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La trilogie de l’espace – Arthur C. Clarke

Derrière ce titre se cachent trois romans d’Arthur C. Clarke parus entre 1951 et 1955. Il s’agit de Les iles de l’espace, Les sables de Mars, et Lumière cendrée. Trois histoires que Milady a eu la bonne idée de réédité sous la forme d’une intégrale en format poche (mais la poche doit être grande). Reste que cette initiative peut combler la disparition de la collection Trésor de la science-fiction en Bragelonne. Je dirai même que ce serait une excellente idée de nous rééditer les classiques du genre en intégrale Milady. Le format est pratique, et le prix démocratique. Si on peut y insérer une plus longue préface, un petit essai, une ou deux nouvelles, ce serait magnifique.

Il s’agit ici des premiers livres de science-fiction de Clarke. Dès le début, on constate qu’il se focalise principalement sur la hard science. Ses histoires sont plausibles et se basent sur le développement de la technologie des années cinquante et suivantes. Si on ne tient pas compte du côté naïf de ses histoires, Clarke reste un excellent visionnaire. Ce qu’il décrit n’est malheureusement toujours pas réalisé par notre civilisation. C’est comme si nous ne nous intéressions plus à l’espace.

Donc, voici trois romans de science-fiction qui ont plus d’un demi-siècle. Sont-ils encore lisibles ? Eh bien oui ! Mais il faut les lire en tenant compte du contexte de l’époque. Disons qu’il s’agit davantage de livres qui s’adressent à un public d’adolescents qui veut découvrir les vicissitudes de la conquête spatiale.

Les iles de l’espace
Ce livre raconte l’histoire d’un adolescent qui gagne un jeu télévisé. Son prix, un séjour dans l’endroit de ses rêves. Et lorsqu’il indique qu’il veut aller dans la station spatiale la plus proche de la Terre, il surprend les organisateurs du concours, car ce voyage coute dix fois ce qui était prévu au départ. L’adolescent va donc connaitre les joies de l’apesanteur et de la vie à bord d’une station spatiale. Il aura l’occasion d’embarquer à bord d’une fusée et de voyager dans le système solaire. Récit typique des années cinquante, un peu comme Robert Heinlein savait le faire. Gentil, mais pas impérissable.

Les sables de Mars
C’est le cœur de cette intégrale et aussi le meilleur des trois romans. Un écrivain fait partie de l’équipage de l’Ares, un vaisseau qui se rend sur Mars. Là-bas, une petite ville existe déjà. Lors d’une expédition qui fait suite à une panne d’avion, notre écrivain va découvrir des martiens, sorte de kangourou. L’équipe sur Mars développe aussi un projet secret : transforme un des satellites de Mars en soleil. Livre intéressant, toujours basé sur des technologies réalistes, comme Clarke sait le faire. Ici aussi, l’auteur nous décrit tous les problèmes qu’une telle aventure entraine. Problème humain, problème technologique, problème de société. Aujourd’hui, on lira davantage un livre de Bova, Robinson ou Baxter. Mais Clarke a le mérite d’avoir été un des pionniers.

Lumière cendrée
Ce roman nous fait visiter les installations lunaires au XXIIème siècle. La Terre et la Lune doivent faire face à la fédération, constituée des autres colonies spatiales dans le système solaire. En dehors de visiter la Lune, ce roman se traine. Il faut attendre les cinquante dernières pages pour que l’histoire démarre enfin. C’est le plus mauvais livre de cette intégrale. Le conflit se déroule tellement vite, que le lecteur risque de rester sur sa faim. Et la seule issue à cette histoire, c’est que la Terre et ses colonies dissidentes doivent s’entendre pour pouvoir évoluer conjointement. Un livre qu’il est préférable de lire en diagonale !

Dans les trois romans, on remarque que la colonisation de l’espace a déjà commencé. L’adolescent embarque à bord de stations spatiales et vaisseaux déjà en fonction depuis longtemps. Il en est de même sur Mars, où une petite ville existe déjà. Les installations lunaires sont aussi bien implantées dans le dernier livre. Donc, un univers cohérent, qu’Arthur C. Clarke nous fait découvrir.

