Archives de Tag: NSO

Les enfers virtuels – Iain M. Banks

Précédemment sorti en deux tomes chez Laffont Ailleurs & Demains, ce livre appartenant au cycle Culture de Iain M. Banks est enfin disponible en poche. Et quel livre de poche ! Plus de 850 pages pour une histoire qui nous plonge dans un univers bien familier pour les amateurs du cycle. On a droit ici à une excellente traduction de Patrick Dusoulier et à une couverture de Lauren Panepinto.

Je n’ai eu aucun problème à rentrer dans cette histoire. Une fois découverts les quelques personnages principaux, l’univers de la Culture est tout à fait familier. Les mentaux y jouent une place importante, comme d’habitude. La seule vraie nouveauté, c’est l’apparition des enfers virtuels, qui sont finalement des réalités virtuelles dans lesquelles les morts ont encore une existence. Mais quelle existence ? Un enfer, un vrai enfer, qu’ils revivent souvent. En matière de torture intellectuelle, on atteint un sommet dans les civilisations proches de la Culture.

Le personnage principal de cette histoire est Lededje, qui est une intaillée (tatouée dehors et dedans), qui est devenue esclave sexuelle de l’homme le plus riche de Sichulte. Sa mort dès le début de l’histoire devrait nous plonger dans l’embarras. Eh bien non ! Banks nous montre ce que la Culture est capable de faire, et Lededje sera reventée à bord d’un vaisseau. Pour l’amateur de la Culture que je suis, je ne pouvais pas mieux demander.

Tous les personnages de l’histoire ne sont pas indispensables. Par exemple Prin et Chay. Cette dernière en particulier. Ils vont vivre l’enfer dans toute sa splendeur. Ils souffriront, en quête d’une porte de sortie dans chaque enfer, mais ils tomberont sur un autre enfer. Ils seront la proie des démons. À travers Chay, on va vivre cet enfer perpétuel de manière plus explicite. Au-delà de la souffrance, c’est aussi l’espoir de mettre un terme à celle-ci qui prédomine chez elle. Et Chay va passer de proie à prédateur. Elle libérera les âmes à travers sa propre faim et sa propre souffrance. C’est beau et c’est horrible. Les chapitres qui sont consacrés à Chay n’apportent rien à l’histoire principale, et n’ont pour but que de nous faire vivre les enfers à travers les yeux de deux personnages. J’aurais envie de dire que Banks aurait pu garder ces chapitres pour nous faire un vrai livre d’horreur. Mais bon, ne gâchons pas notre plaisir, cela reste excellent.

En parallèle à Lededje, on suit aussi Yime, agent de la Culture, qui ne sait pas qu’elle fait partie de Contact Spécial. Elle est chargée d’empêcher Lededje de se venger en assassinant Veppers, et d’arrêter ce dernier pour meurtre. Personnage en demi-teinte, qui manque un peu de charisme et qui est tributaire du mental qui dirige le vaisseau dans lequel elle se trouve.

Et puis il y a la confliction. La guerre larvée qui règne dans les enfers, et que le camp anti-enfers veut transposer dans la réalité. Et pour ce faire, ils mettent en production des millions de vaisseaux sur le disque Tsungariel, composé de frabricats. C’est démesuré, comme seul sait le faire Banks. Mais les plans du camp anti-enfers vont être perturbés par le vaisseau de la Culture qui amène Lededje à proximité de son tortionnaire.

Ce livre est davantage un space opera que ne l’était Trames. Les vaisseaux de la Culture y ont un plus grand rôle, soit sous leur forme primitive de vaisseaux, soit sous la forme d’avatar. Dans la deuxième partie du livre, ils prennent même le dessus sur les personnages humains. Ce n’est pas foncièrement dérangeant, mais on a l’impression que Banks a changé la logique de son histoire en cours de route.

Malgré le fait que j’adore toujours autant ce cycle, j’ai quelques remarques à faire. Oh, rien de grave pour un auteur comme Banks. Le livre contient quelques longueurs. Curieusement, les batailles spatiales sont racontées de manière sommaire, à travers l’avatar d’un vaisseau. Cela fait un peu « Bing, bang, j’ai refilé une raclée à l’ennemi ! ». On aurait bien voulu avoir une longue description de l’événement, comme sait le faire David Weber par exemple. Et puis, il y a le caractère de Veppers, homme le plus riche de sa planète, qui a hérité comme dette de famille de Lededje, une intaillée. L’homme en fait une esclave sexuelle et la tue dès le début de l’histoire. C’est très original puisqu’elle est le personnage principal. Mais grâce au lacet neural, la mémoire et la personnalité peuvent être sauvegardées et réimplantées dans un corps au sein même de la Culture. C’est ce qui s’appelle être reventée. Mais c’est très étrange de voir un monstre comme Veppers, prendre le parti des anti-enfers alors qu’il en détient 70 pour cent dans la galaxie. Cet étrange retournement ne colle pas vraiment avec la personnalité de l’homme qui n’a aucune considération pour la vie d’autrui.

Un dernier point concerne Vateuil, militaire qui va combattre dans des enfers virtuels et acquérir une longue expérience de la guerre. On a l’impression que ce personnage n’a pas vraiment sa place dans cette histoire. Mais la dernière ligne du livre (j’ai bien dit la dernière ligne) fait le lien avec L’usage des armes, un autre livre du cycle.

