Cœur d’acier — H. Paul Honsinger

Premier tome d’une trilogie nommée « De haut bord », ce cycle de space opera écrit par H. Paul Honsinger et édité chez l’Atalante a attiré mon attention. En fait, j’ai d’abord attendu d’avoir les trois tomes avant de lire le premier. Sans doute parce que la quatrième de couverture faisait référence à des cycles comme Honor Harrington et La flotte perdue. N’est pas David Weber ou Jack Campbell qui veut. C’est le genre d’argument de la part de l’Atalante qui ne m’incite pas à donner la priorité à ce cycle de SF, même s’ils éditent ces deux cycles.

Cœur d’acier, c’est le premier tome d’un space opera qui se passe en 2315. La séquence d’ouverture donne le ton en présentant un abordage spatial. Le lecteur est directement mis dans le bain et se retrouve dans un space opera aux allures militaires.

On suit Max Robichaux qui vient d’être promu capitaine de corvette et reçoit le commandement d’un destroyer nommé Cumberland. C’est un vaisseau relativement récent, dont le commandant précédent était un vrai tyran. Robichaux hérite d’un vaisseau dont l’équipage est plus habitué à astiquer les cuivres qu’à combattre. Il découvre rapidement que l’équipage manque d’entrainement, que celui-ci doit faire ses preuves au combat. Robichaux doit donc motiver ses hommes pour qu’ils forment un bon équipage.

La mission du Cumberland c’est d’aller en territoire ennemi pour saboter et détruire le trafic spatial. En somme, jouer les pirates.

Pour éviter le combat, certains membres d’équipage préparent un sabotage. Le vaisseau a fui le combat à deux reprises. Une partie de l’équipage se drogue, car trop stressé. Ce qui entraine des réactions trop lentes lors de phases importantes. On assiste à une restauration du matériel, comme le retour de la machine à café dans le carré des officiers. C’est très important pour le moral !

Il y a des éléments qui m’ont profondément dérangé dans ce livre. Par exemple dans la guerre que l’Union de la Terre et des mondes colonisés mène contre les Krags, il y a eu dans le passé un virus qui a tué la majorité des femmes (mais pas toutes). Donc, les équipages sont uniquement constitués de personne du sexe masculin. Il y a des cadets à bord, âgés d’une dizaine d’années qui s’entrainent avec des couteaux. On a l’impression que ce livre est écrit pour une histoire qui se passe au XVIII ou XIVe siècle, à bord de grands navires à voile. Jack Aubrey a certainement influencé l’auteur, ce qui ne devait pas être le cas pour Horatio Hornblower. C’est trop facile d’éliminer la gent féminine, à croire que l’auteur est misogyne. Peut-être n’a-t-il jamais vu un épisode de Star Trek où l’équipage est constitué des deux sexes ?

La première rencontre avec un vaisseau extraterrestre fait comprendre que le Cumberland n’a rien de dangereux pour une race largement supérieure aux humains. C’est donc par le dialogue que Robichaux parvient à continuer sa mission. Un peu plus tard, son destroyer arraisonne un vaisseau qui a dans ses soutes une vingtaine de tonnes d’or. Oh miracle, on est riche ! Je pensais que dans l’avenir la technologie avait plus de valeur que des métaux.

Autre curiosité de ce space opera, c’est la modification de la silhouette du Cumberland avec des pièces contenues dans ses soutes. Alors que le destroyer navigue à une fraction de la vitesse de la lumière, l’équipage va lui ajouter des excroissances en métal et en bois.

D’abord la vitesse… Je peux imaginer que certains travaux sur la coque se faisaient sans arrêter le navire. Mais ici on ne navigue pas à quelques nœuds comme au XVIII ou XIV siècle, mais à des vitesses relativistes.

Ensuite… C’est un vrai magasin ce navire, le Brico du coin. On y trouve du bois, comme s’il y avait une forêt juste à côté. Ce qui m’incite à penser que ce livre a d’abord été écrit pour la marine à voile d’il y a deux ou trois siècles, et a été transformé en livre de science-fiction.

