Ascendant – Jack Campbell

Trois ans se sont écoulés depuis les derniers événements de « Avant-garde ». Rob Geary est toujours à Glenlyon, mais il ne commande plus un vaisseau spatial. Il doit gérer la station spatiale qui orbite autour de la planète principale. Le gouvernement a préféré laisser les forces armées dans les mains de terriens, plus aguerries pour gérer la situation. Mais la destruction d’un transport par les forces de Scatha va tout remettre en question.

C’est un homme capable de prendre des initiatives, quelqu’un qui a déjà connu le feu et qui est capable de former et commander des hommes et des femmes qui défendront Glenlyon. Ça ne semble pas être le cas des terriens qui ont pris la relève.

Pendant ces trois années passées, Rob Geary a eu plus de temps à consacrer à sa femme « Ninja » et à son enfant. Mele Darcy, qui est toujours une amie fidèle, fait aussi partie de sa famille.

Quand on demande à Rob Geary de reprendre du service actif en commandant le destroyer Sabre, il sait que si on fait appel à lui c’est pour protéger Glenlyon et venger la destruction du transporteur. La tâche ne sera pas facile et Rob Geary compte bien sur Mele Darcy pour l’épauler. Elle a pour rôle de former de nouveaux fusiliers qui embarqueront sur le Sabre.

Glenlyon doit aussi se trouver des alliés dans cette région dangereuse de la galaxie. Scatha leur ennemi de toujours s’est allié à deux autres systèmes stellaires et a toujours comme objectif de s’emparer de Glenlyon. Il est nécessaire de renforcer les défenses du système et en parallèle d’envoyer des émissaires vers les systèmes les plus proches.

Lors d’un déplacement du Sabre, Rob Geary à une intuition. Plutôt que de retourner vers Glenlyon, il décide d’envoyer le Sabre dans le système de Kozatka. Ce n’est pas clairement les ordres qu’il a reçus du gouvernement. Mais aider Kozatka permettrait de se faire un allié de plus.

Ce tome 2 est calqué sur le même schéma que le premier tome. C’est-à-dire sur une situation de crise, d’un combat spatial et d’un combat au sol en parallèle, avec l’incertitude de la victoire des deux côtés. Des pertes sont à déplorer, mais les choix de Rob Geary et de Mele Darcy sont finalement les bons. Curieusement, comme gratification Rob Geary se voit écarté du commandement d’un vaisseau dans les deux livres. Il est remercié pour ce qu’il a accompli, car les politiques n’apprécient pas trop ses initiatives qui sont pourtant les bonnes.

Les personnages principaux sont de plus en plus attachants au fil du temps, mais il manque encore quelque chose pour qu’ils aient suffisamment de charisme pour convaincre l’ensemble de la classe politique de Glenlyon. Je pense que Jack Campbell tient à ce que ses personnages doutent toujours de leur avenir, car ralentis dans leur progression par des esprits obtus.

Le cycle de la flotte perdue de Jack Campbell n’atteint pas en intensité celui d’Honor Harrington de David Weber, mais il se démarque par une histoire plus fluide, sans lourdeur, sans description trop technique. Cela donne des romans qui contiennent deux fois moins de pages.

Au final un bon deuxième tome. Mais espérons que le troisième ne soit pas sur le même canevas, car le lecteur aurait l’impression de relire la même chose. J’ai bien aimé ce second tome, mais il m’a moins surpris que le premier. Reste que j’attends le troisième avec impatience.

Peut-être que plus d’intrigues politiques viendraient casser cette image de space opera militaire, ce qui ne serait pas pour déplaire. Mais qui nécessiterait de s’intéresser à d’autres personnages capables de favoriser ou de faire échouer les plans des différents systèmes stellaires.

C’est un space opera de bonne facture chez L’Atalante, en attendant la sortie du prochain Honor Harrington.

Ascendant, Jack Campbell, L’Atalante, 396 pages, 2018, illustration de David Demaret

Ascendant - Jack Campbell

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Les cendres de la victoire – David Weber

Sorti en deux tomes chez L’Atalante poche, cette aventure d’Honor Harrington fait 900 pages. Il s’agit du neuvième livre du cycle écrit par David Weber. Le livre précédent La disparue de l’enfer nous avait appris que Honor Harrington s’était évadée de la planète prison située dans le système Cerbère, au cœur de la république de Havre. Elle s’est échappée, emmenant avec elle plus de quatre cents mille personnes.

Comme elle avait été torturée par les Havriens, elle avait perdu l’usage d’une partie de son visage, d’un œil et d’un bras (qui était déjà des prothèses). On pourrait penser que le dernier livre parle de la longue convalescence de Honor Harrington. Mais le livre ne s’arrête pas là. Le royaume de Manticore comme la république populaire de Havre ont arrêté momentanément leur progression et fourbissent leurs armes en vue d’une prochaine offensive. On suit donc les préparatifs de guerre des deux côtés, tout comme les intrigues politiques qui risquent de déstabiliser les différents gouvernements.

Honor Harrington est devenue duchesse de Manticore, et a enfin le grade d’amiral manticorien qu’elle avait déjà dans la flotte graysonienne. Elle dirige l’école militaire de Saganami et donne des conférences sur la tactique et la stratégie.