Personnellement j’aime bien ce genre de réédition sous un format intégral, omnibus, de classique de la science-fiction (parfois dépassés). Cela permet aux nouvelles générations de se familiariser avec les auteurs et les livres qui ont été à l’origine du genre. Avec Arthur C. Clarke, c’est principalement la hard science qui est à l’honneur. La conquête spatiale et la rencontre avec d’autres civilisations ont toujours été sa préoccupation majeure. Son principal défaut est un manque évident de chaleur dans ses livres. Les rapports humains ne sont pas vraiment très développés, et c’est ce qui m’a toujours déplu chez lui. Tout n’est pas que technologie.

Il y a de fortes chances que si vous aimez lire les auteurs contemporains de science-fiction, vous allez trouver cette intégrale dépassée. Et c’est normal. Mais le but ici, est bien de proposer aux lecteurs trois livres qui ne sont plus disponibles, si ce n’est en occasion dans diverses éditions. À travers ces trois livres, on remarque que 2001 l’odyssée de l’espace ou Rendez-vous avec Rama suivent la même démarche intellectuelle chez Arthur C. Clarke. Même un peu dépassés, ces livres contiennent encore l’esprit d’aventure, de conquête qui nous fait défaut dans le domaine spatial. Aujourd’hui, on optera davantage pour des auteurs comme Stephen Baxter ou Alastair Reynolds qui sont plus en phases avec ce qu’on recherche. Mais avant eux, il y avait un certain Arthur C. Clarke.

Je ne voudrais pas oublié Manchu, qui illustre cette intégrale avec le vaisseau des sables de Mars. Comme d’habitude, il nous livre une illustration qui colle parfaitement à l’histoire.

À conseiller à ceux qui veulent découvrir l’auteur à travers ses premiers romans. À conseiller aussi aux nostalgiques de cette époque. En tout cas, une intégrale intéressante pour qui veut se remettre dans le contexte de l’époque où ces textes ont été écrits.

La trilogie de l’espace, Arthur C. Clarke, Milady, 2011, 715 page, illustration de Manchu

Palimpseste – Charles Stross

Le dernier livre que j’avais lu de Charles Stross était Crépuscule d’acier. Livre qui m’avait laissé une très bonne impression sur l’auteur. Je m’étais dit que je reviendrais vers cet auteur, soit en lisant la suite, soit en lisant un autre de ses textes. Palimpseste était donc l’occasion de revenir.

Mais avant d’aller plus loin, je signale aux lecteurs qu’un palimpseste est un parchemin qui a été effacé et réécrit. Dans le roman, les agents temporels en font de même avec l’histoire, en modifiant celle-ci. Ne vous inquiétez pas. Comme tout le monde, j’ai ouvert un dictionnaire pour connaitre la définition de palimpseste. Voir un parchemin est relativement rare, alors un palimpseste…

On suit l’agent Pierce sur deux ou trois décennies, pendant lesquelles il devient un agent compétent de la Stase, qui se charge de réimplanter la civilisation tout au long de l’histoire de la Terre. Le personnage n’est pas très passionnant, pas très développé, et ses différentes missions dans le temps le sont encore moins. En fait Stross en profite pour nous parler de l’histoire de la Terre et de l’Univers à travers différentes diapositives. Et là c’est démesuré, comme il sait très bien le faire.

Malheureusement, un premier paradoxe vient ternir cette lecture. Je me suis demandé pourquoi un agent temporel doit réimplanter la vie dans le passé de notre bonne vieille planète. S’il ne le faisait pas, de toute manière la vie existerait jusqu’à sa propre époque, sans quoi il n’aurait pas d’existence propre. De plus, maintenir à tout prix la vie sur Terre à travers le temps, coute beaucoup plus cher que de coloniser d’autres mondes. Surtout quand on se rend compte que la civilisation est capable de reconfigurer une étoile ou de déplacer un monde ou un système solaire. Cette façon de voir les choses a complètement faussé ma lecture du roman.

Longue nouvelle ou roman très court, Palimpseste ne laissera pas des souvenirs impérissables. Trop d’invraisemblances dans l’histoire. A la limite, je conseillerais aux lecteurs de lire Valerian et Laureline en BD, de Christin et Mézières. Les deux agents spatio-temporels sont plus sympas et plus crédibles que ce Pierce de la Stase, et les histoires sont mieux conçues.

