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D’encre et de sang – Renaud et Gihef

D’encre et de sang, de Gihef et Renaud est une bande dessinée en deux tomes qui se passe à Bruxelles à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette BD est éditée par Sandawe en crowdfunding. Le deuxième tome est sorti en février 2016.

Le hasard fait que j’étais en train d’écrire un court roman qui se passe en partie à la même époque à Bruxelles. J’avais fait des recherches sur l’occupation allemande à Bruxelles pendant les quelques jours qui précédaient la libération de la ville. Et Ô miracle, voilà que cette BD aborde en partie le sujet. Elle m’a aidé à visualiser les lieux et scènes de mon propre roman. Si j’ai grandi et j’habite Bruxelles, je ne sais pas toujours à quoi ressemblait la ville pendant la Seconde Guerre mondiale.

J’ai découvert le premier tome grâce au site Sandawe, et je l’ai pratiquement lu d’une traite avant de devenir edinaute pour le second tome. Ma patience est récompensée avec la sortie de la seconde et dernière partie de l’histoire.

D'encre et de sang T1

C’était impossible de chroniquer le tome 2 sans faire référence au tome 1. J’ai donc décidé de chroniquer l’histoire complète.

Katja Schneider, jeune journaliste d’investigation autrichienne, arrive à Bruxelles en septembre 1944. Elle est recommandée par Berlin pour rejoindre l’équipe rédactionnelle du journal Le Soir. À l’époque, le journal servait de propagande à l’occupant allemand.

Depuis que son fiancé est emprisonné par les nazis en Autriche, Katja a rejoint la résistance. Elle découvre que son fiancé est peut-être vivant et prisonnier dans un camp. Pour le compte de la résistance belge, elle doit aussi retrouver Léon Degrelle, collaborateur et instigateur d’un mouvement d’extrême droite. La résistance veut éliminer l’homme avant que les forces de libération n’arrivent dans le pays.

Officiellement, Katja enquête sur une série de meurtres de jeunes femmes juives. Leurs corps sont mutilés et découpés. Ses investigations la mettent en danger, soit parce que ses questions sont trop ciblées sur Léon Degrelle, soit parce qu’elle éveille des jalousies au sein des Allemands. Découvrir le coupable des meurtres met sa vie en péril

Ambiance feutrée, intrigues multiples, très beaux dessins qui montrent le Bruxelles de l’époque, cette bande dessinée à nécessité pas mal de recherches historiques. Il faut ajouter à cela une héroïne plutôt jolie, qui n’a pas peur de se mettre dans l’embarras. C’est un thriller pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les dessins de Renaud sont splendides tandis que le scénario de Gihef est travaillé et donne envie de lire cette bande dessinée jusqu’au bout. Vraiment une excellente BD.

Journal Le Soir

Très peu de BD abordent le problème de l’occupation en Belgique, et à Bruxelles en particulier. Il y a bien sûr D’encre et de sang en deux tomes, mais il y a aussi Ars Magna en trois tomes d’Alcante et Jovanovic. C’est une bonne chose, car on avait l’impression que l’occupation n’existait qu’en France, et que les pays voisins étaient épargnés par les Allemands. Il n’en est rien. Il faut savoir qu’à Bruxelles pendant la guerre, un millier de personnes a été tué par l’occupant. Il existe des témoignages de cette période triste de notre histoire.

Renaud et Gihef ont décidé d’aborder des thèmes sérieux comme l’assassinat de femmes juives, mais aussi comme la traque de Léon Degrelle. Ils reviennent sur la publication du faux soir (le soir volé) avec un dossier qui clôt le premier tome. On le voit, un long travail de recherche a été effectué pour cette bande dessinée. L’intrigue de départ cache d’autres fils conducteurs, qui mèneront Katja Schneider, la jeune journaliste, dans des méandres sombres de l’occupation à Bruxelles.

Je pense que cette BD ouvre une voie inexploitée par les scénaristes et dessinateurs de BD, et qu’elle vaut la peine d’être approfondie à travers d’autres faits historiques dans lesquels des personnages fictifs vont évoluer. J’espère que ce sera le cas. On peut remercier Sandawe d’avoir cru dans ce projet. Mais ce serait bien que les éditeurs traditionnels s’intéressent aussi au genre.

