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Le monde du fleuve – Philip José Farmer

Mnémos continue les rééditions sous forme d’intégrale des classiques de la science-fiction. Un de ces grands classiques n’est autre que Le monde du fleuve de Philip José Farmer. Livre ambitieux et original qui valut à son auteur le prix Hugo du meilleur roman en 1972. Cette intégrale contient :

  • Le monde du fleuve
  • Le bateau fabuleux
  • Le noir dessein
  • Le labyrinthe magique
  • Les dieux du fleuve

Commencé en 1971 et achevé en 1983, le monde du fleuve n’a fait son apparition en français qu’au début des années 80, dans la collection Ailleurs & Demains dirigée par Gérard Klein. C’était l’époque où les Laffont argentés représentaient ce qu’il y avait de mieux en science-fiction, c’est-à-dire qu’ils proposaient la qualité, l’originalité et un grand nombre de chefs-d’œuvre.

Si le Monde du fleuve m’avait captivé à l’époque, pour autant je n’avais pas enchaîné avec ses suites. Comme je savais que Farmer n’en resterait pas là, j’avais préféré attendre la sortie des cinq tomes pour me lancer dans une lecture complète du cycle.

Le monde du fleuve fait partie des livres-univers qui existent en science-fiction. Il se suffit à lui-même et plonge le lecteur dans des histoires qui tiennent autant de la science-fiction, de l’aventure, de l’histoire, de la science et ses techniques. Mais surtout, il met en valeur un grand nombre de personnages réels et imaginaires qui vont se croiser.

Farmer avait l’embarras du choix à partir du moment où il avait décidé de ressusciter tous les humains qui ont vécu sur Terre depuis l’aube des temps. C’est-à-dire 40 milliards de personnes qui renaissent le long d’un gigantesque fleuve long de trente deux millions de kilomètres. Au début de ce fleuve, il y a une tour géante qui abrite les Ethiques. Ce sont les extraterrestres qui ont conçu ce monde et son long fleuve, qui sont responsables de la réincarnation de toute l’humanité.

Curieusement, le premier tome de ce cycle n’est pas très épais. Il s’arrête à la page 155 de cette intégrale. Ce qui suffit à Farmer pour poser le décor, nous présenter les principaux personnages et nous mettre face à une énigme pour laquelle il faudra les quatre premiers tomes pour la résoudre. C’est davantage un livre d’aventure, un peu comme Jack Vance pouvait le faire avec le cycle de Tschaï. Sauf que Farmer a décidé de tourner son histoire en panoramique et technicolor, avec une distribution inégalée de personnages.

Si Richard Francis Burton et Sam Clemens (Mark Twain) sont les principaux personnages, on y trouve également Alice Liddell (Alice aux pays des merveilles), Jean sans Terre, Hélène de Troie, Cyrano de Bergerac, Mozart, Ulysse, Jésus Christ, Jack London, Hermann Goering, etc. La suite de personnages ne s’arrête pas là. Mais il y a aussi le journaliste Peter Jairus Frigate, qui n’est autre que Philip José Farmer transposé le long de ce fleuve (regardez les initiales communes).

Imaginez tous les hommes et les femmes qui ont vécu sur Terre, qui sont ressuscités dans des corps de 25 ans, dépourvus de pilosité. Ils sont nus et doivent tout réinventer et reconstruire. La seule aide dont ils disposent, ce sont ces sortes de grands champignons métalliques dans lesquels ils vont pouvoir prendre régulièrement des gamelles de nourritures. Mais certaines personnes n’ont pas droit à celles-ci et dépendent des autres personnes. La nourriture est d’ailleurs une source de conflit entre ressuscités, tout comme la découverte et l’exploitation des ressources sur les berges du long fleuve. De plus, les réincarnés ne parlent pas la même langue, n’ont pas les mêmes convictions, les mêmes habitudes, les mêmes modes de vie, ce qui génère des conflits et surtout des convoitises. Les gens qui meurent sont ressuscités quelque part ailleurs sur les rives du fleuve. D’autres ont moins de chance et deviennent esclaves ou tyrans. On le voit, le fleuve de l’éternité commence par un chaos monstrueux. Ceux qui arrivent à recréer un semblant d’humanité se lancent dans une quête gigantesque : remonter aux sources du fleuve et découvrir ce qui se cache dans la grande tour.