Les enfers virtuels restent un très bon livre de la Culture. Banks continue à développer son univers et à nous étonner. L’habituer du cycle se retrouvera comme un poisson dans l’eau. Le nouveau lecteur qui veut aborder ce cycle ferait mieux de commencer par L’homme des jeux ou L’usage des armes.

Voici donc encore un très bon Banks, toujours aussi original. L’auteur ne déçoit pas, et encore une fois arrive à nous captiver.

Les enfers virtuels, Iain M. Banks, Poche, 2013, 861 pages, traduction de Patrick Dusoulier, Illustration de Lauren Panepinto.

les enfers virtuels

Heris Serrano – Elizabeth Moon

Voici la réédition chez Bragelonne des trois premiers tomes du cycle Heris Serrano de Elizabeth Moon. Le cycle contient en fait sept tomes. Trois consacrés à Heris Serrano, trois consacrés à Esmay Suiza, et un dernier qui vient conclure le cycle. Bragelonne n’a pas continué le cycle des familles régnantes (titre qui colle mieux). Les trois premiers tomes forment donc « The Serrano legacy », une trilogie axée sur Heris Serrano.

Pour comparer Heris Serrano, on fait souvent référence à Honor Harrington écrit par David Weber ou Miles Vorkosigan écrit par Lois McMaster Bujold. En fait, ce n’est pas tout à fait la même chose, même si Elizabeth Moon a décidé de présenter une femme de tête, capitaine d’un vaisseau spatial, ancienne militaire qui se met au service de noble. La seule certitude, c’est que c’est bien du space opera. À l’époque où est sorti le premier tome du cycle (Partie de chasse) en 1993, les lecteurs découvraient aussi le premier tome d’Honor Harrington (Mission Basilic). David Weber a préféré laisser son héroïne dans la flotte royale manticorienne, tandis qu’Elizabeth Moon fait quitter l’armée à Héris Serrano. Les deux approches sont totalement différentes. De plus, Elizabeth Moon sortait d’un autre cycle écrit en collaboration avec Anne McCaffrey (Sassinak, Generation warriors) qui était déjà une tentative de créer une héroïne au passé militaire, dans un space opera.

Heris Serrano 1-3 (Elizabeth Moon)

Heris Serrano quitte l’armée suite à un différend avec un supérieur hiérarchique. Elle est issue d’une famille d’illustres officiers. Mettre fin à sa carrière militaire revient à stopper complètement sa carrière. Et pourtant, ce ne sera pas le cas, car elle retrouve le commandement d’un yacht appartenant à lady Cecelia. Après avoir fait connaissance de la propriétaire du vaisseau, de ses proches et de l’équipage, Heris Serrano va rapidement se retrouver face à des ennemis qui n’ont rien à envier à ceux qu’elle a rencontrés lorsqu’elle commandait un vaisseau de guerre. La différence principale, c’est que cette fois-ci, elle ne dispose pas de l’arsenal qu’elle avait l’habitude d’utiliser. Ce premier tome pose le décor et les personnages principaux.

Dans Partie de chasse ce sont des hommes qui sont les proies. Parmi les chasseurs il y a un prince qui pense que les proies sont des criminels qui sont volontaires. Double jeu est la suite logique du premier tome. La patronne de Serrano, lady Cecelia a été empoisonnée et est dans le coma. Au cœur de plusieurs complots, Heris Serrano doit tout faire pour sauver sa patronne, mais aussi le prince qui est le neveu de celle-ci. Le livre est plus axé sur les complots proches du pouvoir. Le commanditaire de ces complots est d’ailleurs dans l’entourage direct du prince. Couleurs gagnantes, troisième tome de la trilogie semble être le meilleur. Heris Serrano va se retrouver aux commandes d’un croiseur et aussi du yacht de lady Cecelia pour combattre la mafia. Un space opera avec une vraie bataille. Ce ne ressemble pas à de l’Honor Harrington, car c’est un peu trop fleur bleue, mais cela conclut bien cette trilogie.

Dans l’ensemble, cette trilogie est un space opera très peu militaire, qui devrait parfaitement trouver son public. Une héroïne comme on les aime dans ce genre très précis. C’est-à-dire, capable de prendre des décisions importantes et de peser sur les événements en agissant rapidement et efficacement.

Personnellement, j’ai bien aimé lire cette trilogie, sans avoir de préjugés. L’omnibus proposé par Bragelonne ne laisse plané aucun doute. À ce prix, il existe peu de space opera en trilogie. Donc, à conseiller.

Heris Serrano, Elizabeth Moon, Bragelonne, 2013, 587 pages

Heris Serrano 1-3

Iain M. Banks (décès)

Décidément, 2013 est une mauvaise année pour la science-fiction. Après le décès de Jack Vance, voici celui de Iain M. Banks. Deux de mes auteurs préférés viennent de s’en aller pour un monde, on l’espère, meilleur.

