Space O Matic – Manchu

Après Starship[s] et Science[Fiction], Delcourt nous propose Space O Matic, troisième livre consacré à l’œuvre de Manchu.

J’ai toujours considéré Manchu comme le plus grand illustrateur en matière d’imaginaire. Cela à commencer dans les années quatre-vingt avec l’encyclopédie galactique en deux volumes de François Nedelec. Comme j’ai toujours adoré la science-fiction depuis un demi-siècle, j’ai parfois été déçu de ne pas trouver davantage de couvertures de livres qui collent aux l’histoires. Mais voilà, Manchu est arrivé et cela a changé beaucoup de choses.

Cela m’a aussi donné l’envie de voir une de ses expos à Paris. Pour moi, il n’y a pas de meilleur illustrateur dans le domaine de la science-fiction. Suivre son œuvre n’est pas aisée car il y a tellement de livres consacrés à l’imaginaire ou tellement de bandes dessinées auxquels il a participé, que c’est difficile de recenser toute sa production.

En dehors du livre Manchu Sketchbook sorti en 2008, on peut avoir une vision de sa production à travers Starship[s] sorti en 2004 et introuvable, Science[Fiction] sorti en 2010, et Space O Matic sorti en 2017.

Quand on regarde la qualité des détails de chaque illustration, on se demande si elles sortent uniquement de l’esprit de Manchu, ou s’il a régulièrement trouvé le moyen de sillonné la galaxie et l’univers à la recherche de mondes étranges, d’artefacts mystérieux et de vaisseaux aux lignes épurées ou de taille démesurée. C’est tellement réaliste, que cela devient une référence graphique.

Pour prendre un exemple de présence de Manchu dans la science-fiction, je suis en train de lire Vestiges de Laurence Suhner. Que ce soit la couverture grand format ou celle du livre de poche, cette dernière est faite par Manchu, et pour les deux éditions ce sont bien deux illustrations différentes.

Pour un amateur de science-fiction, de fantasy ou de BD, Manchu est une vraie bénédiction. Ses illustrations représentent fidèlement ce que les auteurs ou lecteurs imaginent d’une scène d’un livre. Et si ce n’est pas le cas, elles aident le lecteur à mieux entrer dans le roman ou la BD, voire même à terminer la lecture d’un livre lorsque ce dernier à quelques faiblesses. C’est un peu comme si Manchu jouait le rôle de locomotive pour certains livres et bandes dessinées.

Certaines illustrations vont même donner envie aux lecteurs de lire ou relire des livres qu’on peut parfois considérer comme juvéniles. Je pense par exemple à la trilogie de l’espace d’Arthur C. Clarke, parue en 2001 chez Bragelonne, qui comprend Iles de l’espace, Les sables de Mars, Lumière cendrée. Cette mise à jour graphique apporte un plus à des livres qui ne manquent pas d’intérêt, mais qui ont parfois un peu été oubliés par de nouveaux lecteurs.

La première partie du livre est un florilège d’illustrations qui mêlent science-fiction, exploration spatiale, rencontres avec d’autres civilisations, mais aussi fantasy et aventures. La finesse des détails est saisissante, les couleurs sont chatoyantes et les décors laissent rêveurs. Une mission sur Mars devient soudain plus compréhensive pour le lecteur. Bon nombre de ces illustrations sont accompagnées de roughs (maquettes) qui montrent parfois la même scène sous des angles différents.

Ce sont des auteurs tels que Poul Anderson, Robert Silverberg, Laurent Genefort, Olivier Paquet, Laurence Suhner, Arthur C. Clarke, Iain M. Banks ou Isaac Asimov qui sont mis à l’honneur avec les couvertures de Manchu. On pourrait même dire que toutes ses illustrations pourraient donner naissances à de nouvelles histoires.

Une seconde partie du livre se focalise sur les participations de Manchu dans le domaine de la bande dessinée. Bon nombre de couvertures de BD lui sont imputables. C’est par exemple le cas pour les séries Hauteville House, Jour J, L’homme de l’année et Artica. J’ai moins été tenté par ces cycles BD. C’est probablement parce que j’espérais trouver la patte de Manchu chaque fois que je tournais une page.

Une dernière partie du livre est consacrée au steam punk et a une steam car en particulier, dont on peut admirer les croquis, mais aussi une maquette du véhicule dans un environnement victorien.

En attendant, je conseille cet Art book à tout amateur d’imaginaire qui a envie de retrouver une grande partie des illustrations les plus récentes de Manchu. Personnellement, je suis un inconditionnel de l’illustrateur, donc la présence de ce livre dans ma bibliothèque est une obligation que je m’impose. Il rejoint ses autres livres. J’espère qu’il y aura un quatrième, voire cinquième volume dans les années qui viennent. Je me dis qu’un jour la bannière de mon blog de science-fiction serait inspirée par Manchu.

Un livre à conseiller aux amateurs d’imaginaires, mais aussi à toute personne qui aime les arts books.

Space O Matic, Manchu, éditions Delcourt, 2017, 96 pages.

Manchu Space O Matic

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Sylvie Lainé (interview)

Après la récente chronique de l’anthologie Fidèle à ton pas balancé de Sylvie Lainé, il devenait évident de ne pas en rester là. La chronique méritait d’être accompagnée par une interview de Sylvie que les lecteurs pouvaient retrouver sur Phénix Mag et sur mon blog. La voici !

Je remercie Sylvie pour sa patience, sa gentillesse et le temps qu’elle a consacré à répondre à mes questions.