J’avoue qu’à l’époque où j’ai découvert ce cycle, je me suis intéressé aux voyages de Richard Francis Burton l’explorateur anglais qui remonta aux sources du Nil et découvrit avec John Hanning Speke les lacs Tanganyika et Victoria. Il s’est déguisé pour pouvoir entrer à la Mecque. On lui doit aussi la traduction des mille et une nuits. C’était aussi l’occasion de découvrir Mark Twain (de son vrai nom Sam Clemens) à qui on doit les aventures de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn.

Le deuxième tome « Le bateau fabuleux » est plus axé sur Sam Clemens et son bateau à aube qui est censé remonter le fleuve. Le troisième tome « Le noir dessein » se focalise sur la construction d’un dirigeable et la remontée du fleuve. Avec le quatrième tome « Le labyrinthe magique », c’est l’énigme de cet étrange monde et son fleuve qui va être résolue. Un cinquième tome « Les dieux du fleuve » se passe dans la tour géante. Ce dernier tome n’est pas indispensable pour le lecteur, mais dévoile l’autre côté de ce monde.

On peut facilement imaginer que Mnémos n’en restera pas là avec Philip José Farmer, que le cycle des hommes-dieux (7 tomes) fera aussi l’objet d’une future intégrale (peut-être en deux tomes). Enfin, je l’espère.

Bon nombre de livres sortis dans la collection Ailleurs et Demains de Laffont, puis sortis en format de poche, méritent de renaitre sous une forme omnibus. J’ai toujours été favorable à ces intégrales, même si elles sont lourdes et encombrantes (ce qui est le cas pour le monde du fleuve). C’est certain que vous n’allez pas emporter le livre dans le métro ou le train pour le lire pendant le trajet. Mais l’amateur qui a déjà lu le cycle dans une version précédente (et plus légère) aimera probablement avoir dans sa bibliothèque une version définitive. Le monde du fleuve a pratiquement la même taille et le même poids qu’un Larousse ou un Petit Robert.

Pour rappel, ce cycle avait fait l’objet d’une version Omnibus dans la défunte collection « Bibliothèque » de Laffont. Seuls trois cycles avaient été repris dans cette collection : Dune, Hypérion, Le monde du Fleuve, trois chefs-d’œuvre de la science-fiction.

Avant que le lecteur soit délivré d’un tel pavé, il faudra lire les 1272 pages qui le composent. Impossible de résumer un livre pareil tellement il foisonne d’idées, d’histoires, de personnages. Ce n’est qu’en refermant ce livre, qu’on se rend compte que Philip José Farmer avait vraiment beaucoup d’imagination et qu’il a écrit un chef-d’œuvre de la science-fiction qui mérite amplement le prix Hugo décerné. C’est un peu long, mais excellent et un vrai régal pour ceux qui aiment la science-fiction et l’aventure. Et pour l’occasion, je ne vous cache pas que j’ai adoré et que je le conseille à tout le monde.

Ouf, la chronique est enfin terminée ! En fait, j’avais envie de faire comme Philip José Farmer, écrire une grande chronique pour une grande intégrale.

Le monde du fleuve, Philip José Farmer, Mnémos, 2016, 1272 pages, illustration de Jorge Jacinto, traduit par Guy Abadia, Charles Canet, Bernard Weigel

Le monde du Fleuve - Philip José Farmer

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Le secret de Monalisa – Murielle Lona

Nouvelle petite incursion dans la littérature belge avec « Le secret de Monalisa » le roman de Murielle Lona. Au menu, un vent de fraicheur, une pincée d’aventure et de sagesse, de la poésie, et une part de mysticisme.

On pourrait s’attendre à un roman sentimental, mais il n’en est rien. On découvre Lona Sampai, l’héroïne belge de ce roman, en voyage en Inde. Sur son chemin, elle croise le professeur Dharma, un astrologue, un sage érudit qui va la conseiller. Il y a aussi Herschel, ce Sud-Africain qui veut lui donner rendez-vous à Delhi et l’emmener voir le Taj Mahal. Il y a aussi Ngayang, la belle Tibétaine qui achète des coquillages. Et puis il y a la rencontre avec Amma « la mère ». Et il y a enfin Sam le saxophoniste, qui ne lui est pas indifférent.

