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Les vandales du vide – Jack Vance

Le Belial inaugure une nouvelle collection de livres consacrés aux pulps de science-fiction. Le premier roman Les vandales du vide est écrit par Jack Vance, et traduit par Pierre-Paul Durastanti. Pour ajouter une note vintage à celui-ci, la couverture est dessinée par Caza, un illustrateur habitué depuis des décennies à mettre en valeur des scènes des romans de Jack Vance et d’autres auteurs. On ne pouvait pas mieux rêver.

Ce roman de science-fiction date de 1950. C’est un inédit de Jack Vance, mais pas nécessairement une œuvre de jeunesse, car à 34 ans, Vance avait déjà écrit d’autres histoires. Il correspond très bien à la science-fiction de l’époque, que d’autres auteurs ont aussi mise en valeur. En lisant ce roman, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle avec des livres d’Isaac Asimov, Robert Heinlein, Arthur C. Clarke, voire même Filip K. Dick. Les romans de cet âge d’or seraient aujourd’hui considérés comme de la lecture pour la jeunesse. Mais n’avons-nous pas tous été jeunes, et n’avons-nous pas tous gardé un regard d’adolescent sur ce genre d’histoire ?

Dans cette histoire, on suit le jeune Dick Murdock, qui quitte Vénus pour rejoindre son père, l’astronome en chef de l’observatoire situé sur la Lune. Pendant le voyage, le vaisseau qui assure la liaison croise un cimetière d’astronefs. Les épaves sont le résultat d’une bande de pirates qui s’attaquent à la circulation spatiale dans cette partie du système solaire. Un avenir où les humains colonisent petit à petit le système solaire, mais n’ont pas les moyens d’assurer une protection militaire suffisante à chaque convoi. La piraterie a donc fait son apparition et perturbe la colonisation et l’exploitation du système solaire.

En regagnant la Lune, Dick découvre qu’au sein de la base il y a une taupe qui communique aux pirates des informations sur les passages des vaisseaux. Ce qui leur permet d’arraisonner et détruire ces vaisseaux. En voulant en apprendre plus, Dick se met en danger. Son père échappe de peu à la mort et d’étranges accidents surviennent sur la Lune. Dick découvre qu’un homme aux yeux jaune, le Basilic, dirige les vandales et tente de le tuer. Finalement, une science-fiction épique, qui renoue avec

À travers ce livre, on reconnaît difficilement le style de Jack Vance. Le côté flamboyant et baroque est absent, probablement parce que l’histoire se passe dans l’espace et sur la Lune. On trouve ici un Jack Vance qui se fond dans le moule de la science-fiction des années 50. Une science-fiction un peu plus naïve plus axée sur l’aventure, où la technologie est présente, mais pas nécessairement expliquée. C’est ce qui fait d’ailleurs tout le charme de ce genre d’histoire.

On est habitué à mieux de la part de Jack Vance. Par exemple le cycle de Tschaï, la geste des princes-démons, le cycle de la perle verte, ou l’univers baroque de Cugel l’astucieux.

Dans le cas présent, c’est bel et bien un inédit de Jack Vance qui est proposé par le Bélial. Une raison de plus de découvrir ce texte à travers la traduction qu’a faite Pierre-Paul Durastanti.

Je suis curieux de voir quels seront les prochains titres publiés dans cette collection. Il y a certainement quelques perles qui nous ont échappés et qui méritent de revoir le jour ou d’être traduites. Une chose est certaine, c’est une bonne initiative de la part du Bélial. J’espère simplement que ces livres auront également un équivalent poche dans les années qui suivent leur première parution en français.

Le pulp est à la mode. D’autres collections ont décidé de ressortir des romans peu connus ou totalement ignoré du public. C’est par exemple le cas avec Michael Crichton chez Laffont (La dernière tombe, Agent trouble). L’aventure, le polar, l’action, le mystère reviennent à l’avant-plan à travers des œuvres parfois de jeunesse. Et la science-fiction est le genre idéal pour faire découvrir ou redécouvrir des histoires et des auteurs qui ont forgé ce genre littéraire.

À lire, avec un certain recul, et surtout avec un esprit très ouvert, car ce livre remet au centre l’aventure, l’action, le mystère et le danger qui ont bercé notre imagination. J’ai aimé, et je vais certainement suivre cette collection de près.