Iain Banks

Au mois d’avril dernier, Iain Banks avait annoncé son cancer et ajouté qu’il ne survivrait peut-être pas jusqu’à la fin de l’année. Il avait un cancer avancé de la vésicule biliaire, qui s’était propagé au foie et au pancréas. Iain Banks est décédé le 9 juin 2013 à l’âge de 59 ans. D’origine écossaise, Iain Menzies Banks était né à Dunfermline dans le File (une région située dans l’est de l’Écosse) le 16 février 1954.

Après des études d’anglais et de philosophie à l’université de Stirling, il travaille dans un cabinet d’avocats

Son premier livre n’avait rien à voir avec la science-fiction. Le seigneur des guêpes tient du thriller fantastique et de la folie. À l’époque, son éditeur (Macmilan) lui conseille d’écrire un livre par an. L’auteur va s’y tenir.

Avec Entrefer, Banks aborde le rêve et propose un livre beaucoup plus psychologique qui se passe sur un pont sans fin. Mais c’est avec « L’usage des armes » qu’il a commencé à créer la Culture en 1987.

Banks s’est impliqué dans la production théâtrale, et a écrit la musique de la pièce « The curse of Iain Banks » qui a été jouée en 1999 à l’Édimbourg Fringe festival. Sur le plan politique, il a aussi milité en défaveur du premier ministre Tony Blair. À l’époque, l’Angleterre avait participé à l’invasion de l’Irak. En signe de protestation, Bank a coupé son passeport. Dans son livre « Raw spirit », il reviendra sur ses préoccupations concernant l’Irak.

Iain Banks nous lègue une belle œuvre, composée majoritairement de livres de science-fiction qui se rapportent à la Culture. Certains d’entre eux n’ont pas encore été traduits et édités en français. Au total 27 livres :

2013 – The Quarry
2012 – The hydrogen sonata (La sonate d’hydrogène)
2012 – Stonemouth
2010 – Surface Detail (Les enfers virtuels)
2009 – Transition
2008 – Matter (Trames)
2007 – The Steep Approach to Garbadale
2004 – The Algebraist (L’algébriste)
2003 – Raw Spirit: In Search of the perfect dram
2002 – Dead Air
2000 – Look to Windward (Le sens du vent)
1999 – The Business (Le business)
1998 – Inversions
1997 – A Song of Stone
1996 – Excession
1995 – Whit, Little
1994 – Feersum Endjinn (Effroyabl Ange1)
1993 – Complicity
1993 – Against a Dark Background (La plage de verre)
1992 – The Crow Road
1990 – The Use of Weapons (L’usage des armes)
1989 – The State of the Art (L’état des arts)
1989 – Canal Dreams
1988 – The Player of Games (L’homme des jeux)
1987 – Espedair Street
1987 – Consider Phlebas (Une forme de guerre)
1986 – The Bridge (Entrefer)
1985 – Walking on Glass
1984 – The Wasp Factory (Le seigneur des guêpes)

Banks signait ses livres de deux manières différentes, suivant qu’il s’agissait de littérature générale ou de science-fiction. Dans le premier cas, il était connu sous le nom de « Iain Banks » tandis que dans le second cas il signait « Iain M. Banks ». Le M fait référence à son Prénom Menzies.

Son apport à la science-fiction est immense. Il a renouvelé le space opera en intégrant une forme d’humour, d’ironie, voire du second degré. Sa vision d’une civilisation galactique est unique, démesurée, mais tellement originale qu’un lecteur ne se contentera jamais de ne lire qu’un seul livre de la Culture. Mais à quoi ressemble cette Culture ?

La Culture est une société galactique sans lois, mais avec bon nombre de principes, de protocoles, d’usages et coutumes à respecter. Ce n’est pas la plus ancienne ni la plus grande civilisation, mais elle tend à s’élargir en intégrant tous les peuples qu’elle croise dans son expansion. Parfois cela génère des conflits armés, parfois l’intégration se fait en douceur. Dans tous les cas, la Culture arrive à ses fins. C’est une civilisation dans laquelle il n’est pas nécessaire de travailler pour vivre. Ce sont des mentaux qui la gèrent pour le compte des humains. Ils se présentent sous la forme d’IA intégrée à un vaisseau ou sous forme de petit drone qui utilise l’antigravité pour se déplacer. Les mentaux sont retors, au point de parfois devenir très dangereux. Ils ne s’investissent pas toujours eux-mêmes et font appel à des humains à qui ils accordent une grande liberté de mouvement. La Culture respecte l’individu et le place au centre de toutes les attentions. Les mentaux font tout ce qu’ils peuvent pour assurer aux humains cette liberté qui leur est chère. Mais parfois, les intérêts politiques et économiques prennent le pas sur les considérations humaines, et alors la Culture peut devenir très dangereuse.

Dans cet univers créé de toute pièce, chaque livre du cycle se focalise sur des races différentes, et parfois des époques différentes. Le lecteur n’est jamais perdu, car rapidement il retrouve les services « Circonstances spéciales » et « Contacts » qui sont le fil conducteur de tout le cycle.

Iain Banks 2

Iain Banks est un auteur important en science-fiction, incontournable en space opera, et intéressant en mainstream. Il avait apporté un renouveau au genre et s’était imposé comme un des chefs de file anglo-saxons. Toute sa production n’est pas du même niveau, mais elle reste néanmoins très originale. Espérons que ces derniers livres non encore traduits ne le resteront pas longtemps. La disparition de Banks crée un vide dans le paysage de la science-fiction anglo-saxonne qui ne risque pas de se remplir de si tôt. A lire ou à relire, l’œuvre de Iain M. Banks est importante. C’était un de mes auteurs préférés.