David Weber ne pouvait pas se contenter de rester focaliser sur son héroïne. Il nous montre les préparatifs de guerre, puis nous emmène dans de nouvelles batailles, qui cette fois-ci représentent un tournant important dans le conflit entre l’alliance manticorienne et la république populaire de Havre. Il ajoute a cela une intrigue secondaire où Honor Harrington doit agir très rapidement, sans quoi l’alliance manticorienne pourrait très bien se trouver décapitée pour de bon.

Un bon livre dans son ensemble, avec certaine longueur qui deviennent  fréquente chez David Weber. Un chapitre entier sur la manière d’apprendre le  langage des signes à Nimitz, le chat de Honor Harrington, c’est le genre de digression auquel on doit toujours s’attendre en lisant ce cycle. Par contre le chapitre 23 qui parle de tactique et stratégie est parfaitement valable pour toutes les armées du monde à notre époque.

Un livre qui s’achève sur un cliffhanger qui donne envie de lire sa suite : Plaies d’honneur. Un livre pour les habitués du cycle, qui ne peut pas se lire sans avoir lu les tomes précédents.

Les cendres de la victoire T.1 & T.2, David Weber, L’Atalante poche, 2019, 900 pages

les cendres de la victoire

La vraie vie – Adeline Dieudonné

Au départ, La vraie vie d’Adeline Dieudonné n’était pas dans ma liste de lecture. Et le fait qu’on en parle partout et que son livre se retrouvait dans toutes les librairies m’inquiétait un peu. Avec la rentrée littéraire de septembre, j’ai donc décidé de ne pas me focaliser sur les sorties trop médiatisées. Trois mois plus tard, une interview d’Adeline Dieudonné faite par Hadja Lahbib sur la RTBF m’a donné envie d’en savoir plus sur cette auteure dont le visage ne m’était pas totalement inconnu.

Après avoir chroniqué les derniers livres d’amies comédiennes et « prof d’unif », La vraie vie m’attendait. Pas ma vie personnelle, pas celle d’Adeline Dieudonné, mais celle décrite dans son roman.

À travers les yeux d’une petite fille de dix ans, j’ai abordé ce livre sans deviner où celui-ci m’emmènerait. Et la surprise est effectivement au rendez-vous à plusieurs reprises. La première question que je me suis posée c’est : comment s’appelle cette petite fille ? Je ne l’ai jamais appris, même en terminant le livre. Adeline Dieudonné a caché le nom de son héroïne. En fait, à part le frère, le professeur, l’amie Monica et quelques animaux, tous les personnages ont plutôt des pseudonymes (le champion, la plume).

Le roman s’étale sur cinq ans, pendant lesquels on va suivre cette petite fille qui passe de l’enfance à l’adolescence. Elle a un petit frère, Gilles âgé de six ans, qu’elle protège du mieux qu’elle peut. Un père comptable qui aime chasser du grand gibier, qui peut faire preuve de violence dans ses paroles ou ses actes, qui est un vrai prédateur. Et une mère quasi inexistante comparable à une amibe, parfois battue par son mari. Elle s’intéresse plus à ses petites chèvres et ses perruches qu’à ses propres enfants. À cela s’ajoute le décor, le Démo, un lotissement qui n’a rien d’attirant, qui pourrait se situer n’importe. Dès la première ligne du roman, on apprend que dans la maison où habite cette famille une des chambres est réservée aux cadavres. Cadavres dans le cas présent correspondent à des animaux empaillés. Ce détail va donner le ton au reste du roman.

Lors de la première année, un évènement va profondément marquer les deux enfants, en particulier Gilles le petit frère. L’explosion du siphon de crème Chantilly du glacier. Les deux enfants sont alors confrontés à la dure réalité de la vie et de la mort. Si Gilles va s’enfermer dans un mutisme et perdre son sourire, sa grande sœur va tenter de le préserver du choc psychologique créé par cet évènement. C’est alors qu’elle a l’idée de vouloir comme dans le film «Retour vers le futur» revenir dans le passé pour changer le cours du temps. Inventer le même système que celui de la DeLorean de Doc Brown. Mais c’est un rêve d’enfant, et pour y arriver il faut connaitre la physique quantique et la relativité. Au fil des années, la petite fille, qui est une surdouée va étudier et parfois passer des années scolaires. Elle a pour modèle Marie Currie et va suivre des cours supplémentaires auprès d’un vieux professeur de sciences. Son rêve de voyage dans le temps, de changer les évènements restera un rêve. Et pendant toutes ces années, elle va voir son frère se renfermer sur lui-même, torturer des animaux et prendre gout au même plaisir que son père, la chasse. Les cinq années pendant lesquels se déroule l’histoire, notre héroïne va aussi découvrir sa sexualité et ses fantasmes, qui auront une grande influence sur ses propres décisions. La petite fille devient petit à petit une femme.

Le père est de plus en plus violent avec les membres de sa famille. La petite fille qui est devenue une adolescente se voit une nuit devenir la proie de son père, de son frère et d’autres chasseurs. C’est une chasse à l’homme nocturne en pleine forêt qui se déroule. Elle ne veut pas être le gibier, pas plus qu’elle ne tient à devenir une prédatrice. À ce stade de l’histoire, on se demande en tant que lecteur comment un tel monstre de père peut exister. Heureusement, notre héroïne a une motivation suffisamment grande pour surmonter l’adversité de sa propre famille. Sa volonté farouche de sauver son petit frère de l’influence de l’hyène qui trône à la maison lui donne le courage de faire face à son père et à son frère qui lentement bascule vers l’obscurité.