J’ai juste une remarque à faire concernant la page 17 du tome 2. À mon avis, il manque un phylactère qui fait référence à la scène d’introduction du premier tome, question d’expliquer aux lecteurs que les changements vestimentaires de Katja Schneider entre les pages 16, 17 et 18. En dehors de ce petit détail, la BD est excellente.

C’est une bonne BD, qui ne laisse pas indifférent le lecteur que je suis. J’ai un gout de trop peu, car j’aurais aimé trouver à la fin du tome 2 un second dossier sur les dernières heures de l’occupation à Bruxelles. Je sais, j’en demande un peu trop, mais c’est parce que j’ai vraiment apprécié cette bande dessinée.

D’encre et de sang, Renaud et Gihef, édition Sandawe, 48 pages (tome 1, 2014), 48 pages (tome 2, 2016)

 d'encre et de sang T2

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Tango tranquille – Verena Hanf

Premier roman de Verena Hanf, qui est édité au Castor Astral. Au moment où je fais cette chronique, un second roman sort chez le même éditeur : Simon, Anna, les lunes et les soleils.

Tango tranquille, c’est la rencontre d’une femme âgée, un peu aigrie, qui vit seule, et un jeune émigré bolivien, sans papier. Pas une histoire d’amour, simplement une rencontre entre deux personnes différentes, comme on en fait dans la vie de tous les jours. On découvre deux personnages qui n’ont rien en commun, si ce n’est qu’à un moment donné l’un va travailler pour l’autre, et qu’ils vont un peu se découvrir.

C’est très bien écrit, d’une simplicité exemplaire, avec beaucoup d’expressions typiques propres à la Belgique. De ce côté là, Verena Hanf a très bien traité son sujet. Mais ce livre n’a rien de réjouissant. Il y a très peu de chaleur dans cette histoire qui se passe en automne et hiver.

Je ne suis pas un adepte des livres écrits à la première personne. Tout au plus, quelques paragraphes qui correspondent à des états d’âme ou à une description des événements passés. Ici, l’auteur a décidé de raconter l’histoire à travers les yeux des deux personnages principaux, en s’exprimant à la première personne. Je ne cache pas que cela m’a dérouté. Un personnage passe encore, mais deux !

Dans la première partie de ce roman, on découvre que « madame patate » va rencontrer « monsieur maigre ». Un jour Violette, une sexagénaire ramène des pommes de terre à la maison, mais les fait tomber en cours de route. Enrique va les ramasser et les lui rendre. À partir de ce moment-là, il va apparaitre à plusieurs reprises dans la vie de cette vieille femme dont on suit les pensées (et dont on découvre le quotidien). Petit à petit, elle s’intéresse à cet étranger qui est censé jouer les jardiniers chez une voisine. Enrique de son côté est un sans-papier, hébergé par sa cousine. Il cherche des petits boulots pour ramener quelques euros, dont une partie est expédiée en Bolivie.

Dans la seconde partie du livre, les deux personnages vont enfin établir une relation employeur-employé, et Violette va profiter d’une occasion pour faire passer Enrique pour son filleul. C’est aussi l’occasion pour elle de retrouver son ancien amour qui suit une chimiothérapie à l’hôpital, et qu’elle ramènera à la maison.

Dans la troisième partie du livre, on apprend que la petite amie d’Enrique qui est restée en Bolivie est enceinte d’un autre, et que Enrique a fuit sa cousine et est sans logement. Mais il continue de travailler pour Violette et aide en même temps Jean son ancien amour.

Le livre se termine sur une partie d’échecs entre les deux hommes, et une Violette qui fait prendre l’air à son matelas. Et là, ça pose problème, car j’ai eu l’impression de lire un livre inachevé. Quelle est la finalité de cette histoire ? Est-ce que Enrique va retrouver un logement et des papiers ? Est-ce que Jean va se rétablir ? Est-ce que Violette est heureuse? Et bien, on n’en sait rien ! Et rien que pour ça, je sors frustré de la lecture de ce roman. Je suis mitigé sur ce premier roman. D’un autre côté, je ne vais pas me contenter de ce premier livre de l’auteur. Comme c’est très bien écrit, et je n’hésiterai pas à lire le nouveau roman de Verena Hanf.