Un livre de Jack Vance qui fait passer un bon moment de lecture.

Les vandales du vide, Jack Vance, Le Belial, 2016, traduction Pierre-Paul Durastanti, Illustration de Caza

Les Vandales

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Le rêve de l’exilé – Alain le Bussy

Alain Le Bussy fait partie de ces auteurs belges qui m’ont échappés. Je l’ai rencontré une fois, lors d’un Trolls et Légendes à Mons. À l’époque, je me demandais ce qu’il pouvait bien écrire comme science-fiction. Puis, je me suis dit qu’il fallait absolument combler cette lacune. D’abord parce que c’est un compatriote, et que depuis un certain temps je fais découvrir des auteurs belges sur mon blog, tous domaines confondus. Ensuite parce que j’en ai tellement entendu parler autour de moi et surtout dans le fandom, qu’il m’était impossible de ne pas le lire.

J’ajouterai que ce premier tome de l’anthologie consacrée à Alain le Bussy est paru chez Rivière Blanche, et est dirigée par Marc Bailly. Donc, cette anthologie devenait incontournable pour moi, surtout si je ne voulais pas mourir idiot. C’est donc avec un regard neuf que j’ai abordé cet auteur très prolifique et très actif dans le domaine de l’imaginaire. Il a écrit une centaine de romans et deux fois plus de nouvelles.

En commençant la lecture de cette anthologie, je n’ai pas eu l’impression d’être confronté à des textes obsolètes. Les nouvelles qui la constituent sont toujours d’actualité, et le style de Le Bussy fait que ses textes restent intemporels.

La première de ces nouvelles donne le ton de l’anthologie. Dans Un don inné paru en 1966, qui est le premier texte d’Alain le Bussy, on aborde le space opera, et de manière plus classique, le planet opera. Ce qu’on découvre, c’est un extraterrestre naufragé sur Terre, qui doit attendre que le niveau technologique de la civilisation lui permette de réparer son vaisseau ou d’en reconstruire un , capable de le ramener chez lui. Mais après les siècles passés, l’extraterrestre doit bien s’intégrer au reste de l’humanité, et l’identité qu’il prend est révélée dans les dernières lignes de la nouvelle, et est assez amusante.

La cité des tours mélancoliques reprend le thème du voyageur solitaire qui explore d’autres mondes. Thème qu’on retrouve souvent dans les nouvelles d’Alain le Bussy. L’auteur est à l’aise avec les histoires de planet et space opera.

Le rêve de l’exilé, nouvelle qui donne son titre à cette anthologie, fait référence au dieu endormi, à l’extraterrestre qui un jour a atterri sur Terre pour ne plus repartir. On peut considérer que cette nouvelle est une variante de « Un don inné ».

Les autres nouvelles sont du même niveau, et se passent parfois à notre époque. Alain le Bussy, passant facilement de la science-fiction au fantastique.

On retrouve dans l’écriture d’Alain le Bussy, une forme toujours très épurée, très facile de ses histoires. L’auteur a le mérite d’avoir de très bonnes histoires, bien pensées, mais racontées simplement, avec l’envie pour le lecteur d’aller jusqu’au bout de celles-ci. Dans certaines des nouvelles, on dénote même une forme de poésie chez l’auteur.

Marc Bailly préface cette anthologie dont il a choisi les textes. Il précise que ce premier tome correspond à une période spécifique de l’écrivain qui va de 1966 à 1991. Deux autres anthologies devraient suivre. Dominique Warfa préface la première nouvelle de Alain le Bussy, tandis que George Bormand, Serena Gentihomme, Christian Martin et Jeremy Sauvage ajoutent un hommage en guise de postface. On le voit, l’auteur ne laisse pas indifférent. Au cours de ses cinquante années d’activités dans l’imaginaire, il a tissé un réseau impressionnant d’amis et de lecteurs.

Sur 350 pages, le lecteur trouvera déjà un excellent panel de la productivité en imaginaire d’Alain le Bussy. Ce premier tome devrait être suivi par deux autres, et réjouira les lecteurs qui ont aimé celui-ci, mais aussi ceux qui veulent découvrir en détail l’auteur. Une anthologie qui rend hommage à un excellent auteur de science-fiction d’origine belge.

