Archives de Tag: Harry Dickson

Les dossiers secrets de Harry Dickson T4 – Brice Tarvel

Harry Dickson est de retour aux éditions Malpertuis. Brice Travel nous a concocté deux nouvelles histoires dans lesquelles le détective américain va mettre sa vie en jeu.

Lire les aventures d’Harry Dickson, c’est un peu comme lire celles de Bob Morane ou de Sherlock Holmes. On peut laisser passer du temps, mais chaque fois qu’une nouvelle aventure se présente, on est bien content de retrouver le personnage. D’abord parce qu’il s’agit de longues nouvelles rapidement lues, ensuite car le héros est original (un détective américain qui habite Baker Street à Londres). Les histoires se passent toutes entre les deux guerres du vingtième siècle, à une époque où les inventions les plus farfelues et les savants parfois fous se côtoient.

Et pour contrer tous les dangers qui se présentent, quoi de plus naturel que de faire appel à l’intelligence et au flegme d’Harry Dickson, toujours accompagné de son fidèle Tom Wills. Les deux histoires contenues dans ce quatrième tome sont résolument fantastiques.

Le polichinelle d’argile.

Des enfants sont capturés par d’étranges gnomes en terre glaise. À partir d’une main cassée, Harry Dickson va remonter jusqu’au commanditaire de ces rapts, et va découvrir que l’homme qui se cache derrière cela n’a qu’un seul but : tuer les enfants et utiliser leur sang. En le mélangeant à cette terre glaise en provenance d’Australie, il crée des gnomes qui travaillent pour lui. Il n’a qu’un but, s’enrichir sans se soucier de la vie des autres. Une aventure où Harry Dickson est lui-même en danger.

La chambre effroyable.

Les membres d’un cercle sont parvenus à capturer la mort, la faucheuse. Et cela grâce à l’aide d’un fakir qui va tisser une prison psychique. Le problème, c’est que les gens censés mourir ressuscitent. Même Harry Dickson qui a été tué lors d’une enquête revit. Cette situation amène le chaos à Londres et nécessite qu’Harry Dickson retrouve ceux qui ont capturé la mort, et la libère. Entreprise périlleuse puisque le détective doit faire face au pire ennemi qui existe. Mais est-ce vraiment un ennemi ? Car il ne peut exister la vie sans la mort.

Deux enquêtes dans le plus pur style du détective américain, que Brice Tarvel continue à animer à la fois sous forme littéraire, mais aussi en tant que scénariste de bande dessinée, pour notre plus grand bonheur. J’aime bien le clin d’œil à Georgette Cuvelier. J’espère que l’auteur ne se contentera pas de la mentionner dans le tome suivant, mais qu’elle aura un vrai rôle.

À suivre pour l’inconditionnel que je suis d’Harry Dickson. J’ai peut-être éprouvé un peu plus de difficultés à lire ce nouvel opus, parce que Brice Tarvel a parsemé ses histoires d’argot qui ne m’est pas toujours familier. Dans l’ensemble, deux histoires qui font passer un bon moment de lecture.

Les dossiers secrets d’Harry Dickson T.4, Brice Tarvel, éditions Malpertuis, 2014, 130 pages, illustration de Christophe Alves

Harry Dickson 4

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Harry Dickson, la maison borgne – Brice Tarvel & Christophe Alvès

Voici enfin le retour d’Harry Dickson en bande dessinée, sous la plume de Brice Tarvel et le crayon de Christophe Alvès. On avait précédemment eu le tandem Zanon & Verhaegen très Blake et Mortimer, et le tandem Nolan & Roman qui nous avaient proposé un Harry Dickson proche des fascicules.

On retrouve le détective de Baker Street et son fidèle collaborateur au cœur d’une histoire de fantômes. Histoire dans la plus pure tradition des Harry Dickson qu’écrivait par Jean Ray.

Brice Tarvel n’est pas un inconnu, ni dans le monde de la BD ni dans le monde de l’imaginaire. Il a déjà signé quelques aventures d’Harry Dickson parues aux éditions Malpertuis. Avec lui, on retrouve un Harry Dickson cohérent, intelligent, accompagné d’un Tom Wills déterminé à en découdre avec le mal sous toutes ses formes.

Christophe Alvès concrétise les histoires de Brice Tarvel, par un dessin soigné et très réaliste (ce qui est un euphémisme en fantastique). Il passe indifféremment d’une scène glauque à une scène d’action, avec une découpe qui permet de garder un certain rythme. Les personnages sont bien campés, les couleurs sont judicieusement bien choisies par Alvès. Dans son ensemble, un bel album sur le plan graphique. Pour un premier essai, c’est réussi.