Auteur à découvrir et à suivre.

Tango tranquille, Verena Hanf, Castor Astral, 2013, 167 pages

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A la mort subite – Jerome Charyn et Michel Castermans

À la mort subite. Un titre qui évoque invariablement pour un Bruxellois un lieu dans lequel il peut boire une gueuze du même nom. Car la mort subite est d’abord une gueuze. La brasserie bruxelloise se trouve au croisement de la rue de la Montagne et de la rue d’Assaut, et a pris le nom de La mort subite vers 1910. Voilà pour la petite histoire.

C’est le premier livre que je lis de Jérôme Charyn. Je le découvre à travers ce roman. Et pourtant l’homme semble être une référence littéraire au Etats-Unis. On retrouve ses textes aux côtés de ceux de Francis Scott Fitzgerald ou Henry Miller. On lui doit aussi Marilyn la dernière déesse, livre dans lequel il retrace la carrière de Marilyn Monroe.

Le Castor Astral nous propose un roman à suspens (je n’ose pas dire policier) de cet auteur qui va justement utiliser comme décor cette brasserie bien connue des Bruxellois. À travers les yeux de Sidney Holden son personnage principal, on a droit à un tour de Bruxelles. Ici, point de guide touristique. On apprend qu’il y aurait un étage caché à l’hôtel Métropole, que les trams bruxellois sont des scarabées de cuivre, et qu’on peut trouver du waterzooi à la mort subite.

L’histoire est relativement simple. Sydney Holden qui vit à Paris est appelé par le vieux Raab à Bruxelles. Il est invité par celui-ci à l’hôtel Métropole. Holden occupe la même chambre que son défunt père. Il a toujours su que son père n’était pas qu’un ancien MP américain, mais qu’il était aussi un flingueur, un nettoyeur qui travaillait pour Raab. Sydney Holden est aussi un flingueur. Son arrivée à Bruxelles provoque certains remous dans le milieu de la pègre. À peine arrivé à l’hôtel Métropole, on tente déjà de l’éliminer. C’est Raab qui se débarrasse d’un de ses hommes de main en l’envoyant tuer Holden. Après cette péripétie mortelle pour l’homme de main, Raab propose à Holden de reprendre le boulot de son père, en commençant par se débarrasser d’une certaine Louiza Boogarden qui lui fait de l’ombre.

Alors qu’il cherche à rencontrer cette « môme », Holden découvre une photo d’une femme qui pourrait être sa mère et qu’il n’a jamais connue. La rencontre avec Louiza va lui faire comprendre que le pourri dans cette histoire, ce n’est pas elle, mais bien Raab qui ne supporte pas la concurrence. De plus, Raab détient la mère de Holden. Ce dernier va remettre les choses en place. Le flingueur qu’il est ne s’encombre pas de sentiments pour faire le vide autour de lui.

L’histoire est agrémentée par de nombreuses photos en noir et blanc prises par Michel Castermans. Avec celle-ci, le lecteur peut mieux visualiser les lieux dans lesquels l’histoire se passe. Car ces lieux existent vraiment.

Courts romans ou longues nouvelles, au choix. On ne s’ennuie jamais dans ce livre dont le rythme ne permet pas au lecteur de souffler. Tous les chapitres sont courts, et commencent par une photo en noir et blanc des lieux où se situe l’action. On aurait presque envie de demander à l’auteur de faire un autre roman, dans lequel Michel Castermans pourrait insérer d’autres photos de la capitale européenne.

 J’ai beau connaitre Bruxelles, la vision de Jérôme Charyn est plutôt sombre, mais pas glauque. Les photos de Michel Castermans ajoutent de la noirceur à cette histoire de truands. Le Bruxellois que je suis a aimé ce court roman. Plus pour l’histoire que pour les lieux où elle se situe. À peine commencé, ce livre a été lu entièrement. Et lorsque je l’ai refermé, j’avais le sentiment d’avoir passé un bon moment avec ce flingueur. Petit roman sympa qui se laisse lire.