Le roman est parsemé de rencontres qui vont doucement influencer le comportement de Lona. Par petite touche, pierre après pierre, énigme après énigme, mystère après mystère.

J’ai eu quelques difficultés, car je n’adhérais pas aux jeux de mots et anagrammes qui sont censés former d’autres mots (VER, REV, SILVER, LONA, SAM, MONALISA, 201). En tant qu’informaticien, je ne voulais pas être confronté à une séance de numérologie. Après la lecture d’un livre sur Alan Turing, mon esprit cartésien refusait ces jeux de mots et j’ai souvent passé ceux-ci pour me concentrer sur l’histoire.

La lecture du livre a parfois nécessité de chercher une définition sur Internet. Qu’est-ce qu’un bachert ? Avant de lire ce livre, je n’en avais aucune idée. Heureusement, l’auteur nous explique que c’est l’âme sœur. Le roman est parsemé de détails historiques, philosophiques, religieux liés à l’Inde. On voit que l’auteur aime cette région du monde et la manière de penser qui la caractérise. Cela peut souvent surprendre les lecteurs. Ce n’est pas seulement découvrir une nouvelle histoire, c’est aussi explorer des voies qu’on n’avait jamais empruntées auparavant en tant que lecteur. Il suffit donc de suivre le guide qu’est Murielle Lona. Elle n’hésite d’ailleurs pas à éclaircir chaque détail, chaque concept, chaque idée du roman. De temps en temps, elle fait référence à Wikipédia, ce qui donne un air plus pédagogique à l’histoire. Je me pose des questions sur certaines anecdotes du roman. Je pense par exemple à Lekha qui devient une secrétaire de Gandhi. Est-ce vrai ou Murielle Lona a imaginé la scène ? En tout cas, cela donne envie d’y croire. Il y a aussi des moments inattendus, comme les références à Marc Levy et Guillaume Musso, ou l’interview de Marilyn Monroe. Amusant pour le lecteur que je suis.

Le style de Muriel Lona reste fluide, léger. Les scènes s’enchaînent rapidement, et les échanges épistolaires sont là pour maintenir ce rythme. Pas de lourdeur dans les textes, même lorsque l’auteur se transforme en pédagogue. Le dépaysement permanent peut inciter à parfois relire certains mots ou noms dont la prononciation ne nous est pas familière en Europe.

J’aurais aimé lire ce livre dans de meilleures conditions. Les événements personnels ont fait que la lecture a été morcelée à travers le temps, et qu’il m’a fallu revenir sur certaines parties du livre pour reprendre le cours de la lecture. C’est indépendant du livre et de son auteur. C’est moi qui ai été fréquemment interrompu dans mes lectures. Ce qui fait que la chronique apparait tardivement.

Ceci dit, j’ai aimé ce dépaysement et ce style qui est propre à Murielle Lona. D’un côté, on assiste à une quête du bachert de l’héroïne, et de l’autre l’Inde et ses mystères viennent perturber le lecteur au fil des pages. Pour davantage entrer dans son univers littéraire, Muriel Lona a ajouté plusieurs poèmes. Quand on arrive au bout du roman, on ne peut s’empêcher de penser que l’héroïne n’est autre que la romancière qui a écrit le livre. Il y a tellement de similitudes entre les deux qu’elles ne peuvent faire qu’un. À l’occasion, je poserai la question.

En tout cas, c’est un beau voyage initiatique et un bon moment de lecture. Il me tarde de rencontrer l’auteur lors d’un prochain événement culturel.

Le secret de Monalisa, Murielle Lona, édition Avant-Propos, 320 pages, 2015

Le secret de Monalisa - Murielle Lona

Flash Gordon intégrale 1937-1941 – Alex Raymond

Le deuxième tome de l’intégrale Flash Gordon dessinée par Alex Raymond est sorti aux éditions Soleil. On retrouve notre héros sur Mongo en compagnie de Dale Arden et du professeur Zarkov. Après les hommes-crocs, Flash Gordon se retrouve sur Arboria, au palais du prince Barin. La guerre gronde et Barin semble être le seul à pouvoir arrêter la guerre.