Un destroyer qui se paie le luxe de détruire un cuirassé ! Encore une absurdité qui était possible à l’époque de la marine à voile, où à bord d’un cotre les pirates pouvaient s’emparer d’un galion. Oui, mais à technologie égale, un destroyer ne détruira jamais un cuirassé, sauf dans le cycle Honor Harrington ! Oui, mais David Weber explique dans ses romans comment y arriver. Ici, c’est un peu simpliste.

Cela reste un livre qui se lit facilement, mais qui ne joue pas dans la même catégorie que Honor Harrington ou la flotte perdue. Trop d’invraisemblances dans ce premier tome. Je n’envisage pas de lire la suite. Peut-être, que d’autres lecteurs auront un avis différent du mien.

De haut bord : Cœurs d’acier, H. Paul Honsinger, L’Atalante, 460 pages, 2016, illustration Gene Mollica,

Coeurs d'acier - Paul Honsinger

Star Trek Picard

Retrouver Jean-Luc Picard et l’univers de Star Trek a vraiment été une bonne surprise. Parmi tous les capitaines de vaisseau, Picard a certainement été celui que j’aimais le plus. Plus réfléchi que Kirk, plus diplomate, plus philosophe et aussi plus attachant par son grand âge.

Au lieu de faire un film de deux heures, les producteurs ont opté pour une histoire en dix épisodes. Ce qui permet de développer les personnages et surtout de redécouvrir l’univers de Star Trek qu’on avait quitté avec la deuxième saison de Discovery. Ce n’est pas la même époque et pas le même capitaine, mais que ça fait du bien de retrouver la fédération des planètes unies et les différents peuples qui la composent (Terriens, Vulcains, Romuliens, Borgs et quelques synthétiques).

Ceux qui se souviennent de Star Trek 10 et de la mort de Data, vont être heureux de constater que cette histoire a un lien direct avec lui. Il n’existe plus, du moins physiquement, mais sa conscience existe quelque part. C’est aussi l’occasion de retrouver d’autres personnages de Star Trek Next Generation et Star Trek Voyager : William Riker, Deanna Troye et Seven of Nine sont présents. Pour Data, il faudra se contenter de voir les différents composants de Proto au fond d’un tiroir. En tout cas, ce dernier était incapable d’accueillir la mémoire et les engrammes mémoriels de l’original. Mais bonus pour l’amateur, Data est bien présent virtuellement dans le dernier épisode. Je laisse découvrir…

On retrouve un Jean-Luc Picard vieillissant, qui s’occupe de ses vignobles jusqu’à ce qu’il croise le chemin d’une jeune femme pourchassée. Elle est en fait une synthétique de dernière génération issue d’une technologie basée sur celle de Data, mais améliorée. Rien ne distingue la jeune femme des êtres humains. Elle est parfaite, jusqu’à éprouver les mêmes sentiments que les humains. Quand Picard comprend qu’elle a un lien avec Data et qu’elle a une sœur jumelle, il entreprend de retrouver celle-ci. Mais la jeune femme est tuée. Picard décide alors d’affréter un vaisseau et un équipage. Il espérait avoir l’aide de Starfleet, mais ce n’est pas le cas.

En 2385 en tant qu’amiral de Starfleet, Picard a aidé les Romuliens à quitter leur monde avant que celui-ci ne soit détruit par une supernova. Avec l’aide de Starfleet, il a fait évacuer une partie des Romuliens, jusqu’au moment où il y a eu un soulèvement des synthétiques sur Mars. Starfleet l’a alors abandonné pour se focaliser sur le soulèvement martien. Les synthétiques ont été abattus et leur présence dans la fédération a été interdite. De son côté, Picard a démissionné de Starfleet pour se consacrer à ses vignobles. Quatorze ans plus tard, lorsque Dhaj poursuivie par des Romuliens fait irruption dans sa vie, il décie de l’aider à retrouver sa sœur Soji.

Développer sur 10 épisodes, cette histoire nous fait découvrir un cube Borg étudié par les Romuliens. Picard n’a plus le charisme d’antan, mais est toujours déterminé à aider son prochain. On retrouve le grand amiral de l’Entreprise, sauf qu’ici il est dans un petit vaisseau de transport dont l’équipage est assez hétéroclite.

