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Le rêve de l’exilé – Alain le Bussy

Alain Le Bussy fait partie de ces auteurs belges qui m’ont échappés. Je l’ai rencontré une fois, lors d’un Trolls et Légendes à Mons. À l’époque, je me demandais ce qu’il pouvait bien écrire comme science-fiction. Puis, je me suis dit qu’il fallait absolument combler cette lacune. D’abord parce que c’est un compatriote, et que depuis un certain temps je fais découvrir des auteurs belges sur mon blog, tous domaines confondus. Ensuite parce que j’en ai tellement entendu parler autour de moi et surtout dans le fandom, qu’il m’était impossible de ne pas le lire.

J’ajouterai que ce premier tome de l’anthologie consacrée à Alain le Bussy est paru chez Rivière Blanche, et est dirigée par Marc Bailly. Donc, cette anthologie devenait incontournable pour moi, surtout si je ne voulais pas mourir idiot. C’est donc avec un regard neuf que j’ai abordé cet auteur très prolifique et très actif dans le domaine de l’imaginaire. Il a écrit une centaine de romans et deux fois plus de nouvelles.

En commençant la lecture de cette anthologie, je n’ai pas eu l’impression d’être confronté à des textes obsolètes. Les nouvelles qui la constituent sont toujours d’actualité, et le style de Le Bussy fait que ses textes restent intemporels.

La première de ces nouvelles donne le ton de l’anthologie. Dans Un don inné paru en 1966, qui est le premier texte d’Alain le Bussy, on aborde le space opera, et de manière plus classique, le planet opera. Ce qu’on découvre, c’est un extraterrestre naufragé sur Terre, qui doit attendre que le niveau technologique de la civilisation lui permette de réparer son vaisseau ou d’en reconstruire un , capable de le ramener chez lui. Mais après les siècles passés, l’extraterrestre doit bien s’intégrer au reste de l’humanité, et l’identité qu’il prend est révélée dans les dernières lignes de la nouvelle, et est assez amusante.

La cité des tours mélancoliques reprend le thème du voyageur solitaire qui explore d’autres mondes. Thème qu’on retrouve souvent dans les nouvelles d’Alain le Bussy. L’auteur est à l’aise avec les histoires de planet et space opera.

Le rêve de l’exilé, nouvelle qui donne son titre à cette anthologie, fait référence au dieu endormi, à l’extraterrestre qui un jour a atterri sur Terre pour ne plus repartir. On peut considérer que cette nouvelle est une variante de « Un don inné ».

Les autres nouvelles sont du même niveau, et se passent parfois à notre époque. Alain le Bussy, passant facilement de la science-fiction au fantastique.

On retrouve dans l’écriture d’Alain le Bussy, une forme toujours très épurée, très facile de ses histoires. L’auteur a le mérite d’avoir de très bonnes histoires, bien pensées, mais racontées simplement, avec l’envie pour le lecteur d’aller jusqu’au bout de celles-ci. Dans certaines des nouvelles, on dénote même une forme de poésie chez l’auteur.

Marc Bailly préface cette anthologie dont il a choisi les textes. Il précise que ce premier tome correspond à une période spécifique de l’écrivain qui va de 1966 à 1991. Deux autres anthologies devraient suivre. Dominique Warfa préface la première nouvelle de Alain le Bussy, tandis que George Bormand, Serena Gentihomme, Christian Martin et Jeremy Sauvage ajoutent un hommage en guise de postface. On le voit, l’auteur ne laisse pas indifférent. Au cours de ses cinquante années d’activités dans l’imaginaire, il a tissé un réseau impressionnant d’amis et de lecteurs.

Sur 350 pages, le lecteur trouvera déjà un excellent panel de la productivité en imaginaire d’Alain le Bussy. Ce premier tome devrait être suivi par deux autres, et réjouira les lecteurs qui ont aimé celui-ci, mais aussi ceux qui veulent découvrir en détail l’auteur. Une anthologie qui rend hommage à un excellent auteur de science-fiction d’origine belge.

