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Time lapse

Et si votre voisin mourait et laissait dans sa maison une étrange machine qui prenait quotidiennement des photos de votre maison toutes les 24 heures ? Oui, mais 24 heures dans le futur, c’est-à-dire demain à 8 heures du soir. C’est sur cette idée originale qu’est basé Time lapse, un film qui tient de la science-fiction, mais qui bascule rapidement dans le thriller angoissant. Le film est un huis clos, ce qui renforce encore un peu plus cette angoisse. L’histoire se passe uniquement dans une maison et celle d’en face.

Film à petit budget dont l’intérêt est largement compensé par une bonne histoire. C’est le genre de film qui a parfaitement trouvé sa place au BIFFF en 2014, et qui est sorti en salle en 2016. Pas de grands acteurs ni réalisateur oscarisé. Simplement le développement d’une idée de science-fiction déjà exploitée sur le plan littéraire et déjà abordée au cinéma sous un autre angle.

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Trois amis colocataires vivent dans une petite maison. L’un d’entre eux est peintre et assure le rôle de concierge dans les environs. Sa petite amie est serveuse, tandis que le troisième est un parieur qui côtoie des personnes pas toujours fréquentables.

Ils découvrent que leur voisin d’en face n’a plus montré signe de vie depuis quelque temps. Le courrier s’accumule sur le pas de sa porte. Heureusement, ils ont la clé de la maison. Et ce qu’ils vont découvrir en y pénétrant, c’est une étrange machine qui prend des photos toutes les 24 heures. Des photos de leur propre maison, prises à travers une baie vitrée. Étrangement une photo montre une situation qui n’est pas encore arrivée. Ils retrouvent la dépouille du propriétaire enfermé dans la cave. Celui-ci est mort mystérieusement. Les trois amis vont découvrir que la photo générée chaque jour correspond bien à ce qui va se passer le lendemain à huit heures du soir.

L’idée de connaitre son avenir prend soudain une grande importance dans leur vie, surtout dans celle du parieur qui y voie un moyen de gagner beaucoup d’argent en récupérant le résultat des courses du lendemain.

Au cœur d’une histoire de paradoxe temporelle, les trois personnages vont être confrontés à un bookmaker peu scrupuleux, qui va les contraindre à travailler pour lui. Leurs vies en danger, ils n’ont plus qu’un moyen de s’en sortir, c’est de se débarrasser du bookmaker et de son garde du corps. Le film bascule alors vers du thriller. Et ça marche ! Cela reste une bonne série B, mais ça marche.

Chaque jour révèle une photo différente de l’avenir, photo parfois compromettante, parfois énigmatique. Le concepteur décédé de cet étrange appareil photo avait laissé quelques mots qui indiquaient que ne pas faire le lendemain ce que la photo montre, correspond à changer le cours du temps, avec les désagréments que cela peut occasionner. Reproduire l’événement revient à s’assurer que ce dernier arrivera bien.

On le voit ici, les principaux protagonistes sont pris dans un piège temporel. Faut-il suivre la photo du lendemain pour que tout se réalise ? Ou faut-il ne pas tenir compte de cette photo ? Le réalisateur du film s’est davantage basé sur la première hypothèse, ce qui lui a permis une certaine liberté quant à la suite de l’histoire.

Personnellement, je pense que quoi que les personnages fassent, la photo du lendemain devra montrer ce qui va vraiment se passer. Donc, il n’y a pas d’obligation de suivre à la lettre la photo. Mais ça, c’est un autre débat qui sort du cadre de ce film. Reste donc, une histoire intéressante, bien développée, sans prétention, qui fera passer un bon moment aux amateurs de science-fiction et de thriller.

Je suis content de retrouver Danielle Panabaker dans ce film. Ce qui la sort de son personnage du docteur Caitlin Snow dans les séries de science-fiction Flash et Arrow. Dans ce film elle est davantage une victime, bien que…

J’ai vraiment bien aimé.

Time lapse réalisé par Bradley King, interprété par Danielle Panabaker, Matt O’Leary, George Finn, 2015, durée 1h44.

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Les vandales du vide – Jack Vance

Le Belial inaugure une nouvelle collection de livres consacrés aux pulps de science-fiction. Le premier roman Les vandales du vide est écrit par Jack Vance, et traduit par Pierre-Paul Durastanti. Pour ajouter une note vintage à celui-ci, la couverture est dessinée par Caza, un illustrateur habitué depuis des décennies à mettre en valeur des scènes des romans de Jack Vance et d’autres auteurs. On ne pouvait pas mieux rêver.