House of steel : The honorverse companion – David Weber

Une fois n’est pas coutume, je vais parler d’un livre en anglais qui vient de sortir. Non pas parce que j’ai décidé de lire en anglais, mais simplement pour signaler aux amateurs de Honor Harrington que David Weber a écrit ce que tous attendent avec impatience, c’est-à-dire « The honorverse companion ». La sortie du livre coïncide avec les 20 ans d’existence du cycle Honor Harrington. Pour l’occasion, on a droit à une nouvelle édition de Mission Basilic (On Basilisk station), et le premier des compendiums sur l’univers de Honor Harrington.

Ce livre propose un court roman de 180 pages, « I will build my house of steel », qui se passe avant Honor Harrington et se focalise sur Roger Winton et Edward Janacek, sur l’impact que le jeune roi a eu sur le royaume de Manticore, sur sa politique et sa stratégie. Vu la somme d’informations qui existe sur l’Honorverse, c’est trois livres qui couvriront cet univers : House of steel, House of lies, House of Shadows. Le premier est axé sur Manticore et Grayson, le second devrait se focaliser sur Havre, l’empire Andermien, et Erewhon. On peut supposer que le troisième livre traitera de la ligue terrienne et de Mesa. Mais là, je m’avance un peu trop. Les deux autres livres dépendent du succès du premier livre. Donc, contentons-nous déjà de « House of steel », qui est une bonne nouvelle pour qui sait lire en anglais.

Si comme moi, vous avez acheté les deux fascicules « Jayne’s intelligent review » qui font référence à Manticore et à Haven, vous serez heureux de voir ce premier compendium compléter ceux-ci. Le livre est moins orienté jeu que les deux fascicules, mais il donne beaucoup plus de détails sur l’histoire de Manticore, sur l’astronomie, et surtout sur la flotte qu’à constituer le royaume de Manticore. C’est un vrai catalogue de vaisseaux, comme le sont aujourd’hui les « Jane’s » qui présentent les flottes de navires de toutes les nations.

On y trouve des explications sur les différents trous de vers gérés par Manticore, qui vont vers la confédération Silésienne, Basilic, l’étoile de Trévor, Beowulf, l’amas de Talbot, etc. La famille royale manticorienne est décrite avec des arbres généalogiques. Le gouvernement, le parlement, la politique choisie, le système judiciaire y sont décrits. Une description de tous les personnages principaux est reprise dans ce livre. Le cœur du livre, c’est évidemment la description de tous les types de vaisseaux qu’on rencontre dans le cycle Honor Harrington. Une seconde partie présente les mêmes informations, mais pour Grayson.

Ce livre est donc une bible, l’outil indispensable au lecteur pour mieux comprendre l’univers de Honor Harrington. Le premier d’une série qui devrait en contenir trois. Espérons que l’Atalante se lancera aussi dans l’aventure et traduira ce livre. En attendant, je conseille à tous de ne pas attendre et de déjà s’intéresser à ce premier Honorverse companion.

House of steel : The honorverse companion, David Weber, Baen books, 566 pages, 2013

House of steel

L’orage gronde T. 1 & 2 – David Weber

Le treizième tome du cycle Honor Harrington se présente sous la forme de deux livres. David Weber reste fidèle à lui-même et nous propose de suivre le face à face entre l’empire stellaire et la ligue solarienne. Les solariens ont l’esprit toujours aussi obtus que dans les épisodes précédents, et ne veulent pas admettre qu’un peuple néo-barbare est capable de leur botter le postérieur. Et de l’autre côté, on est bien content de voir Manticore et Havre faire enfin la paix.

Ce nouveau tome reste dans la droite lignée des précédents. Pas de vraies surprises, seulement la confirmation d’événements qu’on devinait dans le tome précédent. On se souvient de l’attaque-surprise des Mésans qui a mis à mal le système manticorien.

Comme d’habitude, on a droit à des longueurs chez David Weber. Il s’agit de chapitres qui n’apportent pas grand-chose à l’histoire. C’est le cas pour les conversations qui traitent de la famille Harrington ou Winton. C’est aussi le cas lorsqu’on se focalise sur les chats sylvestres. Et c’est toujours le cas lorsque des subalternes solariens analysent des situations qui ont déjà été analysées par leurs supérieurs. Je conseille aux lecteurs de lire en diagonale ces paragraphes. Ils n’apportent rien d’important, si ce n’est une perte de temps. Ceci dit, David Weber continue à nous présenter la situation économique et militaire de Manticore sous des angles différents. Et parfois, cela se justifie.

 L'orage gronde 1-500

Reste que ce nouvel opus ne donne pas beaucoup de place à Honor Harrington. Il faut attendre plus de 170 pages pour enfin la voir. Bien que ce ne soit pas vraiment un problème. On est habitué à la voir arriver au moment le plus important de l’histoire, c’est-à-dire avant et pendant une bataille spatiale. Encore une fois, c’est David contre Goliath. Mais lorsqu’on étudie la scène de près dans le système de Manticore, on constate que David dispose étrangement d’une puissance que Goliath n’a pas. Et pour y arriver, l’aide des Havriens est la bienvenue.