Donc, lecture mitigée. Je conseillerais aux lecteurs de lire uniquement les diapositives, pour avoir une idée plus précise de l’imagination de l’auteur. On obtient un panorama de l’univers sur mille milliards d’années. Bien au delà de l’âge que peut atteindre notre univers.

Je voudrais revenir sur la collection « Nouveaux millénaires » de J’ai Lu, qui en est à ses débuts. Qui, d’une certaine manière, fait suite à la défunte collection « Millénaires ». Après Daniel Keyes, Nick Sagan et Charles Stross, on devrait voir arriver Johan Heliot, Lois McMaster Bujold (le cycle Vorkosigan en format Omnibus), Joe Haldeman et Philip K. Dick. Une belle brochette d’auteurs qui devrait donner son style à cette collection dirigée par Thibaud Eliroff. Personnellement j’attends beaucoup de cette collection. Le format est très pratique, et elle se positionne plus en science-fiction qu’en fantasy.

Palimpseste, Charles Stross, J’ai Lu, 2011, 160 pages, Traduit par Florence Dolisi

Janus – Alastair Reynolds

Les Presses de la Cité nous proposent la traduction de « Pushing ice » d’Alastair Reynold. Livre de science-fiction qu’on peut mettre dans la catégorie hard-science. L’histoire se passe en 2057, lorsque Janus, un des satellites de Saturne, quitte son orbite. Le Rockhopper, un vaisseau minier commandé par Bella Lind, reçoit l’ordre d’intercepter Janus pour étudier cet étrange phénomène. L’équipage composé de scientifiques est d’abord intrigué et intéressé. Lorsque la compagnie donne l’ordre de rattraper Janus (qui fait tout de même presque 200 kilomètres de long), pratiquement tout l’équipage, composé de 145 personnes, est favorable à cette nouvelle mission. Même les Chinois qui ont un vaisseau dans les parages veulent découvrir le mystère de Janus.

Svetlana Barseghian, la meilleure amie de Bella Lind, mais aussi une excellente scientifique, se rend compte qu’avec les incidents que le vaisseau a connus récemment, il n’aura pas assez de carburant pour revenir sur Terre par ses propres moyens. Elle signale le problème à l’équipage, qui a des doutes. Mais lorsque la compagnie apprend cette nouvelle, elle ordonne d’écarter Svetlana de la mission d’interception. Rapidement, Svetlana découvre que la compagnie envoie des données erronées, qui n’auront qu’un impact : une impossibilité au Rockhopper de revenir sur Terre. L’équipage est donc confronté à un voyage sans retour, et une mort certaine.

Pendant que le vaisseau approche de Janus, des dissensions se font au sein de l’équipage. Il y a ceux qui veulent continuer la mission ordonnée par la compagnie, et dont fait partie Bella. Et puis il y a ceux qui n’acceptent pas et qui sont d’avis que Svetlana a raison. On assiste alors à un vote de l’équipage qui remet en doute le commandement de Bella. Cette dernière, minoritaire, se voit retirer son commandement et reste enfermée dans sa cabine pendant que le Rockhopper se prépare à faire demi-tour.

À ce stade de l’histoire, on se dit que Janus ne sera plus notre préoccupation. Eh bien, non ! Car Bella, avec l’aide d’un membre d’équipage, va parvenir à annuler la manœuvre de retour et faire en sorte que le Rockhopper reste sur la trajectoire d’interception du satellite. Cette action va d’ailleurs pénaliser définitivement Bella, qui restera enfermée très longtemps.

Comme l’équipage n’a plus les moyens de revenir sur Terre, il est contraint d’explorer le satellite. Le vaisseau minier va se transformer en vaisseau générationnel. On découvre que Janus accélère et prend la direction de Spica, une étoile située à 260 années-lumière. L’équipage résigné n’a d’autre choix que de s’installer définitivement sur Janus et d’explorer celui-ci. Un long voyage de 12 ans à des vitesses relativistes va amener les humains jusqu’au système de Spica. Janus est en fait un vaisseau composé de plusieurs cavités. Les humains vont se rendre compte qu’ils ne sont pas les seuls à vivre sur Janus. Ils vont faire la connaissance de Fontaines, extraterrestres beaucoup plus évolués qu’eux, ou des Chiens Musqués, race fourbe. Les premiers vont les aider tandis que les seconds vont tenter d’abuser d’eux.