Il y a plus de rebondissements dans ce second tome, où on voit Flash Gordon partir à la poursuite de Grombo qui a failli le tuer, puis être capturé par Ming, avoir un simulacre d’exécution avant de s’échapper. Et plus tard se battre contre l’empereur, le vaincre et en faire son prisonnier. Ce tome est l’occasion de continuer l’exploration de Mongo. Les scènes s’enchainent les unes à la suite des autres, et on ne se rend pas compte que cela ne fait qu’une seule histoire.

C’est toujours superbement dessiné par Alex Raymond. Chaque planche est un vrai délice, un vrai joyau du neuvième art. On peut imaginer qu’à l’époque où cela a été publié pour la première, les lecteurs attendaient patiemment une semaine pour pouvoir lire les planches suivantes.

Le format à l’italienne permet une lecture plus facile, plus claire, ou tout simplement une lecture plus approfondie de ce cycle. Car chaque planche recèle une quantité de détails, d’actions, de décors et de personnages, qui font que le lecteur est en permanence émerveillé par l’ingéniosité et l’imagination d’Alex Raymond. Pas de temps mort dans cette bande dessinée qui a près de trois quarts de siècle.

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Personnellement, je trouve que c’est la référence absolue en matière d’aventure épique, d’action et de science-fiction. Le seul auteur qui s’approche d’Alex Raymond, c’est Edgar P. Jacob un autre grand de la bande dessinée. On retrouve cette même soif d’aventure épique dans le cycle de Mars/Barsoom/Jon Carter d’Edgar Rice Burroughs. La qualité est au rendez-vous de cette version restaurée et ce serait impardonnable pour un amateur de science-fiction et de bande dessinée de ne pas avoir ce classique dans sa bibliothèque, surtout qu’il s’agit d’une très belle version.

L’intégrale contiendra trois tomes. Il n’en manque donc plus qu’un pour terminer ce cycle. En attendant le dernier tome, je conseille au lecteur de savourer ce second tome et de relire le premier. Un classique de la science-fiction et de la bande dessinée, proposée par les éditions Soleil. Une réussite.

On trouvera sur mon blog la chronique du tome 1 ici.

Flash Gordon inégrale tome 2 – 1937-1941, Alex Raymond, Editions Soleil, 2013, 208 pages

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Hauteville House (intégrale T.1) – Duval, Gioux, Quet, Beau

Voici une BD bien représentative du style steampunk, c’est-à-dire de la science-fiction qui mélange intelligemment passé et technologie. Édité par Delcourt, et réalisée par Fred Duval, Thierry Gioux, Christophe Quet, Carole Beau, cette BD se situe au 19ème siècle, en 1864 pour être précis.

Cette intégrale reprend le premier cycle formé par les quatre premiers tomes (Zelda, Destination Tulum, Atlanta, Le streamer fantôme). Elle est sortie en même temps que le tome 10 (Jack Tupper) de la série.

Jusqu’à présent, je n’avais pas abordé le steampunk. En fait, je m’étais laissé tenter par la superbe couverture de Manchu, et en ouvrant la BD, j’ai découvert un récit en cinémascope et technicolor. Une histoire qui tient de l’aventure et de l’espionnage, sur fond de guerre de Sécession, histoire qui se situe en Europe et en Amérique. Lors de sa lecture, j’ai eu l’impression de lire un mélange entre les mystères de l’ouest, Indiana Jones, Blake et Mortimer et James Bond, dans un contexte historique qui tient tout à fait la route.

Avant de parler de la BD, un petit détour historique est nécessaire. Hauteville house, c’est le surnom d’une maison que Victor Hugo a achetée dans la rue Hauteville, sur l’ile de Guernesey en 1856. Dans la BD, cette maison est le quartier général d’une organisation qui combat Napoléon III.