Jusqu’à la scène finale, Adeline Dieudonné maintient le suspense sur ce roman. Comme lecteur, impossible de lâcher le livre jusqu’à la dernière page. D’un autre côté, on ne veut pas que le roman se termine. Il y a un dilemme à résoudre pour le lecteur. Achever ce livre ou ne pas être pressé de savoir ce qui va arriver à notre héroïne. Une certitude, ce livre ne tombera pas des mains !

Ce que j’ai bien aimé dans la façon d’écrire d’Adeline Dieudonné, c’est que derrière une écriture concise, tranchante et  toujours fluide, elle parvient à nous détailler les moindres émotions de son héroïne, les moindres pensées de celle-ci à travers des métaphores qui font parfois sourire et favorisent l’empathie du lecteur vis-à-vis d’elle. On a peur pour cette petite fille et on a envie que son père soit neutralisé par tous les moyens.

La lecture de ce roman ne met pas à l’abri le lecteur qui va être confronté à plusieurs évènements importants, similaires à des coups de tonnerre dans l’histoire, qui vont ébranler ses convictions. Oui, c’est très bien amené et j’ai été surpris à plusieurs reprises. Merci Adeline!

Comme je le dis plus haut dans cette chronique, l’histoire peut se passer n’importe où. Mais quelques petits détails sont révélateurs. Des smoutebollen, c’est-à-dire des croustillons, c’est typiquement belge et bruxellois en particulier. Ce sont les beignets qu’on peut manger à la foire. Le Bruxellois que je suis l’a directement constaté avec un large sourire et un clin d’œil pour l’auteure.

J’ai adoré ce livre, que je vais m’empresser de faire lire à des proches, mais aussi à des adolescents qui seraient dans la même tranche d’âge que notre héroïne. Hors de question pour moi de couper les ponts avec ce livre que je viens de terminer. J’ai donc décidé d’enchainer avec la pièce de théâtre Bonobo Moussaka toujours d’Adeline Dieudonné. C’est dans un autre registre, plus humoristique, mais j’adore aussi.

Une interview pour mon blog et pour le magazine Phénix ne serait pas pour me déplaire, tellement j’ai adoré lire ce livre.

En un peu moins de 270 pages, j’ai vécu un excellent moment de lecture avec un livre qui mérite amplement les prix qu’on lui a décernés (Prix première plume, prix du roman FNAC, Prix Filigranes, Prix Rossel, Prix Renaudot des lycéens). La vraie vie tient toutes ses promesses et Adeline Dieudonné est décidément une auteure (ou écrivaine) sur laquelle il faudra compter dans le futur. À lire absolument.

La vraie vie, Adeline Dieudonné, L’iconoclaste, 2018, 266 pages

la-vraie-vie

Fidèle à ton pas balancé – Sylvie Lainé

J’avais précédemment chroniqué les quatre recueils de nouvelles de Sylvie Lainé, tout comme « Fidèle à ton pas balancé » lorsqu’il était sorti en grand format chez ActuSF. Mais je m’étais aperçu que quatre chroniques m’avaient échappé. C’est chose rectifiée avec cette nouvelle chronique qui englobe toutes les nouvelles du recueil.

Sylvie Lainé, c’est la littérature dans la science-fiction, ou la science-fiction dans la littérature. Elle a une façon d’écrire qui fait d’elle un auteur à part entière, qui navigue entre les deux genres littéraires. Le format « nouvelle » lui convient à merveille. Nouvelles longues ou courtes, Sylvie est dans son élément et nous amène dans des coins de l’univers qui ne semblent pas être ce qu’ils laissent croire. Le dépaysement est toujours au rendez-vous, même pour un lecteur de la première heure. Sylvie Lainé propose un de ses thèmes favoris, la rencontre, le contact avec l’autre, avec l’étranger, avec l’extraterrestre, avec une forme de vie insoupçonnée, où la communication a tout son sens, mais ne s’établit pas dès le départ. Les sentiments des différents personnages viennent enrichir chaque histoire, au point d’en faire des textes uniques.

Pas de grandes envolées intergalactiques, mais voilà une science-fiction proche de notre quotidien, qui pourrait se produire dans un avenir  proche. Ces nouvelles écrites à la première personne nous font mieux comprendre les motivations des personnages principaux. Sylvie Lainé nous prend par la main et nous amène dans ces rencontres insolites parfois virtuelles.

Depuis trois décennies Sylvie Lainé apporte sa pierre à l’édifice imaginaire et science-fiction en particulier. Même si elle n’a pas commis de roman et préfère écrire des nouvelles, elle représente une auteure majeure de la science-fiction francophone. À la différence d’autres auteurs, elle a suscité l’intérêt et la passion à travers des textes courts. Et le temps passant, elle a toujours suivi une voie qui lui était propre, pas influencée par les autres auteurs.

Lire une de ses nouvelles est toujours un vrai bonheur. Et « Fidèle à ton pas balancé » reprend 26 textes qui ont amené les lecteurs dans d’autres contrées de l’univers. On lui doit quatre recueils de nouvelles édités par ActuSF :

  • Le miroir aux éperluettes
  • Espaces insécables
  • Marouflages
  • L’opéra de Shaya

Parmi les nouvelles publiées, plusieurs d’entre elles m’ont marqué. Je pense à : La bulle d’Euze, Un signe de Setty, Carte blanche, Les yeux d’Elsa, L’opéra de Shaya, Un amour de sable. Nouvelles parfois sensibles, parfois surprenantes, parfois amusantes.