À la mort subite, Jérome Charyn & Michel Castermans, Le Castor Astral, 2014, 110 pages, traduit par Marc Chénetier.

A la mort subite

Jardin botanique – Alain Bertrand

C’est une chronique en trois temps que nous propose Alain Bertrand à travers Jardin botanique  édité chez Le Castor Astral. Livre amusant, dans lequel on ne peut s’empêcher de comparer certaines scènes à sa propre vie et de se dire : « oui, j’ai aussi connu cette situation ». Car des situations rocambolesques, il y en a quelques-unes dans ce livre.

Il s’agit d’une suite de chroniques située à l’adolescence de l’auteur, c’est-à-dire à la fin des années 60 et le début des années 70, qui se passe à Bruxelles, en Wallonie et en Flandres. En parallèle aux événements personnels, Alain Bertrand nous relate les événements de l’époque. Par exemple la victoire de Jacky Ickx aux 24 heures du Mans.

Partagé entre Bruxelles, la Wallonie et la Flandre, ce livre allie ce qui a de mieux dans chaque région et nous dresse un panorama cocasse de ce qui fait de nous des Belges, à travers les souvenirs de l’auteur. Derrière ces situations hautes en couleur, on ne peut s’empêcher de penser que c’est du vécu plus que de la fiction. Et on retrouve l’ambiance d’une époque qui n’existe plus que dans nos souvenirs. Avec ce livre, il nous offre une tranche de vie parsemée d’anecdotes, dans laquelle il cherche à définir sa propre identité. Est-il Flamand, Wallon, ou Bruxellois ? Peu importe, à travers cette suite de tableaux, il nous rappelle ce qui fait notre originalité.

Par moment on se pose des questions. Qu’est-ce que l’amour à la bruxelloise ? Oserait-on pisser dans le cartable du professeur ? A-t-on dormi avec une Ferrari sous l’oreiller ? L’auteur s’est parfois pris pour Dieu (pour notre plus grand plaisir), ou on l’a surnommé D’Artagnan, ou il s’est vu dans la peau du prince consort avec Bintje (qui dans ce cas-ci n’est pas un type de pomme de terre).

Né la même année que l’auteur, grâce à ce livre j’ai l’impression d’avoir retrouvé une partie de mes propres souvenirs. Ce livre était un vrai plaisir de lecture.

Alain Bertrand n’est pas un nouveau venu dans le monde littéraire. On lui doit des essais sur Georges Simenon et plusieurs romans : La part des anges (Le Castor Astral), Monsieur Blanche (Le Castor Astral), Le Bar des Hirondelles (Labor).

Jardin botanique nous apporte un regard tinté de mélancolie sur une époque révolue et un pays qui existe toujours. Un livre à lire.

Jardin botanique, Alain Bertrand, édité par Le Castor Astral, 142 pages, 2013

jardin botanique

3 ans !

Je me suis promis que chaque année, à la date anniversaire du blog (24 septembre), je ferais une synthèse de la situation. Trois ans se sont écoulés et le blog continue son petit bonhomme de chemin. Le nombre de visites augmente au fil du temps, bien que ce ne soit pas ce qui m’intéresse le plus, parce que mes articles trouveront dix ou vingt fois plus de lecteurs sur Phénix Mag ou le Suricat. En fait, ce que je visais au départ, c’était une certaine stabilité du blog, et c’est le cas.

L’imaginaire (la science-fiction, la fantasy et le fantastique) reste mon domaine de prédilection. La BD fait de temps en temps son apparition tout comme les films ou séries. Le polar est parfois représenté. Dans tous les cas, c’est une ouverture vers la littérature belge que je propose. Je n’avais pas envie de créer un blog spécifique pour la littérature. J’ai donc décidé d’en parler un peu sur mon blog, avec la contrainte qu’elle doit être belge. Et des Belges, il y en a : Christophe Collins, Véronique Biefnot, Kate Millie, Francis Dannemark, Evelyne Guzy. Je pourrais même ajouter Eric-Emmanuel Schmitt  qui est devenu belge, Amélie Nothomb, Nadine Monfils, Jacqueline Harpman ou Dulle Griet.