Les seules critiques que j’ai formulées concernent les choix technologiques. Des écrans virtuels plutôt que des vraies consoles avec des écrans tactiles, ça donne l’impression qu’on a voulu faire des économies sur le budget de la série. Et puis les vaisseaux de Starfleet ! Le vaisseau que Picard a affrété ne ressemble pas vraiment au look des vaisseaux qu’on a l’habitude de voir dans Star Trek. Deux nacelles qui accueillent les générateurs Warp auraient fait l’affaire. De ce côté-là, Star Trek Discovery fait mieux (bien que dans cette dernière série je n’ai pas aimé le vaisseau qui se retourne comme une crêpe avant le saut).

Comme on n’est pas dans la réalité alternative des trois derniers films, on pourrait montrer des vaisseaux qui accélèrent dans l’espace et pas des vaisseaux qui font des bonds PRL comme dans Battlestar Galactica. Un détail qui ne m’a pas échappé, lorsque les synthétiques veulent contacter d’autres races plus évoluées qu’eux. De la porte qui s’ouvre dans l’espace on voit des serpents, des monstres. Difficile de croire qu’une intelligence plus évoluée à des apparences de monstres. Désolé, mais comme je suis fan de la série depuis sa création dans les années 60. Riker mériterait d’avoir sa propre série, aux commandes d’un grand vaisseau d’exploration.

En dehors de ces quelques détails, Picard est une excellente série, avec de nouveaux personnages qui viennent épauler notre amiral. J’ai particulièrement aimé Rafaella Raffi Musiker qui était le premier officier de Picard à bord du USS Verity en 2385. Seven of Nine est une vraie baroudeuse que j’espère revoir dans la prochaine saison. Je l’aimais déjà dans Voyager.

Cette première saison est dans l’esprit de Star Trek comme Gene Roddenbery l’avait imaginé. Il y a de l’action, mais pas trop, et la réflexion à toute sa place dans cette histoire. Au bout du compte, une bonne histoire en dix épisodes. Ce format est idéal pour développer l’univers et les personnages. L’univers on le connait déjà, et les personnages sont familiers, plus que dans Discovery. Reste plus qu’à attendre la saison deux de Star Trek Picard. Cette série est normalement prévue en trois saisons d’une dizaine d’épisodes.

Star Trek Picard, une très bonne série de science-fiction qui peut faire encore mieux dans la saison suivante. Les dix épisodes varient de 42 à 56 minutes. Qu’est-ce que je pouvais demander de plus pour un fan de Star Trek ?

Star Trek Picard

Sans concession – David Weber

Le quatorzième dans le cycle Honor Harrington, « Sans concession » est fidèle aux tomes précédents. C’est-à-dire, mélange intrigues politiques et militaires, et contient un certain nombre de batailles spatiales. L’Atalante continue à publier ce cycle de space opera qui fait le bonheur des fans du genre.

Plusieurs mois se sont écoulés depuis l’attaque de Yawata où plusieurs millions de personnes ont péri dans le système de Manticore, et où une partie des infrastructures spatiales ont été détruites. Manticore se relève lentement avec l’aide de ses alliés Graysoniens, mais aussi Havriens devenus des alliés.

La Ligue solarienne met en œuvre son plan Boucanier qui consiste à détruire les infrastructures des systèmes qui veulent quitter la ligue, et qui ont des liens commerciaux avec Manticore, ou qui sont aux marches de la fédération. C’est de l’intimidation qui consiste à réduire les échanges commerciaux que Manticore pourrait avoir avec d’autres systèmes stellaires. Mais les mandarins solariens (le groupe de personnalités politiques et militaires qui tirent les ficelles) doivent éviter que les allégations de Manticore concernant un ennemi qui agit dans l’ombre soient vraies. En élaborant « boucanier », ils espèrent intimider une bonne partie de la galaxie pour ne pas se soumettre à Manticore qui va de victoire en victoire.