Le rêve de l’exilé, Alain le Bussy, Anthologie dirigée par Marc Bailly, Rivière Blanche, 350 pages, illustration de Grillon

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Prometheus

Ridley Scott revient à ses premiers amours, la science-fiction, avec une préquelle à Alien. On pensait le cycle terminé, ou du moins incapable de se renouveler. Eh bien, non ! Ridley Scott relance le cycle en situant ce nouveau film en 2093, bien avant Alien le huitième passager. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le réalisateur respecte l’univers qu’il a créé il y a trois décennies.

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Le canevas de base reste le même. Un vaisseau, une équipe d’exploration composée de civils, principalement de scientifiques, et d’un androïde. Les militaires sont remplacés ici par les dirigeants de la société Weyland qui finance le projet. Pour les uns, c’est la connaissance qui est privilégiée, pour les autres c’est l’exploitation de ces connaissances sans la moindre éthique ou considération pour la vie humaine. Dans le cas présent, l’équipe explore une planète sensée avoir été habitée par les ingénieurs, ceux qui ont conçu les humains. Depuis des millénaires, une constellation apparait sur des artéfacts terriens. Cette constellation a été trouvée, et une planète a été détectée dans un des systèmes stellaires de cette constellation.

Après un voyage de deux ans en hibernation, l’équipage du Prometheus, dirigé par les deux scientifiques, les professeurs Shaw et Holloway, met le pied sur un monde qui a abrité les ingénieurs. L’équipage découvre un dôme artificiel et un vaisseau et la tête d’un extraterrestre, et une urne contenant un liquide noire. Liquide qui sera utilisé par David l’androïde, qui le fera boire à un des membres. Une tempête a empêché le retour de deux membres de l’expédition. Ils sont coincés dans une grotte où ils rencontrent un serpent particulier.

À partir de ce moment, le film prend une autre direction. L’exploration passe au second plan tandis que des événements étranges mettent en péril une partie de l’équipage, au point qu’ils se battent entre eux pour survivre. On découvre que l’androïde travaille pour le patron de la Weyland, qui est terré dans des appartements secrets du vaisseau. L’objectif des uns est alors d’entrer en contact avec les ingénieurs et pouvoir prolonger la vie, tandis que les autres cherchent à sauver leur vie et s’éloigner des aliens.

On retrouve dans ce film des séquences qui sont similaires à celles du premier Alien. C’est comme si Ridley Scott nous rejouait partiellement le huitième passager. Mais ce film nous aide à comprendre comment sont apparus les aliens. Il nous reste à découvrir qui sont vraiment ces ingénieurs. Le professeur Elizabeth Shaw aidé par les restes de David va emprunter le vaisseau extraterrestre pour retrouver les ingénieurs.

Ridley Scott a reconstruit un univers similaire à celui du premier film. Le même environnement technologique, les mêmes objectifs, les mêmes contraintes, et le même environnement visuel. Ce qui est une aubaine pour le spectateur qui a vu le premier film. La seule différence notable, c’est la technologie beaucoup plus pointue. Mais foncièrement, il n’y a pas de rupture par rapport à Alien. Cette qualité est aussi le défaut du film, dans le sens où l’on retombe dans les mêmes erreurs que dans le premier film. Des humains qui font joujou avec des œufs inconnus ou avec une sorte de serpent, c’est difficile à admettre particulièrement de la part de scientifiques qui doivent prendre un maximum de précautions dans leur exploration.

L’univers visuel, c’est aussi cet étrange vaisseau aux formes sensuelles, qui abritent en son sein deux races extraterrestres, celle des ingénieurs et celle des aliens. Cela reste mystérieux et terrifiant.