La paix entre Manticore et Havre, on y rêvait en tant que lecteur. Elle est en bonne voie et les deux puissances stellaires ont décidé de s’allier face au géant que représente la ligue solarienne. La présence des Mésans s’est faite plus discrète dans ce tome. Mais on sait très bien qu’ils sont à l’origine des misères de l’empire stellaire. Je laisse deviner qui a le dernier mot lorsque Filareta se retrouve avec sa flotte dans le système manticorien. Surprise, surprise…

On reste ébahi devant la mauvaise foi des dirigeants solariens, qui ne veulent pas admettre la vérité. Ils préfèrent masquer la vérité, la transformer de telle manière que les milliards de ressortissants de la ligue solarienne penseront que c’est Manticore qui est la cause de la guerre (non déclarée). Ce sont des abrutis, imbus de leur personne, qui se sont déjà fait botter le cul dans deux tomes précédents. Cette fois-ci, ils y ont mis le paquet et ont envoyé une flotte de plus de 400 supercuirassés dans le système de Manticore, avec à sa tête l’amiral Filareta. Troisième grande confrontation entre les deux nations belligérantes, et son dénouement qui surprendra le lecteur, car il y avait moyen d’éviter d’en arriver là. Je ne vais pas révéler le dénouement de ce moment clé du cycle. Mais encore une fois, on constate que les Solariens sont tout sauf intelligents. Malheureusement pour eux, ils se croient meilleurs que les autres, et lorsqu’ils s’en rendront compte, il sera trop tard.

Ce tome est plus axé sur les problèmes économiques et financier que militaire. Manticore agit en puissance stellaire en ferma les nœuds là où c’est possible, ce qui met à mal la situation financière de la ligue. C’est original, mais est-ce tenable ? Les solariens ne le pensent pas. À terme, ils estiment reprendre le contrôle de la situation.

Enfin, certains analystes comprennent que la situation est critique pour la ligue solarienne. Elle est dépassée techniquement et politiquement par l’empire stellaire. Sa seule riposte, c’est le mensonge et l’envoi d’une flotte de guerre dans le système Manticorien. Si ces analyses sont justes, il reste à convaincre les instances dirigeantes du danger. Et là, rien n’est moins sûr. Ou plutôt, le caractère borné des responsables solariens empêche toute solution.

Un bon Honor Harrington en deux tomes. La suite logique « En mission » et « L’ennemi dans l’ombre ». À ce stade-ci, il est nécessaire de lire en parallèle les deux autres séries focalisées sur Torche et l’amas de Talbot. Encore une fois, c’est réservé aux amateurs du cycle, et uniquement à eux. En space opera militaire, c’est ce qui se fait de mieux. David Weber reste inégalé. Les couvertures de Genkis sont toujours aussi belles, et collent de plus en plus au contenu des livres.

L’orage gronde T. 1 & 2, David Weber, L’Atalante, 620 pages, 2012, illustration de Genkis.

L'orage gronde 2-500

Babylon 5

Babylon 5, 20 ans déjà !

En 1993, une nouvelle série de science-fiction fait son apparition, c’était Babylon 5. Elle se différenciait des autres séries par le fait qu’elle proposait une histoire unique planifiée sur cinq ans. C’était en tous cas le vœu de son créateur, Michael Straczynski. Elle se différenciait également par ses effets spéciaux entièrement numériques, et par les différentes histoires qui s’imbriquaient dans la trame centrale.

Avec Star Trek et Star Wars, Babylon 5 imposait une nouvelle conception de l’univers et des races qui le peuplent. Le sujet principal, c’est la station spatiale du même nom conçue par les terriens. Elle est située dans un système solaire voisin, Epsilon Eridani, et a pour seul but d’être le lieu où les différentes races négocient des traités de paix et des traités commerciaux. C’est une station spatiale de cinq kilomètres de long, où vivent un quart de millions de personnes, dans laquelle la majorité des intrigues se passent, car toutes les races de ce côté de la galaxie s’y croisent. Celles qui veulent commercer, celles qui veulent reprendre des colonies jadis perdues, celles qui attendent la venue d’un messie, celles qui espèrent des meilleurs lendemains, et celle qui a construit Babylon 5 et qui a tous les atouts pour devenir la race dirigeante de ce secteur galactique, c’est-à-dire les terriens. C’est sans inclure toutes les races, encore inconnues dans la galaxie, qui sont belliqueuses ou qui pensent différemment des terriens.

En regardant le film pilote de la série « Premier contact Vorlon », on pourrait se dire que cette série n’apporte rien de neuf par rapport à Deep Space Nine du cycle Star Trek. Et pourtant, il n’y a pas grand-chose en commun en dehors du fait que toutes les histoires sont concentrées dans une base spatiale. Babylon 5 apporte une complexité qui se révèle petit à petit au fil des saisons.