Comme d’habitude, dans les textes de Sylvie Lainé on va à l’essentiel des personnages, des lieux ou des situations dans lesquels ceux-ci se retrouvent. La technologie est présente, mais sans ennuyer les lecteurs avec des détails qui n’apporteraient rien de plus à l’histoire. Chaque nouvelle provoque le dépaysement. Une situation simple et évidente peut se transformer en situation complexe et dangereuse. Voilà pour le contexte.

Et si on passait aux 26 nouvelles qui composent ce recueil !

1 — Question de mode — Suffit-il de se raser la tête pour être une autre personne, pour changer de look ? C’est ce que Malia pense et va faire avant de rejoindre un ami qui veut aider des extraterrestres à venir sur Terre.

2 — Le prix du billet – Le prix du billet raconte une rencontre sur un quai de gare, qui ressemble à une méprise, mais qui finalement va perturber Hera l’héroïne de l’histoire. Hera attend Peter son amoureux, et va finalement rencontrer Yata, une jeune femme qui va lui mentir et lui faire croire qu’elle est venue à la place de Peter. Sylvie Lainé revient ici sur un de ses thèmes favoris, qui sont la rencontre entre deux personnes.

3 — Mélomania — Cette nouvelle aborde le domaine du remplacement d’organe humain. Lorsqu’on a un frère qui est devenu manchot après un accident de voiture, rien de plus facile que de se faire pousser un autre bras sur son propre corps, pour ensuite le faire greffer chez le frère. Le problème c’est que le bras et la main sont devenus des virtuoses du clavier, et que l’idée de s’en séparer est hors de propos.

4 — Sirius m’était compté — Et si votre chien préféré était recréé tous les jours ? Vous payez 30 jours de clonage et on vous fait une promotion de 40 jours. Soit 10 jours de bonus. De plus, vous pouvez étaler ces 40 jours sur une période plus longue. Le seul problème, c’est que ça vous coute la peau des fesses.

5 — Le printemps des papillons — Et si on utilisait des papillons comme moyen de communication, en inscrivant des messages sur leurs ailes ?

6 — Un rêve d’herbe — Nouvelle qui aurait pu s’appeler le cerisier et qui donne des sentiments humains à un arbre. J’ai beaucoup aimé.

7 — Subversion 2.0 — C’est certainement une des nouvelles que je préfère. Que ferait notre clone si on lui apprenait qu’il n’a plus qu’une semaine à vivre ? C’est à la fois cocasse et mélancolique. Ça mériterait un court roman.

8 — Thérapie douce — Répondre à un questionnaire et en discuter au restaurant devrait être amusant pour le personnage principal. Mais le résultat est plutôt frustrant car la suite des événements ne va pas dans le sens espéré.

9 — Le karma du chat — La domotique est très présente dans cette nouvelle, au point que les objets de la maison décident eux-mêmes de ce qu’ils vont faire, jusqu’au chat qui n’est pas tout à fait naturel. La quiétude laisse soudain la place à une sorte de chaos orchestré par des intelligences artificielles, que les propriétaires n’arrivent pas à maitriser. Cette nouvelle est pleine d’humour et devrait faire prendre conscience que la domotique risque à terme de connaître des dérives. Très amusant comme nouvelle.

10 — Un signe de Setty — Dans son p’tit monde (espace virtuel), Léa reconstitue un cadre dans lequel elle va rencontrer une intelligence artificielle extraterrestre découverte par le projet SETI. Elle lui donne la forme d’un homme. Très belle rencontre extraterrestre, même si elle se fait à travers un monde virtuel.

11 — La passe-plaisir — Une nouvelle qui se focalise sur des voyageurs temporels issus d’époques différentes qui décident de partir ensemble vers le futur.

12 — Partenaires — est encore une de ces rencontres où des humains sont confrontés à un ordinateur un peu trop imaginatif. Cela bascule entre hilarant et dramatique.

13 — Petits arrangements intragalactiques — Un vaisseau en panne obligé de se poser sur un monde inconnu, et un pilote qui est pressé de retrouver la civilisation, mais qui doit d’abord penser à trouver de la nourriture. Mais quelle nourriture sur cette planète ? Nouvelle caustique, humoristique, qui fait un peu penser aux histoires de Robert Sheckley.

14 — Petits arrangements intergalactiques (Verso) — Cette nouvelle est le pendant de Petits arrangements intergalactiques. La différence, c’est que l’histoire est racontée du côté Groc plutôt que du côté humain. Si la communication ou l’absence de communication est au cœur de cette nouvelle, elle n’en reste pas moins originale et cocasse.

15 — Carte blanche — La nouvelle m’a particulièrement plu, car la vie à bord d’une grande arche est régie par le hasard et par les cartes. Les habitants de l’arche sont obligés d’avoir d’autres partenaires, ce qui est un prétexte à de nouvelles rencontres, que Sylvie Lainé nous détaille parfaitement.

16 — Le chemin de la rencontre — Un des personnages découvre des méduses qui parlent en dégageant des odeurs.