Ce roman de science-fiction date de 1950. C’est un inédit de Jack Vance, mais pas nécessairement une œuvre de jeunesse, car à 34 ans, Vance avait déjà écrit d’autres histoires. Il correspond très bien à la science-fiction de l’époque, que d’autres auteurs ont aussi mise en valeur. En lisant ce roman, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle avec des livres d’Isaac Asimov, Robert Heinlein, Arthur C. Clarke, voire même Filip K. Dick. Les romans de cet âge d’or seraient aujourd’hui considérés comme de la lecture pour la jeunesse. Mais n’avons-nous pas tous été jeunes, et n’avons-nous pas tous gardé un regard d’adolescent sur ce genre d’histoire ?

Dans cette histoire, on suit le jeune Dick Murdock, qui quitte Vénus pour rejoindre son père, l’astronome en chef de l’observatoire situé sur la Lune. Pendant le voyage, le vaisseau qui assure la liaison croise un cimetière d’astronefs. Les épaves sont le résultat d’une bande de pirates qui s’attaquent à la circulation spatiale dans cette partie du système solaire. Un avenir où les humains colonisent petit à petit le système solaire, mais n’ont pas les moyens d’assurer une protection militaire suffisante à chaque convoi. La piraterie a donc fait son apparition et perturbe la colonisation et l’exploitation du système solaire.

En regagnant la Lune, Dick découvre qu’au sein de la base il y a une taupe qui communique aux pirates des informations sur les passages des vaisseaux. Ce qui leur permet d’arraisonner et détruire ces vaisseaux. En voulant en apprendre plus, Dick se met en danger. Son père échappe de peu à la mort et d’étranges accidents surviennent sur la Lune. Dick découvre qu’un homme aux yeux jaune, le Basilic, dirige les vandales et tente de le tuer. Finalement, une science-fiction épique, qui renoue avec

À travers ce livre, on reconnaît difficilement le style de Jack Vance. Le côté flamboyant et baroque est absent, probablement parce que l’histoire se passe dans l’espace et sur la Lune. On trouve ici un Jack Vance qui se fond dans le moule de la science-fiction des années 50. Une science-fiction un peu plus naïve plus axée sur l’aventure, où la technologie est présente, mais pas nécessairement expliquée. C’est ce qui fait d’ailleurs tout le charme de ce genre d’histoire.

On est habitué à mieux de la part de Jack Vance. Par exemple le cycle de Tschaï, la geste des princes-démons, le cycle de la perle verte, ou l’univers baroque de Cugel l’astucieux.

Dans le cas présent, c’est bel et bien un inédit de Jack Vance qui est proposé par le Bélial. Une raison de plus de découvrir ce texte à travers la traduction qu’a faite Pierre-Paul Durastanti.

Je suis curieux de voir quels seront les prochains titres publiés dans cette collection. Il y a certainement quelques perles qui nous ont échappés et qui méritent de revoir le jour ou d’être traduites. Une chose est certaine, c’est une bonne initiative de la part du Bélial. J’espère simplement que ces livres auront également un équivalent poche dans les années qui suivent leur première parution en français.

Le pulp est à la mode. D’autres collections ont décidé de ressortir des romans peu connus ou totalement ignoré du public. C’est par exemple le cas avec Michael Crichton chez Laffont (La dernière tombe, Agent trouble). L’aventure, le polar, l’action, le mystère reviennent à l’avant-plan à travers des œuvres parfois de jeunesse. Et la science-fiction est le genre idéal pour faire découvrir ou redécouvrir des histoires et des auteurs qui ont forgé ce genre littéraire.

À lire, avec un certain recul, et surtout avec un esprit très ouvert, car ce livre remet au centre l’aventure, l’action, le mystère et le danger qui ont bercé notre imagination. J’ai aimé, et je vais certainement suivre cette collection de près.

Un livre de Jack Vance qui fait passer un bon moment de lecture.

Les vandales du vide, Jack Vance, Le Belial, 2016, traduction Pierre-Paul Durastanti, Illustration de Caza

Les Vandales

Star Wars VII – Le réveil de la force

Avec un peu de recul, voici la chronique de Star Wars VII. J’ai préféré laisser passer un peu de temps avant de la proposer. D’abord pour ne pas être influencé par les millions de spectateurs qui ont vu le film à sa sortie. Ensuite parce que je suis davantage fan de Star Trek que de Star Wars. La sortie DVD était donc l’occasion de voir et revoir le film a tête reposer et donner un avis plus objectif sur ce septième opus. J’adore voir Han Solo, Luke Skywalker et la princesse Leia. Ils forment les mythes d’aujourd’hui, tout comme le fait le seigneur des anneaux et Game of thrones.