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Hauteville house, c’est l’histoire d’un groupe de soldats républicains exilés sur l’ile de Guernesey qui tente de contrer les projets de conquête de l’empereur Napoléon III. Parmi eux, il y a le capitaine Gabriel-Valentin La Rochelle, plus connu sous le nom de code de Gavroche (un clin d’œil aux Misérables de Victor Hugo). Il est envoyé en mission au Mexique, sur les pas de Cortez, pour empêcher une armée française de mettre la main sur une arme d’origine inconnue. Gavroche s’allie à plusieurs reprises à Zelda, une espionne américaine qui travaille pour les nordistes, et qui a les mêmes objectifs que lui, c’est-à-dire empêcher les sudistes de gagner la guerre de Sécession et contrecarrer les plans d’invasion de Napoléon III. En parallèle à leur mission, Églantine, un autre agent de Hauteville House, joue les traductrices et recherche des informations qui permettront à Gavroche de mener à bien sa mission. Les trois personnages se retrouveront à un moment clé de l’histoire. Curieusement, chacune des quatre parties de cette bande dessinée représente un des éléments (terre, air, eau et feu).

La découverte de ce milieu de 19ème siècle est surprenante. Il existe des véhicules blindés, des dirigeables qui sont de vrais vaisseaux aériens, des sous-marins, des exosquelettes qui permettent de voler. Et toutes ces connaissances sont issues du grand chambardement, moment qui correspond à un coup de pouce de la part des extraterrestres. On est donc confronté à une civilisation qui a deux siècles d’avance sur le plan technologique, mais dont les us et coutumes sont bien ceux du 19ème siècle.

Si je dois émettre une critique, elle se fera sur les représentations des ectoplasmes extraterrestres, ou du monstre (page 184) qui ressemble plus à un grand jouet au milieu d’une bataille. Le fait qu’il y a une partie ésotérique avec une médium ne m’a pas dérangé. Au contraire, cela ajoute du danger à l’histoire.

Si vous avez aimé les mystères de l’ouest, alors vous aimerez cette. C’est admirablement bien dessiné, mis en scène et colorisé. L’aventure est au rendez-vous et le dépaysement est assuré.

Delcourt continue à rééditer ses différentes séries en intégrales. On ne peut qu’applaudir cette initiative qui permet de gagner de la place, mais aussi de proposer la BD à un prix plus abordable.

Hauteville House intégrale T. 1 à 4, Duval & Gioux & Quet & Beau, Delcourt, 2013, 200 pages, illustration de Manchu

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Le Hobbit (La désolation de Smaug)

Pour cette fin d’année 2013, Peter Jackson nous a concocté un deuxième opus de la trilogie du Hobbit. On pourrait se demander comment Jackson a pu faire pour autant allonger l’adaptation d’un livre qui n’est pas si épais que ça. Mais le résultat est là, et à la hauteur de nos espérances. Qui mieux que lui pouvait adapter le livre qui précède le seigneur des anneaux ?

Avant de voir la désolation de Smaug, je m’étais dit que ce film ne serait qu’une succession de courses poursuites et de batailles. Eh bien, oui et non. Les 161 minutes que dure le film sont passées tellement vite que je ne m’en suis pas rendu compte, tellement j’étais scotché à l’histoire.

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Comme dans la précédente trilogie, on a droit à un flashback en début de film. Flashback qui se situe un an avant le premier épisode, dans lequel on voit Gandalf aborder Thorin, et le convaincre de reprendre son royaume d’Erebor en commençant par récupérer l’Arkenstone, une pierre brillante. Pierre qui devra être dérobée au dragon Smaug.

La troupe des nains est capturée par des araignées géantes, puis libérée par Bilbon devenu invisible grâce à l’anneau unique. On voit ici un Bilbon plus entreprenant que ne l’était Frodon dans le seigneur des anneaux. Si Bilbon hésite un moment avant d’utiliser cet anneau, par la suite il en fera un plus grand usage. Bilbon ne s’apitoie pas sur le fardeau que représente l’anneau. Et c’est tant mieux pour l’histoire.

Il était inévitable de retrouver les elfes dans ce second film. Ceux-ci capturent les nains, mais pas Bilbon. Et le roi Thranduil propose d’aider Thorin dans sa quête à condition de partager les trésors d’Erebor. Proposition refusée par Thorin. À ce stade, on retrouve Legolas qui manie aussi bien l’épée que l’arc. Il est secondé par Tauriel une elfe qui tue les créatures qui s’aventurent dans le pays des elfes. Legolas est toujours joué par Orlando Bloom, et c’est Evangeline Lilly (Lost, Smalville) qui joue Tauriel. Personnage ambigu, qui laisse planer le doute sur l’affection qu’elle a. Aime-t-elle Legolas, ou est-elle amoureuse de Kili, le nain ?