J’aborderai l’imaginaire belge qui devrait être publié sous la forme d’une anthologie en deux tomes. Mais je ne voudrais pas m’avancer davantage sans avoir une idée de la date de sortie de cette anthologie. Probablement 2014 et 2015 pour les deux tomes.

Entre temps, une de mes nouvelles « Restez chez vous » s’est retrouvée dans l’anthologie « Destination Mars » dirigée par Marc Bailly et publiée par les éditions du Riez. Une nouvelle et un essai sur la planète Mars. On trouvera d’ailleurs sur mon blog, la partie manquante à l’essai. Ceci dit, c’était une nouvelle amusante à écrire où j’ai fait de l’autodérision, et l’idée d’une suite m’intéresse beaucoup. Une seconde nouvelle « Semences du désert » devrait se retrouver dans l’anthologie consacrée aux légendes africaines qui paraitra chez Voy’el au début 2014. Changement complet de style, car je suis passé de la science-fiction à de l’aventure mêlée de fantastique. J’attends avec impatience la sortie de cette anthologie. D’autres textes devraient aussi se retrouver dans l’anthologie belge.

Petit à petit, mes textes sont libérés et suivent une voie que je n’avais pas prévue. D’autres textes existent et seront proposés au fil du temps. Pour l’instant, je planche sur une nouvelle qui parle de vampire, thème imposé. Et pour une fois, je rame car je sors de mon contexte habituel. Les vampires et moi, on n’a jamais fait bon ménage. Mais j’ai décidé de relever le défi.

Toujours pas de nouvelles concernant mon livre de science-fiction envoyée chez… Bragelonne. Plus d’un an s’est écoulé, et je n’ai pas demandé la moindre réponse, car je sais que l’éditeur donne la préférence à la fantasy, mais aussi parce qu’il a reçu un grand nombre de nouveaux livres. Les premiers chapitres avaient été demandés par L’Atalante, et c’est Alain Kattnig qui avait répondu, en précisant que si l’univers était bien construit, il y avait une propension à l’info-dump. Il m’a aussi rappelé le conseil : Show, don’t tell ! Des remarques très judicieuses que j’ai appliquées au livre. Les cinq chapitres que j’avais envoyés posaient le décor, alors que l’invasion de l’histoire commençait au chapitre six. Pas de chance ! Cela m’a fait sourire car le cycle Honor Harrington éditée par l’Atalante est fortement axé sur l’info-dump ! J’aurais même tendance à dire que les livres de David Weber peuvent se lire amputés d’un quart ou d’un tiers du texte. Les histoires de chat ou de famille n’ont vraiment rien à voir avec le sujet principal. On est plutôt face à : Show and tell many time !

Je pense que c’est davantage la taille de mon livre qui est le problème. 3.3 millions de signes, même coupés en trois parties, cela fait tout de même de très gros romans. Quand on sait que les éditeurs cherchent des textes qui varient entre 500.000 et 800.000 signes, je suis loin au-dessus de ces limites. Impossible de raccourcir ce roman. C’est comme Dune de Frank Herbert ou les guerriers du silence de Pierre Bordage, cela forme un tout.

En écrivant le space opera, j’avais déjà en tête Bragelonne, Laffont Ailleurs & Demains, L’Atalante, et Mnémos. Lors d’un passage de l’équipe Bragelonne à Bruxelles, j’avais promis à Stéphane Marsan qu’il serait le premier éditeur à recevoir le livre, et je m’y suis tenu. Le contact avec L’Atalante s’est fait tout seul, sans que je ne sois l’initiateur. Pour l’instant, Laffont et Mnémos n’ont pas été contactés pour diverses raisons techniques. La taille du livre risque de poser problème chez Mnémos. Et pour Laffont, cela ferait plus de 1500 pages ! Si quelqu’un a une idée, je suis tout ouïe…

Comment se fait-il que ce space opera soit si épais ? Lorsque je l’ai écrit (sur une période de trois ans), j’ai utilisé une découpe de l’histoire similaire à L’aube de la nuit de Peter F. Hamilton, livre qui dépasse les 3000 pages en simple interligne. C’est à dire, plusieurs personnages qui se croisent au fil de l’histoire, et où les différentes fils se rejoignent à la fin. J’ai aussi fait le choix de décrire les scènes et les pensées de mes personnages, pas de faire un livre qui répond à des critères de formats commerciaux. Je n’imagine pas Frank Herbert raboter Dune de 200 pages juste pour faire plaisir à son éditeur. Ceci dit, je pense que la collection qui convient le mieux à ce space opéra, c’est tout simplement Ailleurs et Demain chez Laffont.