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Il y a des aberrations dans ce film, du genre étoile de la mort. Dans l’épisode IV, la première étoile de la mort est détruite. Puis dans l’épisode VI une nouvelle arme est en cours de construction, mais est déjà opérationnelle. Et là aussi elle est détruite. L’épisode VII montre une nouvelle étoile de la mort (star killer) encore plus grande, toujours capable de détruire une planète, alimentée par l’énergie d’une étoile. D’où ma réflexion : est-ce que le premier ordre est assez stupide pour s’inspirer de l’empire et toujours construire des engins de mort de plus en plus grands ? Et puis de se les faire détruire par les rebelles ? Il faut croire que oui, à moins que ce soit les lacunes des scénaristes qui n’ont rien trouvé de mieux que de reprendre les recettes des épisodes précédents. En fait, c’est bien cette dernière déduction qui est la bonne. Tout le film n’est qu’une succession de sujets développés dans les épisodes précédents. C’est du déjà vu !

Film amusant, intéressant, mais sur le plan scénaristique très insuffisant. C’est le gros défaut de J.J. Abrams qui avec le reboot de Star Trek a privilégié l’action, oubliant que cette série mise aussi sur la réflexion. Les vrais fans de la série (et des films avant le reboot) ne s’y trompent pas, c’est une ligne de temps différent.

Star Wars VII est visuellement une réussite. Les lieux, les personnages, les scènes d’action sont excellentes et ne dépayseront pas les fans du cycle. On n’en attendait pas moins de cette suite. Pendant les 2h10 que dure ce film, il n’y a pas de temps mort, pas de scènes inutiles. Le travail qui a été fait est excellent à tous niveaux. Cela peut paraitre contradictoire avec ce que j’écris plus haut. Mais non, car malgré ses défauts scénaristiques, le film capte l’attention du spectateur que je suis. Ce n’est pas difficile, je l’ai vu trois fois.

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Retrouver les personnages principaux de la trilogie précédente est rassurant et permet de faire le lien avec cette nouvelle trilogie. On dirait que Harrison Ford n’a jamais quitté son costume de Han Solo et a simplement vieilli. C’est plus difficile pour Carrie Fisher qui ne ressemble plus à ce qu’on pouvait attendre d’elle. Trop d’années d’absence sur le grand écran la rendent méconnaissable dans son rôle de Leia Organa. C’est moins le cas de Mark Hamill qui joue Luke Skywalker. S’il apparait seulement dans les dernières minutes du film, il ressemble curieusement à Alan Bates dans Gladiator. D’une certaine manière, un Jedi c’est un gladiateur des temps futurs.

Ce premier opus correspond à une quête menée par Rey et Finn, pour retrouver Luke Skywalker. Lors de celle-ci Han Solo et Chewbacca font leur apparition ainsi que le Faucon Millénaire. La galaxie est immense, mais le hasard fait tout de même que ces deux nouveaux héros tombent sur ceux de la trilogie précédente. Finn déserte un peu trop vite des stormtroopers. Quant à Rey, on se demande comment elle arrive à vivre en cannibalisant les épaves des vaisseaux de l’empire qui se sont écrasés. Le personnage le plus inattendu, c’est BB-8, le droïde sphérique qui grâce à ses mimiques (mouvements de tête) exprime ses émotions. Amusant et originale. Par contre j’aimerais bien qu’on m’explique comment les humains arrivent à comprendre les sons produits par R2-D2 et BB-8.

Le personnage le plus ambigu c’est Kylo Ren qui derrière un costume et un masque noir ressemble vaguement à Darth Vador. On découvre que c’est le fils de Han Solo et de la princesse Leia, et qu’il a été l’élève de Luke Skywalker. À la solde du Premier Ordre fondé sur les ruines de l’empire, Kylo Ren tente de faire aussi bien que son grand-père. En fait, il perd à plusieurs reprises ses moyens en détruisant avec son sabre laser tout ce qui se trouve à proximité de lui. Difficile de croire qu’un être si instable est autorisé à commander. Il est perpétuellement partagé entre ses sentiments pour sa famille et son obéissance à Snoke le chef suprême. Le côté sombre de la force l’a complètement fait basculer du côté obscur.