Le rêve de l’exilé, Alain le Bussy, Anthologie dirigée par Marc Bailly, Rivière Blanche, 350 pages, illustration de Grillon

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Terre planète impériale – Arthur C. Clarke

Milady continue de rééditer les textes d’Arthur C. Clarke. Après Odyssée l’intégrale des nouvelles de l’auteur, voici Terre, planète impériale. Il s’agit d’un roman mineur, paru dans les années 70, réservé à un public d’adolescents. On me rétorquera que c’était aussi le cas pour la trilogie de l’espace précédemment sortie chez Milady. C’est vrai, mais ici cela se ressent particulièrement par le manque flagrant d’actions dans ce roman.

Dans cette histoire, en 2276, on suit Duncan, petit-fils de Malcolm Makenzie, un ingénieur qui a fait fortune en exportant sur Terre de l’hydrogène puisé sur Titan le plus gros satellite de Saturne. Duncan a été cloné, car la colonie humaine qui vit sur Titan est dans l’incapacité de se reproduire naturellement. Lui, et son père Colin, sont des clones, et lui-même devra se cloner pour avoir un descendant.

Duncan doit se rendre sur Terre pour les célébrations du 500ème anniversaire des États-Unis (Isaac Asimov nous avait proposé la nouvelle L’homme bicentenaire pour fêter les deux siècles des USA). Un roman qu’on devine un peu trop pro-américain, et qui laissera dans l’indifférence totale les Européens que nous sommes.

Après un périple dans le système solaire, Duncan va découvrir la planète mère et être confronté à la gravitation plus forte que celle de Titan. Il va aussi être confronté à la technologie, et surtout à la nature florissante qui lui est totalement inconnue sur Titan. Pour lui, la Terre aurait dû s’appeler Océan.

Duncan va découvrir que son ancien meilleur ami organise un trafic de Titanite, des pierres précieuses. Trafic qui finance un projet d’écoute spatiale.

L’extraterrestre qui découvre la Terre, c’est un sujet déjà exploité par d’autres auteurs. En terre étrangère de Robert A. Heinlein est de loin meilleur et a raflé le prix Hugo en 1962.

C’est un roman qui ne laissera pas de souvenirs impérissables aux lecteurs, si ce n’est celui de chercher où est l’action dans ce roman de 400 pages. Mais dans sa logique de réédition de l’œuvre d’Arthur C. Clarke, Milady se devait aussi de sortir ce livre. Donc, cette édition est très cohérente par rapport aux cinq livres précédemment sortis (Les chants de la Terre lointaine, La trilogie de l’espace, Les enfants d’Icare, Les gouffres de la Lune, Odyssées).

Je suggérerais à Milady d’éditer prochainement le cycle Base Vénus que Arthur C. Clarke a écrit avec Paul Preuss, précédemment sorti chez J’ai lu en 6 tomes. Je les ai toujours, et ils n’ont jamais été réédités. En plus, c’est cohérent avec l’anthologie Odyssées, car c’est une réutilisation des nouvelles de Clarke dans une histoire plus moderne qui se déroule à travers tout le système solaire. L’idéal serait un ou deux omnibus pour ce cycle.

Donc, Terre planète impériale, c’est à lire, mais pas indispensable. Amusant car c’est une ballade à travers le système solaire qui mènera Duncan Makenzie sur Terre.

Terre planète impériale, Arthur C. Clarke, Milady, 2014, 408 pages, traduit par George H. Gallet, illustration de Pascal Casolari

Terre, planète impériale

Prélude à Fondation – Isaac Asimov

Fondation d’Isaac Asimov est un classique de la science-fiction. Écrit entre 1951 et 1953, il s’est d’abord décliné sous la forme d’un cycle composé de Fondation, Fondation et empire, Seconde fondation. Il s’agit d’une suite de nouvelles qui retrace la chute d’un empire galactique, et sa lente reconstruction au fil des siècles. On peut comparer cette chute à celle de l’empire romain.