  • Tu as fait le choix d’écrire des nouvelles plutôt que des romans. Format dans lequel tu excelles. Mais peut-on imaginer que dans l’avenir tu fasses une exception en écrivant un roman (peut-être court), plus long que tes nouvelles L’opéra de Shaya ou Les yeux d’Elsa ? En tout cas, un texte qui se suffirait à lui-même pour être édité seul.

Ecrire un roman, peut-être, pourquoi pas ? Si un jour j’ai plus de temps libre ? Mais ce n’est pas ma priorité. S’il s’agit d’avoir un texte publié seul, il y a des possibilités, puisque certains éditeurs publient des novellas : le Bélial par exemple a lancé une magnifique collection (Une heure-lumière). La nouvelle et la novella sont des formats qui me conviennent parfaitement, et où je me sens à l’aise. Je ne suis pas du tout sûre d’avoir autant de plaisir à écrire un roman. Il faudrait pour cela que je charpente un scénario, il me faudrait un projet basé sur un certain nombre de séquences ou de moments significatifs, que je pourrais gérer indépendamment les uns des autres. Il y a d’excellents romans bâtis sur ce principe, et j’ai adoré Les milliards de tapis de cheveux de Eschbach, par exemple. Mais j’aime bien partir sur du neuf à chaque fois que je commence une histoire ! La SF pour moi, c’est quand même beaucoup la découverte de l’inexploré, la nouveauté, l’angle ou le contexte inattendus. On m’a très souvent posé cette question, pourquoi ne pas revenir à un de mes univers (ou à un univers conçu collectivement), pour le reprendre, et y inventer d’autres histoires ? Mais mon rapport personnel à l’écriture fait que cette perspective n’a rien d’exaltant, au contraire. Je n’attends pas spécialement de la SF qu’elle m’offre des univers que je puisse connaître et approfondir jusqu’à ce qu’ils me deviennent totalement et intimement familiers et confortables. Je ne veux pas me réfugier dans la SF pour y vivre une vie parallèle. Je veux qu’elle m’offre des sensations inhabituelles, des surprises, et du dépaysement toujours renouvelé, et qu’il faille chaque fois en réinventer le sens.

  • Comme beaucoup de fans de SF, j’ai envie de faire le parallèle entre tes nouvelles et le cycle de l’instrumentalité de Cordwainer Smith. On trouve des deux côtés une certaine poésie dans les textes, même si les deux univers n’ont pas de lien commun. Ce qui m’amène à te demander si l’idée de structurer tes nouvelles dans ton propre univers ne pourrait pas voir le jour dans le futur ? Et puis d’autre part, avec Les seigneurs de l’instrumentalité, Cordwainer Smith a écrit 27 nouvelles et un roman court (Nostralie), alors que ton recueil Fidèle à ton pas balancé fait 26 nouvelles de science-fiction. Est-ce qu’il ne nous manquerait pas une nouvelle et un roman court pour rendre heureux le fan ? Je sais, je pousse un peu loin !

Je suis moi aussi une grande fan de Cordwainer Smith, donc la comparaison me réjouit. Les seigneurs de l’instrumentalité est un cycle magnifique dont les nouvelles gardent une grande autonomie – une partie du cadre dans lequel elle se déroule est commun, c’est vrai, ou alors peut-être faudrait-il dire que chacune d’entre elle se déroule dans un cadre qui reste compatible avec celui des autres. Pour avoir ce principe en gardant sa liberté, il faut un cadre immense comme celui qu’offre le space-opera, et il faut aussi se donner la liberté de l’évoquer sur une durée très longue, plusieurs générations. En forçant un peu et en les reprenant, je devrais pouvoir faire rentrer une dizaine de mes nouvelles dans un cadre de ce type. Il faudrait renoncer à d’autres…

  • Dans tes nouvelles, on est souvent confronté à une civilisation en perpétuelle évolution. Elle n’est pas figée, pas fermée, mais oscille entre utopie et dystopie. Mais où se trouve le point d’équilibre ? Existe-t-il vraiment ou bien n’est-ce qu’une chimère qui ne sera jamais atteinte par aucune civilisation ?

Je ne crois pas à une utopie stable, parce que je ne crois pas que le bonheur puisse exister dans l’immobilisme. Oui, c’est vrai, tu as raison, cette conviction est un de mes principaux fils conducteurs. Mes personnages aussi sont des gens qui évoluent, et ils évoluent parce qu’ils ne sont pas pétris de certitudes. Mais ça  ne veut pas dire que je ne crois pas au bonheur ou à l’utopie ! Au contraire. Si j’arrivais à décrire une utopie (l’opéra de Shaya et Carte blanche sont un peu des tentatives en ce sens, à mes yeux) ce serait des utopies où l’on rebat les cartes, où la variation et le mouvement font partie du cycle. Parce que être vivant, ce n’est pas être figé – on n’est vraiment figé que quand on est mort. Nous le serons bien assez tôt, et ça ne me fait pas rêver.

J’ai conscience aussi que cette vision peut surprendre, peut-être même gêner ou mettre mal à l’aise. Catherine Dufour l’avait exprimé très clairement dans sa préface à Espaces Insécables. Et parfois, certains lecteurs ont des mots très durs pour mes personnages, et les trouvent faibles ou lâches… Mais cela pourrait nous emmener sur d’autres discussions, et sur le fait que je ne trouve pas très intéressants les rapports humains basés sur la domination et le pouvoir. Ces rapports sont partie prenante de l’immobilisme, une société figée en aura besoin.