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La distribution du film est excellente. Voir Charlize Theron diriger d’une main de fer et sans état d’âme cette équipe d’exploration, montre encore une fois qu’elle est une actrice caméléon qui mérite son oscar de la meilleure actrice, qui est capable de jouer dans n’importe quel type de film. Mais la bonne surprise de ce film, c’est Noomi Rapace en scientifique et personnage principal. L’actrice qui nous avait surpris dans son rôle de Lisbet Salander dans le thriller suédois Millenium (qui tient en trois films), déguisé en punkette tatouée, à la forte personnalité, retrouve ici un rôle plus conventionnel, mais pas moins intéressant. Elle va même nous surprendre dans sa scène avec l’alien sur la table d’opération. Michael Fassbender dans le rôle de David l’androïde n’est pas mal non. Il arrive à faire peur. On l’avait précédemment vu dans X-Men : Le commencement.

Un film dans la lignée des précédents, qui annonce le début d’une nouvelle trilogie, avec une énigme encore plus intéressante sur les origines de l’humanité. D’où venons-nous ? Qui sont nos créateurs ? Et pourquoi veulent-ils notre perte ? Même si quelques détails sont critiquables, ce film est excellent. Je dirai qu’il est un des meilleurs avec les deux premiers films du cycle. Il ne reste donc plus qu’à attendre la suite de la trilogie que Ridley Scott a promise. Espérons qu’il ne faudra pas attendre trois décennies pour la voir !

Prometheus, réalisé par Ridley Scott, Avec Charlize Theron, Noomi Rapace, Michael Fassbender, 2012, 123 minutes.

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Aldébaran (intégrale) – Leo

À la fin de l’année, les éditeurs de bandes dessinées sortent souvent des intégrales. J’ai profité de l’occasion pour lire celle d’Aldebaran dessinée et scénarisée par Leo et éditée chez Dargaud.

L’intégrale reprend les cinq albums suivants :

1.       La catastrophe
2.       La blonde
3.       La photo
4.       Le groupe
5.       La créature

Pour une raison que j’ignore, ce cycle m’avait échappé ainsi que ceux qui suivent. Mais comme j’avais envie de combler cette lacune, j’ai fait le pas vers ce premier cycle des mondes d’Aldebaran. Et je ne le regrette pas ! Cette intégrale a été dévorée en une journée, le jour de l’an. Et quand j’en suis ressorti, j’étais triste de devoir quitter les personnages de celle-ci. Dans la foulée j’ai acheté les cycles Betelgeuse et Antares, que je dois encore lire. Tout comme je suivrai également Survivants, un nouveau cycle qui se raccroche à Aldebaran. Mais ça, c’est une autre histoire.

Tout ça pour dire que ce cycle de science-fiction  est très bien dessiné et imaginé par Leo. Les décors sont splendides. La faune et de la flore nous dépaysent vraiment et la qualité du dessin est exceptionnel. Ce qui ne gâche rien, c’est que Leo nous présente des personnages à fortes personnalités, qui vivent une aventure à laquelle on adhère en tant que lecteur. Aldebaran, c’est un monde et un univers cohérent qui piègent le lecteur, car une fois que ce dernier a commencé, il ne sait plus s’en détacher.

Et l’histoire dans tout ça ? A la fin du 22e siècle la colonie établie sur Aldebaran n’a plus aucun contact avec la Terre depuis près d’un siècle. Elle a évolué et essaimé sur un continent de la planète. L’histoire commence lorsqu’un Nestor échoue sur une plage et qu’en pleine mer se produit un événement inhabituel. On découvre les personnages de Kim Keller (13 ans) et Marc Sorensen (17 ans), qui vont être confrontés à l’apparition étrange de la mantrisse. L’arrivée de Driss un étranger qui met en garde le village contre la mantrisse, puis d’une journaliste, qui veut l’interviewer,  va précipiter les choses. La mantrisse va détruire le village et les habitants des deux jeunes adolescents. Ils vont devoir entamé un long périple qui devrait les mener jusqu’à Anatolie la capitale. Ce long périple s’étale sur les cinq tomes de cette intégrale et prendra cinq ans. Avec des péripéties inattendues pour les deux adolescents qui vont beaucoup murir. En chemin ils rencontreront Alexa, la compagne de Driss, qui comme ce dernier partage un secret concernant la mantrisse, mais aussi un secret lié à leur passé.