Les nains, et surtout Bilbon, sont assez roublards pour s’échapper des elfes, en empruntant des tonneaux qui leur serviront de transport sur un cours d’eau en furie. Ils ont aux trousses d’un côté les elfes et de l’autre les orques, qui s’affronteront. On arrive à une scène où les combats se succèdent les uns après les autres. D’une certaine manière, on sature visuellement, attendant avec impatience de retrouver la quiétude dans ce film.

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Lacville fait penser à une sorte de Venise sur un lac. Encore un de ces lieux originaux imaginés par l’équipe du film. Pour le spectateur, c’est le dépaysement complet, c’est l’enchantement de contrées imagniées par J.R.R. Tolkien. L’image de synthèse n’a jamais fait aussi merveille que dans le cycle du seigneur des anneaux et maintenant dans celui de Bilbon.

La suite du film correspond à un nouvel acte de bravoure de Bilbon qui au cœur de la montagne doit dérober l’Arkenstone au dragon Smaug. Pierre qu’il verra mais n’emportera pas, car le dragon perçoit sa présence malgré l’invisibilité que lui procure l’anneau unique.

Dans la version anglaise du film, c’est Benedict Cumberbatch qui donne sa voix et ses expressions au dragon Smaug. Décidément l’acteur non content de jouer un Sherlock Holmes moderne, et un Khan machiavélique dans le dernier Star Trek, se retrouve dans cette trilogie de fantasy où encore une fois il s’impose par son jeu d’acteur sous les traits du dragon Smaug.

Je ne vais pas dévoiler la fin de ce second film, mais je signale qu’il se termine sur un cliffhanger et qu’au cœur de l’action on se retrouve tout d’un coup avec le générique de fin. Le spectateur qui a les yeux rivés sur l’écran se sent soudain dépouillé de la fin de l’histoire. Il faudra attendre un an avant d’avoir la conclusion de celle-ci. C’est un coup de maître de la part de Peter Jackson, qui a savamment étalé cette histoire sur trois films.

Personnellement, je préfère l’histoire du Hobbit plutôt que celle du seigneur des anneaux. Sans doute parce que l’histoire n’est pas parsemée de grands champs de bataille. L’action ne manque pas. Le seul reproche que je fais à l’histoire, mais pas au film, c’est que Gandalf a un rôle mineur. Encore une fois, il quitte les personnages principaux pour se lancer dans une autre quête. On avait déjà eu une situation similaire dans la compagnie de l’anneau. Dommage. Par contre, Bilbon est à la hauteur de ce qu’on attend de lui. C’est-à-dire un Hobbit qui se dévoue pour le groupe de nains. Ce rôle convient à merveille à Martin Freeman.

Un bon moment de cinéma pour ceux qui aiment la fantasy, un très long moment de cinéma qui passe très vite. À voir, et à revoir lorsque la trilogie sera complète. Vraiment excellent.

La chronique du premier film (Le Hobbit : un voyage inattendu) est également disponible sur le blog.

Le hobbit (la désolation de Smaug), réalisé par Peter Jackson, 2013, 161 minutes.

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Flash Gordon intégrale 1934-1937 – Alex Raymond

Les éditions Soleil rééditent un classique de la science-fiction, mais aussi de la bande dessinée, Flash Gordon dessiné par Alex Raymond. Ce premier tome reprend les planches de 1934 à 1937. On peut supposer que les éditions Soleil nous sortiront l’intégrale, comme c’est le cas pour Tarzan ou Prince Valiant.