Et l’histoire. Deux fantômes dans deux fioles qui vont se briser à tour de rôle. Deux brigands qui vont donner du fil à retordre à la police, mais aussi à Harry Dickson. Une maison hantée par ces fantômes, qui se transforme petit à petit en navire. Ça, c’est vraiment très original. Le fantôme qui a peur du noir, je n’y ai pas cru un seul instant. Par contre, capturer l’âme des fantômes pour les placer dans des poules… pourquoi pas ? J’aurais aimé qu’elles se fassent manger à la fin de l’histoire. Mais les deux auteurs en ont décidé autrement en laissant planer un doute à la dernière page. Bien joué !

Dans l’ensemble, un premier tome réussi, amusant, intriguant, attendu par ceux qui comme moi aiment les histoires d’Harry Dickson. Une bande dessinée qui en appelle d’autres, car on peut supposer que les deux compères ne vont pas en rester là. Et donc, une suite très attendue. Beau travail !

Harry Dickson T.1, La maison Borgne, Brice Tarvel et Christophe Alvès, éditions Grand West, 48 pages, 2014

Harry Dickson

Le fantastique belge aujourd’hui

Ce mardi 3 décembre 2013, Jean-Baptiste Baronian proposait de faire un état des lieux du fantastique en Belgique, et aussi de nous rappeler l’origine de ce genre littéraire à part entière. Pour l’occasion, la conférence était donnée à l’Académie Royale de Belgique, devant une audience composée d’amateurs avertis mais aussi d’auteurs ou réalisateur.

Je ne propose pas une retranscription de la vision du fantastique Belge expliquée par Baronian. Mais plutôt ce que j’ai compris lors de cette conférence. J’y ai aussi ajouté ce que Jacques Van Herp m’avait dit à une certaine époque.

Mais qu’est-ce le fantastique ? Roger Caillois l’a défini comme : « L’intrusion de l’étrange dans le quotidien ».

L’émergence du fantastique Belge date de la fin du 19ème siècle (vers 1880). On retrouve à cette époque Émile Verhaeren, un des plus grands poètes qu’a compté la Belgique. C’est le symbolisme à travers l’utilisation du surnaturel, et un certain réalisme qui va donner naissance à une forme de fantastique propre à la Belgique. Les histoires se passent dans notre monde de tous les jours, mais font intervenir des portes, des êtres, des événements issus d’une réalité parallèle qui interfère avec la nôtre. Ce fantastique qui fait intervenir de la magie dans la réalité va se retrouver dans la peinture, et plus tard dans le cinéma belge. C’est l’envie de déranger, de bousculer les conventions qui va animer ce fantastique qu’on peut considérer comme surréaliste. C’est un fantastique de réaction qui fait face aux courants littéraires traditionnels. Il se distingue de celui des Anglo-saxons, et soutient la comparaison face à celui d’auteurs tels que Howard Philip Lovecraft, Edgar Allan Poe ou Louis Borges. On peut dire que Franz Hellens et Jean Ray y sont pour beaucoup.

Curieusement, les premiers auteurs sont tous flamands, mais écrivent en français. On compte parmi eux Jean Ray ou Michel de Ghelderode. Le premier a écrit des centaines de contes et est probablement l’auteur belge fantastique le plus connu (Malpertuis), et le second a consacré une bonne partie de son existence au théâtre.

Une particularité des auteurs belges, c’est qu’ils sont venus naturellement au fantastique. C’est presque une seconde nature chez eux, comme si c’était enregistré dans leurs gènes. Le fantastique est présent dès le début, et y faire référence n’a rien d’anormal. C’est d’ailleurs ce qui distingue les auteurs belges des Français. Par contre, ils ne se connaissent pas nécessairement. A quelques exceptions près, chacun écrit sans connaitre les autres.

25 histoires noires et fantastiques

Marabout

Il suffit de lire les mémoires d’Henri Verne (père de Bob Morane) pour se rendre compte qu’il a été un des initiateurs du retour du fantastique en Belgique. C’est grâce à lui qu’on a pu redécouvrir l’œuvre de Jean Ray, dont le titre le plus connu est évidemment Malpertuis, mais à qui on doit une grande partie des Harry Dickson. L’œuvre de Jean Ray s’articule autour de centaines de contes et nouvelles, qui ont été publiées sous plusieurs pseudo, entre autres celui de John Flanders. Encore aujourd’hui, Jean Ray reste un auteur de référence, au même titre qu’un Lovecraft chez les Anglo-saxons.

Marabout dans les années 60-70, c’est l’éditeur de référence en matière de fantastique. À l’époque, il n’y avait que quatre ou cinq éditeurs qui proposaient de l’imaginaire et du fantastique en particulier. Pour Marabout, c’était l’âge d’or, celui de la découverte de nouveaux auteurs, ou la redécouverte d’auteurs oubliés, et évidemment la publication de grands titres (Dracula de Bram Stoker, Frankenstein de Mary Shelley). Mais c’était surtout l’occasion de lire des auteurs belges comme Marcel Thiry, Thomas Owen, Jean Ray, Michel de Ghelderode, Gérard Prévot. On doit cette alternance à Baronian, qui en tant que directeur de collection chez Marabout, tenait à faire découvrir ces nouveaux auteurs.