Le second fil conducteur concerne Chromis, une femme qui vit 18.000 dans le futur, mais qui a laissé des copies de sa conscience dans un cube qui se trouve sur Janus. Son avatar va guider et aider Bella Lind. Si le personnage est intéressant, Reynolds aurait pu davantage développer celui-ci.

La première réflexion qui m’est venue à l’esprit a été que 2057 correspondait à un avenir trop proche pour la technologie décrite par Reynolds. Ce n’est pas sa faute si la conquête spatiale a eu un sérieux coup de frein. Le retour de l’homme sur la Lune et le voyage sur Mars sont de plus en plus hypothétiques. Alors, voir un vaisseau de 50.000 tonnes (le poids du porte-avions Charles de Gaulle) et un équipage de 145 personnes, se balader dans les parages de Saturne dans moins d’un demi siècle, cela me parait un peu trop optimiste. Reynolds aurait dû ajouter un siècle ou deux pour que cela devienne plausible. Mais qui sait ? Peut-être qu’un jour la conquête spatiale sera relancée !

J’ai un avis mitigé sur ce livre. Il est loin du cycle des inhibiteurs, qui a fait le succès de Reynolds. Une fois la trame de l’histoire dévoilée, il faut bien reconnaitre que ce n’est pas très passionnant. On a d’un côté le long voyage contraint et forcé d’un équipage, avec la rencontre de civilisations extraterrestres, et de l’autre le face à face entre deux femmes à la forte personnalité. Ce n’est pas un huis clos, mais c’est très réducteur, tout de même.

On aimerait s’identifier aux personnages principaux de cette histoire, mais Reynolds n’arrive pas à nous captiver. Au contraire, il nous fait même rater les événements importants de l’histoire. Je prends comme exemple l’acte héroïque de Bella pour sauver la fille de Svetlana (page 545). On découvre la situation après l’événement, alors qu’en tant que lecteur on aurait été beaucoup plus sensible à ce qui arrivait au moment même au capitaine du vaisseau, si Reynolds avait décidé de nous décrire la scène plutôt que de nous la raconter au passé. Dommage. On ne peut pas en vouloir à Reynolds, car ceux qui comme moi ont lu « Rendez-vous avec Rama » se souviennent certainement que transposer les émotions n’était pas non plus le fort de Arthur C. Clarke.

Janus est un livre qui ravira les amateurs de hard science. Comme d’habitude, Reynolds reste très cohérent avec lui-même. Il nous propose ici, l’aventure du Rockhopper, un vaisseau minier qui se transformera en vaisseau générationnel une fois sur Janus. Ceux qui ont lu le cycle des inhibiteurs reconnaitront parfaitement le style de l’auteur, mais seront un peu déçus de ne pas retrouver la même qualité que dans ce cycle. Cela reste néanmoins une histoire intéressante, peut-être un peu trop longue.

Janus, Alastair Reynolds, Presse de la Cité, 2011, 578 pages, illustration de Chris Moore

Déluge – Stephen Baxter

Il y a deux choses que je n’aime pas en science-fiction, ce sont les récits  apocalyptiques et ceux qui se passent dans un avenir proche. Déluge réunit ces deux choses. J’avais envie de lire Stephen Baxter, quitte à faire abstraction de  mes préférences.

En commençant la lecture de ce livre, je m’étais attendu à une sorte de techno-thriller qui verrait l’intelligence de l’homme surmonter les phénomènes naturels. Mais Stephen Baxter a décidé de nous emmener dans une histoire où l’homme  n’aurait pas le dernier mot.

Le livre commence en 2016, lorsque des otages retenus en Espagne depuis cinq ans, vont être libérés et rapatriés en Angleterre. Le problème c’est que pendant ces cinq ans, la face du monde a commencé à changer. Le climat s’est déréglé complètement. Il ne cesse de pleuvoir et les eaux ont monté. Oh pas de quelques centimètres, mais de plusieurs mètres. Les inondations sont fréquentes et l’humanité ne prend pas encore conscience que ce phénomène est irréversible.

