne sont qu’une mise en place des personnages et servent à planter le décor. Mais le style de l’auteur donne envie de persévérer et entrer dans l’exploration des vestiges de la planète Gemma.

Gemma est un monde de glace situé à 6,5 années-lumière de la Terre. Depuis 170 ans une colonie humaine s’y est installée et exploite ses ressources. Autour de cette planète, tourne en orbite un gigantesque artéfact que les humains ne sont pas encore arrivés à explorer. Il semblerait que la civilisation qui a créé l’artéfact a visité Gemma il y a 12 000 ans. Des vestiges ont été trouvés sous les glaces et sont en cours d’exploration par des équipes scientifiques. En parallèle à cela, beaucoup d’engins connaissent une panne qui est due à une altération spatio-temporelle.

D’un côté, on suit les recherches que mène l’équipe de Ambre Pasquier, et de l’autre l’équipe de scientifique du professeur Stanislas. Et entre ses deux, Haziel Delaurier tente de réconcilier les choses, sans trop dévoiler ses propres intentions.

Il y a un côté mystique à ce livre avec un extraterrestre sorti d’hibernation. Plusieurs chapitres dévoilent dans le passé cette civilisation extraterrestre surnommée les bâtisseurs.

Il y a des longueurs dans ce livre, des passages où l’auteur nous fait un cours de biologie, de physique ou de théologie. Des répétitions font que ce livre de plus de 700 pages aurait pu en faire 500. Je prends comme exemple les évènements que certains personnages vont vivre, puis qu’ils vont répéter à d’autres personnes. Les débats qui s’ensuivent ont tout leur sens, mais il aurait été plus facile de simplement dire qu’ils relataient les évènements passés. C’est un détail qui m’a parfois fait lire une page en diagonale plutôt que de relire la même scène.

Il y a aussi une pléthore de personnages secondaires dans ce livre, ce qui rend parfois la lecture difficile. Au fil des pages, le lecteur se focalise sur Ambre Pasquier, Haziel Delaurier et Kya.

Haziel Delaurier est certainement le personnage le plus attachant de cette histoire, et dès le départ on se rend compte qu’il a un rôle plus important qu’il n’en a l’air. Il a beau faire son possible pour approcher et aider Ambre Pasquier, mais elle ne voit en lui qu’un sous-fifre pour lequel elle n’a pas beaucoup de reconnaissance. C’est à croire qu’il a comme leitmotiv « endurer pour durer ». À plusieurs reprises, il sort la scientifique d’un mauvais pas.

Ambre Pasquier l’exobiologiste est une belle femme intelligente et froide, voire condescendante et imbue de sa personne qu’on a envie de détester. On lui a donné la direction d’une équipe de scientifiques et d’explorateurs et elle entend maintenir le cap qu’elle s’est fixé, sans tenir compte de l’avis des autres parfois plus compétents qu’elle. C’est un personnage ambigu que j’espère voir évoluer favorablement dans les deux autres tomes de la trilogie.

Quant à Kya qui a 18 ans et est la fille du professeur Stanislas, on perçoit chez elle beaucoup de potentiel. Indépendantiste et rebelle, elle est sous-estimée par son propre père.

Après lecture de ce premier tome de Quantika, je dois reconnaitre que ce n’est pas mal du tout et que ça me donne envie de lire la suite de cette trilogie. Soit, je continue avec la trilogie parue chez L’Atalante qui est dans ma bibliothèque (tout comme « Le terminateur »), soit j’attends la suite en format de poche. Dans tous les cas, c’est une belle surprise qui m’incite à suivre de près Laurence Suhner, car c’est très bien écrit.

Mais c’est justement parce que je reste sur ma faim avec le final de ce livre que je préfèrerais donner plus tard un avis général sur l’ensemble de la trilogie. Les quelques remarques que j’ai faites dans cette chronique n’enlèvent rien au fait que c’est un bon livre comme on aimerait en avoir plus souvent.