B5-2

Michael Straczynski a conçu une histoire qui se déroule en cinq saisons. C’est-à-dire que les spectateurs ne découvriront l’issue de l’histoire qu’à la fin de la cinquième saison. C’est risqué, car cela ne s’était jamais produit auparavant. La plupart des séries proposent des histoires qui ne dépassent pas un, deux ou trois épisodes, et parfois un fil rouge soutient l’ensemble d’une saison. Le pilote accepté et la série sur rail pour être produite, c’est l’occasion de passer en revue les personnages principaux : le commandant Jeffrey Sainclair, l’ambassadeur Delenn, l’ambassadeur G’Kar, l’ambassadeur Londo Molari, l’ambassadeur Kosh Naranek, le lieutenant-commandant Susan Ivanova, le chef de la sécurité Michael Garibaldi, la télépathe Talia Winter et le docteur Stephen Franklin, épaulés par Vir Cotto, Lennier, Na’Thot et Zak Allan. Plus tard, Marcus Cole et le capitaine Elizabeth Lochley feront leur apparition. Belle brochette de personnages représentant les races Minbari, Vorlon, Narn, Centauri et terrienne. Autour de ces cinq races, on en trouve d’autres qui n’ont pas le même statut, mais qui commercent avec celles-ci. Ces races espèrent un jour avoir le même statut. Les Narns et les Centauri se sont faits la guerre et risquent à nouveau de le faire. Les terriens ont été en guerre contre les Minbari dix ans plus tôt. Et chose curieuse, au moment où tout était perdu pour la Terre, les Minbari se sont rendus. Et puis, il y a les étranges Vorlons qui interviennent rarement dans les affaires des autres peuples.

En 2258, la station Babylon 5 est ouverte depuis un an. Elle a été précédée par quatre autres stations détruites ou disparues. Jeffrey Sainclair qui dirige Babylon 5, était un pilote de chasse, un des rares héros et survivants de la bataille de la ligne contre les Minbari. Pour une raison qu’il ignore, il a été affecté à la station en tant que commandant de celle-ci. L’ambassadeur Delenn semble le surveiller de près. Pendant la première saison, c’est-à-dire en 2258, Sainclair va faire face à des problèmes qui mettent la station en danger. Dangers qui peuvent venir de l’extérieur comme de l’intérieur de la station. Cette saison pose le décor et présente le contexte politique, économique, philosophique et religieux de cet univers particulier. On découvre que les Centauris et les Narns sont prêts à se faire la guerre pour le contrôle de colonies aux limites de leur territoire spatial. On apprend que la Terre et Mars ne sont pas en très bon terme, parce que la planète rouge veut son indépendance. Il existe un complot dans le système solaire, qui vise à faire tuer le président Clarke. Il y a aussi les psis qui représentent un danger s’ils ne sont pas incorporés au Corps Psi. Corps qui est un état dans l’état et est dirigé par Bester (clin d’œil à l’auteur de science-fiction Alfred Bester). Les Minbari sont préoccupés par les réincarnations et voient un lien certain entre leur race et les Terriens, tandis que les Vorlons restent le grand mystère de la galaxie. Cette race très ancienne surveille les agissements des autres races, mais ne veut pas s’impliquer dans le moindre conflit. L’ambassadeur Kosh reste une énigme que seule la télépathe Lyta Alexander a pu approcher. Une première saison originale, mais qui ne surpasse en rien ce que les autres séries de science-fiction proposent.

B5-1

C’est la deuxième saison qui va révéler les vraies intrigues qui sous-tendent cette série. Il y a un ennemi ancestral extrêmement dangereux qui est prêt à provoquer des conflits entre races, puis de s’attaquer aux survivants et les détruire ou les asservir. Les Narns et les Centauris se font à nouveau la guerre, le président terrien est assassiné, une colonie terrienne est attaquée, et le corps psi est à la recherche de personnes douées de pouvoir pour les incorporés dans leur rang. Cette deuxième saison commence par un coup de théâtre où on voit Jeffrey Sainclair céder sa place au capitaine John Sheridan, autre héros de la guerre contre les Minbari. C’est l’occasion pour l’ambassadeur Delenn de subir une mutation qui la rapprochera des humains. La découverte des Ombres va donner à Babylon 5 (B5 pour les intimes) une vraie dimension. La série n’a plus rien de commun avec ce qui a déjà été produit dans le genre.

La troisième saison s’enfonce un peu plus dans la guerre que mène Babylon 5 et ses alliés contre les Ombres. La Terre est de moins en moins une démocratie et la station spatiale est devenue l’objet de toutes les convoitises par les instances politiques et militaires. C’est l’occasion de découvrir les rangers et leurs étoiles célestes, formés et commandés par l’ambassadeur Delenn. Commandement que celle-ci remettra à John Sheridan.

Si le combat contre les Ombres et l’intrigue sur l’assassinat du président Clarke sont le cœur de l’histoire, les plus beaux épisodes de la série sont ceux qui concernent Babylon 4 et Jeffrey Sainclair. Ce dernier réapparait dans la série et est projeté dans le passé où il jouera un rôle de premier plan chez les Minbari. On découvre que Valen, le plus grand personnage de l’histoire Minbari, est en fait Jeffrey Sainclair qui a subi la mutation inverse de celle de Delenn. Il y a trois épisodes répartis sur la saison un et trois qui racontent cette histoire. C’est vraiment excellent.