  • Un des thèmes récurrents dans tes nouvelles, c’est la rencontre de l’autre. Que ce soit une personne, un extraterrestre, une entité, une civilisation, la communication est au cœur de chaque texte, mais les moyens de se faire comprendre sont loin d’être aussi simples. Ce qui mène à des situations dramatiques, voire cocasses. Je pense évidemment aux deux nouvelles « Petits arrangements intragalactiques ». On dirait que comme auteure tu prends un malin plaisir, à non pas chercher la confrontation, mais à mettre en évidence une incompréhension entre les différents intervenants. Est-ce que je me trompe ?

Hélas, ce n’est pas un malin plaisir, c’est juste un constat que je fais tous les jours – je ne peux pas faire ou vivre quelque chose avec quelqu’un sans me demander quelle vision il a de la situation. Et il est très rare que sa vision soit exactement la même que la mienne…

  • Si la rencontre est un de tes thèmes préférés dans tes nouvelles, celle-ci ne mène pas nécessairement à une forme de compréhension des différents intervenants. On dirait même que tout le problème se situe dans la manière de communiquer avec l’autre. Pourrais-tu imaginer une nouvelle où les problèmes de compréhension mutuelle n’ont pas lieu, mais où c’est justement cette absence de difficultés qui soit le vrai problème ?

Ah, je me suis un peu approchée de cette question au moins une fois, avec la question de la télépathie dans Définissez : priorités. Si nous avions la capacité de ressentir ce que ressentent les autres, et de partager leurs émotions, qu’adviendrait-il des nôtres, comment tout cela pourrait-il s’entremêler ? Tu as dû voir à quelles conclusions j’arrivais…

  • Plusieurs lecteurs font souvent référence au fait que tu as une à une écriture empreinte d’une grande poésie. J’aimerais dire que tes textes sont d’une grande sensibilité, qu’ils sont mélodieux, qu’ils véhiculent une musique que l’oreille n’entend pas nécessairement, mais que l’esprit interprète à sa manière. Est-ce une erreur de faire ce parallèle ?

J’aime bien ce parallèle, parce que j’ai une sorte d’instinct un peu difficile à expliciter qui me dit très clairement si quelque chose sonne « juste » ou pas. Cela fonctionne un peu comme la musique, il est question d’harmonie et d’équilibre – des mots, du sens, de la construction des phrases, des émotions qui s’expriment, et de la manière dont tout cela se relie. J’ai du mal à l’expliquer. Mais je ressens aussi ces sensations quand je joue du piano (je ne joue pas très bien, et pas souvent, et je n’improvise pas, mais le plaisir de l’interprétation est là).

  • Parmi les auteurs de science-fiction qui t’ont marquée à l’adolescence (Silverberg, Asimov, Herbert, Sturgeon, Sheckley, Farmer, Spinrad, etc.) y en a-t-il un qui a eu un impact plus important que les autres ? Si oui, lesquels et pourquoi ?

Tous ceux-là, et d’autres, selon les moments… Asimov pour l’ampleur de ses projets et leur dimension sociale et politique. Silverberg pour l’incroyable richesse de son imaginaire qui se déploie dans toutes les directions. Herbert, ou Farmer, pour quelques séquences inoubliables, comme le gom-jabbar de Dune, ou le réveil sur les berges du Fleuve de l’éternité. Sturgeon pour ses personnages, bien sûr. Spinrad, parce que c’est lui qui le premier a ouvert la porte pour moi. Sheckley, pour le regard tendre et sarcastique qu’il porte sur ses personnages, et son humour qui renouvelle tout. Et plein d’autres, je ne veux pas faire de choix.

  • Quels sont les genres littéraires, les livres, les auteurs contemporains qui t’inspirent ? Y a-t-il un ou plusieurs auteurs (tout genre confondu) pour lesquels tu es une inconditionnelle ?

Je t’en donne douze ? cinquante ? Globalement j’ai une nette préférence pour la SF, parce que la fantasy répond plus rarement à mes attentes d’inattendu et de surprise. Allez, tiens, si je n’en cite qu’un ce sera Greg Egan.

  • Une des caractéristiques de tes nouvelles, c’est que les personnages ne sont ni bons ni mauvais, mais qu’ils n’ont pas leur sort entre leurs mains. Ce qui pourrait être une forme d’amour pourrait très bien déboucher sur un échec sans qu’aucun des personnages ne soit responsable de cette situation. C’est mon imagination ou bien est-ce vraiment le cas dans tes textes ?

C’est tout à fait vrai, ils ne sont ni tout à fait bons ni tout à fait mauvais. Et la crise qu’ils ont à résoudre tient souvent au fait qu’ils ne tiennent pas leur sort entre leurs mains. Une fin heureuse, chez moi, c’est une fin où l’on devient maître de son destin.

  • As-tu un livre de chevet ? Si oui, s’agit-il d’un livre de science-fiction ?

J’ai eu, à certaines périodes de ma vie, un livre de chevet qui y est resté des mois. Dune l’a été il y a bien longtemps, mais le Gödel, Escher, Bach : Les Brins d’une Guirlande Éternelle de Douglas Hofstadter l’a été aussi, je les reprenais régulièrement tout en lisant d’autres choses. En ce moment j’ai des coups de cœur, des enthousiasmes, mais ça fait longtemps que je n’ai pas eu de livre de chevet. Ah, si ! Depuis des années, les nouvelles de Salinger (Un jour rêvé pour le poisson-banane) sont sur ma table de nuit. Un ouvrage dont je n’épuiserai jamais les mystères, et qui est un bonheur pour mon oreille musicale intérieure…

  • Y a-t-il un roman de science-fiction qui t’a marqué, que tu aurais aimé avoir écrit ? Peut-être sans changer une virgule, peut-être en le remaniant et en lui donnant une connotation plus personnelle. Pourrais-tu nous en dire plus ?