Vestiges, Laurence Suhner, Folio SF, 2017, 713 page, illustration de Manchu

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Le Big Bang pour les nuls – Blandine Pluchet

D’où vient-on ? Pourquoi l’univers existe-t-il ? Comment s’est-il créé ? Des questions qui n’ont pas nécessairement une réponse exacte, mais que Blandine Pluchet aborde à travers son livre « Le Big Bang pour les nuls ». Je vous rassure tout de suite, il faut un minimum d’intérêt pour la science et l’astrophysique pour comprendre les idées qui sont développées dans ce livre. Et si comme moi vous aimez aussi la science-fiction, ça va vous donner des ailes pour lire ce livre très bien fait.

Le Big Bang qui concerne la création de notre univers il y a 13,8 milliards d’années a laissé des traces que les scientifiques continuent d’étudier à travers des observations et théories de plus en plus précises, mais aussi grâce aux télescopes et satellites d’observation qui scrutent l’univers. Blandine Pluchet qui est physicienne relève le défi en nous expliquant la naissance de l’univers et son évolution jusqu’à aujourd’hui. Pour ce faire, dans un langage compréhensible par tous, elle s’attèle à décrire cet univers tel que nos moyens actuels le permettent. Pas besoin d’un tube d’aspirine à côté de soi lors de la lecture de ce livre, mais il faut rester concentrer sur le sujet, car beaucoup de concepts scientifiques sont abordés. Contrairement à d’autres livres, Le Big Bang pour les nuls ne contient pas de photos. Blandine Pluchet compense cela avec bon nombre de concepts et de définitions encadrées qui mettent en évidence les points les plus importants.

Évidemment ma chronique ne va pas dans le même sens que celle que je fais d’habitude pour un livre de science-fiction. Ici, je suis bel et bien confronté à de la vulgarisation scientifique sur un sujet que j’adore. Au fur et à mesure de ma lecture, qui correspond assez bien à celle que je lis dans Science et Vie (et que je regarde sur la chaine TV du même nom), j’ai toujours une petite crainte de tomber sur une partie plus difficile à comprendre. Heureusement, ce n’est pas le cas, car Blandine Pluchet n’en est pas à son premier livre. Elle avait précédemment déjà écrit des romans avec une base scientifique pour un public plus jeune (Le quark et l’enfant). Ce qui peut paraitre compliqué l’est beaucoup moins lors de la lecture. Il y a chez Blandine Pluchet un vrai talent de conteuse, de vulgarisatrice, de pédagogue. La courte préface de Hubert Reeves devrait aussi rassurer les futurs lecteurs de ce livre, car Hubert Reeves aussi connu pour expliquer des choses compliquées de manière simple.

Pendant la lecture, je me disais parfois qu’il manquait un tableau explicatif pour certains détails. Et bien il n’en est rien, car il y a les annexes. À la fin du livre, on retrouve les tableaux manquants (par exemple l’organisation des particules élémentaires), accompagné d’un glossaire très complet, d’une ligne du temps, de repères historiques, de la classification périodique des éléments, et d’une bibliographie qui traite du Big Bang. Ce livre n’a pas besoin d’équations ou de graphiques pour être compris. C’est un choix de l’auteure et c’est parfait.

Donc, un livre de référence qui aurait très bien pu être édité chez un éditeur plus spécialisé dans la vulgarisation scientifique. Le ton utilisé par Blandine Pluchet est à la fois très pédagogue et en même temps anecdotique, et le lecteur n’est jamais confronté à des lourdeurs dans le texte ni à des passages trop compliqués.

Le livre est découpé en trois parties qui peuvent se lire de manière indépendante.

La première partie se focalise sur la connaissance que nous avons de la matière, de l’énergie, des différentes forces fondamentales qui composent notre univers (faible, forte, électromagnétique, gravitationnelle), sur les différentes particules et leurs interactions. On y découvre la création des premiers nucléons, la formation de la matière, alors que l’univers entre en expansion et se refroidit lentement. On assiste à la formation des premières étoiles, à la naissance des galaxies composée d’hydrogène, puis des amas et superamas de galaxies. Notre voie lactée, notre soleil et son système solaire ne sont pas oubliés, pas plus que notre bonne vieille Terre.

La deuxième partie se concentre sur les hommes et les théories élaborées au fil des siècles sur l’univers. Cela commence dans l’antiquité avec les mythes, les constellations et la pensée grecque. Cela passe par Copernic, Kepler, Galilée et Newton. Puis le XXe siècle avec Einstein et sa relativité générale, le concept d’espace-temps et de gravitation. Et la physique quantique qui s’impose au même moment. La notion d’évolution de l’univers apparait avec Friedmann, tandis que l’atome primitif est entrevu par Lemaître. Un des pères du Big Bang n’est autre que Gamow. On le voit, la théorie se préciser et prendre forme petit à petit.