Boucanier s’exécute dans plusieurs systèmes solaires, dans lesquels parfois il existe une force manticorienne. Les forces en présence sont disproportionnées en nombre de vaisseaux. Il ne fait aucun doute que la Ligue solarienne peut aligner des flottes entières face à de simples escadres manticoriennes. Mais la technologie est à l’avantage de Manticore. Comme d’habitude, les Solariens sous-estiment l’intelligence des Manticoriens. À plusieurs reprises, ils vont subir des échecs cuisants. Mais Manticore et ses alliés ne peuvent être partout à la fois. Et la ligue solarienne le sait très bien et exécute Boucanier chaque fois que c’est possible.

On a donc droit a de grandes batailles de vaisseaux, où David se bat contre Goliath. Parfois, les Manticoriens se sacrifient pour sauver des millions de personnes appartenant à d’autres systèmes stellaires, parfois la Ligue solarienne n’a aucune difficulté à appliquer son plan Boucanier. C’est une course contre la montre pour la ligue qui a des vaisseaux, mais pas les moyens financiers pour moderniser son armement. C’est aussi une course contre la montre pour Manticore qui doit retrouver son niveau de production d’avant l’attaque de Yawata.

J’ouvre une parenthèse ici, en faisant remarquer que les Solariens passent vraiment pour des imbéciles, trop imbus de leur personne, toujours en train de déformer les faits dans les médias, et surtout d’une mauvaise foi exemplaire. Tous les systèmes stellaires qui veulent l’indépendance sont considérés comme des traitres, tandis que les Manticoriens et leurs alliés sont des néo-barbares. C’est lourd de le lire au fil des pages.

Honor Harrington n’interviendra dans cette histoire que dans le deuxième volume. Dans le premier, elle se consacre plutôt à des mondanités. Mais dès qu’elle sera exaspérée par une attaque de la Ligue solarienne, et une seconde attaque sournoise initiée par l’alignement Mesan, elle va enfin utiliser la grande flotte et mettre fin à la menace de la ligue. Désolé de révéler l’info ici, mais ça se devine depuis longtemps, et en tant que lecteur on ne pouvait pas attendre indéfiniment ce moment. Sans concession, donne bien son titre à ce tome. Honor Harrington siffle la fin de la récréation et met fin à la partie. Et dans ce bras de fer direct avec la grande alliance, la ligue ne fait pas le poids.

Est-ce la fin du cycle ? Pas vraiment. Les grandes batailles ne sont plus à l’ordre du jour puisque la ligue solarienne a été défaite par Honor Harrington. La Terre et le système solaire sont relégués à un rôle de système stellaire qui a perdu la majorité de ses infrastructures militaires. Mais l’alignement Mesan n’a pas été vaincu et reste tapi quelque part dans la galaxie. C’est la chasse au lapin, comme le dit Honor Harrington. Reste à trouver le terrier. Est-ce que David Weber va l’écrire ? Probablement, mais cela n’inclut pas nécessairement Honor Harrington. Comme elle deviendra le premier Lord de l’empire de Manticore, elle n’a plus à commander un vaisseau ou une flotte. Elle devra dorénavant déléguer ses pouvoirs à des officiers de confiance et donner les ordres depuis un quartier général.

J’aurais donc tendance à dire qu’un tome 15 devrait voir le jour pour résoudre le problème de l’alignement Mesan. Ce sera probablement beaucoup de discussions et peu de batailles, voire pas de bataille du tout. Alors là le cycle serait vraiment terminé.

Quand on observe cette fin provisoire, on constate que le reste de la galaxie est loin d’être apaisé. Plusieurs systèmes stellaires veulent quitter la ligue solarienne, et cela ne se fera pas nécessairement dans le calme. Des dirigeants locaux vont probablement prendre le contrôle de leur système stellaire en utilisant la manière forte. Donc, il y aura des soulèvements qui mèneront à l’indépendance, mais tous ne prendront pas les armes. Reste à voir si ce seront des démocraties ou des dictatures. Est-ce que Manticore, Havre et Grayson vont jouer les gendarmes de la galaxie ? Cela se pourrait bien. Mais si David Weber décide d’écrire d’autres histoires dans l’univers de Honor Harrington, celles-ci n’auront jamais l’ampleur de celle qui vient de se terminer.