Le dernier que j’aie lu et dont j’ai pensé que j’aurais pu ou aimé l’avoir écrit, peut-être un peu différemment, mais dont le principe me parlait totalement, c’est le Libration de Becky Chambers. Ses thématiques (évoluer, prendre en mains sa vie, construire un rapport à l’autre sur d’autres principes que la domination) me parlent. J’aurais eu envie de le terminer un peu différemment, en pulvérisant un peu plus le cadre, sans doute !

  • Dix ans auront été nécessaires pour voir aboutir Fidèle à ton pas balancé, recueil qui reprend toutes tes nouvelles de science-fiction. Je ne doute pas que dans l’avenir ActuSF continuera à publier d’autres recueils écrits de ta plume, mais j’espère Sylvie qu’on ne devra pas encore attendre dix ans pour voir un recueil aussi complet. D’où ma question : quels sont tes prochains projets littéraires ?

J’écris des nouvelles ^^ La prochaine à paraître sera dans la revue Usbek et Rica, j’ai détruit deux mots dans le Dictionnaire des mots en trop qui va paraître aux Editions Thierry Marchaisse, et j’ai quelques autres projets en cours. Des nouvelles ! Vive les nouvelles. Bisous !

Sylvie Lainé

 

L’empereur de l’espace – Edmond Hamilton

Voici la première aventure écrite en 1940 du cycle Capitaine Futur de Edmond Hamilton. C’est les éditions du Bélial qui nous font découvrir (ou redécouvrir pour ceux qui l’ont lu en anglais), les aventures du capitaine Futur. Un deuxième tome est sorti en même temps que L’empereur de l’espace, c’est A la rescousse. Pour ceux qui l’ignorent, le Capitaine Futur a été adapté en dessin animé en 1979 sous le nom de Capitaine Flam.

On doit cette nouvelle traduction à Pierre-Paul Durastanti, qui a l’habitude de nous proposer des classiques oubliés de la science-fiction (Les vandales du vide, Miro Hertzel, etc.) pour notre plus grand bonheur.

Edmond Hamilton est un pionnier du space opera et de l’aventure spatiale. On lui doit Les rois des étoiles, Les loups des étoiles, Hors de l’univers, Les voleurs d’étoiles, pour ne citer que quelques livres de l’auteur. C’est de la science-fiction épique dans laquelle l’action et l’aventure priment sur la véracité scientifique. Ce qui correspond à nos lectures de notre enfance ou adolescence. Le principal, c’était de lire un bon roman de science-fiction, et pas de savoir si Jupiter était une planète viable pour l’homme.

Ce premier tome des aventures du Capitaine Futur, alias Curt Newton, permet de découvrir les origines du personnage. On pourrait presque le comparer à Flash Gordon, mais en plus posé, plus intelligent, mieux entouré, dont la vocation est de protéger le système solaire.

On découvre que Roger Newton était un brillant biologiste qui travaillait avec Simon Wright. Les deux hommes travaillaient sur des intelligences artificielles et la possibilité d’en faire des créatures intelligentes et artificielles. Mais Wright était trop vieux et pour le garder en vie, Newton a dû transférer son cerveau dans une sorte de boite métallique transparente. Pour se soustraire aux menaces externes, Newton et sa femme, ainsi que Wright ont continué leurs expériences sur la Lune. D’abord ils ont créé Grag le robot, et ensuite Otho qui avait une apparence plus humaine, mais qui a la capacité de prendre d’autres apparences. Au même moment, l’épouse de Newton mettait au monde un petit garçon qui s’appelait Curt, et qui deviendrait plus tard le capitaine Futur. Lorsque Newton et sa femme furent tués, les deux robots s’occupèrent de l’enfant, assistés par Simon Wright. Ils lui apprirent tout ce qu’ils savaient et le formèrent dans plusieurs domaines. C’est là que Curt Newton deviendra petit à petit le capitaine Futur.

Lorsqu’il y a un nouveau danger dans le système solaire, le président de la Terre envoie un signal au capitaine Futur pour lui demander son aide. Vous ne trouvez pas que ça fait un peu bat-signal ? Sauf qu’ici le signal est envoyé vers la Lune. Et le Capitaine Futur sort de sa bat-cave… pardon de son labo lunaire, accompagné de Simon Wright, de Grag et Otho.

Suite à une épidémie inconnue qui fait régresser les humains au point de redevenir des animaux, le président découvre que c’est l’œuvre de l’empereur de l’espace. Un être dont personne ne sait rien, qui se cache derrière un déguisement sombre et qui a la capacité de se dématérialiser. Il n’a d’autre solution que de demander l’aide du capitaine Futur, qui va directement se mettre à la recherche de cet empereur de l’espace. Lui et son équipe vont aussi essayer de trouver un antidote à ce fléau qui se répand dans le système solaire. Voilà dans les grandes lignes le début de ce roman.

J’ai évité de faire le parallèle entre le livre et le dessin animé Capitaine Flam. L’empereur de l’espace correspond aux premiers épisodes et suit presque le livre. Grag est devenu Crag, Otho est devenu Mala, le vaisseau Comète est devenu le Starlabe. Le dessin animé situe l’histoire sur Mégara alors que dans le roman c’est sur Jupiter. Comme on fait abstraction des lieux et de la technologie, cela n’a pas une très grande importance.