Le milliardaire qui a aidé à libérer les otages, a aussi des projets fous, comme construire des arches qui permettront aux humains de naviguer et survivre sur cette Terre qui change d’apparence. Le livre nous montre l’évolution de la planète jusqu’en 2052. Les villes sont inondées, puis submergées, tandis que la surface des continents se réduit de plus en plus. Ce n’est plus quelques mètres
d’eau qui recouvrent les terres, mais des centaines de mètres, puis des kilomètres. Les humains luttent pour leur survie et ne se font pas de cadeau entre eux. Bientôt il n’y aura plus la moindre trace d’un continent ou d’une ile. Tout sera englouti et les rescapés devront laisser la place à d’autres espèces mieux adaptées à ce milieu aquatique. Le règne de l’homme se termine sur Terre.

Ce livre montre la lente disparition de l’humanité, causée par un phénomène que  décrit Stephen Baxter dans les dernières pages du livre. En lisant son  explication, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien avec le livre de Al Gore (Une vérité qui dérange) qui nous décrivait certains phénomènes qui risquent d’apparaitre si nous ne faisons rien pour les empêcher. On se rend compte que nous ne sommes que des locataires d’un vaisseau qui s’appelle Terre et que notre survie tient à peu de chose. Intéressant.

C’est relativement bien écrit, mais cela aurait pu l’être en moins de pages. C’est le seul reproche que je fais à ce livre. Personnellement ce n’est pas ma tasse de thé, mais les lecteurs amateurs d’apocalypse devraient y trouver leur compte.

Déluge, Stephen Baxter, Presse de la cité, 2009, 551 pages


Axis – Robert Charles Wilson

Comme pour la plupart des lecteurs qui ont aimé Spin, j’ai attendu avec impatience cette suite. Mais s’agit-il bien d’une suite ? L’histoire qui se passe 30 ans plus tard sur Equatoria nous présente d’autres personnages, d’autres situations. L’humanité à émigré sur Equatoria alors que le Spin a cessé. Le livre précédent se terminait sur une fin ouverte et ne nécessitait pas de suite. Axis est la deuxième partie d’un triptyque, qui se terminera avec Vortex.

Robert Charles Wilson a pour habitude de nous présenter des histoires qui à partir de situations normales seront perturbées par un élément étranger. Il prend alors un malin plaisir à nous décrire la psychologie des personnages qui sont confrontés à l’inconnu. Dans Axis, c’est la pluie de cendres qui est l’élément perturbateur. Serait-elle constituée des débris de machines des Hypothétiques ?

Autant Spin m’avait attiré, autant Axis ne m’as pas captivé. L’intérêt d’Axis tient dans les révélations que Robert Charles Wilson fait sur les hypothétiques. L’action fait cruellement défaut dans ce livre. Les personnages manquent de charismes par rapport à ceux de Spin. Ni Lise Adams qui recherche son père, ni le jeune Isaac qui semble possédé la faculté de contacter les hypothétique grâce à la technologie martienne, ni Turk Findley et son aéro-taxi ne parviennent vraiment à captiver le lecteur. On les suit tant bien que mal dans une ébauche d’intrigue. La plume, le style de Robert Charles Wilson, font que ce livre reste intéressant sans atteindre le niveau de Spin. Mais on est passé de la grosse production aux petits moyens.

Axis intéressera certainement ceux qui veulent en savoir plus sur les hypothétiques. Mais ils devront attendre Vortex pour être réellement satisfaits. Plutôt que de persévérer dans ce triptyque, je conseillerais plutôt aux lecteurs de se rediriger vers d’autres livres de Robert Charles Wilson (Darwinia, Les Chronolithes, Mysterium). De cette manière Spin ne sera pas dévalué par ses suites.

Axis, Robert Charles Wilson, Denoël Lunes d’encre, 388 pages, 2009


Vision aveugle – Peter Watts

A la lecture du quatrième de couverture on devine qu’il s’agit d’un livre de hard science qui va nous plonger au-delà des limites de notre système solaire, à la découverte d’un artéfact. Oui… oui… c’est le genre de sujet qu’on a déjà eu l’occasion de lire à travers des romans comme « Rendez-vous avec Rama » de Arthur C. Clarke ou « Eon » et « Eternité » de Greg Bear. Serait-ce une version revisitée d’un de ces romans ? Pas vraiment. Peter Watts à décidé de nous montrer un équipage composé de personnes modifiées (qui ont subi des altérations biologiques) et qui se retrouvent au-delà du nuage d’Oort, à une demi année lumière de notre étoile. A bord du vaisseau Thésée, ils découvrent un gigantesque artéfact de neuf kilomètres de long qui n’est rien d’autre qu’un vaisseau spatial perdu dans l’immensité du vide, dans une
région ou les astéroïdes sont un réel danger.