Pour en revenir à Jean Ray, c’est le livre « Les 25 meilleures histoires noires et fantastiques » paru en 1961, qui a permis de redécouvrir l’auteur, alors presque en fin de vie. Parmi les nouvelles présentes, on trouve « La ruelle ténébreuse » ou « Le grand nocturne ».

Je conseillerais à tout amateur de lire la biographie écrite par Henri Verne, qui explique plus en détail cette période du fantastique Belge. Dans la foulée, je me pose la question suivante : peut-on dire que Henri Verne écrivait aussi du fantastique ? Son héros Bob Morane touchant à presque tous les genres, je me dis que le cycle « Les portes d’Ananké » n’est pas seulement de l’aventure, mais aussi du fantastique.

Dans les années 70, Baronian a surnommé cette vague fantastique : l’école belge de l’étrange. Aujourd’hui, on la retrouve à travers des auteurs comme Michel Rozenberg, Alain Dartevelle, Christopher Gérard ou Bernard Quirigny. C’est en tous cas les quatre principaux proposés par Baronian. D’autres auteurs anciens ou contemporains touchent au fantastique. On peut citer : Marcel Thiry, Jean Munoz, Nadine Monfils, Anne Richter, Jacques Sternberg, Alain Le Bussy, pour n’en citer que quelques-uns.

À l’heure actuelle, les auteurs qui écrivent du fantastique se limitent plutôt au format de la nouvelle. Un texte pas trop long, où l’idée principale peut être développée sans provoquer de longueur. Et pourtant il y a des auteurs qui s’essaient au roman fantastique. C’est par exemple le cas de Jean Ray avec Malpertuis. C’est aussi le cas chez des auteurs anglo-saxons, avec Stephen King qui propose régulièrement des pavés de 500-600 pages de fantastique. On espère évidemment retrouver des textes plus longs écrits par les auteurs contemporains belges.

Il existe très peu de magazines dédiés au fantastique belge. Phénix, qui au départ était en format papier, continue à parler de fantastique à travers le domaine plus large de l’imaginaire, mais c’est uniquement sur le Web.

Je pense qu’un essai plus complet sur le fantastique Belge aujourd’hui serait le bienvenu. J’espère que Jean-Baptiste Baronian pensera à l’écrire, car le dernier qu’il a rédigé remonte loin dans le temps.

En écrivant cet article, mon but n’était pas de faire un essai sur le fantastique belge, mais plutôt de résumer où il se situe aujourd’hui.

Marc

Les dossiers secrets de Harry Dickson T.3 – Brice Tarvel

Voici le troisième tome du cycle Harry Dickson, écrit par Brice Tarvel et édité par Malpertuis. Au programme, deux longues nouvelles qui tiennent toutes leurs promesses. Lire un Harry Dickson, c’est comme lire un Bob Morane ou un Sherlock Holmes, l’aventure, le policier et le fantastique sont au rendez-vous.

Comme j’ai grandi avec Bob Morane et Harry Dickson, je ne pouvais pas laisser passer ce livre. Après avoir lu un pavé de science-fiction en deux parties, ce tome 3 du plus célèbre des détectives américains était une aubaine.

Le gouffre des ombres

On retrouve Harry Dickson et son fidèle Tom Wills dans la petite ville de Scalby qui fait face à la mer du Nord. Alors que les deux compères recherchent Black Rat l’assassin à la hache, un événement inconnu se produit. Une partie d’un champ s’effondre, laissant un grand trou béant. En voulant examiner celui-ci, Harry Dickson va se retrouver pendant un bref instant en suspension au-dessus de celui-ci. Ce qui va aiguiser sa curiosité et l’inciter à aller visiter les grottes qu’il y a en dessous et qui donnent sur la mer. D’abord, c’est face à des soldats allemands qu’il sera confronté. Mais rapidement, il va se rendre compte qu’ils n’en ont que l’apparence. La grotte abrite des poulpes qui viennent d’un autre monde ! Nouvelle dans laquelle Brice Tarvel ne nous fait pas basculer vers la science-fiction, mais laisse le lecteur dans une ambiance fantastique.