À travers de merveilleux paysages habités par des animaux plus étranges les uns que les autres, on découvre une colonie qui n’est pas vraiment libre. L’autorité a des allures de dictature et une forme de fanatisme existe dans les instances policières. Le fait d’aider Alexa et Driss fait des deux adolescents des personnes recherchées par les instances policières. Ils seront traqués, trahis, emprisonnés, libérés et courront des dangers.

Alexa et Driss ne sont pas originaires d’Aldebaran. On découvre qu’il s’agit de deux terriens qui ont une durée de vie supérieure à celle des colons. Cette longévité est liée au mystère de la mantrisse. Ce que nous révèle le cinquième et dernier tome du cycle. C’est aussi le moment où un vaisseau terrien arrive sur Aldebaran.

De la science-fiction de qualité et une aventure palpitante. Une très belle histoire avec des personnages hauts en couleur, et une intrigue soutenue tout au long de cette intégrale. Je comprends mieux l’engouement pour ce cycle. J’espère qu’en 2011 Beltelgeuse, sera aussi réédité en intégrale.

À tout lecteur qui voudrait s’essayer à ce cycle, je lui conseille de directement acheter l’intégrale plutôt que les cinq tomes séparément, car après avoir lu le premier il aura de toute manière envie de lire les quatre autres. Ce cycle est vraiment excellent.

Aldébaran intégrale, Leo, Dargaud, 2010, 264 pages


Les vestiges de l’automne – Robert Silverberg

Je ne présente plus vraiment Robert Silverberg, un auteur de science-fiction à qui ont doit « Les monades urbaines », « L’homme dans le labyrinthe » ou « Le château de lord Valentin » qui donnera lieu à un cycle sur Majipoor. J’ajouterai à ces quelques livres, l’intégrale des nouvelles en quatre volumes. C’est un auteur très prolifique qui a été récompensé par plusieurs prix (Hugo, Nebula, Locus). Personnellement j’ai découvert Silverberg avec « Le château de lord  Valentin ». En dehors de l’intrigue de ce long roman, j’y ai découvert un auteur qui prend plaisir à décrire les différentes villes et peuples d’une grande planète comme Majipoor. Silverberg excelle dans ses descriptions psychologiques de
personnages et dans la description de lieux.

Avec « Les vestiges de l’automne » j’espérais retrouver le Silverberg que j’aime lire. Et je n’ai pas été déçu. Sans avoir lu les deux tomes qui précèdent (« La fin de l’hiver » et « La reine du printemps »), j’ai pendant un moment hésité à me lancer dans la lecture de cette longue nouvelle (ou court roman). Il faut savoir qu’à l’origine Silverberg avait prévu d’écrire un troisième tome à son cycle du nouveau printemps. Mais après avoir été rassuré que cela pouvait se lire indépendamment des deux livres précédents, j’ai lu ce livre dans un ordre différent de celui des textes présentés. J’invite d’ailleurs les lecteurs qui sont dans le même cas que moi, à faire pareil. C’est-à-dire en commençant par lire le synopsis « L’été du grand retour », qui décrit ce qu’aurait dû être le troisième tome. ActuSF qui publie ce livre, nous propose la version française et anglaise du texte. Le synopsis est aussi un excellent résumé de ce qui s’est passé  précédemment. Le lire avant le court roman, facilite la lecture de ce dernier.