Tout démarre sur Trantor lorsque Hari Seldon un mathématicien de génie propose la psychohistoire, une science capable de prédire les évènements futurs. L’effondrement de l’empire ne fait plus aucun doute, et des millénaires de barbarie vont accompagner cet effondrement. Pour raccourcir cette période d’obscurantisme, Seldon met au point un plan qui devrait permettre à l’humanité entière de retrouver le même niveau de civilisation que celui de l’empire en un millénaire. Pour cela, il crée une fondation sur Terminus, qui au fil du temps va aider les différents peuples à retrouver un niveau de civilisation comparable. En parallèle à cette fondation, Seldon en a créé une seconde restée secrète, qui a pour rôle de veiller à ce que le plan qu’il a établi se réalise bien.

Il a fallu 30 ans à Isaac Asimov pour ajouter deux tomes qui font le lien entre le cycle des robots et Fondation (Fondation foudroyée, Terre et Fondation). Et encore une dizaine d’années supplémentaires pour ajouter deux tomes qui précèdent Fondation et qui sont axés sur Hari Seldon (Prélude à Fondation, L’aube de Fondation) et sur le développement de la psychohistoire.

Sur Trantor, Hari Seldon invente la psychohistoire, une science qui tient des statistiques et de l’histoire, science qui n’avait pas encore fait ses preuves. Mais lorsque celle-ci fut dévoilée au public lors d’un colloque, certaines personnes comprirent qu’elle permettrait d’accroitre son pouvoir sur la population. Un des premiers intéressés n’est autre que l’empereur Cléon, qui espère connaitre les évènements futurs grâce à cette science. Mais pour Seldon, appliquer cette science à la totalité de l’empire est impossible et trop complexe. L’empereur qui n’apprécie pas cette réponse négative veut faire tuer Seldon par l’intermédiaire de son premier ministre Demerzel.

Seldon s’enfuit, accompagné par l’historienne Dora Venabili. Ils traversent les différents secteurs de Trantor et découvrent que l’empire est en pleine décadence. Seldon n’a pas besoin d’étudier d’autre monde pour finaliser son invention. Trantor lui fournit les éléments nécessaires pour mettre au point la psychohistoire. On apprend que Demerzel est en fait R. Daneel Olivaw, un robot qui ressemble à un humain.

Ce livre fait le lien avec le cycle des robots d’Asimov. Cycle qui n’est pas indispensable à lire, mais qui peut être intéressant pour le lecteur. Je ne conseillerai pas de commencer par les robots.

Prélude à Fondation est un vrai roman, contrairement aux tomes précédents qui sont constitués de nouvelles. Les chapitres sont courts et commencent par un extrait de l’encyclopédie galactique. Si ce livre est le premier chronologiquement et montre la genèse de la psychohistoire, il ne peut se lire qu’après avoir lu la trilogie de base. Il faut d’abord avoir vécu la chute de l’empire galactique, et comprendre le rôle de la Fondation (ainsi que la deuxième) pour s’attaquer ensuite à ce prélude à Fondation qui trouve sa suite dans l’Aube de Fondation.

Il ne s’agit pas d’un livre de plus dans un cycle important. Même s’il y a été écrit plusieurs décennies après la première trilogie, il trouve parfaitement sa place dans le cycle. Hari Seldon n’est plus un hologramme qui se manifeste à des périodes précises de l’histoire galactique. C’est un brillant mathématicien qui a inventé une science qui prédit l’avenir. Écrit il y a 25 ans, ce livre est toujours d’actualité.

Prélude à Fondation, Isaac Asimov, 447 pages, Pocket

Prélude à Fondation

Flash Gordon intégrale 1934-1937 – Alex Raymond

Les éditions Soleil rééditent un classique de la science-fiction, mais aussi de la bande dessinée, Flash Gordon dessiné par Alex Raymond. Ce premier tome reprend les planches de 1934 à 1937. On peut supposer que les éditions Soleil nous sortiront l’intégrale, comme c’est le cas pour Tarzan ou Prince Valiant.