Même dans la manière de se battre avec un sabre laser, il n’a pas la dextérité de Darth Vador (si on peut appeler cela de la dextérité). On pense qu’il doit être imbattable. Il n’en est rien. Rey avec un sabre laser fait aussi bien que lui alors qu’elle n’a même pas été formée à l’utilisation de la force. À propos de sabre laser, celui de Kylo Ren possède deux petits faisceaux laser perpendiculaires. Ce qui est une anomalie, car au moindre mouvement du poignet de son porteur, l’arme se retournerait contre celui-ci. Il devrait avoir l’avant-bras en charpie à chaque moulinet de sabre laser.

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Han Solo qui est blessé par le sabre laser de Kylo Ren, puis qui tombe dans le puits. Est-ce que cela ne vous rappelle rien ? L’empire contre-attaque où Luke Skywalker tombe aussi dans un puits conique avant d’être aspiré dans un des conduits sous la cité. On ne voit pas la mort de Han Solo et on peut supposer qu’il est toujours vivant, mais blessé.

L’impression que j’ai de ce septième épisode, c’est que les scénaristes ont repris toutes les idées de la trilogie précédente (épisodes IV, V et VI) qu’ils ont mélangé le tout, et refait un nouveau scénario à partir de ce que Lucas avait déjà imaginé. Donc un sentiment mitigé de ma part concernant le scénario. Pour le reste, rien à redire, c’est un Star Wars pure et dure.

Pour faire cette chronique, j’ai plusieurs fois regardé le film, car je ne pouvais pas me contenter de mes premières impressions. C’est d’autant plus facile que je pouvais arrêter le DVD à n’importe quel moment et revoir une scène en particulier (ce qui n’est pas le cas de la salle de cinéma). Mais au final, je suis heureux que la science-fiction retrouve ses lettres de noblesse à travers des cycles comme Star Wars et Star Trek. Je signale qu’il y a d’autres cycles qui mériteraient d’être adaptés au cinéma. Dans l’ensemble un bon film avec un scénario sans surprise, et des moyens à la hauteur de ce qu’attendent les fans.

La mythologie Star Wars est de retour et ça nous a tous manqué. Espérons qu’il ne faut pas attendre trop longtemps pour voir la suite.

Star Wars VII – Le réveil de la force, réalisé par J.J. Abrams, 2016, 2h10 (DVD)

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Le monde du fleuve – Philip José Farmer

Mnémos continue les rééditions sous forme d’intégrale des classiques de la science-fiction. Un de ces grands classiques n’est autre que Le monde du fleuve de Philip José Farmer. Livre ambitieux et original qui valut à son auteur le prix Hugo du meilleur roman en 1972. Cette intégrale contient :

  • Le monde du fleuve
  • Le bateau fabuleux
  • Le noir dessein
  • Le labyrinthe magique
  • Les dieux du fleuve

Commencé en 1971 et achevé en 1983, le monde du fleuve n’a fait son apparition en français qu’au début des années 80, dans la collection Ailleurs & Demains dirigée par Gérard Klein. C’était l’époque où les Laffont argentés représentaient ce qu’il y avait de mieux en science-fiction, c’est-à-dire qu’ils proposaient la qualité, l’originalité et un grand nombre de chefs-d’œuvre.

Si le Monde du fleuve m’avait captivé à l’époque, pour autant je n’avais pas enchaîné avec ses suites. Comme je savais que Farmer n’en resterait pas là, j’avais préféré attendre la sortie des cinq tomes pour me lancer dans une lecture complète du cycle.

Le monde du fleuve fait partie des livres-univers qui existent en science-fiction. Il se suffit à lui-même et plonge le lecteur dans des histoires qui tiennent autant de la science-fiction, de l’aventure, de l’histoire, de la science et ses techniques. Mais surtout, il met en valeur un grand nombre de personnages réels et imaginaires qui vont se croiser.

Farmer avait l’embarras du choix à partir du moment où il avait décidé de ressusciter tous les humains qui ont vécu sur Terre depuis l’aube des temps. C’est-à-dire 40 milliards de personnes qui renaissent le long d’un gigantesque fleuve long de trente deux millions de kilomètres. Au début de ce fleuve, il y a une tour géante qui abrite les Ethiques. Ce sont les extraterrestres qui ont conçu ce monde et son long fleuve, qui sont responsables de la réincarnation de toute l’humanité.

Curieusement, le premier tome de ce cycle n’est pas très épais. Il s’arrête à la page 155 de cette intégrale. Ce qui suffit à Farmer pour poser le décor, nous présenter les principaux personnages et nous mettre face à une énigme pour laquelle il faudra les quatre premiers tomes pour la résoudre. C’est davantage un livre d’aventure, un peu comme Jack Vance pouvait le faire avec le cycle de Tschaï. Sauf que Farmer a décidé de tourner son histoire en panoramique et technicolor, avec une distribution inégalée de personnages.