Et les autres éditeurs ? Et bien, je ne sais pas si Denoël ou Fleuve Noir seraient intéressés par un space opera. J’aime bien les petits éditeurs comme Riez, Voy’el, Rivière Blanche, Griffe d’encre, ActuSF, etc., mais je n’imagine pas les voir publier des tomes aussi gros. Normalement, je devrais écrire une suite à ce space opera, car la fin ouverte laisse deviner que l’histoire est loin d’être finie. Mais je ne me lancerai pas dans l’aventure tant que le premier livre n’a pas été accepté par un éditeur. Qu’on ne vienne pas se plaindre qu’on est pas capable côté francophone de faire comme les anglo-saxons en matière de space opera. Je propose un space opera dans le style anglo-saxon et écrit par un francophone, mais si la taille fait peur, peut-être faudrait-il le traduire et le proposer directement à un éditeur anglo-saxon (pour que plus tard il soit retraduit en français avant d’être publié).

En attendant, d’autres projets d’écriture m’occupent. Entre autres, un roman qui mélange deux époques, le 17ème siècle et le XXIème siècle. Une porte temporelle entre les deux époques, un couple qui s’aime et se perd, une pièce de théâtre qui ne sera jamais jouée, et comme décor Vaux Le Vicomte en France, quelques semaines avant que Louis XIV n’y passe, et Bruxelles. Je peux donner un détail : le livre n’excédera pas les 600.000 à 800.000 signes. Le synopsis étant déjà écrit, je connais la taille approximative du livre. Plusieurs chapitres sont déjà écrits, mais j’ai quelques difficultés à trouver des informations sur la région de Vaux Le Vicomte au 17ème siècle. N’étant pas en France, mais en Belgique, cela prend un peu plus de temps que prévu pour savoir à quoi ressemblait la région à l’époque. Les chemins, les rivières, etc. Et puis, il y a cette pièce de théâtre dont fait référence l’histoire. Si le synopsis est écrit, je devrais encore écrire certain passages qui apparaitront dans le livre. C’est du marivaudage, comme me la dit mon amie Véronique ! J’en profite donc pour un peu lire du Marivaux, Molière, Beaumarchais, Shakespeare et Feydeau. C’est donc un exercice de style qui, si j’ai le temps, verra aussi l’écriture de la pièce de théâtre!

Ce que je peux dire, c’est que ce roman est inspiré d’une nouvelle que j’avais écrite et qui parlait aussi de la porte temporelle, mais à l’époque napoléonienne (nouvelle qui devrait être publiée en 2014 ou 2015). Si je fais abstraction de cette porte, ce roman serait de la littérature qui mélangerait histoire, théâtre et romance. On pourrait mettre ce roman dans la même catégorie que les derniers Connie Willis et Stephen King qui parlent de voyage dans le temps. Une fois écrit, j’hésiterai certainement entre littérature et genre spécifique pour l’éditeur.

Dans la mesure du possible, j’en profite aussi pour écrire des nouvelles toujours liées à l’imaginaire. Ce n’est pas les idées qui manquent, mais le temps. Par moment je me dis qu’il me faudrait des journées de 36 ou 48 heures. Je pense avoir une vingtaine d’histoire en réserve, plus celles qui s’ajouteront pour les appels à texte. Au fur et à mesure des textes publiés, j’en parlerai à travers une page spécifique du blog, encore à développer.

Pendant l’année écoulée, mes chroniques ont continué d’être mises en ligne sur Phénix. Ce qui est normal, puisque je suis un des chroniqueurs de l’équipe. Mais on pouvait aussi trouver celles-ci sur le Suricate, magazine belge dédié à la culture qui est entièrement gratuit et disponible en ligne. On y trouve des chroniques littéraires, retros, interviews, sur les livres, films, pièces de théâtre, musique, concerts, séries télé, etc. Derrière ce magazine, on retrouve une bande de passionnés, dont Marc Bailly.