Silverberg nous explique que les hommes ont disparu depuis des millions d’années et qu’ils ont créé six peuples qui les ont remplacés sur la planète. A une époque très reculée, une pluie d’étoiles de mort s’est abattue sur la planète, ce qui obligea la plupart des êtres vivants à migrer vers les sous-sols de la planète (le long hiver). Deux cents ans après le nouveau printemps, les peuples ont reconstruit la civilisation. Ils possèdent une technologique similaire à celle de
notre vingtième siècle.

Une découverte importante à été faite. Les seigneurs-de-la-mer, une des six  races, a survécu à la surface de la planète pendant le long hiver. Cette découverte est le prétexte idéal pour nous emmener dans un long voyage où on fera la connaissance de l’architecte Nortekku et de la belle princesse et
archéologue Thalarme. Au début de cette histoire nous faisons la connaissance de Nortekku, qui fuit une situation embarrassante sur le plan sentimental (la rupture de ses fiançailles avec la princesse Silina de Dawinno). Sa fuite le fait quitter Dawinno pour Yissou, où il fera la connaissance de Thalarme. De leur rencontre naitra une romance tumultueuse, où on apprend que la belle princesse est déjà mariée. Avec son amant elle participe à une mission qui à pour but d’en savoir davantage sur une colonie de seigneurs-de-la-mer récemment découverte. Le voyage passe par la cité de Bornigrayal où l’expédition embarque à bord d’un navire pour se rendre à Sempirone avant de faire une longue traversée de la mer. Lorsqu’ils rencontrent les seigneurs-de-la-mer, ils aperçoivent une race qui a subi une dégénérescence. Thalarme croit lire dans leurs regards qu’ils désirent mourir. Quatre spécimens sont embarqués à bord du
vaisseau, en même temps que des artéfacts. Le voyage de retour fait réfléchir les deux amants. Le dénouement qui s’ensuit lors de leur arrivée, laisse la porte ouverte à d’autres aventures car entre Nortekku et Thalarme l’histoire ne fait que continuer.

Malheureusement Silverberg me laisse sur ma faim. Le parallèle avec Majipoor est inévitable. Bien sûr on ne suit pas un Coronal qui a perdu la mémoire, mais dans le cas présent une belle princesse et un architecte qui sont amoureux et qui découvrent un peuple qui n’a qu’un but, mourir.

Je voudrais signaler l’excellente préface de Gérard Klein, qui a publier la plupart des romans de Silverberg. C’est toujours un vrai plaisir de lire ses préfaces.

Un excellent court roman (longue nouvelle) qui laisse un goût de trop peu. Et pourtant j’étais partant pour lire 500 pages sur cette grande planète. Après les grands anciens comme Jack Vance, George R. R. Martin, Michael Moorcock, c’est au tour de Robert Silverberg de faire son apparition chez ActuSF. On ne peut que souhaiter à l’éditeur d’encore nous sortir d’agréables perles comme celle-ci.

La lecture de ces vestiges de l’automne me donne envie de lire les deux tomes précédents (qui m’attendent toujours dans ma bibliothèque). Sans aucun doute un livre à ne pas rater. Oui, j’ai aimé. Et je le dis haut et fort !

Les vestiges de l’automne, Robert Silverberg, ActuSF, 2010, 176 pages, traduction de Jacqueline et Florence Dolisi et Eric Holstein, couverture de Manchu.


Cap sur l’Armageddon – David Weber

L’apparition d’un livre de David Weber chez Bragelonne est une surprise. L’éditeur continue à étoffer son panel d’auteurs de science-fiction. Après Iain Banks et Peter F. Hamilton, David Weber rejoint le catalogue de l’éditeur. Cap sur l’Armageddon est le premier tome d’un cycle.