Si Richard Francis Burton et Sam Clemens (Mark Twain) sont les principaux personnages, on y trouve également Alice Liddell (Alice aux pays des merveilles), Jean sans Terre, Hélène de Troie, Cyrano de Bergerac, Mozart, Ulysse, Jésus Christ, Jack London, Hermann Goering, etc. La suite de personnages ne s’arrête pas là. Mais il y a aussi le journaliste Peter Jairus Frigate, qui n’est autre que Philip José Farmer transposé le long de ce fleuve (regardez les initiales communes).

Imaginez tous les hommes et les femmes qui ont vécu sur Terre, qui sont ressuscités dans des corps de 25 ans, dépourvus de pilosité. Ils sont nus et doivent tout réinventer et reconstruire. La seule aide dont ils disposent, ce sont ces sortes de grands champignons métalliques dans lesquels ils vont pouvoir prendre régulièrement des gamelles de nourritures. Mais certaines personnes n’ont pas droit à celles-ci et dépendent des autres personnes. La nourriture est d’ailleurs une source de conflit entre ressuscités, tout comme la découverte et l’exploitation des ressources sur les berges du long fleuve. De plus, les réincarnés ne parlent pas la même langue, n’ont pas les mêmes convictions, les mêmes habitudes, les mêmes modes de vie, ce qui génère des conflits et surtout des convoitises. Les gens qui meurent sont ressuscités quelque part ailleurs sur les rives du fleuve. D’autres ont moins de chance et deviennent esclaves ou tyrans. On le voit, le fleuve de l’éternité commence par un chaos monstrueux. Ceux qui arrivent à recréer un semblant d’humanité se lancent dans une quête gigantesque : remonter aux sources du fleuve et découvrir ce qui se cache dans la grande tour.

J’avoue qu’à l’époque où j’ai découvert ce cycle, je me suis intéressé aux voyages de Richard Francis Burton l’explorateur anglais qui remonta aux sources du Nil et découvrit avec John Hanning Speke les lacs Tanganyika et Victoria. Il s’est déguisé pour pouvoir entrer à la Mecque. On lui doit aussi la traduction des mille et une nuits. C’était aussi l’occasion de découvrir Mark Twain (de son vrai nom Sam Clemens) à qui on doit les aventures de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn.

Le deuxième tome « Le bateau fabuleux » est plus axé sur Sam Clemens et son bateau à aube qui est censé remonter le fleuve. Le troisième tome « Le noir dessein » se focalise sur la construction d’un dirigeable et la remontée du fleuve. Avec le quatrième tome « Le labyrinthe magique », c’est l’énigme de cet étrange monde et son fleuve qui va être résolue. Un cinquième tome « Les dieux du fleuve » se passe dans la tour géante. Ce dernier tome n’est pas indispensable pour le lecteur, mais dévoile l’autre côté de ce monde.

On peut facilement imaginer que Mnémos n’en restera pas là avec Philip José Farmer, que le cycle des hommes-dieux (7 tomes) fera aussi l’objet d’une future intégrale (peut-être en deux tomes). Enfin, je l’espère.

Bon nombre de livres sortis dans la collection Ailleurs et Demains de Laffont, puis sortis en format de poche, méritent de renaitre sous une forme omnibus. J’ai toujours été favorable à ces intégrales, même si elles sont lourdes et encombrantes (ce qui est le cas pour le monde du fleuve). C’est certain que vous n’allez pas emporter le livre dans le métro ou le train pour le lire pendant le trajet. Mais l’amateur qui a déjà lu le cycle dans une version précédente (et plus légère) aimera probablement avoir dans sa bibliothèque une version définitive. Le monde du fleuve a pratiquement la même taille et le même poids qu’un Larousse ou un Petit Robert.

Pour rappel, ce cycle avait fait l’objet d’une version Omnibus dans la défunte collection « Bibliothèque » de Laffont. Seuls trois cycles avaient été repris dans cette collection : Dune, Hypérion, Le monde du Fleuve, trois chefs-d’œuvre de la science-fiction.