Je rappelle qu’on attend toujours la suite de « La maison d’acier » qui se passe avant Honor Harrington, et qui doit faire deux tomes de plus. Si David Weber pouvait s’y atteler, ce serait bien…

J’ai bien aimé ce quatorzième opus, mais en le lisant parfois de travers, comme je l’ai fait pour les tomes précédents. Les histoires de chats sylvestres ne font pas avancer l’histoire, tout comme les réunions des Mandarins (solariens). Ces chapitres peuvent donc être lus en diagonale pour accélérer la lecture. Il faut juste de temps en temps retenir l’un ou l’autre mot qui a une incidence sur le reste de l’histoire ! Ce roman aurait pu faire 600 ou 700 pages plutôt que 1104 pages !

Ce tome 14 ne manque pas de batailles spatiales. Mais au-delà de celles-ci, on remarque que Manticore et ses alliés ne cherchent pas à les provoquer, au contraire. C’est toujours la ligue solarienne qui la déclenche, et c’est toujours l’alignement Mesan qui pratique des génocides comprenant plusieurs millions de personnes. Le coupable idéal, c’est Manticore, c’est ce que la ligue veut faire croire pendant qu’elle le peut encore. Mais les médias ne sont pas dupes et comprennent que Manticore est le bouc émissaire d’un ennemi qui se cache.

Restent les batailles spatiales qui sont le cœur de tout livre du cycle, et qui nécessitent d’avoir une bonne calculatrice sous la main, ou une feuille Excel. David Weber prend un malin plaisir à détailler chaque bataille, mais ici ce ne sont pas quelques missiles qui sont largués, mais des centaines de milliers. Par moment, en tant que lecteur, on a envie de connaitre le résultat d’une bataille, et pas nécessairement tout son développement.

Dans la lignée des derniers tomes, « Sans concession » plaira aux fans du cycle. Ils devront lire les 1104 pages que contiennent les deux tomes. Ceci n’est pas vraiment une fin. David Weber l’explique mieux que moi à la fin du deuxième tome.

Sans concession, David Weber, L’atalante, 2020, 569 + 535 pages, illustration de Genkis

David Weber - Sans concession

L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafon

Premier livre du cycle « Le cimetière des livres oubliés » de Carlos Ruiz Zafon, « L’ombre du vent » m’a échappé pendant plusieurs années. Un ami m’a un jour conseillé de le lire alors que je plongeais dans un livre de Stefán Zweg. J’ai retenu cette suggestion en me promettant d’y donner suite. Quelques années plus tard, la réédition du livre en grand format chez Actes Sud me donne l’occasion de combler cette lacune.

C’est le parcours initiatique d’un enfant de 10 ans qui après avoir choisi un livre, va chercher à connaitre son auteur. Auteur espagnole qui vit comme lui à Barcelone. L’histoire se passe entre 1945 et 1956, une période sombre de l’Espagne. On suit Daniel Sempere, un enfant dont le père est libraire. Un jour, son père décide de l’emmener au cimetière des livres disparus, une bibliothèque inconnue du public pour amoureux des livres. Daniel choisit un livre qui va le marquer et l’inciter à en savoir plus sur son auteur Julian Carax. Sa quête qui s’étale sur 10 ans l’amène à découvrir des personnages au passé parfois sordide, parfois dangereux, mais aussi à des amis, et des amours contrariés. Cet intérêt pour Julian Carax est risqué pour Daniel, qui ne se rend pas compte que remuer le passé peut aussi le mettre en danger. En fait, Daniel a beaucoup de points communs avec l’auteur.

De nombreux témoignages et histoires se recoupent pour former une gigantesque toile dans laquelle toutes les personnes rencontrées ont un lien direct ou indirect avec Julia Carax. C’est un roman qui parle de livres. C’est aussi la découverte du cimetière des livres oubliés, lieu décrit par Carlos Ruiz Zafon dans trois autres romans du même cycle.