En tant que lecteur, il faut juste se familiariser avec des termes qui ont parfois un charme désuet : voiture-fusée, avion-fusée, lunettes fluoroscopiques, rayon protonique, immatérialiseur, foudroyants.

Je ne sais pas si le Bélial envisage d’éditer l’ensemble des histoires liées au Capitaine Futur. Si c’est le cas, c’est une belle initiative que je suivrai de près, car à l’adolescence les livres de Edmond Hamilton m’ont marqué comme beaucoup de lecteurs de ma génération. Je pense qu’un format Omnibus qui reprend 5 ou 6 aventures serait préférable. Le cycle comprend 17 histoires précédemment sorties dans Captain Future Magazine, et 10 autres histoires dans Startling Stories. Il y a donc assez de matière pour en faire des omnibus, comme chez Haffner Press.

Ceci dit, c’est une belle initiative d’éditer enfin en français ce héros de science-fiction qui nous avait échappé dans la langue de Molière, si ce n’est sous forme de dessins animés. À notre époque, on peut cataloguer cette science-fiction dans la catégorie jeunesse. Mais au milieu du vingtième siècle, ces histoires faisaient le bonheur des lecteurs de pulps. Il faut donc lire avec un certain recul ce premier tome du capitaine Futur, se mettre dans la peau du lecteur de l’époque qui était plus émerveillé qu’aujourd’hui.

Et puis, n’oublions pas que Edmond Hamilton a contribué de manière significative à la science-fiction d’aujourd’hui. Star Wars en est un bon exemple. Il faut se souvenir que Leigh Brackett, l’épouse de Edmond Hamilton était aussi auteur de science-fiction et on lui doit le scénario de L’empire contre-attaque.

Donc, si l’envie vous vient de découvrir les auteurs de science-fiction qui sont à l’origine du genre, en voici un bon exemple. L’empereur de l’espace de Edmond Hamilton se laisse lire. Belle initiative du Bélial et de Pierre-Paul Durastanti en particulier.

L’empereur de l’espace, Edmond Hamilton, Le Bélial, 2017, 203 pages, traduit par Pierre-Paul Durastanti, illustration de Philippe Gady

L'empereur de l'espace - Edmond Hamilton

 

Valérian – Shingouzlooz Inc. – Lupano et Lauffrey

Avant de lire Valérian Shingouzlooz Inc., j’avais un doute sur son contenu. Me disant que c’est une des multiples publications qui tournent autour de la sortie du film de Luc Besson. Je suis heureux de constater que j’avais tort et que cette BD est en fait une belle découverte. Scénarisé par Wilfrid Lupano et dessiné par Mathieu Lauffray, ce nouvel opus s’inscrit bien dans l’univers créé par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Non seulement le scénario est à la hauteur, mais aussi le dessin.

Une autre de mes craintes venait que la précédente adaptation « L’armure de Jakolass » de Manu Larcenet m’était tombée des mains. J’avais l’impression que Valérian et Laureline étaient revisités par les Bidochons. Il faudra qu’un jour je relise cette BD avec un autre regard. Heureusement, cette nouvelle histoire respecte de mieux les codes créés par Christin et Mézières.

Dans cette nouvelle histoire, les deux agents spatio-temporels doivent mettre la main sur un androïde qui crée des paradis fiscaux. Le problème, c’est que derrière cette mission apparemment banale se cache un gros problème créé par les Shingouz. La Terre a été rachetée par eux parce qu’une sonde y a mis le pied plusieurs millions d’années auparavant. Et les Shingouz n’en sont pas restés à cette seule bêtise. Lors d’une partie de cartes, ils ont perdu la société qu’ils avaient créée pour y mettre les droits de propriété de la terre.

Valérian va essayer de réparer le navire Shingouz pour retourner dans le passé, tandis que Laureline va essayer de récupérer les droits de propriété sur la Terre. C’est une histoire mêlant actions rocambolesques et humour, avec une grosse surprise sur l’apparition de la vie sur Terre. En fait, on ne s’ennuie pas un seul instant dans cette histoire.

Le scénario de Lupano est dans la droite ligne de ceux de Christin, tandis que Lauffrey apporte une touche un peu plus moderne dans le dessin tout en respectant ceux de Mézières. On y trouve d’ailleurs plusieurs clins d’œil lorsqu’il s’agit de cloner Laureline. Cela me donne envie d’approfondir la production BD des deux auteurs, en particulier le cycle Long John Silver de Lauffrey.

Dans l’ensemble, j’ai adoré cette BD dans laquelle on retrouve une aventure spatiale mâtinée d’humour, avec un Valerian ronchonneur, une Laureline qui prend les choses en mains, et les indécrottables Shingouz qui jouent les perturbateurs de service.

J’ai une critique à formuler c’est le titre. Ce n’est pas Valérian, mais Valérian et Laureline qui auraient dû être inscrits.

Si je peux faire une suggestion à Lupano et Lauffray, c’est de reprendre la série, car le boulot qu’ils ont fait est excellent. Sinon, c’est une excellente BD.

Valérian Shingouzlooz Inc., Wilfrid Lupano et Mathieu Lauffray, Dargaud 2017, 56 pages

valerian

Fidèle à ton pas balancé – Sylvie Lainé

Depuis trois décennies Sylvie Lainé apporte sa pierre à l’édifice imaginaire et science-fiction en particulier. Même si elle n’a pas commis de roman et préfère écrire des nouvelles, elle représente une auteure majeure de la science-fiction francophone. À la différence d’autres auteurs, elle a suscité l’intérêt et la passion à travers des textes courts. Et le temps passant, elle a toujours suivi une voie qui lui était propre, pas influencée par les autres auteurs.