Avant que le lecteur soit délivré d’un tel pavé, il faudra lire les 1272 pages qui le composent. Impossible de résumer un livre pareil tellement il foisonne d’idées, d’histoires, de personnages. Ce n’est qu’en refermant ce livre, qu’on se rend compte que Philip José Farmer avait vraiment beaucoup d’imagination et qu’il a écrit un chef-d’œuvre de la science-fiction qui mérite amplement le prix Hugo décerné. C’est un peu long, mais excellent et un vrai régal pour ceux qui aiment la science-fiction et l’aventure. Et pour l’occasion, je ne vous cache pas que j’ai adoré et que je le conseille à tout le monde.

Ouf, la chronique est enfin terminée ! En fait, j’avais envie de faire comme Philip José Farmer, écrire une grande chronique pour une grande intégrale.

Le monde du fleuve, Philip José Farmer, Mnémos, 2016, 1272 pages, illustration de Jorge Jacinto, traduit par Guy Abadia, Charles Canet, Bernard Weigel

Le monde du Fleuve - Philip José Farmer

La forêt de cristal – J.G. Ballard

J’avais lu précédemment La forêt de Cristal édité par Denoël Lunes d’Encre, et j’étais resté mitigé, car J.G. Ballard ne fait pas partie de mes auteurs préférés. J’ai donc décidé de donner une seconde chance à ce roman en relisant la version poche qui vient de sortir chez Folio SF.

Je n’avais jamais lu Ballard auparavant, si ce n’est son livre « Empire du soleil ». J’ai donc décidé de lire cette réédition qui bénéficie d’une retraduction.

L’histoire se passe dans les années 50-60 en Afrique. Ma première réaction a été de faire un parallèle avec Tintin au Congo ou avec le film The african queen à cause de la première image que montre Ballard. Dans une Afrique post-coloniale, le docteur Edward Sanders arrive à Port Matarre et doit se rendre à Mont Royal pour s’occuper d’une léproserie et par extension retrouver sa maitresse qui est la femme de son collaborateur. Ballard crée une ambiance sombre et mystérieuse qui deviendra plus tard belle et dangereuse. C’est très bien écrit, le rythme est lent et l’atmosphère mélancolique, voir un peu envoutante. Il arrive très bien à nous plonger dans l’ambiance de ces vieux films d’aventure où le héros va simplement d’un endroit à un autre, mais à qui on devine parfaitement qu’il arrivera des choses. Sanders dans son voyage est entourée d’une jolie journaliste qui ne le laisse pas insensible, d’un architecte un peu dérangé qui veut retrouver sa femme, d’un prêtre jésuite et d’un médecin militaire, sans parler d’hommes à la mine patibulaire qui sont prêts à tuer…

Mais pourquoi ? Les clichés du vieux film avec Humphrey Bogart sont pleinement utilisés par Ballard. Le docteur Sanders va devoir se rendre à Mont Royal par le fleuve car c’est impossible de s’y rendre par la route. Il est confronté à cette forêt sombre le jour et lumineuse la nuit, dans laquelle la nature, les animaux et les humains qui s’y attardent sont cristallisés.

On se rend vite compte que Sanders est un médecin qui ne soigne pas mais dont le passe-temps favori est de se balader dans cette étrange forêt de cristal. Quand il arrive enfin à Port Royal, on devine qu’il est fasciné par cette forêt et que finalement toute l’intrigue de l’histoire se résume à ça. En dehors du fait qu’on découvre que c’est une fuite temporelle qui est à l’origine du phénomène, l’aspect scientifique a complètement été effacé, tout comme aucune solution n’est donnée pour se débarrasser de cet étrange phénomène. On apprend que cette étrange forêt n’est pas la seule sur Terre.

En fait Ballard a préféré se focaliser sur la psychologie de ses personnages et leur fascination pour une mort belle et froide plutôt que sur l’action. Peut-être que ce livre aurait dû s’appeler L’appel de la forêt de cristal. Le titre aurait été plus judicieux.

J’ai lu « Empire du soleil » de J.G. Ballard, son roman autobiographique, qui se passe à Shanghai alors qu’il avait onze ans pendant la guerre sino-japonaise. Ce roman m’a davantage plus que cette forêt de cristal qui me laisse un peu sur ma faim. Cette seconde lecture me confirme que Ballard est un auteur à découvrir.

Je dois reconnaitre que ce livre est bien écrit et plaira certainement à des lecteurs plus en phase avec la transfiction, et le new wave.

La forêt de cristal – James Ballard, Folio SF, 254 pages, 2015

La foret de cristal

Les conquérants de l’univers – Richard-Bessière & Raoul Giordan

Tirée d’un roman de F. Richard-Bessière (pseudonyme de François Richard et Henri Bessière), cette adaptation en bande dessinée mérite le détour. Elle était initialement sortie dans la collection Sidéral en 1968. Dessinée par Raoul Giordan, cette adaptation du roman du même nom paru en 1951 est assez fidèle.