C’est sans aucun doute un grand livre très bien écrit avec quelques longueurs. Une centaine de pages en moins aurait donné le même résultat. Mais on ne va pas bouder son plaisir avec ce genre de détail. Le roman est écrit à la première personne, vécut à travers les yeux de Daniel Sempere un enfant de dix ans. On va le suivre pendant plus d’une décennie et découvrir avec lui les intrigues qui existent autour de Julian. On s’identifie à Daniel, et on éprouve une certaine empathie pour ce jeune garçon. On découvre sa passion pour les livres, ses premiers émois sentimentaux et ses premières déceptions, mais aussi la tristesse de voir disparaitre des proches, la peur provoquée par de funestes personnes à l’origine de tous les maux de cette histoire. Il y a des moments de joie, de bonheur où certains personnages se détachent plus que d’autres. C’est le cas du père de Daniel qui est libraire, mais aussi de Fermin qu’on découvre comme un clochard au début de cette histoire, qui s’avère être une personne sympathique et originale.

La lecture du roman donne envie d’en savoir plus sur le Barcelone de l’époque. Carlos Ruiz Zafon est doué pour faire vivre ses personnages, pour leur donner une âme et pour décrire les lieux.

Les deux cents dernières pages du roman sont un vrai régal. Chaque question restée en suspens est élucidée. À partir du moment où on découvre le témoignage de Nuria Monfort, le passé trouble devient tout d’un coup très clair, mais révèle aussi des événements tragiques. Tout se rejoint, jusqu’au détail du stylo qui aurait appartenu à Victor Hugo ou Alexandre Dumas, ou le livre de Julian Carax caché dans le cimetière des livres oubliés, trouvé par Daniel. Ce dernier rencontrera Julian Carax, mais ne se doutera pas que c’était lui. C’est orchestré intelligemment par Carlos Ruiz Zafon qui distille les informations au fil des pages. Ce roman est tout simplement un chef-d’œuvre. Après lecture, difficile d’ignorer les autres livres du cycle Le cimetière des livres oubliés qui se passent à des époques différentes (Le jeu de l’ange, Le prisonnier du ciel, Le labyrinthe des esprits). C’est certain, je vais aussi les lire, mais pas tout de suite !

Un roman évidemment à conseiller, car l’histoire est originale. Si elle prend des allures de parcours initiatique au début, elle devient rapidement une histoire policière qui trouve son origine dans le passé. La densité de l’histoire et la fluidité d’écriture de l’auteur font que ce livre est captivant. J’ai adoré !

L’ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon, Actes Sud, 528 pages, 2019

La curée – Cédric Simon et Eric Stalner

Cette adaptation de La curée en bande dessinée par Cédric Simon et Éric Stalner, roman d’Émile Zola, ne passe pas inaperçue et s’inscrit dans la grande fresque des Rougon-Macquart écrite par Zola.

J’avais hésité à lire cette BD, car pour moi Zola c’est avant tout Germinal. Mais j’ai laissé mes préjugés au vestiaire pour lire cette bande dessinée. Et le résultat, c’est que j’ai bien aimé. La période du deuxième empire ne m’est pas trop connue si ce n’est pour les travaux du baron Haussman, qui ont changé la face de Paris dans la seconde partie du XIXe siècle.

La curée, c’est la portion de la bête, du gibier, qu’on donne en pâture aux chiens de chasse. Dans le cas du roman et de cette BD, la curée c’est Paris, ville qui est la proie des promoteurs et des spéculateurs. C’est une période où des affairistes exproprient les personnes de leurs demeures, achètent les terrains pour des bouchées de pain puis les revendent à prix d’or lors de la reconstruction d’une partie de la ville. Paris est vendue parcelle par parcelle lors des grands travaux d’Haussman.

On fait la connaissance d’Aristide Rougon qui arrive de sa province le 13 janvier 1852 avec femme et enfant. Son frère Eugène qui est avocat lui suggère de changer de nom. Il troquera le nom de Rougon pour celui de Saccard. L’homme qui est très ambitieux se focalise sur le travail et pas sur sa famille. Pour réaliser ses projets et concrétiser son désir de fortune, il s’applique à tout savoir à la mairie de Paris, et en particulier tout ce qui lui permettra de s’enrichir. Telle une fourmi, il va s’appliquer à devenir indispensable et donc à acquérir du pouvoir. Il délaisse sa femme Angèle au point de la laisser mourir. On lui propose un mariage arrangé avec Renée, qu’il accepte, car c’est aussi l’occasion pour lui de s’enrichir.