La troisième partie du livre pose davantage de questions dans l’état actuel de la science. Un certain nombre d’inconnues ont fait leur apparition suite à des mesures qui ne correspondaient pas à la théorie. La matière noire, puis l’énergie noire ont été tenues en compte pour expliquer certains problèmes gravitationnels. Des théories sont élaborées, mais n’ont pas encore pu être prouvées, telles que la théorie des cordes ou la gravitation quantique. Et des questions se posent : notre univers fait-il partie d’un multivers ? Y a-t-il un grand rebond, qui indiquerait une répétition de la création de l’univers ? Les questions ne sont plus uniquement d’ordre scientifique, mais touchent aussi la philosophie et d’une certaine manière les croyances de chacun.

Le livre se termine par les séries des « dix », qui sont classiques dans la collection pour les nuls, et par un nombre conséquent d’annexes qui vont aider le lecteur à mieux comprendre certains développements scientifiques.

Personnellement, j’aime beaucoup ce genre de livre pour lequel j’ai l’impression de retrouver mon regard d’enfant tout émerveillé par les mystères de notre univers.

Reste que je me pose beaucoup de questions sur ce fameux instant zéro (que les théories actuelles ne peuvent pas décrire exactement), c’est-à-dire ce qui se passe en deçà du mur de Planck, là où la théorie d’Einstein ne fonctionne plus. Est-ce que l’expansion de l’univers s’est faite à la vitesse de la lumière, une fois le mur de Planck passé ? À partir de quel volume, de quelle densité de matière un effondrement gravitationnel produit-il une étoile ? Qu’y avait-il à l’instant zéro ? Y a-t-il eu un avant ? Notre univers, est-il une bulle parmi d’autres ? Va-t-on un jour unifier les théories qui traitent de l’infiniment grand (relativité générale) et de l’infiniment petit (théorie quantique) ?

Le Big Bang est un événement qui génère des questions toutes plus compliquées les unes que les autres, auxquelles nos scientifiques essaient de trouver des réponses. Et Blandine Pluchet nous invite justement à comprendre une partie importante de l’univers qui nous entoure. J’aurais aimé quelques schémas ou diagrammes en plus dans ce livre. Par exemple le fonds diffus cosmologique, ou l’expansion de l’univers depuis la singularité. Mais ce n’est pas vraiment indispensable pour la compréhension de ce livre déjà très bien fait.

Donc comme amateur de science-fiction, et chroniqueur, j’ai adoré ce livre qui va vraiment dans le sens de vulgariser des sujets compliqués et de démystifier la présence de notre univers depuis sa création. Il reste de grandes inconnues, mais je ne doute pas que Blandine Pluchet abordera le sujet dans d’autres livres qui tiendront compte des dernières découvertes scientifiques sur le sujet. Je pense que ce livre deviendra une référence, car il a vraiment été bien pensé et écrit.

Un livre évidemment à conseiller, qui entrouvre les portes de la connaissance et de notre univers.

Le Big Bang pour les nuls, Blandine Pluchet, Éditions First pour les Nuls, 2017, 316 pages

Le Big Bang pour les nuls

Space O Matic – Manchu

Après Starship[s] et Science[Fiction], Delcourt nous propose Space O Matic, troisième livre consacré à l’œuvre de Manchu.

J’ai toujours considéré Manchu comme le plus grand illustrateur en matière d’imaginaire. Cela à commencer dans les années quatre-vingt avec l’encyclopédie galactique en deux volumes de François Nedelec. Comme j’ai toujours adoré la science-fiction depuis un demi-siècle, j’ai parfois été déçu de ne pas trouver davantage de couvertures de livres qui collent aux l’histoires. Mais voilà, Manchu est arrivé et cela a changé beaucoup de choses.

Cela m’a aussi donné l’envie de voir une de ses expos à Paris. Pour moi, il n’y a pas de meilleur illustrateur dans le domaine de la science-fiction. Suivre son œuvre n’est pas aisée car il y a tellement de livres consacrés à l’imaginaire ou tellement de bandes dessinées auxquels il a participé, que c’est difficile de recenser toute sa production.