Les conquérants de l’univers était le premier livre de la collection fusée au Fleuve Noir. Il a quatre suites, toutes éditées dans la même collection. Plus tard, Aredit a commencé sa collection Sidéral par ce cycle de science-fiction.

Cette BD m’a fait découvrir Richard-Bessière. J’avais 10 ans, et j’achetais régulièrement Sidéral. Plus récemment, le cycle en romans a été réédité au format omnibus chez Eons. Un seul livre contient les cinq romans et est sorti en 2006. Plutôt que de rechercher les cinq livres originaux, j’ai préféré acheter cet omnibus qui contient :

1 — Les Conquérants de l’univers
2 — À l’assaut du ciel
3 — Retour du Météore
4 — Planète vagabonde
5 — Sauvetage sidéral

C’est donc avec un certain plaisir que je vois cette réédition BD en grand format chez Ananké. Plaisir de retrouver une histoire que j’avais presque oubliée, car lue pendant mon enfance. Surtout de retrouver les dessins de Raoul Giordan. Le dessinateur a un style très caractéristique qui se marie très bien avec le noir et blanc de l’époque. Ses mondes, ses cités, ses extraterrestres correspondent à une science-fiction qui peut paraitre naïve aujourd’hui, mais qui avait son charme à l’époque. Les fusées se posent debout sur leurs ailerons. Les cités mélangent l’acier et le verre, et sont séparées par de grandes esplanades. Les extraterrestres sont fréquemment humanoïdes. Giordan a un gout prononcé pour les femmes aux belles formes, correspondant aux standards de l’époque. Dommage qu’elles n’avaient pas un plus grand rôle dans chaque histoire. Dans les conquérants de l’univers, c’est Mabel, membre de l’équipage qui apporte une touche de féminité (ce qui n’est pas le cas dans la série Météor du même dessinateur).

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J’avoue que je n’ai pas lu grand-chose d’autre de Richard-Bessière. À l’époque, je préférais lire un Jimmy Guieu, un André Caroff ou le cycle Perry Rhodan, tous trois aussi au Fleuve Noir. Je me suis davantage tourné vers les adaptations BD tirées des romans Richard-Bessière. Donc, cela reste un auteur à découvrir lors de réédition en omnibus.

L’histoire de ce premier tome des conquérants de l’univers est assez simple. Le professeur Bénac a mis au point un vaisseau spatial, le Météore. À son bord, il compte explorer le système solaire. Trois personnes sont censées l’accompagner : Jeff Dickson le journaliste, Richard Beaumond son filleul, et Mabel Peterson qui l’a convaincu qu’une femme devait faire partie du voyage. Lors du décollage, Ficelle, le mécanicien du professeur, va se retrouver enfermé sur le vaisseau en même temps que Don Alfonso, un ingénieur aux intentions pas très nettes. Le voyage commence avec une halte sur Deimos, un des satellites de la planète Mars, avant de prendre la direction de Mars. Mais le Météore accélère soudain vers la planète rouge. L’équipage découvre rapidement que le vaisseau est contrôlé à distance par les Martiens. Le professeur Bénac et son équipage vont faire la connaissance des Martiens et découvrir que ceux-ci sont incapables de quitter leur planète. Il va résoudre scientifiquement ce problème, et repartir pour continuer son périple.

Ce premier tome ne va pas plus loin. Cela peut paraitre totalement dépassé comme science-fiction, mais ça se laisse lire malgré les incohérences par rapport à nos connaissances actuelles en astronomie. Il faut donc lire cette BD avec l’esprit de l’époque, sans se focaliser sur l’aspect technique. C’est de la science-fiction d’un autre âge.

Je voudrais attirer l’attention sur cette nouvelle édition, car deux grands illustrateurs et dessinateurs en font partie. Giordan qui a dessiné l’histoire de Richard-Bessière, et surtout Brantonne qui signe la couverture. Ce dernier a d’ailleurs signé la plupart des couvertures de la collection fusée chez Fleuve Noir. La couverture de cette BD correspond bel et bien à celle du roman de 1951. C’est un petit détail que j’apprécie beaucoup en tant qu’amateur de science-fiction.

J’ai une seule critique à formuler concernant cette BD, c’est son prix vraiment dissuasif. En 1968, la version Sidéral coutait deux francs français. Aujourd’hui, presque un demi-siècle plus tard, elle dépasse les quarante euros. C’est indécent, même pour un tirage limité à 230 exemplaires. Apparemment, l’éditeur est habitué à pratiquer de tels tarifs avec ses autres cycles.