La saison quatre va enfin être l’heure de vérité. John Sheridan se rend sur Z’Ha’Dum la planète des Ombres, tandis que l’alliance formée par Babylon 5 repousse les Ombres grâce aux psis embarqués sur les vaisseaux, et aux grands anciens qui ont refait leur apparition pour aider l’alliance. C’est sans aucun doute la plus belle saison. Celle où toutes les histoires s’entremêlent, où toutes les rivalités sont exacerbées, celle de la fin des Ombres, mais pas du danger qu’elles représentent. Les Ombres y ont laissé leurs servants, les Drakhs

Initialement, ce conflit aurait dû avoir lieu dans la saison 5. Mais Michael Straczynski ne savait pas si la série allait être reconduite pour une cinquième et dernière saison. Pour rester cohérent, il a dû avancer certaines parties de l’histoire originale et a postposé les histoires secondaires. Lorsque le budget de la saison 5 a été accordé, il était déjà trop tard pour changer l’ordre des épisodes. Les intrigues annexes allaient trouver leur dénouement dans cette ultime saison.

B5-3

Babylon 5 se distingue aussi par ses effets spéciaux et ses scènes de combats spatiaux. Ce ne sont pas des maquettes qui se déplacent, mais bel et bien des animations 3D de vaisseaux spatiaux. L’univers est coloré et beaucoup plus réaliste que dans d’autres séries de science-fiction. Il faut savoir que ces scènes 3D étaient faites avec des Amiga ! Pour l’époque, c’était extraordinaire. Lorsque Michael Straczynski a voulu relancer la série au 21ème siècle sous forme d’épisodes indépendants, il a eu toutes les peines du monde à retrouver les objets 3D qui avaient servi à la série originale.

En dehors des 110 épisodes, il y a eu 6 téléfilms :

  • Premier contact Vorlon (The Gathering) (1993) le pilote de la série
  • Au commencement (In the Beginning) (1997) se passe 10 ans plus tôt lors de la guerre entre les Terriens et les Minbari
  • La cinquième dimension (Thirdspace) (1998) qui se situe après la guerre contre les Ombres
  • La rivière des âmes (The River of Souls) (1998) se situe après la cinquième saison
  • L’appel aux armes (A Call to Arms) (1999) se passe 5 cinq ans après la série et est le pilote de la série Croisade (Crusade)
  • La légende des Rangers (The Legends of the Rangers) (2002) film pilote d’une série qui n’a jamais vu le jour

On pourrait ajouter un septième téléfilm avec « The lost tales », qui est en fait deux épisodes qui se passent après la fin de la série.

L’ultime croisade (Crusade) est le spin off de Babylon 5. Une série qui se concentre sur la quête du vaccin qui sauvera l’humanité du poison envoyé par les Drakhs. Cette série n’a qu’une douzaine d’épisodes, et permet de découvrir les techno-mages, déjà aperçus dans Babylon 5.

Pendant un moment, on a pensé voir une suite à Babylon 5. Mais Michael Straczynski n’a pas tenu à ce que celle-ci renaisse sur le petit écran. Si Babylon 5 doit revivre, ce ne peut être que sur grand écran. Voilà pourquoi à l’heure actuelle on n’entend plus parler de la série. C’est dommage, et rien n’indique qu’un film verra le jour. En attendant, la série comprend 110 épisodes et 6 téléfilms qui sont toujours une référence dans le monde de la science-fiction.

Babylon 5 a non seulement apporté une dimension inconnue à une série télévisée de science-fiction, elle a aussi révélé des personnages très intéressants, qui ont été développé au fil des saisons. Le plus spectaculaire d’entre eux, c’est G’Kar l’ambassadeur Narn. Au début de la série, c’est un empêcheur de tourner en rond, mais au fil des épisodes on découvre quelqu’un d’une grande noblesse, d’une grande sensibilité, d’une grande fidélité, qui pourrait être le guide de son peuple, mais qui préfère rester ce qu’il est, c’est-à-dire un ambassadeur et un ami fidèle.

B5-4

Babylon 5, c’est aussi des effets spéciaux qui dans le contexte de l’époque (les années 90) faisaient mieux que la concurrence. Aujourd’hui, ces effets sont dépassés par ceux de séries comme Battlestar Galactica. Mais pour l’époque, il y a 20 ans, c’était excellent.

Babylon 5 a connu des déclinaisons sous la forme de livres et de comics. Une partie des livres a été désavouée par Michael Straczynski. Les histoires ne s’inscrivaient plus dans les scénarios qu’il écrivait pour la série en cours de tournage. Tant pis ! Les comics ont eu plus de chance.

Babylon 5 reste un classique de la science-fiction, une série qui est l’exemple de ce qu’on peut faire de mieux en matière d’histoire complexe et d’intrigues foisonnantes. Cette série mérite de trouver son pendant sur grand écran. Espérons que Michale Straczynski trouvera la volonté et les moyens pour un jour réaliser cela. En attendant, la série est disponible en DVD.

Iain M. Banks – Trames

 

Voici la version poche de Trames, un livre de Iain M. Banks qui fait partie du cycle Culture.