L’histoire est racontée à la première personne. Siri Keeton, le narrateur, suite à des crises d’épilepsie n’a plus que la moitié de son cerveau. L’autre partie ayant été remplacée par un ordinateur lorsqu’il était enfant. Le commandant du vaisseau est un vampire et les autres membres d’équipage sont aussi atypiques. Par exemple le « gang des quatre » réunit quatre consciences dans un seul corps. A ce stade-ci on se demande ce que vient faire un vampire dans l’histoire. Pourquoi pas un mage, un lapin rose avec un chapeau, une danseuse de claquettes ou un elfe ?

Le livre demande une grande attention lors de la lecture pour bien comprendre l’histoire. Presque à chaque chapitre, on trouve un flashback qui nous retrace un des épisodes de la vie de Siri Keeton qui entretenait une relation conflictuelle avec son amie Chelsea. Si ces flashbacks nous aident à mieux comprendre la personnalité de Siri Keeton, ils ne nous aident en rien pour comprendre la situation actuelle. C’est quasiment un tiers du livre qui est consacré aux états d’âme du personnage et qui est inutile.

Peter Watts est biologiste et n’hésite pas à nous faire fréquemment de petits cours de science pendant toute la lecture du livre. L’idée sous-jacente qu’il veut nous montrer, c’est qu’il n’y a pas de lien intrinsèque entre l’intelligence et la conscience. Et il va nous le décrire à travers les communications entre le Rorschach (l’artefact) et l’équipage du Thésée. Est-ce que l’artéfact dispose bel et bien d’une vraie conscience ? Ou bien s’agit-il d’une simulation ? L’expérience de la chambre chinoise, qui a été développée par John Searle au début des années 80 est ici mise en valeur. Est-ce qu’un programme informatique aussi complexe soit-il, est suffisant pour donner un esprit au système ? J’invite le lecteur à aller sur Wikipédia pour en savoir plus.

En temps que lecteur on s’attend à suivre l’exploration de l’artéfact et à partager le danger avec les héros. Mais si l’artefact est bel et bien dangereux, ce qui nécessite de renforcer la protection des membres d’équipage et d’effectuer de courtes missions entre le Rorschach et le Thésée, on est très loin de ce que Clarke ou Bear nous proposent. C’est à peine si les personnages arrivent à mettre un pied sur ce qui semble être un vaisseau qui s’agrandit en permanence. La déception est au rendez-vous. Pas de grandes explorations qui vont nous faire découvrir un environnement extraterrestre. Simplement des personnages qui butent sur un artéfact hostile, et qui ont des crises de conscience. C’est un peu comme si on nous demandait de visiter un building, mais qu’on ne va pas plus loin que le hall d’entrée parce que les ascenseurs sont à l’arrêt. De plus Peter Watts a la vilaine manie de nous créer des paragraphes qui commencent par « Imaginez que vous êtes… » et on est parti dans des digressions qui n’ont rien à voir avec l’histoire. Ce qui fait que les 330 pages de ce roman pourraient se résumer à une cinquantaine.

Le livre ne tient pas ses promesses. Si il a été nominé à un certain nombre de prix, il n’a pas décroché la timbale comme l’a fait « Rendez-vous avec Rama » de Arthur C. Clarke (Hugo 1974). Il n’a ni l’originalité de Clarke, ni l’imagination de Greg Bear ou celle de Peter Hamilton (voir la nouvelle concernant l’exploration d’un artéfact, parue dans Galaxies 24). Au lieu de cela on se retrouve avec un cours de biologie déguisé en livre de science-fiction. Il s’agit plus d’un livre d’introspection que d’exploration. Un livre complexe qui nécessite d’être concentré lors de sa lecture, mais qui n’attirera pas le lecteur en quête d’aventure.