17 — L’opéra de Shaya — Une des plus belles nouvelles de ce recueil, dans lequel on découvre So-Ann qui recherche une planète idyllique sur laquelle elle peut passer un moment. Lorsqu’elle découvre cette planète, elle est assurée de pouvoir y passer deux ans. Le maitre mot de cette nouvelle, c’est imprégnation. Tout est contact physique, tout est sujet à assimilation des fluides, de l’ADN, ou des organes des autres. Que ce soit les habitants de Shaya, ses animaux ou ses plantes, ils sont tous capables de changer leur apparence en fonction de l’ADN des êtres qu’ils touchent.

So-Ann pense être sur une planète qui tient du paradis, car loin de la technologie et du stress de la civilisation. Elle va découvrir une étrange culture qui évolue en fonction de ses propres visiteurs. C’est une histoire très étrange, admirablement bien écrite. Mais derrière cette image de beauté et de plénitude se cache un secret beaucoup plus terrible. Lorsque So-Ann découvre celui-ci, elle met un terme à son séjour et se fixe comme objectif de retrouver la personne qui a imprégné son compagnon sur Shaya. C’est à la fois beau et cruel.

18 — Définissez priorités — Une nouvelle qui parle de télépathie et de mission spatiale en préparation pour un autre système solaire.

19 — Grenade au bord du ciel — Et si tous les cauchemars, les vilaines pensées, les doutes, les envies qui traversaient notre esprit étaient stockés sur un astéroïde et oubliés du commun des mortels. Jusqu’au jour où une mission spatiale retrouve celui-ci et découvre son contenu. Ces souvenirs et ses pensées deviennent tout d’un coup une marchandise, une drogue, qui va faire le bonheur des humains. Étrange nouvelle. C’est un peu la boite de Pandore.

20 — Un amour de sable — Nouvelle très originale, dans laquelle les humains découvrent un monde de sable. Ils prélèvent des échantillons (de grands échantillons) de différentes couleurs. Mais ils n’imaginent pas que ce sable est vivant, pense, et aime être en contact avec les humains. Une histoire où les sentiments ont un grand rôle à jouer, mais seulement pour une des deux parties de cette étrange rencontre.

21 — Temps, bulle et patchouli — Sous une bulle représentant un modèle réduit d’espace et de temps, on assiste à la création de l’univers.

22 — La Mirotte — Plusieurs candidats acceptent de se faire greffer la Mirotte, qui leur donnera une autre vision du monde. Mais l’expérience n’apporte pas les mêmes sensations visuelles chez tous les candidats.

23 — Toi que j’ai bue en quatre fois — Se faire le « grand flash eroticomane », c’est tout un programme ! Quatre éprouvettes contenant des liquides de différentes couleurs vont permettre de faire un trip érotique qui va s’étaler sur deux heures. En fait, chaque couleur à une signification particulière. Pas mal comme nouvelle. On aurait presque envie que les quatre fluides existent.

24 — Les yeux d’Elsa — Longue nouvelle qui nous compte les relations que peuvent avoir un homme et un dauphin femelle qui a été génétiquement modifié. La femelle possède des mains au bout de ses nageoires et à une IA implantée dans le cerveau, ce qui la rend beaucoup intelligente, avec pas mal de personnalité. On assiste ici à une relation professionnelle qui va donner lieu à une brève aventure entre un homme et un dauphin. C’est léger, c’est délicat, c’est sensible. Elsa la dauphine aurait pu s’apparenter à n’importe quelle femme. Elle vit les mêmes désirs, les mêmes doutes.

25 — La bulle d’Euze – Une des plus belles nouvelles de ce recueil, qui met en scène une femme une femme qui a perdu l’être aimé et qui espère le retrouver dans un cocktail appelé nébuleuse. L’homme qui raconte l’histoire va la voir arriver à sa table et parviendra à lui montrer dans une bulle l’être aimé. Mélancolique, mystérieux, sensible, triste, mais beau.

26 — Fidèle à ton pas balancé — L’histoire d’un homme frustré par l’absence de sa petite amie Lou. Il va la tromper et va devenir aide-soigneur pour les éléphants d’un zoo.

La prose de Sylvie Lainé ne m’a jamais laissé indifférent, au contraire. J’ai aimé la lire tout au long de ces années et si j’ai pris gout à lire des nouvelles c’est grâce à elle. Comme je l’ai dit précédemment, Sylvie Lainé apporte une note de littérature à la science-fiction, rendant le genre encore plus ouvert à des lecteurs qui osent sortir des sentiers battus de la littérature.

Le titre du recueil correspond à la dernière nouvelle du livre. Des rencontres, on en fait à chaque nouvelle. C’est même le moteur essentiel de chaque nouvelle. Que ce soit des rencontres entre humains ou extraterrestres, elles sont toujours au cœur de chaque texte. Parfois elles nous surprennent, parfois elles nous font sourire. Dans tous les cas, elles sont empreintes d’une certaine sensibilité qui se ressent au fil des pages.

On pourrait me reprocher ma subjectivité pour cette chronique. Si c’est le cas, je l’accepte volontiers, car Sylvie Lainé est vraiment une auteure majeure de la science-fiction, qui mérite que je lui apporte une attention particulière. Comme je l’ai d’ailleurs cité sur un autre média, lire « Fidèle à ton pas balancé », c’est un peu comme boire un grand vin. On prend son temps pour le déguster et pour apprécier tout son arôme.