Flash Gordon, c’est l’aventure à l’état pur, avec en toile de fond de la science-fiction et un univers qui va captiver le lecteur par son originalité. Le personnage est créé à une époque où Buck Rogers fait déjà le bonheur des lecteurs. On peut pratiquement dire que Flash Gordon est le concurrent direct de Buck Rogers. Créé à l’époque des pulps,

Flash Gordon, c’est un célèbre joueur de Polo diplômé de Yale, qui va croiser sur sa route Dale Arden, celle qui deviendra sa compagne. Ils vont se rencontrer sur un vol transcontinental, qui en plein vol va être endommagé par une comète. Dans cette première scène, Flash Gordon est déjà le héros qu’on espère voir au fil des pages. Lui et Dale Arden atterrissent dans la propriété du docteur Zarkov, un savant illuminé (pour ne pas dire fou) qui a construit une fusée pour se rendre sur la comète qui perturbe la Terre. Flash et Dale n’ont pas le choix, sous la menace d’une arme, ils doivent monter dans la fusée et accompagner Zarkov dans son périple vers Mongo. Le trio est formé et chaque personnage pourra se reposer sur les deux autres.

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Ici commence une aventure dans laquelle Alex Raymond se donne à cœur joie en nous présentant un monde qui mélange technologie et passé, où les personnages ont des empreintes fortes, en particulier l’empereur Ming et sa fille Aura, mais aussi Barin et Vultan. Les dangers sont permanents pour Flash tandis que Dale est l’objet de toutes les convoitises. Les personnages vont de Charybde en Scylla quasi en permanence. Une bande dessinée épique, qui à l’époque se distinguait des autres par son rythme, par ses scènes d’actions, et tout simplement par son imagination.

Flash Gordon a aussi inspiré beaucoup d’auteurs de romans ou de bandes dessinées. Le plus célèbre d’entre eux est certainement Edgar P. Jacobs qui a dessiné le rayon U (qui est presqu’une copie conforme de Flash Gordon), puis qui a créé les personnages de Blake et Mortimer, qui deviendront également une légende dans le domaine de la bande dessinée belge. George Lucas s’est aussi inspiré de Flash Gordon pour créer Star Wars.

Flash Gordon est né à une époque où Edgar Rice Burroughs avec ses cycles de Tarzan et John Carter/Mars/Barsoom transportait le lecteur vers d’autres continents ou d’autres planètes. C’est aussi l’époque où Hugo Gernsback crée Amazing stories, un magazine de science-fiction. Une époque foisonnante où les auteurs et dessinateurs ne manquaient pas d’imagination, où l’histoire et l’action prenaient le pas sur la vérité scientifique. Quelques années après la sortie de Flash Gordon, les comics feront leur apparition (Superman, Batman, Spectre, etc.). Le héros d’Alex Raymond est un modèle pour bon nombre d’auteurs qui s’en inspireront.

Cette réédition (qui n’est pas la première des éditions Soleil) est la bienvenue pour ceux qui ne trouvaient plus la dernière édition, si ce n’est à des prix prohibitifs, et pour ceux qui veulent découvrir une science-fiction épique qui ressort aujourd’hui avec des films comme John Carter.
Flash Gordon est une des bandes dessinées fondatrices de la science-fiction. À notre époque, cela peut paraître simpliste, mais cela reste une des références qui ont permis le développement du genre à travers les romans, les BD ou les films.

Les éditions Soleil proposent une belle version de l’œuvre d’Alex Raymond, dans un format presque carré. Intégrale qui nous explique la légende du personnage ainsi que l’héritage qu’il nous laisse. Des photos et des croquis appuient cette présentation et font de ce livre un vrai collector. Une BD qu’il faut avoir dans sa bibliothèque. Des héros comme Flash Gordon, on en fait plus, car le moule est cassé depuis longtemps !

Flash Gordon intégrale volume 1 – 1934-1937, Alex Raymond, Soleil âge d’or, 208 pages, 2013

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Le Hobbit (un voyage inattendu)

Après Le seigneur des anneaux, Peter Jackson nous présente l’adaptation de Bilbo le Hobbit de J.R.R. Tolkien. Dix ans se sont écoulés entre la trilogie et ce qu’il faut qualifier de cycle. Et c’est bien ça le paradoxe. Bilbo était un simple livre, dont l’histoire se passait une soixantaine d’années avant le seigneur des anneaux. S’il s’agissait bien du voyage entrepris par Bilbon (qui a pris un « n » en plus pour rester cohérent par rapport à Frodon), Gandalf et les nains jusqu’à la montagne où dort Smaug le dragon, cette histoire était plutôt courte et linéaire. Son adaptation méritait un film, peut-être deux, mais pas davantage.