Les années passent et Saccard continue d’accumuler de l’argent. Sa femme Renée consacre du temps à Maxime, le fils de la première épouse de Saccard. Cette relation belle-mère et beau-fils prend une autre tournure au point de se transformer en romance. Comme Saccard ne se préoccupe pas vraiment de sa femme, cette relation sentimentale prend de l’ampleur. La seule chose qui met en difficulté Renée, c’est sa dote qui a fondu comme neige tandis que les dettes s’accumulent. Son mari lui fait signer des reconnaissances de dettes et s’approprie petit à petit ses biens. Jusqu’au jour où il découvre la relation sentimentale entre sa femme et son fils. Mais Maxime se marie et part pour l’Italie, laissant Renée désemparée, qui se suicide en se noyant.

C’est à la fois beau et triste, mais c’est admirablement bien adapté. L’histoire fait froid dans le dos, car elle présente un homme qui ne s’ennuie d’aucun scrupule pour s’enrichir. Et les gens qui l’entourent semblent être pris par cette même folie, la soif du pouvoir et de l’argent. Il suffit de regarder les rires des différents protagonistes et leurs yeux presque exorbités à l’idée de faire des bénéfices fructueux. Sa femme n’a pas beaucoup d’importance à ses yeux, si ce n’est pour l’argent qu’il peut lui soustraire.

J’ai beaucoup aimé cette adaptation du roman de Zola, même si la fin n’est pas tout à fait celle du roman (puisque sa seconde épouse meurt d’une méningite dans le roman). Mais vu la qualité du scénario et des dessins, on fera abstraction de ce détail. J’espère que d’autres initiatives du même genre vont voir le jour dans le futur. Certains classiques de la littérature méritent aussi d’avoir une adaptation en bande dessinée. Et ce ne sont pas les livres qui manquent !

J’ai adoré le dessin d’Éric Stalner et en particulier les couleurs qu’il a choisies pour cette bande dessinée. Les vues de Paris sont magnifiques. Le scénario de Cédric Simon et Éric Stalner tient le lecteur en halène. A lire évidemment !

La Curée, Cédric Simon et Éric Stalner d’après le roman d’Émile Zola, Éditions Les Arènes BD, 2019, 192 pages

Plaies d’honneur – David Weber


Trop long, trop de personnages et trop lent. Voilà ce que je reprocherai à ce dixième opus de Honor Harrington. Bien que j’adore ce cycle, je dois constater que David Weber n’a pas pensé à ses lecteurs en écrivant ce livre. Il aurait pu faire 300 pages de moins sans nuire à l’histoire. Non, malheureusement il faut lire plus de 1200 pages pour se rendre compte que c’est reparti pour un tour.

Depuis l’attentat contre le précédent gouvernement Manticorien, cinq ans se sont écoulés et le nouveau gouvernement de Haute-Crète n’a pas cru bon de maintenir les investissements militaires, tout comme il n’a pas signé de traité de paix avec Havre, et par la même occasion il n’a pas restitué les systèmes stellaires conquis. La FRM (flotte royale manticorienne) ne peut pas protéger convenablement tous les systèmes conquis depuis la dernière guerre. Mais pendant ces cinq années de trêve, la république a reconstruit sa flotte.

Honor Harrington et Havre-Blanc sont dans l’opposition et constituent la vraie opposition contre le gouvernement de Haute-Crète. Mais Honor Harrington est envoyée en Silésie pour prendre le commandement de la base de Sidemore. Elle est aux commandes d’une flotte de vaisseaux qui ne sont pas de dernière génération. Heureusement une flotte Graysonienne constituée de bâtiments modernes accompagne sa flotte Manticorienne. On assiste à des échanges diplomatiques entre le gouvernement Manticorien qui est incompétent et le gouvernement Havrien qui veut la paix, mais prépare la guerre si le traité de paix n’est pas signé rapidement. Un vrai paradoxe.

Seul le Protecteur Benjamin Maihew semble rester lucide. Tandis que les relations entre Manticore et Grayson semblent se détériorer à cause de l’incompétence du gouvernement Haute-Crète, Maihew n’a pas hésité à renforcer la flotte de son meilleur officier et à renforcer le détachement Manticorien qui protège le trou de ver de l’étoile de Trévor.