David Weber nous montre une civilisation humaine acculée par un ennemi supérieur, les Gbabas. La fin de l’humanité est irrémédiable, et la solution pour éviter celle-ci est de sauver quelques milliers de colons, dans l’espoir que dans un lointain avenir ils trouveront les moyens de résister et vaincre l’ennemi. Mais pour que cette colonie puisse évoluer sans être repérée et éliminée par les
Gbabas, les concepteurs de ce plan (pas vraiment audacieux) décident de faire régresser la technologie. Les colons sont reconditionnés mentalement pour ignorer toute forme de technologie. On passe des vaisseaux spatiaux aux navires à voiles ou aux galères.

Huit siècles se sont écoulés, et on retrouve une civilisation moyenâgeuse, divisés en royaumes, dirigée de main de maître par des instances religieuses et inquisitrices. L’héroïne de l’histoire est la copie de la conscience de Nimue Alban, qui se retrouve dans le corps d’un androïde. Elle dispose de toute la technologie nécessaire pour agir et interférer sur Sanctuaire. Elle reprend forme sous l’apparence d’un homme qui protégera un des princes héritiers d’un des
royaumes. Elle fait évoluer l’armement des Charisiens par petite touches successives. Comme pour le cycle Honor Harrington, ce roman se termine par une grande bataille… navale.

J’avoue que j’aime bien lire le cycle d’Honor Harrington, mais je ne suis pas un inconditionnel de David Weber. Au même titre que le troisième tome des Héritiers de l’empire, je n’ai pas vraiment apprécié ce Cap sur l’Armageddon. Passer d’un space opera à un planet opera dans lequel la technologie régresse m’a profondément dérangé. Nimue Alban n’a pas l’impact et le charisme d’une Honor Harrington. Et c’est bien dommage. J’ajouterai qu’il est parfois difficile de retenir les noms des personnages utilisés par David Weber.

Je reste donc mitigé face à ce livre. Sans doute est-ce parce que je suis un inconditionnel d’Honor Harrington, et que mon premier réflexe a été de comparer ce livre aux autres de David Weber. Néanmoins ma réaction n’est pas celle d’un lecteur qui découvre David Weber pour la première fois. Si un nouveau lecteur vient de la fantasy, il rentrera plus rapidement dans l’histoire.

Je conseillerai ce livre à ceux qui n’ont pas lu les space opera de David Weber.

Cap sur l’Armageddon, David Weber, Bragelonne, 670 pages, traduit par Michael Cabon, illustré par Gary Jamroz

Le chateau de Lord Valentin – Olivier Jouvray et David Ratte

Je me souviens avoir lu Le château de lord Valentin au début des années quatre- vingt, lorsqu’il était sorti chez Laffont. Voici que près de trente ans plus tard Olivier Jouvray, David Ratte et Myriam Lavialle nous font revivre l’univers de  Majipoor à travers une BD de très bonne facture. Cette BD vient naturellement se rajouter aux adaptations déjà disponibles dans la collection Cherche Futurs des éditions Soleil.

L’histoire se passe sur Majipoor, une planète géante, sur laquelle on suit Valentin qui a perdu la mémoire. La seule chose dont il se souvient, c’est son prénom. A proximité de Pidruid, la grande ville qui se trouve à l’ouest du continent de Zimroël, Valentin fait la connaissance de Shanamir, un jeune berger. A deux, ils seront engagés dans une troupe de saltimbanques et parcourront les différents continents de Majipoor.

Au sein de la troupe de Zalzan, un Skandar, Valentin deviendra jongleur. Il y rencontrera la belle Carabella et une série de compagnons issus de races différentes. L’histoire pourrait paraitre simple et est un vrai prétexte pour nous faire découvrir cette grande planète. Mais les cauchemars de Valentin et la recherche de son identité réelle vont devenir le sujet le plus important. Valentin découvrira qu’il n’est pas un simple jongleur, mais le Coronal de Majipoor, que son identité à été usurpée par quelqu’un d’autre. Lui et ses compagnons de voyages, vont affronter des périls au cours de leur long périple sur les continents de Majipoor, jusqu’à ce que Valentin retrouve son château et redevienne le Coronal de Majipoor. Histoire classique de Robert Silverberg, mais vraiment bien adaptée en BD.