Le jardin des mandragores

D’étranges hold-up meurtriers sont commis à Londres. Sur les lieux du crime, de la mandragore est retrouvée. Par un curieux hasard, Tom Wills va retrouver une amie d’enfance qui habite en face de la demeure de trois sœurs Tanner. Celles-ci possèdent une serre mystérieusement éclairée la nuit, ce qui va fortement intriguer Tom Wills. Le jeune homme va se rendre dans cette étrange serre, et sera suivi de son amie. Pendant ce temps, Harry Dickson qui est sur l’affaire des hold-up meurtriers va s’inquiéter de ne pas revoir son protégé. Et voilà qu’une nouvelle enquête prend cours pour retrouver Tom Wills. Ce que Harry Dickson ne sait pas encore, c’est que cette dernière enquête est liée à celle des hold-up. Au cœur de Londres, avec un fog omniprésent, Brice Tarvel  restitue très bien une atmosphère mystérieuse et lourde, dans laquelle le danger plane en permanence.

Au final, deux nouvelles très agréables, très fluides, captivantes, dans lesquelles on ne s’ennuie jamais. Brice Tarvel a bien repris le flambeau. L’héritage laissé par Jean Ray est dans de bonnes mains. On retrouve ici le côté inquiétant et fascinant qu’il y a dans les vieux films fantastiques en noir et blanc.

Un bon conseil : lorsque vous rencontrez des serres fortement éclairées la nuit contenant des homoncules, fuyez ! Et le même conseil est à prendre à la lettre pour les grottes contenant des poulpes ! Je laisse aux lecteurs le loisir de découvrir à quoi je fais référence.

J’ai vraiment bien aimé ce livre, au point que je lirai les suivants. La couverture de Christophe Alves colle parfaitement avec l’histoire. Évidemment, ce n’est pas Albert Roloff, mais c’est exactement à quoi correspond une des deux histoires. Voilà un bon moment de lecture fantastique, et un héros qui n’a pas pris une ride.

Les dossiers secrets de Harry Dickson T.3, Brice Tarvel, Editions Malpertuis, 2012, 130 pages, illustration de Christophe Alves

Le secret de la pyramide invisible – Isidore Moeduns et Robert Darvel

Voilà un format auquel je n’étais plus habitué depuis longtemps. Un fascicule d’Harry Dickson, le Sherlock Holmes américain. En 32 pages, Isidore Moeduns et Robert Darvel nous amènent dans le Londres de l’entre-deux-guerres. La couverture d’Alfred Roloff nous transporte directement dans l’univers particulier du roi des détectives.

Quatre hommes ont répondu à une invitation à Haggerdale Manor. La demeure n’a plus vraiment été habitée ces dernières années. Mais comme un majordome les a reçus, ils vont enfin pouvoir rencontrer le propriétaire des lieux. Le problème, c’est que le majordome s’en est allé, les laissant à leur triste sort.

Histoire de morts mystérieuses qui se succèdent, dans laquelle une expédition sur une île, joue un rôle important. Lorsqu’Harry Dickson est appelé à la rescousse, en compagnie de son fidèle Tom Wills, il est lui-même une victime de cette étrange affaire. Heureusement, il est mystérieusement sauvé et se retrouve à l’hôpital.

L’histoire tient plus du thriller que du fantastique. Après un léger flottement au départ, elle prend son rythme, et Harry Dickson démêle petit à petit les nœuds de cette intrigue. La pyramide invisible est… quelque chose d’inattendu, sauf pour le détective. Histoire de trésor, d’aventure, de mystère, et … de singes. En fait, tout est explicable lorsqu’on a les tenants et aboutissants. Intéressant, perspicace, mais je trouve que le roi des détective déduit parfois trop vite la solution. C’est un peu le croisement de Jessica Fletcher, Colombo, Sherlock Holmes et Hercule Poirot, avec un soupçon de mystère en plus. Évidemment en 30 pages, on ne peut pas garder le suspens éternellement. Mais, ça mérite d’approfondir le sujet en lisant d’autres aventures du roi des détectives.

Voici une série de fascicules éditée par le Carnoplaste. Avec cette initiative, le détective de Baker street retrouve des couleurs à travers plus de 25 fascicules. Isidore Moeduns et Robert Darvel restituent bien le cadre et l’ambiance qui a bercé mon adolescence, lorsque je lisais les aventures d’Harry Dickson en Marabout. Après Jean Ray, Gérard Dole et Brice Tarvel, voici deux compères qui nous promettent encore de belles intrigues. Qu’est-ce qu’on peut demander de mieux ?

Pour me faire une idée plus précise de ces nouvelles aventures d’Harry Dickson, il me faudra lire plusieurs fascicules. Dans « Le secret de la pyramide invisible », je n’y pas vu beaucoup de fantastique. Mais peut-être n’ai-je pas choisi le bon fascicule pour commencer.

En tout cas c’est original et réussi. Isidore Moeduns et Robert Darvel sont parvenus à me convaincre  !

Le secret de la pyramide invisible, Isidore Moeduns et Robert Darvel, Le Carnoplaste, 2009, 32 pages, illustration d’Alfred Roloff