Pour en revenir au blog (qui n’est plus vraiment un blog depuis qu’il a plusieurs pages, mais plutôt un site), je rappelle qu’il a un petit frère consacré à Véronique Biefnot, comédienne, romancière, metteur en scène et amie. C’est son blog officiel, qui lui est entièrement consacré, sur lequel elle intervient quand elle le souhaite. J’aime bien ce blog, et j’espère qu’il se développera davantage en fonction de l’actualité de Véronique. Dans tous les cas, il touche la littérature, et le théâtre, mais peut aussi inclure d’autres domaines artistiques.

Pour terminer ce billet, je dirai que je continuerai mon exploration de l’imaginaire anglo-saxon et francophone, que la littérature belge et l’écriture y seront plus présentes. Je signal que je ne chronique pas les livres sous forme numérique, mais uniquement les livres papier. C’est un choix personnel.

Voilà, c’était un petit récapitulatif de l’année écoulée.

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Noire jonction – Kate Milie

À travers un polar, Kate Milie nous propose de découvrir la jonction Nord-Midi à Bruxelles, un tronçon ferroviaire qui traverse la ville de part en part et l’a défiguré.

J’ai eu la chance de rencontrer Kate Milie lors de la pré-fête nationale organisée par la librairie Club de la place Flagey. C’était l’occasion de découvrir l’engouement, l’intérêt, la passion que l’auteure a pour la capitale de L’Europe.

D’abord intrigué par l’auteure, mais surtout par les lieux où se passe l’histoire de Noire Jonction, je me devais de lire ce livre. Étant bruxellois, et ayant passé les dix-huit premières années de mon existence devant une des cinq gares de cette jonction Nord-Midi (la Chapelle), je voulais en savoir davantage sur ces lieux que j’ai côtoyé pendant des années sans me poser de question sur leurs origines. Et Kate Milie y répond parfaitement, en décrivant minutieusement page après page une partie de l’histoire de Bruxelles du début du vingtième siècle jusqu’à nos jours.

Comme je n’ai pas lu le précédent livre de Kate Milie, L’assassin aime l’art déco, je n’ai pas fait le lien lorsque Marie le personnage principal apparait dans ce livre. En effet, on suit Marie, une guide, photographe à ces heures perdues, qui va faire découvrir la jonction Nord-Midi à un groupe de personnes très hétéroclite. Il y a un écrivain suédois qui veut situer son prochain polar à Bruxelles, deux jeunes artistes qui apportent la joie et la bonne humeur, une jeune slameuse, et une très vieille dame « Moeder Révolution ».

Derrière un projet de bar à textes, qui fait partie du programme Art/Jonction, les différents témoins, lecteurs, visiteurs sont invités à écrire quelques mots. L’événement culturel se répétera et lors d’un dernier bal populaire et feu d’artifice, les textes seront visibles à tous.

Mais voilà, des poupées gonflables sont retrouvées ensanglantées. Puis, une participante aux activités du collectif Art/Jonction est assassinée. Un point commun ? L’ange de la couverture !

À noter, le changement de style qu’impose Kate Milie lorsqu’elle nous révèle les pensées de Tony, que je laisserai découvrir par le lecteur. Cela fait froid dans le dos. C’est écrit dans un style vif, énergique et moderne. On y trouve aussi une correspondance électronique.

Bien que Noire jonction soit un polar, on pourrait presque en faire un guide touristique sur la partie ferroviaire de Bruxelles. Il y manque évidemment les photos qui en feraient un vrai guide. Mais on ne sait plus vraiment si on a affaire à un roman touristique ou un guide romancé. En tout cas, le but est atteint en présentant un aspect de la capitale qui est très mal connu par ses propres habitants. Je ne cache pas que j’y ai appris beaucoup, et qu’en lisant le polar, je jetais fréquemment un coup d’œil dans le dictionnaire historique des rues de Bruxelles de Jean d’Osta. Et dans le polar, j’ai découvert pas mal d’anecdotes historiques qui m’étaient totalement inconnues. Il y a un sérieux travail de recherche dans ce livre. Même s’il tient en deux cents pages, il faut remarquer qu’il s’est fait grâce à un long travail de recherche.