Flash Gordon, c’est l’aventure à l’état pur, avec en toile de fond de la science-fiction et un univers qui va captiver le lecteur par son originalité. Le personnage est créé à une époque où Buck Rogers fait déjà le bonheur des lecteurs. On peut pratiquement dire que Flash Gordon est le concurrent direct de Buck Rogers. Créé à l’époque des pulps,

Flash Gordon, c’est un célèbre joueur de Polo diplômé de Yale, qui va croiser sur sa route Dale Arden, celle qui deviendra sa compagne. Ils vont se rencontrer sur un vol transcontinental, qui en plein vol va être endommagé par une comète. Dans cette première scène, Flash Gordon est déjà le héros qu’on espère voir au fil des pages. Lui et Dale Arden atterrissent dans la propriété du docteur Zarkov, un savant illuminé (pour ne pas dire fou) qui a construit une fusée pour se rendre sur la comète qui perturbe la Terre. Flash et Dale n’ont pas le choix, sous la menace d’une arme, ils doivent monter dans la fusée et accompagner Zarkov dans son périple vers Mongo. Le trio est formé et chaque personnage pourra se reposer sur les deux autres.

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Ici commence une aventure dans laquelle Alex Raymond se donne à cœur joie en nous présentant un monde qui mélange technologie et passé, où les personnages ont des empreintes fortes, en particulier l’empereur Ming et sa fille Aura, mais aussi Barin et Vultan. Les dangers sont permanents pour Flash tandis que Dale est l’objet de toutes les convoitises. Les personnages vont de Charybde en Scylla quasi en permanence. Une bande dessinée épique, qui à l’époque se distinguait des autres par son rythme, par ses scènes d’actions, et tout simplement par son imagination.

Flash Gordon a aussi inspiré beaucoup d’auteurs de romans ou de bandes dessinées. Le plus célèbre d’entre eux est certainement Edgar P. Jacobs qui a dessiné le rayon U (qui est presqu’une copie conforme de Flash Gordon), puis qui a créé les personnages de Blake et Mortimer, qui deviendront également une légende dans le domaine de la bande dessinée belge. George Lucas s’est aussi inspiré de Flash Gordon pour créer Star Wars.

Flash Gordon est né à une époque où Edgar Rice Burroughs avec ses cycles de Tarzan et John Carter/Mars/Barsoom transportait le lecteur vers d’autres continents ou d’autres planètes. C’est aussi l’époque où Hugo Gernsback crée Amazing stories, un magazine de science-fiction. Une époque foisonnante où les auteurs et dessinateurs ne manquaient pas d’imagination, où l’histoire et l’action prenaient le pas sur la vérité scientifique. Quelques années après la sortie de Flash Gordon, les comics feront leur apparition (Superman, Batman, Spectre, etc.). Le héros d’Alex Raymond est un modèle pour bon nombre d’auteurs qui s’en inspireront.

Cette réédition (qui n’est pas la première des éditions Soleil) est la bienvenue pour ceux qui ne trouvaient plus la dernière édition, si ce n’est à des prix prohibitifs, et pour ceux qui veulent découvrir une science-fiction épique qui ressort aujourd’hui avec des films comme John Carter.
Flash Gordon est une des bandes dessinées fondatrices de la science-fiction. À notre époque, cela peut paraître simpliste, mais cela reste une des références qui ont permis le développement du genre à travers les romans, les BD ou les films.

Les éditions Soleil proposent une belle version de l’œuvre d’Alex Raymond, dans un format presque carré. Intégrale qui nous explique la légende du personnage ainsi que l’héritage qu’il nous laisse. Des photos et des croquis appuient cette présentation et font de ce livre un vrai collector. Une BD qu’il faut avoir dans sa bibliothèque. Des héros comme Flash Gordon, on en fait plus, car le moule est cassé depuis longtemps !

Flash Gordon intégrale volume 1 – 1934-1937, Alex Raymond, Soleil âge d’or, 208 pages, 2013

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Robert A. Heinlein (1907-1988)

Il y a 25 ans, Robert A. Heinlein décédait…

Un des auteurs de science-fiction qui a le plus marqué par son empreinte le vingtième siècle, c’est Robert Heinlein. Il a non seulement écrit des textes importants, mais en plus il a inspiré certains projets technologiques américains. Robert A. Heinlein est né à Butler dans l’état du Missouri en 1907 et est décédé en 1988, c’est-à-dire il y a juste vingt-cinq ans. Étrange parcours que celui d’Heinlein, qui à peine sortit du lycée, entre à l’académie navale d’Annapolis et en sort lieutenant. Il quittera la marine, suite à une tuberculose. De retour dans la vie civile, il étudie la physique à l’université de Californie (UCLA). Pour vivre, il n’a pas d’autre choix que de trouver des boulots dont le salaire n’est pas assuré (propriétaire de mine, agent immobilier…). Il s’essaie à la politique, mais sans succès.