Je me souviens que ce livre m’avait dépaysé à l’époque de sa sortie.  Curieusement la bande dessinée arrive au même résultat. C’est-à-dire faire découvrir un monde original où se côtoient différentes races,  et sur lequel des intrigues visent le pouvoir. La seule question que je me suis posé par rapport au roman, c’est que je ne me souvenais pas que les Skandars aient une tête de loup. Mais la BD reflète tellement bien le livre, que ce n’est qu’un détail.

Olivier Jouvray, David Ratte et Myriam Lavialle ont fait un excellent travail. Car il n’a pas dû être évident d’adapter ce roman assez volumineux au cadre plus strict d’une bande dessinée. Bien sûr cette BD n’est que la première partie du roman.

J’espère que les auteurs de cette adaptation penseront à ajouter dans le dernier tome une carte de Majipoor, qui reprend le périple de Valentin jusqu’à son château. Ces cartes existaient dans le livre d’origine et permettaient aux lecteurs de mieux suivre la progression de Valentin. Ce n’est pas indispensable à la lecture, mais ce serait un petit plus qui serait le bienvenu.

Le château de Lord Valentin est une excellente BD de fantasy, dont on attend la suite avec impatience. Pour ceux qui n’ont jamais lu le roman, cette adaptation leur est toute désignée. Et pour les nostalgiques comme moi, c’est un bonheur de retrouver Valentin en bande dessinée.

Olivier Jouvray, David Ratte, Myriam Lavialle, Cherche Futurs, Soleil (2009, 48 pages)

La veillée de Newton – Ken MacLeod

Au 24ème siècle Lucinda Carlyle et son commando se retrouve sur Eurydice. Elle a emprunté le réseau de portails dirigés par son clan. Eurydice a été peuplé par des humains qui ont fuit le ravissement funèbre trois siècles plus tôt sur Terre. Sur cette planète se trouve un artefact d’un kilomètre de haut créé par les IA, que les Carlyles veulent s’approprier (c’est ce qu’on appelle l’archéologie de combat). Le problème, c’est qu’en franchissant le portail, Lucinda a réveillé des IA qui dormaient depuis trois siècles et étaient à l’origine de la guerre et de l’exode d’une partie de l’humanité. Elle est faite prisonnière par les eurydiciens. Voilà le point de départ du livre.

Sans aller plus loin, on pourrait dire que cela commence très bien. Ken MacLeod nous présente différentes factions qui ont survécues au ravissement funèbre (des américains, des européens et des japonais, mais aussi les Carlyles plus considérés comme un clan de forbans). Les humains ont colonisés une partie de la galaxie et utilisent des portails pour se rendre d’un monde à l’autre, ou des trous de verre avec des vaisseaux spatiaux. Eurydice est une civilisation découverte par les Carlyles.

Dans ce monde futuriste la mort n’est pas vraiment la mort. Une personne meurt et la copie de sa personnalité est réintégrée dans un nouveau corps. Donc des entités peuvent avoir plusieurs siècles d’existence.

MacLeod se perd à faire référence au XXème et XXIème siècles. A croire que pendant les 3 siècles qui suivent, il ne s’est rien passé en dehors de l’expansion de l’humanité. Il nous parle de pièce de théâtre dont les personnages sont des communistes du XXème siècle. Reste l’intrigue de l’artefact qui est l’objet de convoitise des différents protagonistes. Cela ne ‘étonnerait pas qu’un jour on donne une suite à ce livre.

J’attendais beaucoup de ce livre, surtout après avoir lu La division Cassini. Si il a bien commencé sur les chapeaux des roues, j’ai dû me forcer pour le terminer. Finalement c’est un livre de SF moyen.

La veillée de Newton,Ken MacLeod, Bragelonne.