Si je peux faire une suggestion à l’éditeur, c’est de proposer Noire Jonction avec un marque-page représentant la jonction Nord-Midi. Ce sera plus facile pour le lecteur. Un petit détail qui m’a perturbé, c’est une réflexion faite par Tony à la page 13 : « C’est une fille comme moi, qui aime passer son temps dans les trains et les gares ». En tant que lecteur, on croit que cette personne est une femme, alors qu’on découvre plus tard qu’il s’agit d’un homme qui se nomme Tony.

En dehors de cela, j’ai passé un agréablement moment de lecture, trop vite passé, qui incite à lire d’autres livres de Kate Milie. Pour rester dans la veine, je conseille au lecteur qui ont aimé cette escapade bruxelloise et le style rythmé de Kate Milie, à enchainer avec L’assassin aime l’art déco.

Noire Jonction, Kate Milie, 180° éditions, 2013, 208 pages

Noire jonction

Le martyr de l’Etoile – Évelyne Guzy

Après avoir lu un premier livre dans la collection de romans de gare « Kiss and Read » des éditions Luc Pire (Les dessous de Villers, par Véronique Biefnot), j’avais envie d’essayer un livre de la collection jumelle « Kill and Read » toujours chez le même éditeur.

Comme j’avais rencontré Évelyne Guzy à deux reprises lors du salon du livre belge, et aussi chez Filigranes, c’était l’occasion pour moi de combler une lacune en lisant un de ses livres. C’est chose faite avec ce martyr de l’étoile, dont l’histoire se passe entièrement à Bruxelles. Il faut savoir que les livres de ces deux collections (Kill et Kiss) doivent respecter certains critères. L’histoire doit se situer en Belgique, et la taille du texte ne peut pas excéder 144.000 signes. Une taille qui convient justement à un roman de gare. Je me demande même s’il n’y avait pas aussi un critère lié à la proximité d’une gare. À confirmer…

Je ne vous cache pas qu’étant bruxellois, j’ai encore appris des détails historiques sur ma propre ville en lisant ce livre. Évelyne Guzy distille tout au long de son roman, un cours d’histoire sur Bruxelles, sur Éverard t’Serclaes en particulier ou sur la place des Martyrs. Je sais enfin pourquoi je touche le bras de t’Serclaes chaque fois que je vais à la Grand-Place ! Merci Évelyne !

Le livre raconte une enquête policière sur l’assassinat de Marie B., une jeune femme, retrouvée devant la maison de l’Étoile qui est située à la Grand-Place de Bruxelles. Une jeune femme dont on découvrira qu’elle menait une enquête journalistique dans les milieux islamistes radicaux et musulmans. Ce n’est pas à proprement parler ma tasse de thé, mais le style d’Évelyne Guzy a fait que j’ai lu ces 142 pages presque d’une traite. À travers le regard de Laureen G., qui va aider le commissaire Steurs à dénouer cette intrigue, on découvre une enquête qui trouve un lien indirect avec les événements du 11 septembre.

C’est expliqué minutieusement. Cela tient de l’enquête journalistique et de la visite guidée de la ville de Bruxelles. On comprend mieux le style quand on découvre qu’Évelyne Guzy a une licence en journalisme et communication, et une agrégation. Elle n’en est pas à son coup d’essai, et a déjà publié des livres pour la jeunesse, des livres de littérature, des textes journalistiques ou scientifiques. Son premier roman s’intitule : Dans le sang.

Personnellement, j’ai bien aimé ce court  polar, qui respecte la taille du roman de gare. Je voudrais faire une remarque pour Évelyne Guzy. J’aurais aimé avoir une traduction des phrases ou expressions arabes en bas de page. En dehors de cela, voilà un petit roman policier à un prix très démocratique.

Le Martyr de l’étoile, Évelyne Guzy, éditions Luc Pire, Collection Kill and Read, 2012, 144 pages

Le martyr de l'étoile