Astounding - Life line

En 1938, Heinlein participe à un concours de nouvelles de science-fiction organisé par le magazine Thrilling Wonder Stories. Il écrit la nouvelle « Ligne de vie » (Life line), mais se ravise en ne la soumettant pas pour le concours. C’est à John Wood Campbell qu’il s’adresse pour la faire publier. La nouvelle sera publiée en 1939 dans le magazine Astounding Science-fiction, et lui rapportera plus d’argent que le premier prix du concours. À partir de ce moment, Heinlein va devenir un auteur récurrent du magazine, au même titre qu’Isaac Asimov, E.E. doc Smith, Clifford D. Simak, L. Sprague de Camp ou Alfred E. Van Vogt. C’est l’âge d’or de la science-fiction.

À cette époque, on doit à Heinlein plusieurs nouvelles qui se raccrochent à son cycle « Histoire de futur ». Avec la Seconde Guerre mondiale, il se détourne de l’écriture et se focalise sur son job d’ingénieur dans la marine. Après la guerre, et un peu de militantisme, il revient à l’écriture.

En 1950, sort en film « Destination Lune », basé sur les idées d’Heinlein. Il participe à l’élaboration du film. C’est la période où on lui doit ses « juvéniles », des histoires de science-fiction adressées aux adolescents (La patrouille de l’espace, La planète rouge).

En 1951 vient « Marionnettes humaines », histoire qui montre une Terre infiltrée par des extraterrestres qui se présentent sous la forme de parasites qui se greffent dans le dos des humains. À partir de 1956, Heinlein va écrire plusieurs livres qui vont recevoir le prix le plus élevé en science-fiction, c’est-à-dire le prix Hugo. Il va le décrocher pour : Double étoiles (1956), Etoiles, garde-à-vous (1960), En terre étrangère (1962), Révolte sur la Lune (1967). Des livres qui ont vieilli, mais qui se lisent encore très bien si on tient compte du contexte de l’époque. Heinlein nous conte l’histoire d’un acteur qui joue la doublure d’un homme politique, puis l’engagement militaire de la Terre face à un ennemi extraterrestre. Avec En terre étrangère, il frappe un grand coup en nous donnant la vision de notre monde vue par un martien (qui est un descendant humain), et enfin dans Révolte sur la Lune, il nous montre comment une colonie lunaire se soustrait à la domination de la Terre. Quatre livres qui méritent amplement le prix Hugo.

Robert Heinlein

Heinlein a aussi écrit des perles, comme « Une porte sur l’été » qui parle d’amour contrarié par les affres du temps et le long sommeil en particulier. Un des personnages n’est autre que Petronius le chat. Heinlein est un grand conteur, probablement le plus grand qu’a connu la science-fiction. Un quart de siècle après son décès, il influence encore les nouvelles générations de lecteurs et d’auteurs. Que ce soit la NASA ou le gouvernement américain, sans le vouloir, Heinlein a influencé leur politique spatiale. Aujourd’hui, il nous laisse une œuvre très complète, mais qui n’a pas totalement été rééditée. Espérons que cette lacune sera comblée dans un futur proche, car Heinlein mérite d’encore être revisité par les nouveaux lecteurs.

Les cinq rubans d’or – Jack Vance

ActuSF a récemment réédité un des romans de Jack Vance, les cinq rubans d’or. Ce n’est pas le premier texte que cet éditeur de l’imaginaire nous propose. A chaque fois, on a droit à des romans courts ou des nouvelles qui n’ont pas pris une ride malgré le laps de temps écoulé depuis la première publication.

Avec les cinq rubans d’or, on retrouve une histoire épique et picaresque comme sait le faire Jack Vance. Avec un personnage qui a un lien de parenté certain avec Cugel dans le cycle Terre mourante ou Adam Reith dans le cycle Tschaï. C’est Paddy qui est ici la vedette, un personnage roublard comme on les aime dans les romans de Vance. Dès la première page, Paddy essaie de voler le secret de l’ultrapropulsion. Mais pas de chance pour lui, la bombe qu’il fait exploser va aussi permettre aux instances policières de lui mettre le grappin dessus.