Lire une de ses nouvelles est toujours un vrai bonheur. Et « Fidèle à ton pas balancé » reprend 26 textes qui ont amené les lecteurs dans d’autres contrées de l’univers. On lui doit quatre recueils de nouvelles édités par ActuSF :

  • Le miroir aux éperluettes
  • Espaces insécables
  • Marouflages
  • L’opéra de Shaya

Ces quatre recueils sont entièrement repris dans cette nouvelle anthologie, et même complétés par sept nouveaux textes. J’invite le lecteur à retrouver les chroniques précédentes pour les quatre recueils sur mon blog ou sur Phénix Mag.

Dans cette chronique, je vais davantage me focaliser sur les nouveaux textes :

Mélomania – Cette nouvelle aborde le domaine du remplacement d’organe humain. Lorsqu’on a un frère qui est devenu manchot après un accident de voiture, rien de plus facile que de se faire pousser un autre bras sur son propre corps, pour ensuite le faire greffer chez le frère. Le problème c’est que le bras et la main sont devenus des virtuoses du clavier, et que l’idée de s’en séparer est hors de propos.

Sirius m’était compté – Et si votre chien préféré était recréé tous les jours ? Vous payez 30 jours de clonage et on vous fait une promotion de 40 jours. Soit 10 jours de bonus. De plus, vous pouvez étaler ces 40 jours sur une période plus longue. Le seul problème, c’est que ça vous coute la peau des fesses.

Le printemps des papillons – Et si on utilisait des papillons comme moyen de communication, en inscrivant des messages sur leurs ailes ?

Le karma du chat —La domotique est très présente dans cette nouvelle, au point que les objets de la maison décident eux-mêmes de ce qu’ils vont faire, jusqu’au chat qui n’est pas tout à fait naturel. La quiétude laisse soudain la place à une sorte de chaos orchestré par des intelligences artificielles, que les propriétaires n’arrivent pas à maitriser. Cette nouvelle est pleine d’humour et devrait faire prendre conscience que la domotique risque à terme de connaitre des dérives. Très amusant comme nouvelle.

Temps, bulle et patchouli — Sous une bulle représentant un modèle réduit, on assiste à la création de l’univers.

Toi que j’ai bue en quatre fois — Se faire le grand flash eroticomane, c’est tout un programme ! Quatre éprouvettes contenant des liquides de différentes couleurs vont permettre de faire un trip érotique qui va s’étaler sur deux heures. En fait, chaque couleur à une signification particulière. Pas mal comme nouvelle. On aurait presque envie que les quatre fluides existent.

Petits arrangements intergalactiques (Verso) – Cette nouvelle est le pendant de Petits arrangements intergalactiques. La différence, c’est que l’histoire est racontée du côté Groc plutôt que du côté humain. Si la communication (ou l’absence de communication) est au cœur de cette nouvelle, elle n’en reste pas moins originale et cocasse.

Parmi les autres nouvelles précédemment publiées, plusieurs d’entre elles m’ont marqué. Je pense à : La bulle d’Euze, Un signe de Setty, Carte blanche, Les yeux d’Elsa, L’opéra de Shaya, Un amour de sable. Nouvelles parfois sensibles, parfois surprenantes, parfois amusantes.

Petits arrangements intergalactiques et sa suite (Verso) mérite aussi une attention particulière, car les deux nouvelles racontent la même histoire vue par des personnages différents.

Comme d’habitude, dans les nouvelles de Sylvie Lainé on va à l’essentiel des personnages, des lieux ou des situations dans lesquels ceux-ci se retrouvent. La technologie est présente, mais sans ennuyer les lecteurs avec des détails qui n’apporteraient rien de plus à l’histoire. Chaque nouvelle provoque le dépaysement. Une situation simple et évidente peut se transformer en situation complexe et dangereuse.

La prose de Sylvie Lainé ne m’a jamais laissé indifférent, au contraire. J’ai aimé la lire tout au long de ces années et si j’ai pris gout à lire des nouvelles c’est grâce à elle. Comme je l’ai dit précédemment, Sylvie Lainé apporte une note de littérature à la science-fiction, rendant le genre encore plus ouvert à des lecteurs qui osent sortir des sentiers battus de la littérature.

Le titre du recueil correspond à la dernière nouvelle du livre. Si je trouve le titre original, ce n’est pas nécessairement ce titre que j’aurais choisi, mais plutôt « Le chemin de la rencontre », car des rencontres, on en fait à chaque nouvelle. C’est même le moteur essentiel de chaque nouvelle. Que ce soit des rencontres entre humains ou avec des extraterrestres, elles sont toujours au cœur de chaque texte. Parfois elles nous surprennent, parfois elles nous font sourire. Dans tous les cas, elles sont empreintes d’une certaine sensibilité qui se ressent au fil des pages.

À noter que dans « Fidèle à ton pas balancé » on a droit à une préface écrite par Sylvie Lainé, alors que dans les quatre recueils précédents c’est Jean-Claude Dunyach, Catherine Dufour, Joëlle Wintrebert et Jean-Marc Ligny qui l’ont rédigée. Je ne veux pas dire par là qu’elle boucle son œuvre, mais que cette anthologie mérite de sa part une préface.