Je dirai donc aux lecteurs qui veulent connaître l’œuvre de Sylvie Lainé, ou les amateurs avertis qui veulent approfondir son univers, de lire ce recueil de nouvelles qui reprend trois décennies d’écriture. C’est une perle qu’il faut avoir dans sa bibliothèque. A noter que c’est à nouveau Gilles Francescano qui illustre ce livre (comme les précédents).

Avec cette réédition en format de Poche chez Hélios (ActuSF), l’amateur de science-fiction n’a plus d’excuse pour découvrir ou relire les textes de la plus brillante nouvelliste de la SF francophone.

Fidèle à ton pas balancé, Sylvie Lainé, Hélios, 2018,  480 pages, illustration de Gilles Francescano

Fidèle à ton pas balancé - Sylvie Lainé

Soren disparu — Francis Dannemark et Véronique Biefnot

Cinquième livre de Francis Dannemark et Véronique Biefnot, deux auteurs qui ont l’habitude d’écrire des histoires à quatre mains. Soren disparu se distingue par une approche peu commune. Ici, pas d’histoire linéaire dans laquelle on suit un ou plusieurs personnages. Mais plutôt un patchwork de témoignages de personnes qui connaissaient ou qui ont croisé un jour Soren. C’est une sorte de reportage, d’enquête sur la disparition du personnage principal.

Soren a disparu en traversant un pont à Bordeaux. Ce livre est à la fois une enquête sur sa disparition et une sorte de reportage sur qui il était. Le procédé utilisé par les auteurs n’est pas conventionnel, mais original.

C’est à travers des souvenirs parfois précis, parfois flous que le lecteur se fait une idée de qui était Soren. Parfois, c’est simplement un avis, une situation, une anecdote, une sensation qui motive les différents acteurs à livrer leurs pensées sur ce personnage qui a été musicien et qui un jour a créé son propre label musical. On a donc ici une vision subjective de Soren, car chaque témoin ne l’a pas perçu de la même manière. Pour certains, le souvenir est encore vivace, pour d’autres l’image s’estompe petit à petit, pour d’autres encore c’est une image tronquée, déformée, idéalisée du personnage qui subsiste dans la mémoire.

Une centaine de témoignages composent ce livre, rendant moins aisée l’image que le lecteur doit se faire de Soren. Cela a comme inconvénient que le lecteur a moins d’empathie pour le personnage avec lequel il n’est pas directement en contact. Donc, ce sera un peu plus difficile de convaincre le lecteur (mais pas impossible).

Haruki Murakami avec son livreUnderground avait utilisé un procédé similaire en décrivant les attentats du métro de Tokyo. Les entretiens de dizaines de témoins avaient été rassemblés pour décrire un événement tragique. C’était une forme de reportage littéraire.

Soren disparu n’est ni un roman ni une biographie. C’est un nouveau challenge que les deux auteurs se sont fixé. Ce n’est pas sans danger pour eux, car reste à convaincre les lecteurs de s’intéresser à un personnage qui ne vit qu’à travers les souvenirs des autres.

D’habitude, le lecteur s’identifie au personnage principal. Il rit avec lui, il pleure pour lui, il s’inquiète, il l’observe avec bienveillance et s’y attache au fil des pages. Et au bout du livre, lorsqu’il termine la dernière page, il regrette d’avoir terminé le livre, ou il l’oubliera, voire il le relira, car il n’arrive pas à se détacher de l’histoire. Si le livre ne laisse pas indifférent (en bon ou en mal), l’auteur a réussi sa mission. C’est marquer le lecteur par son empreinte littéraire.

J’aurai aimé trouver l’une ou l’autre lettre d’amour écrite par Soren, qui aurait été détaillée par une des femmes qui a partagé sa vie. Peut-être aussi quelques poèmes ou paroles de chanson.

J’aurais aussi aimé lire ces différents témoignages dans un ordre chronologique pour ne pas être perturbé par les différents témoins et époques qui se mélangent au fil de la lecture. Chaque témoignage de quelques lignes ou plusieurs pages fait découvrir des personnages intéressants qui mériteraient parfois de remplir un chapitre complet d’un roman classique. Je pense à Gaby qui chantait dans un groupe punk-bondage et qui est sortie avec Soren dans des lieux connus de Bruxelles. Leur histoire s’est terminée après qu’elle lui a lancé un cendrier. Je pense aussi à Michèle qui a joué des pièces de théâtre avec lui et qui a partagé sa vie. Jean-Philippe qui avait envie de virer cet «emmerdeur de Soren» et a été content de recevoir sa lettre de démission. C’est comme ça que s’en vont les oiseaux ! Il y a aussi Alain qui nous présente le CV de Soren plus vrai que nature.

Dans ce livre on trouve des dizaines de références musicales, théâtrales, cinématographiques qui montrent bien que les deux auteurs ont vécu une partie de celles-ci, voire toutes. Bruxelles est au centre de ce livre, et bon nombre de lieux y sont mentionnés. Un avis tout spécial pour l’Archiduc qui apparait à plusieurs reprises dans les différents témoignages.

Une suggestion que je voudrais faire aux deux auteurs, ce serait de faire interpréter ces textes sur scène par des comédiens qui alterneraient les différents rôles. Je trouve que ces témoignages trouvent parfaitement leur place dans un cadre moins littéraire, mais plus théâtral. Ce n’est pas antinomique puisque Véronique Biefnot est une comédienne ! Est-ce qu’inconsciemment Soren disparu a été écrit pour être interprété au théâtre ? Je me pose la question !