Ceux qui ont aimé le seigneur des anneaux vont naturellement aimer le Hobbit. D’abord parce que Peter Jackson revient sur des lieux et des personnages connus de la première trilogie, ensuite parce qu’il reste dans l’univers visuel qu’il avait créé. Ce nouveau film ne va pas perturber le spectateur. Au contraire, il va le conforter. Les scènes de bataille et de cascades sont par moment exagérées. Il y a une surenchère d’actions, là où on aimerait plus d’émotions, plus d’histoire. Et comme ces scènes se répètent à intervalle tout le long du film, elles en deviennent parfois lassantes.

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Le rôle de Bilbon revient à Martin Freeman, acteur anglais qu’on avait précédemment vu dans l’adaptions cinématographique du livre de science-fiction : Le guide du voyageur galactique (H2G2) de Douglas Adams, qu’on a aussi retrouvé dans Love actually, film aux multiples personnages qui recherchent l’amour. Et plus récemment dans la série Sherlock, sous l’identité du docteur Watson. Acteur qui a été choisi pour jouer le rôle de Bilbon Sacquet, et reprendre celui d’Ian Holmes dans le seigneur des anneaux. Le choix est inattendu, mais judicieux, car l’acteur entre bien dans la peau du personnage.

Et l’histoire ? Elle est conforme à l’idée générale du livre. Bilbon retranscrit ses souvenirs pour les léguer à Frodon. Il narre ce voyage inattendu qui s’est passé 60 ans plus tôt, qui lui a fait croiser la route de Gollum, du dragon Smaug, des nains et de Gandalf, mais surtout qui lui a permis de mettre la main sur l’anneau.

Au départ, Gandalf propose au hobbit de se joindre à lui pour faire un long voyage. Mais Bilbon n’est pas intéressé. Le mage qui se voit une fin de non-recevoir, décide de jouer un mauvais coup au hobbit en apposant sur sa porte un signe distinctif qui permettra à un groupe de nains de venir l’importuner. Bilbon voit donc arriver chez lui des nains qui se sont donné rendez-vous justement chez lui, sans qu’il ait droit au chapitre. S’en suit une joyeuse mise à sac de la maison du hobbit, qui se décide malgré lui à faire partie de ce groupe. Il sera le voleur.

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Commence un périple vers Erebor l’ancienne cité des nains, qui les fera rencontrer des trolls, qui les captureront. Puis ce sera la nouvelle d’un nouveau danger : un nécromancien. La troupe arrivera à Fondcombe chez les elfes, où on retrouve Elrond, mais aussi Galadriel et Saroumane. Cette partie du film a des airs de déjà vu avec la communauté de l’anneau. Ce qui est rassurant pour le spectateur.

Le groupe reprend la route, toujours accompagné de Gandalf et Bilbon. Le hobbit semble être le poids mort de ce groupe. Il n’est pas motivé par cette aventure et n’apporte rien aux autres. Mais pendant une nuit, alors que le groupe dort dans une grotte, Bilbon avait l’intention de partir. Il tombe dans un trou qui va l’amener à croiser le chemin de Gollum. Pendant ce temps, les nains sont capturés par des gobelins.

Gollum perd l’anneau, et Bilbon le récupère. En voulant chercher la sortie, et éviter d’être mangé par Gollum, le hobbit découvre que l’anneau peut le rendre invisible. Dehors, les nains et Gandalf sont confrontés à Azog le nécromancien et ses orques. Dans cette bataille entre le bien et le mal, Bilbon agit de manière héroïque en s’interposant entre Azog et Thorin le chef des nains. Cette bataille est interrompue par l’arrivée des aigles auxquels Gandalf a fait appel. Les nains voient soudain en Bilbon un allier plus qu’un poids mort.

Film très beau dans ses décors, dans ces personnages. Un peu trop long (2 h 46), où on a l’impression que le réalisateur allonge la sauce et répète les scènes. Ceux qui verront le film ne seront pas déçus, mais ils n’y trouveront pas l’originalité du seigneur des anneaux. Cela reste néanmoins un bon moment de cinéma.

Le Hobbit, 2012, réalisé par Peter Jackson, 166 minutes.

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