En dehors du livre Manchu Sketchbook sorti en 2008, on peut avoir une vision de sa production à travers Starship[s] sorti en 2004 et introuvable, Science[Fiction] sorti en 2010, et Space O Matic sorti en 2017.

Quand on regarde la qualité des détails de chaque illustration, on se demande si elles sortent uniquement de l’esprit de Manchu, ou s’il a régulièrement trouvé le moyen de sillonné la galaxie et l’univers à la recherche de mondes étranges, d’artefacts mystérieux et de vaisseaux aux lignes épurées ou de taille démesurée. C’est tellement réaliste, que cela devient une référence graphique.

Pour prendre un exemple de présence de Manchu dans la science-fiction, je suis en train de lire Vestiges de Laurence Suhner. Que ce soit la couverture grand format ou celle du livre de poche, cette dernière est faite par Manchu, et pour les deux éditions ce sont bien deux illustrations différentes.

Pour un amateur de science-fiction, de fantasy ou de BD, Manchu est une vraie bénédiction. Ses illustrations représentent fidèlement ce que les auteurs ou lecteurs imaginent d’une scène d’un livre. Et si ce n’est pas le cas, elles aident le lecteur à mieux entrer dans le roman ou la BD, voire même à terminer la lecture d’un livre lorsque ce dernier à quelques faiblesses. C’est un peu comme si Manchu jouait le rôle de locomotive pour certains livres et bandes dessinées.

Certaines illustrations vont même donner envie aux lecteurs de lire ou relire des livres qu’on peut parfois considérer comme juvéniles. Je pense par exemple à la trilogie de l’espace d’Arthur C. Clarke, parue en 2001 chez Bragelonne, qui comprend Iles de l’espace, Les sables de Mars, Lumière cendrée. Cette mise à jour graphique apporte un plus à des livres qui ne manquent pas d’intérêt, mais qui ont parfois un peu été oubliés par de nouveaux lecteurs.

La première partie du livre est un florilège d’illustrations qui mêlent science-fiction, exploration spatiale, rencontres avec d’autres civilisations, mais aussi fantasy et aventures. La finesse des détails est saisissante, les couleurs sont chatoyantes et les décors laissent rêveurs. Une mission sur Mars devient soudain plus compréhensive pour le lecteur. Bon nombre de ces illustrations sont accompagnées de roughs (maquettes) qui montrent parfois la même scène sous des angles différents.

Ce sont des auteurs tels que Poul Anderson, Robert Silverberg, Laurent Genefort, Olivier Paquet, Laurence Suhner, Arthur C. Clarke, Iain M. Banks ou Isaac Asimov qui sont mis à l’honneur avec les couvertures de Manchu. On pourrait même dire que toutes ses illustrations pourraient donner naissances à de nouvelles histoires.

Une seconde partie du livre se focalise sur les participations de Manchu dans le domaine de la bande dessinée. Bon nombre de couvertures de BD lui sont imputables. C’est par exemple le cas pour les séries Hauteville House, Jour J, L’homme de l’année et Artica. J’ai moins été tenté par ces cycles BD. C’est probablement parce que j’espérais trouver la patte de Manchu chaque fois que je tournais une page.

Une dernière partie du livre est consacrée au steam punk et a une steam car en particulier, dont on peut admirer les croquis, mais aussi une maquette du véhicule dans un environnement victorien.

En attendant, je conseille cet Art book à tout amateur d’imaginaire qui a envie de retrouver une grande partie des illustrations les plus récentes de Manchu. Personnellement, je suis un inconditionnel de l’illustrateur, donc la présence de ce livre dans ma bibliothèque est une obligation que je m’impose. Il rejoint ses autres livres. J’espère qu’il y aura un quatrième, voire cinquième volume dans les années qui viennent. Je me dis qu’un jour la bannière de mon blog de science-fiction serait inspirée par Manchu.

Un livre à conseiller aux amateurs d’imaginaires, mais aussi à toute personne qui aime les arts books.

Space O Matic, Manchu, éditions Delcourt, 2017, 96 pages.

Manchu Space O Matic