L’histoire se passe sur Sursamen, un monde gigogne construit il y a plusieurs milliards d’années par les Involucra, une race qui a depuis longtemps disparu. Sursamen est un monde composé de différents niveaux, qui possèdent chacun leur propre soleil artificiel. Sur lesquels vivent des races dont l’atmosphère peut être liquide ou gazeuse. Ces différents niveaux sont reliés entre eux par de gigantesques tours qui abritent des puits permettant le passage d’un niveau à un autre. On apprend que 4000 mondes gigognes ont été créés autour de la galaxie et qu’il n’en reste plus que 1200. Les autres ayant été détruits par les Ilns. La Culture semble toute petite par rapport à la civilisation galactique qui a créé ces mondes gigognes dans un lointain passé.

Le huitième niveau de Sursamen est occupé par les Sarles et les Deldeines, peuples humanoïdes qui se font la guerre avec des armes primitives. L’épée est l’arme classique et le revolver vient de faire son apparition. Derrière ces races se cachent des races mentors qui pour arriver à leur fin influencent délibérément les races inférieures.

Au moment où l’histoire commence, nous suivons Ferbin, un des trois enfants du roi Hausk, qui après avoir évité la mort s’est réfugié dans une maison non loin du champ de bataille. Mais Ferbin qui n’a pas révélé sa présence va assister au meurtre de son père. Tyl Loesp le tue et fait passer sa mort pour une conséquence logique de la bataille qui s’est terminée en faveur des Sarles. L’homme veut régner sur le niveau 8 et sur d’autres, et pour cela il a besoin de tuer les héritiers du roi Hausk, c’est-à-dire Ferbin, son frère Cadet Oramen et leur sœur Djan Seriy Anaplian. Ferbin, qui est majeur, peut prendre la place de son père sur le trône, mais plutôt que de revenir au palais où il est certain de se faire tuer, il préfère fuir en compagnie de son fidèle compagnon Choubris Holse. Son but est de retrouver un ancien ami de son père qui fait partie de Circonstance Spéciale, avec l’espoir que ce dernier l’aidera à chasser le tyran du pouvoir.

Oramen, le second fils du roi, ignore que son père a été tué par Tyl Loesp, et il ne voit en ce dernier que le régent qui assure la transition tant qu’il n’a pas atteint l’âge requis pour régner. En attendant, Oramen se consacre à l’exploration de la cité sans nom. Il exhume un sarcophage vieux de plusieurs millions d’années vers lequel tous les regards de Sursamen se retournent. Surtout ceux des Octes (les mentors des Sarles) qui pensent que le sarcophage contient un Involucra. Comme ils se croient les dignes descendants de ceux-ci, ils estiment que le sarcophage leur revient. Et c’est toute une flotte de vaisseaux Octes qui vient se mettre en orbite autour de Sursamen.

Et puis il y a Djan Seriy Anaplian, la sœur, qui a quitté les Sarles depuis une quinzaine d’années, et qui entretemps est devenue un agent de la Culture et de Circonstances Spéciale en particulier. Quand elle a entendu que son père était mort, elle n’a eu qu’une envie, revenir sur Sursamen pour honorer sa mémoire.

Trois vies, trois trames que le lecteur va suivre tout au long des pages. Dès les premières Iain Banks plonge le lecteur au cœur de l’action. On s’attend ensuite à ce que ce rythme soit soutenu, mais il n’en est rien. Iain Banks a décidé de nous faire visiter la Culture en cinémascope et en Technicolor comme lui seul sait le faire. Que ce soit sur Sursamen le monde gigogne, sur un vaisseau de la Culture ou sur un monde-nid des Morthanveldes, Banks continue à nous surprendre par ses descriptions de civilisations et technologies.

À partir de la découverte du sarcophage, l’histoire s’anime à nouveau et l’action reprend le dessus jusqu’à la fin du livre. Elle se termine de manière inattendue, face à une menace qui met en danger Sursamen. Le livre contient un épilogue dans lequel on retrouve Choubris Holse longtemps après les événements du livre. Il nous laisse deviner le dénouement de l’histoire.

L’image qu’on a de la Culture n’est plus tout à fait la même que celle qu’on avait auparavant. Malgré son étendue et sa diversité, la Culture est en contact avec des civilisations aussi développées qu’elle, voire même plus qu’elle. On découvre que certaines races ont elles-mêmes une race mentor, et que ces races mentor ont aussi une race mentor.

À noter qu’il y a quelques personnages et lieux originaux : un avatoïde avatar du mental d’un vaisseau de la Culture, un drone qui s’est téléchargé dans un missile-couteau en forme de vibromasseur, un Iln tueur de monde gigogne, des vaisseaux qui ont des noms à coucher dehors et un nombre de personnages secondaires tel qu’il vaut mieux ne pas les retenir (d’où l’intérêt de l’appendice en fin de livre).

On retrouve en fin de livre l’article Quelques notes sur la Culture écrit par Iain Banks. Le livre se termine par une biographie de l’auteur.

Trames est vraiment un excellent livre sur la Culture. La version poche est une aubaine pour les amateurs de science-fiction. Bien qu’épais, le livre se manipule très facilement. Vraiment excellent !

Iain M. Banks, Trames, Traduction : Patrick Dusoulier, 834 pages., Poche, 2012