On pourrait me reprocher que cette chronique est plus subjective que mes chroniques précédentes. Si c’est le cas, je l’accepte volontiers, car Sylvie Lainé est vraiment une auteure majeure de la science-fiction, qui mérite que je lui apporte une attention plus particulière. Comme je l’ai d’ailleurs cité sur un autre média, lire « Fidèle à ton pas balancé », c’est un peu comme boire un grand vin. On prend son temps pour le déguster et pour apprécier tout son arôme.

Je dirai donc aux lecteurs qui veulent connaitre l’œuvre de Sylvie Lainé, ou aux amateurs avertis qui veulent approfondir son univers de lire ce recueil de nouvelles qui reprend trois décennies d’écriture. C’est une perle qu’il faut avoir dans sa bibliothèque et qu’il faut évidemment avoir lue.

Fidèle à ton pas balancé, Sylvie Lainé, ActuSF, 2016, 484 pages

Sylvie Lainé - Fidèle à ton pas

La maison d’acier – David Weber

Le cycle Honor Harrington écrit par David Weber s’est enrichi d’un guide de l’univers de la série et d’un court roman. J’avais précédemment eu la version anglaise de ce livre, pour pouvoir consulter les informations techniques et historiques de « l’Honorverse ». Mais je ne m’étais pas attelé à la lecture du roman qui précède ce guide. Erreur que je viens de corriger avec la version française publiée par l’Atalante.

Ce livre est uniquement fait pour les fans du cycle. C’est la référence pour toute personne qui veut connaitre les données techniques des vaisseaux, la personnalité des différents acteurs de ce cycle, la politique menée par les différentes puissances spatiales, les différentes technologies utilisées, etc. En somme, tout ce qui a pu être lu précédemment dans ce cycle est ici résumé et classé. Je ne vais donc pas m’appesantir sur ce qui est censé être connu par les fans du cycle.

La maison d’acier est un roman à ne pas négliger. Il précède le cycle Honor Harrington et se focalise sur le roi Roger Winton III, le père de la reine Elizabeth III. On suit l’héritier du trône depuis qu’il est lieutenant de vaisseau dans la flotte royale manticorienne, jusqu’à ce qu’il prenne la succession de sa mère pour devenir roi, puis jusqu’à son décès. L’histoire s’étale sur plusieurs décennies, pendant lesquels Roger assiste lentement à la montée en puissance de la République populaire de Havre, qui annexe petit à petit les systèmes stellaires voisins et devient une menace de plus en plus grande pour Manticore.

À travers des projets mis en place avec l’aide de sa mère, et de Jonas Hadcock (son meilleur ami et son futur beau-frère), Roger va participer à la création d’une force capable de rivaliser avec la RPH. Cela va prendre des décennies. D’abord en intégrant ArmNav et en travaillant avec Hadcock, ensuite en devenant souverain et en infléchissant la politique défensive de Manticore. C’est là que son vœu de créer une maison d’acier pour Manticore prend tout son sens. Roger devra composer avec les rivalités politiques au sein de son propre système solaire, mais aussi en créant des alliances avec les autres systèmes voisins.

En parallèle à ça, Angélique la sœur de Jonas Hadcock devient l’épouse de Roger et quelques années plus tard mettra au monde une petite fille qui deviendra la reine Elizabeth III. Tout semble se dérouler convenablement, jusqu’à ce qu’un accident mette un terme à l’existence de Roger. On découvrira qu’il ne s’agit pas d’un accident, mais d’un assassinat commandité par Havre.

Elizabeth arrivée à l’âge de régner prend la succession de son père, et ne dévoile pas directement que derrière ce meurtre se cache la République Populaire de Havre. Ce n’est qu’avec l’invasion de l’étoile de Trévor par la RPH, qu’Elizabeth a un prétexte pour entrer dans le conflit qui se dessinait depuis plusieurs décennies.

Pas de combats spatiaux dans ce roman, si ce n’est celui qui se passe à la fin de la guerre entre Havre et Manticore (dont à l’époque d’Honor Harrington) et qui est mené par l’amiral Havre-Blanc pour le compte de la reine Elizabeth.

Une préquelle indispensable au lecteur du cycle Honor Harrington, qui permet de comprendre comment Havre a lentement mais surement envahi d’autres systèmes stellaires et comment Manticore a préparé le choc inévitable avec Havre.

On s’attache au roi Roger dans ce roman, et quand on le perd on est heureux qu’Elizabeth prenne sa succession. Jonas Hadcock est certainement une des personnes les plus importantes sur l’évolution la FRM. On comprend mieux comment Gram a abouti à des développements technologiques importants qui feront basculer l’avantage en faveur de Manticore.

Pas d’Honor Harrington dans ce roman, car elle est l’aboutissement de ce qui va suivre. Par contre, quelle planification subtile écrite par David Weber ! On peut faire les mêmes reproches que les autres livres du cycle. C’est-à-dire des longueurs dans certains débats politiques ou stratégiques. Mais au final on se dit que cela renforce la cohérence du roman et de ses suites.

J’ai aimé ce livre autant que ses personnages, car j’avais envie de retrouver un univers qui m’était familier depuis plusieurs années. La partie guide de l’univers est plus à consulter plus qu’à lire. Celui qui aime ce cycle y trouvera son bonheur. À conseiller aux fans d’Honor Harrington.