Vision aveugle, Peter Watts, Fleuve noir, 344 pages, traduit par Gilles Goullet, 2009

Spin – Robert Charles Wilson

Dans un avenir proche, le Spin, une fine membrane entoure la Terre et cache le soleil, la Lune et les étoiles. Au-delà de cette membrane le temps s’écouler beaucoup plus vite. Des centaines de milliers d’années s’écoulent alors que sur Terre seules quelques décennies ont passé. Pendant la journée une illusion de soleil apparait tandis que la nuit devient totalement obscure. C’est ce phénomène qui pendant une nuit va bouleverser la vie de trois enfants. Le livre les suit sur une période de trente ans. Il y a Jason et Diane, jumeaux du couple E.D. et Carole Lawton, et puis il y a Tyler Dupree, le fils de la bonne. C’est par ses yeux que le lecteur suit toute l’histoire.

Comme les satellites ne sont plus d’aucune utilité, E.D. Lawton qui est un scientifique, propose d’utiliser des ballons stratosphériques pour assurer les communications terrestres. Il met en chantier un réseau de ballons qui remplacera les satellites. En parallèle il participe à la création de Périhélie, un parastatal américain qui se charge du réseau mais qui a aussi pour fonction d’analyser le Spin. Il s’agit d’un équivalent à la NASA qui travaillera avec cette administration.

Jason, le fils d’E.D. est également un scientifique, voir un vrai génie, qui dirige Périhélie et qui supervise les missions d’exploration de Mars des sondes, puis l’envoi de bactéries pour terraformer la planète rouge, et enfin l’envoi de colons. Cent mille ans s’écoulent pendant lesquels une nouvelle civilisation verra le jour. Jason et E.D. s’affrontent sur la voie scientifique à suivre à Périhélie, pendant que Diane se marier et suit son mari dans une secte religieuse. Pendant ce temps Tyler devient médecin et rejoint Périhélie.

A chaque chapitre Robert Charles Wilson nous dévoile un peu plus d’informations sur les recherches entreprises pour comprendre le Spin. Il nous fait suivre pas à pas, les cogitations des scientifiques de Périhélie. En parallèle, il
nous dévoile les problèmes psychologiques de ses principaux acteurs (Tyler, Jason et Diane). Ce n’est pas une saga, mais c’est une vision très subjective des tourments des différents protagonistes. On est autant intéressé par les problèmes de conscience de Tyler que des projets scientifiques de Jason ou des difficultés qu’à Diane dans sa vie de couple. Le Spin est là, en toile de fond, et représente la première préoccupation du livre. Cette génération qui a grandi avec le Spin n’est pas vraiment optimiste sur son avenir, et l’anarchie et le chaos est de plus en plus présent sur Terre. Seul Jason semble être en mesure de voir un avenir radieux, et il s’y emploi du mieux qu’il le peut. Les martiens et les réplicateurs ont une grande importance dans l’avenir de l’humanité car  ils permettent de mieux comprendre notre univers. Seul l’existence des Hypothétiques (ceux qui ont créé le Spin) reste un mystère.

Tyler en temps que médecin assiste aux évènements les plus importants et nous  révèlent les plans de Jason ou de E.D. son père (la terraformation de Mars avec des bactéries, l’envoi de colons vers Mars, l’envoi des réplicateurs dont la technologie provient de Mars). Tyler, c’est le personnage central de l’histoire, qui n’est pas à proprement parlé un héros, mais plutôt un excellent médecin généraliste, qui se trouve au bon moment au bon endroit et qui aura à plusieurs occasions à faire preuve d’un sang froid professionnel pour sauver la vie de ses proches.

On ne peut s’empêcher d’avoir les mêmes craintes que lui tout au long de l’histoire. On vit ses moments de joie, de peine, ses aspirations ou le moindre de ses doutes. C’est en décrivant cet aspect humain plus que l’aspect technique, que Robert Charles Wilson a écrit un livre qui mérite largement son prix Hugo. Spin peut paraitre dramatique pour le lecteur. C’est probablement l’effet recherché par l’auteur. Mais quand on arrive à la fin du livre, on est heureux d’avoir vécu l’histoire à travers les yeux de Tyler Dupree et déçu de devoir quitter ce livre.

Spin est un excellent roman de science-fiction, qu’il faut lire absolument. On retrouve dans celui-ci un point commun avec certains autres livres de Robert Charles Wilson :  un évènement vient perturber le quotidien (voir les Chronolites ou Darwinia par exemple), Espérons que Axis, la suite de Spin, ne tardera pas à sortir chez Denoël Lunes d’encre.

Spin – Robert Charles Wilson (Denoël Lunes d’encre)