En dehors de cela, j’espère qu’Ananké continuera de réédité les Sidéral, mais pourquoi pas tous les Giordan ? Le cycle Météor dessiné aussi par Giordan sort à intervalle irrégulier chez le même éditeur. J’espère qu’il sera plus régulier pour les conquérants de l’univers.

BD clairement pour amateur de science-fiction et nostalgique d’une époque où l’aventure prenait le dessus sur la véracité scientifique. Histoire d’un autre temps, qui peut faire sourire aujourd’hui, mais quelle belle imagination de la part de Richard-Bessière, et quel très beau trait de crayon de Raoul Giordan. Un classique de la science-fiction ressuscité.

Les conquérants de l’univers, F. Richard-Bessière & Raoul Giordan, Editions Ananké, 2014, 108 pages, illustration de Brantonne

Les conquérant de l'univers

Dune – Frank Herbert (collector 50ème anniversaire)

Cette année, les Anglo-saxons se sont rappelés que Dune le chef-d’œuvre de Frank Herbert a 50 ans. Le livre refait son apparition chez Folio Society dans une version pour collectionneur, dans un coffret qui résistera au temps, et sous la forme d’un livre qui n’a pas son équivalent dans les précédentes versions (comme je les collectionne tous…). Il a le poids et la taille d’un dictionnaire.

Les amateurs pourraient être refroidis par le prix de cette version, 75 livres sterling (plus de 100 euros), auxquels il faut encore ajouter les frais de port. Mais quand on aime, on ne compte pas. C’est ce que j’ai fait pour Dune qui est mon livre de chevet. C’est un tirage limité, pour lequel il faut prendre contact avec l’éditeur pour le commander.

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Le livre est agrémenté d’illustrations de Sam Weber. Celles-ci ajoutent une note sombre, qui dramatise encore plus l’histoire de Frank Herbert. Mais elles correspondent exactement à l’image que se font les lecteurs lors de la lecture du livre.

Les trois parties d’origines sont incluses dans ce collector, c’est-à-dire : Dune, Muad’Dib, et Le Prophète. On ne trouvera pas la quatrième Le Messie de Dune, qui fait partie de la version française parue chez Laffont Ailleurs & Demain.

Après l’introduction de Michael Dirda, le roman s’étale sur 500 pages sur un papier épais dont les pages sont agréables à tourner. Plusieurs appendices font suite à l’histoire. Le premier concerne l’écologie de Dune, le second la religion de Dune, le troisième concerne les objectifs du Bene Gesserit, un quatrième est un extrait de l’almanach En-Ashraf qui présente les principaux personnages. Une terminologie de l’imperium vient également s’ajouter à ces appendices. Et le livre se termine sur une postface de Brian Herbert. Je ne vous cache pas que ce livre est pour amateur averti et collectionneur et est en nombre limité.

Je me pose juste une question : est-ce que Laffont Ailleurs & Demain sortira une version collector du livre en français ? Et de préférence avec la quatrième partie. Je n’en sais rien. Un collector a été fait pour Le seigneur des anneaux. Je ne vois pas pourquoi il n’en serait pas de même pour Dune, qui est tout de même l’équivalent en science-fiction du livre de J.R.R.Tolkien.

S’il devait voir le jour en français, je serais probablement un des premiers à l’acheter. Pour l’anecdote, j’avais été chez un relieur avec la version Laffont du livre, en demandant ce que couterait de transformer celui-ci en équivalent Pléiade. C’était faisable, mais le prix et l’effort à fournir m’ont dissuadé.

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Concernant l’histoire que raconte le livre, j’invite les lecteurs à lire ma chronique sur Phénix Mag ou sur mon blog. 

Voir : https://marcfvb.wordpress.com/2011/02/28/dune-frank-herbert/

Si j’ai un reproche à faire à ce livre en dehors de son prix, c’est qu’il aurait pu contenir un signet comme c’est le cas des Pléiades. Peut-être aussi faire une suggestion : inclure la quatrième partie : Le messie de Dune. Mais comme celle-ci n’était pas présente dans la version originale de 1965, on ne peut pas dire que c’est un oubli de la part de l’éditeur.

Reste que pour ceux qui aiment lire en anglais, ou qui sont fans de l’univers de Frank Herbert, ce Dune est le classique à avoir dans sa bibliothèque.

Dune, Frank Herbert, Folio Society, 553 pages, 2015, illustrations de Sam Weber.

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