Je n’ai pas vérifié les références musicales, car si je suis de la même génération que les deux auteurs, je n’écoutais pas le même genre de musique. Cependant, il y a des lieux qui me rappellent les mêmes souvenirs que décrits dans le livre.

En tout cas, une nouvelle approche de Véronique Biefnot et Francis Dannemark. L’avantage du livre, c’est qu’il peut être lu par bribe. Et comme c’est une mosaïque de témoignages, il n’y a pas la nécessité de se souvenir de tous les personnages. Au fur et à mesure de la lecture, une image de plus en plus complète de Soren se dessine. Pour certaines personnes c’est un ange tandis que pour d’autres ce sera un diable. Dans tous les cas, les deux auteurs réussissent à nous faire douter sur qui était Soren. À découvrir.

Soren disparu, Francis Dannemark et Véronique Biefnot, La Castor Astral, 2019, 240 pages

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La physique quantique pour les nuls – Blandine Pluchet

Niels Bohr avait dit : « Quiconque n’est pas choqué par la théorie quantique ne l’a pas comprise ».

Et bien aborder ce domaine même en tant que simple lecteur, reste une gageure. Mais heureusement, avec une physicienne qui écrit aussi des livres pour enfants, cela devient tout d’un coup beaucoup plus simple à appréhender. On est émerveillé par cette science qui a vu le jour au début du XXe siècle. L’émerveillement était déjà là lors de la lecture du Big Bang chez le même éditeur.

Troisième livre de Blandine Pluchet aux éditions First dans la collection pour les nuls. Après le Big Bang, puis l’astronomie, voici la physique quantique. Comme pour les deux livres précédents, j’ai aimé sa manière de présenter des sujets complexes, de vulgariser une science qui déroute bon nombre de personnes.

Malgré son étrangeté (et le mot est faible), la physique quantique fait partie de notre quotidien. Pas de smartphone, d’ordinateur, ou d’électronique sans passer par elle. Elle a un plus grand impact sur notre quotidien que la relativité d’Albert Einstein, même si ce dernier y a aussi contribué.

Reste que cette science n’a pas encore révélé tous ses secrets et nous promet de beaux jours sur le plan de la découverte. La prochaine étape, c’est l’ordinateur quantique. Non, vous n’êtes pas dans Star Trek !

La lumière est-elle ondulatoire ou corpusculaire ? Est-elle les deux ?

En s’intéressant au problème du corps noir, en 1900, Max Planck en déduit les quanta d’énergie et par la même occasion pose les bases de la physique quantique. À l’époque, on parlait de théorie des quanta. Planck définit la constante qui permet de quantifier l’énergie. Un peu plus tard, le photon est défini comme un quantum de lumière qui se déplace comme une onde, mais à un caractère corpusculaire.

1905, c’est l’année où Einstein décrit l’effet photoélectrique qui est au cœur de la physique quantique, c’est aussi l’année où il montre que l’énergie égale la masse au carré de la lumière (E=Mc²). Mais il devra attendre l’année 1921 pour avoir le prix Nobel pour l’effet photoélectrique.

Niels Bohr va ensuite définir un modèle d’atome quantique, un peu comparable à un système solaire, dont les électrons sautent d’orbite en orbite, en fonction qu’ils émettent ou absorbent de la lumière.

Sans rentrer dans les détails du livre de Blandine Pluchet, les événements qui ont jalonné la physique quantique depuis plus d’un siècle sont expliqués de manière concise. Le lecteur peut se laisser guider par les explications de l’auteure sans être confronté à un mur d’incompréhension.

Comme pour les livres précédents, je n’ai pas de critiques particulières à formuler si ce n’est l’absence de schéma ou de diagramme qui aurait aidé le lecteur à visualiser certains concepts. Je pense par exemple aux fentes de Young où deux faisceaux lumineux interfèrent, ou tout simplement le chat de Schrödinger qui peut avoir deux états différents. Je pense que les contraintes liées au format du livre expliquent l’absence de graphisme. C’est un détail et cela n’enlève rien à la qualité du texte de Blandine Pluchet.

Le dernier livre que j’avais lu sur la physique quantique c’était « Le cantique des quantiques » de Ortoli & Pharabod. Il alliait une présentation orientée vers un large public et un prix très démocratique. Le livre de Blandine Pluchet va dans le même sens en présentant la physique quantique à travers 50 mots clés. En fait, on peut faire abstraction du nombre de mots clés et lire les différents thèmes de manière continue. L’avantage c’est qu’en fin de chapitre, on nous rappelle les idées principales qui ont constitué celui-ci. Il ne faut pas plus de cinq secondes pour lire chaque idée. C’est original comme rappel.

En 264 pages, Blandine Pluchet aborde une science passionnante sans jamais ennuyer le lecteur. Que ce soit l’infiniment grand avec le Big Bang ou l’astronomie, ou l’infiniment petit avec la physique quantique, elle arrive à nous captiver. J’apprécie ses livres de vulgarisation scientifique et c’est certain que je continuerai à la suivre. Donc, un livre à conseiller à qui veut explorer l’infiniment petit, qui nous permet aujourd’hui d’utiliser des technologies dont on n’avait même pas idée il y a à peine un siècle.