Bien que les terriens aient colonisé une partie de l’espace et qu’ils ont mis au point l’ultrapropulsion grâce à Langtry, ils n’en sont pas les maitres. Les colonies dirigées par les cinq fils de Langtry sont devenues autonomes et ont pris une avance technologique par rapport à la Terre. Les terriens sont considérés comme une race inférieure par les cinq races issues des fils de Langtry.

Bien qu’étant prisonnier et promis à une belle mort, Paddy se retrouve embarqué dans un évènement de première grandeur : la réunion annuelle des cinq dirigeants (Shaul, Koton, Kudrhu, Loristanais, Badau). La réunion se tient sur un astéroïde disposant d’une gravité artificielle et d’un champ de force qui retient l’air. Le caillou qui fait à peine une soixantaine de mètres de long accueille les cinq dirigeants, fils de Langtry. Ils détiennent chacun un bracelet d’or dans lequel se trouve une partie du secret de l’ultrapropulsion. Du moins, c’est ce que Paddy croit dès le début. Il est enchainé auprès des cinq chefs et a pour mission de jouer les traducteurs. Pour chacune des paroles d’un membre, il doit les traduire dans la langue des quatre autres. Si cette réunion se termine sans incident, c’est aussi la fin pour Paddy. Son rôle de traducteur s’arrête là et sa vie n’a plus aucune valeur. Alors qu’il doit être emmené pour être exécuté, il parvient à s’échapper sur ce petit petit caillou perdu dans l’espace, puis à couper la gravité, et par extension l’atmosphère. Le résultat c’est que toutes les personnes présentes sur l’astéroïde meurent asphyxiées, sauf Paddy. C’est-à-dire, aussi les cinq fils. Paddy arrive à se sauver et récupère les bracelets que chaque fils possède. Ces bracelets contiennent une partie du secret de l’ultrapropulsion. Lors de la réunion, ils se sont échangé leurs bracelets de telle manière qu’une certaine rotation soit maintenue. Paddy a récupéré les bracelets, puis s’est enfui avec une navette spatiale, avant de regagner un monde où il pourrait changer d’identité et refaire son portrait. Il va se faire aider par Fay, une femme qui est un agent terrien, qui lui courait après et qui est chargée de le ramener sur Terre ainsi que le secret de l’ultrapropulsion. A deux, à bord du  vaisseau de Fay, ils vont se lancer dans une quête aux indices technologiques. L’aventure de monde en monde est ici accompagnée d’un brin d’humour et d’une bonne dose d’actions.

Ce roman est rythmé. Pas de temps mort. À partir d’une énigme principale, Paddy et Fay vont devoir parcourir une partie du secteur galactique dans lequel ils se trouvent, et retrouver les informations nécessaires au rébus que Langtry a un jour inventé qui révèle le secret de l’ultrapropulsion. Chaque énigme est prétexte à voyager sur un nouveau monde où les humains se sont établis et ont légèrement changé de physionomie. Au fil des générations, leurs corps se sont adaptés à chaque environnement planétaire.

On retrouve un schéma classique chez Vance qui consiste à poser un problème, y réfléchir et le résoudre en se déplaçant et agissant. C’est simple et efficace, car le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer. Il passe d’un problème à l’autre, sans avoir à comprendre des plans derrière des plans.

Je suis content de chroniquer ce livre qui date de 1950, car Jack Vance fait partie de mes auteurs préférés. Et ce livre qui date de l’âge d’or démontre encore une fois que la science-fiction c’est aussi de l’aventure, du danger, de l’épique, et pourquoi pas du picaresque. Un bon Jack Vance, que je conseillerai à tous ceux qui recherchent un livre de science-fiction pas trop épais, qui va à l’essentiel et que le lecteur aura difficile à quitter avant la dernière page. Il faut juste lire le livre en tenant compte du contexte dans lequel il a été écrit. Un Jack Vance sympa, à lire ou relire. En tout cas, un bon moment de lecture.

Les cinq rubans d’or, Jack Vance, ActuSF, 2013, 232 pages, illustrateur Rodolpho Reyes

Les cinq rubans d'or