La maison d’acier/Le guide de l’univers, David Weber, L’Atalante, 618 pages, 2013, illustrations de Thomas Marrone, Couverture de Genkis

La maison d'acier - David Weber

Place des ombres, après la brume – Véronique Biefnot et Francis Dannemark

Un nouveau roman de Véronique Biefnot et Francis Dannemark est toujours un événement marquant dans la production littéraire littéraire belge. Qu’ils arrivent à écrire à quatre mains des histoires originales tient de la gageure. Bien sûr, d’autres auteurs s’y sont essayés, mais pas de manière aussi réussie qu’eux deux.

La première question qu’on peut se poser sur ce livre, c’est de savoir s’il s’agit d’un ou deux romans. En fait, c’est bel et bien une seule histoire, dont les deux parties se passent à vingt ans d’écart. La première se situe dans les années 1980, et la seconde en 2000. La première est écrite par Véronique Biefnot, et la seconde est écrite par Francis Dannemark.

On avait précédemment lu des romans écrits à quatre mains par les deux auteurs. Voilà que le duo nous propose un diptyque dont chacun a écrit une partie, au départ d’un scénario élaboré ensemble. Et cela fonctionne toujours. Le tandem est bien rôdé !

C’est d’autant plus difficile de chroniquer chaque partie du livre, car trop en dire sur la première partie donnerait des informations aux lecteurs sur la seconde partie. Je m’abstiendrai donc d’en dire trop sur l’histoire pour permettre au futur lecteur de découvrir le roman.

Place des ombres

Reste qu’avec Place des ombres, on retrouve le style d’écriture plus dramatique, plus sombre de Véronique Biefnot, qu’on avait déjà découvert dans sa trilogie (Comme des larmes sous la pluie, Les murmures de la terre, Là où la lumière se pose). Comme d’habitude, le style est soigné, précis, fluide, et… mystérieux. Avec un sens du détails qui lui est propre.

Si le fantastique a déjà été abordé précédemment dans les romans « Sous les ruines de Villers », ici on a droit à une dimension nouvelle et je pense que Jean Ray, Thomas Owen ou Michel de Ghelderode ne renieraient pas cette histoire. Par ailleurs, Véronique Biefnot peut allier le noir et le rose, passer du drame à la comédie lorsque c’est nécessaire. Probablement parce qu’elle est aussi une comédienne qui a abordé de multiples genres sur les planches de nos théâtres.

Le personnage principal de cette première partie est Lucie, une étudiante à l’université, qui se retrouve dans une ville qu’elle va devoir découvrir. Pas très loin de la place des Ombres, elle va faire la connaissance d’Evariste Jussieux un vieil herboriste qui tient son officine au rez-de-chaussée et de madame Latourelle, la propriétaire de la demeure dans laquelle Lucie va occuper un appartement. Lucie « adoptée » par un grand chien noir aux yeux d’ambre qui ne la quitte pas un instant, va bientôt être confrontée à d’étranges phénomènes en ces lieux et découvrir que ces deux personnes sont liées au sort de la maison. Une histoire révolue ? Peut-être pas : un événement tragique et spectaculaire va se produire, dont Lucie sera la victime… Il y a le danger sournois et invisible, que Lucie ignore alors qu’elle est la victime, et le danger imprévisible d’une demeure qui n’a pas encore livré tous ses sombres secrets.

Ce n’est qu’avec l’arrivée inattendue de son amie Maud que les événements tragiques vont trouver une explication rationnelle… Mais ne faudrait-il pas dire surnaturelle ?

Cette première partie se termine sur une note à la fois triste et rassurante, qui donne évidemment envie de lire la seconde partie de ce roman.

À noter que le fil rouge de cette histoire est un autre livre : Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire.

Après la brume

Dans la deuxième partie du roman, on retrouve Maud vingt ans plus tard. Elle a perdu son mari et sa mère, tandis que son fils est hospitalisé. Un nouveau personnage répondant au nom de La Brume fait son apparition. Taciturne, mystérieux, mais toujours aimable et attentif, il est accompagné d’un grand chien noir. Maud se sent rassurée par sa présence et il sera à son côté lorsqu’elle se rendra dans le château de  son père.

La brume semble être un étranger à toute cette histoire, et l’on sait peu de choses de lui. Et pourtant – mais le lecteur ne le découvrira que bien plus tard – des liens inattendus le rattachent aux protagonistes que l’on a appris à connaître depuis le début du diptyque.  Peu à peu, les pièces éparses s’assemblent…

Le ton et le style de Francis Dannemark sont certes légèrement différents de ceux de Véronique Biefnot mais le mystère plane toujours et nous sommes tout autant dans un registre où le fantastique règne en maître, quoique toujours dans un cadre réaliste

Je me demande à quoi aurait ressemblé ce roman si dès le départ il avait été écrit à quatre mains, comme c’était le cas pour les livres précédents des deux auteurs. Ou ce que cela aurait donné si Francis Dannemark avait écrit la première partie et Véronique Biefnot la seconde. Mais ces questions, qui sont de purs jeux de l’esprit (privilège du lecteur !) ne doivent pas nous faire perdre de vue qu’il s’agit d’une histoire qu’ils ont imaginée ensemble et, bien sûr, retravaillée en duo.

Dans cette « Place des Ombres, après la brume », on ne retrouve pas la charmante douceur de La route des coquelicots, ou la tendre nostalgie de Kyrielle Blues. Au cœur de ce diptyque, c’est un drame qui pose sa marque, et le mystère plane en permanence sur cette histoire, qui n’est pas moins agréable à lire, mais plus dense, plus tendue. C’est une nouvelle dimension dans le travail de ce duo ! Qui annonce d’autres collaborations dans l’avenir. À lire sans aucun doute !

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