La physique quantique pour les nuls, Blandine Pluchet, édition First, 2018, 264 pages

La physique quantique pour les nuls

Conquêtes : Islandia

Avec Islandia, Jean-Luc Istin, Zivorad Radivojevic, Eber Evangelista nous proposent une bande dessinée de science-fiction qui oscille entre space opera et planet opera.

En voyant cette BD sur les présentoirs d’une grande librairie, j’avais envie de découvrir cette nouveauté. Islandia est le premier tome du cycle « Conquêtes », cycle de 5 histoires qui représentent chacune une des colonies qui a quitté la Terre. On aura donc : Islandia, Deluvenn, Decornum, Uranie et Adonaï. Ce seront d’autres scénariste et dessinateurs qui réaliseront les autres tomes.

La couverture laisse deviner qu’on a dans les mains un space opera militaire. C’est bien le cas, mais l’exploration y a toute sa place. Les premières planches sont un clin d’œil à 2001 l’odyssée de l’espace avec son monolithe noir. Mais ça ne va pas plus loin. Je pensais lire un clone d’avatar, mais ce n’était pas le cas.

En termes d’exploration spatiale, ma référence BD est plutôt Leo avec ses cycles Aldebaran, Betelgeuse ou Antares, qui donnent une grande part à l’exploration et la découverte d’autres civilisations. J’avais été déçu par la lecture de « Colonisation » de Filippi et Cucca, où je trouvais que le scénario était faible et ne donnait pas envie de lire la suite. Heureusement, avec Islandia Jean-Luc Istin propose un scénario intéressant à plus d’un titre. D’abord ses personnages sont bien campés, surtout Kirsten Konig qui est l’héroïne de cette histoire de science-fiction. Ensuite l’intrigue sur les mystérieuses explosions est bien amenée.

C’est très bien dessiné. La qualité du dessin de Zivorad Radivojevic m’incite à lire ses autres bandes dessinées. Reste que les détails, les expressions des personnages, les paysages et lieux sont originaux et collent parfaitement à la science-fiction actuelle. Sans oublier la colorisation faite par Eber Evangelista qui dramatise chaque scène et apporte une palette de couleurs qui détermine l’ambiance générale. BD vraiment excellente sur le plan artistique.

Je me pose la question de savoir si Kirsten Konig n’aurait pas dû avoir un grade plus élevé dans cette histoire. Un lieutenant qui s’adresse directement à un amiral et qui dirige une mission d’exploration ou un assaut contre des extraterrestres, c’est plutôt du ressort d’un capitaine ou d’un major, et les responsabilités sont plutôt celles d’un colonel. Un autre détail qui m’avait intrigué, une fois la BD lue entièrement, c’était le fait que les 50 cobayes auraient pu exploser dès leur sortie du cryo-sommeil. Curieusement, ce n’est pas le cas.

Reste une histoire dans laquelle on suit une des cinq flottes d’exploration qui ont quitté la Terre pour coloniser d’autres mondes. Islandia semble être un monde viable pour l’humanité, avec comme principal inconvénient d’être plutôt froide. Mais ce climat polaire n’empêchera pas la colonisation et la découverte d’autochtones de formes humanoïdes. Il y a tellement d’intérêts en jeu dans cette colonisation que certains n’ont pas hésité à faire sortir de leur cryo-sommeil une partie des futurs colons. L’empressement à s’établir sur Islandia est tel que le sort des autochtones n’a pas beaucoup d’importance pour une flotte de vaisseaux qui dispose de toute la technologie nécessaire pour rayer de la carte toute forme de vie extraterrestre. C’est là que le lieutenant Kirsten Konig est pris entre deux feux, et doit d’un côté établir le contact avec les autochtones et de l’autre éliminer la menace qu’ils représentent, suite à une explosion. Car les autochtones sont évidemment les premiers coupables pour un amiral sans scrupule. Si l’histoire parait simple à ce stade, elle l’est moins lorsqu’on découvre que les autochtones ont des pouvoirs, et que parmi les colons cinquante personnes ont subi une mutation génétique lorsqu’ils étaient encore en cryo-sommeil. Et une de ces personnes n’est autre que le lieutenant Kirsten Konig.

Et là, le scénariste s’en donne à cœur joie en distillant les informations au lecteur, et fait alterner les scènes entre la planète et la colonie de vaisseaux. C’est une vraie intrigue policière qui s’ensuit et une course poursuite qui a pour enjeu l’extinction des autochtones.

Je n’ai vraiment aucune critique à formuler, si ce n’est que j’aurais aimé des vignettes plus grandes sur certaines pages. Mais alors la BD aurait fait 90 ou 100 planches au lieu de 76 déjà proposées. C’est déjà très gentil de la part des auteurs d’être sorti des 48 pages habituelles.

Ce premier tome est réussi et j’attends avec curiosité les autres tomes de ce cycle, en espérant qu’ils ne sont pas trop militaires, mais plus tourner vers l’exploration et la découverte. Reste une BD qui m’a beaucoup plu. J’espère que les autres scénaristes et dessinateurs de ce cycle feront aussi bien. On mélange BD et science-fiction, avec un scénario bien ficelé et un excellent dessin.

Donc, à conseiller évidemment.

Conquêtes : Islandia, Jean-Luc Istin, Zivorad Radivojevic, Eber Evangelista, Soleil, 2018, 76 pages

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