Ce livre est moins guerrier que les précédents. David Weber s’est focalisé sur les différents protagonistes (en trop grand nombre) et nous fait suivre toutes leurs élucubrations et tergiversations jusqu’au point de non-retour. On peut pratiquement dire qu’il ne se passe rien dans le premier des deux tomes, et que l’histoire ne démarre qu’après 200 pages dans le second tome. C’est beaucoup de temps perdu pour le lecteur. Les scènes de bataille sont bien présentes, mais elles sont coupées, comme si David Weber n’avait plus envie de nous les raconter jusqu’à leur dénouement. Souvent c’est au chapitre suivant qu’on apprend que la bataille a été gagnée par un des adversaires.

Après lecture de ce tome 10 beaucoup trop gros, on comprend que Manticore se retrouve à la case départ et que David Weber a placé ses personnages dans une situation qui permettrait d’écrire encore plusieurs livres.

À lire absolument pour les inconditionnels d’Honor Harrington (dont je suis), mais ce n’est pas le meilleur livre du cycle. Tout au plus le plus épais. C’est plus un vrai exercice d’endurance qui met à rude épreuve la patience du lecteur. Je me demande parfois si ce livre n’a pas été écrit tout simplement pour vérifier la fidélité des fans de la série. Oui, je sais, j’en fais partie !

Plaies d’honneur T.1 & 2, David Weber, L’Atalante poche, 2019, 1258 pages, couverture de Genkis

Plaies d'honneur - David Weber

Le dernier pharaon – Schuiten, Van Dormael, Gunzig, Durieux

Comme beaucoup d’amateurs de bandes dessinées, j’ai attendu avec impatience le Blake et Mortimer réalisé par François Schuiten, Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig. Le premier choix cornélien quand je suis arrivé chez mon libraire BD c’est de savoir quel format j’allais prendre. Vu les magnifiques dessins de Schuiten parfois augmentés (ou coupés) suivant le format choisi, j’ai opté pour les deux. Comme le format italien est limité en nombre d’exemplaires, il deviendra collector, et ceux qui ne l’auront pas acheté maintenant le regretteront plus tard. Si le prix est différent, il est justifié par son nombre de pages plus important.

L’histoire commence là où se terminait le mystère de la grande pyramide. Blake et Mortimer sortent de celle-ci avec une amnésie partielle concernant l’aventure qu’ils viennent de vivre. Quelques années ont passé et Mortimer se retrouve à Bruxelles, appelé pour résoudre l’énigme d’un mystérieux rayonnement issu des entrailles du palais de justice. Malheureusement ce rayonnement électromagnétique perturbe tous les engins électriques. La ville est évacuée et le palais de justice entouré d’une cage de Faraday. De retour à Londres, Mortimer est sollicité par son ami Blake pour revenir à Bruxelles et tenter de stopper ce rayonnement qui a repris. Parachuté sur la ville, Mortimer doit d’abord traverser celle-ci avec tous les dangers que cela représente et trouver le moyen de neutraliser ce rayonnement. Voilà la trame générale de cette BD.

Depuis l’enfance, je lis les aventures de Blake et Mortimer dessinées et écrites par Edgar P. Jacobs, mais aussi par les auteurs et dessinateurs qui ont repris le flambeau. Mais je n’ai pas éprouvé la même chose avec ce dernier pharaon. J’ai eu l’impression que c’était un tome de plus des cités obscures dans lequel Blake et Mortimer apparaissaient.

Je ne suis pas vraiment un fan de l’univers de Schuiten. J’ai néanmoins lu la fièvre d’Urbicande, Brüsel, et la Douce/12 et Bruxelles Itinéraires. Cela reste un univers froid et glauque, dans lequel le lecteur que je suis a difficile à avoir de l’empathie pour les personnages. Je ne reconnais pas Mortimer, qui a l’air d’être en fin de vie, et Blake qui fait de la figuration, sans parler d’Olrik qui est absent de cette histoire. La complicité entre Blake et Mortimer semble d’un autre âge, voire presque inexistante. Ils sont fatigués, et presque des inconnus l’un pour l’autre. C’est comme si la vingtaine d’aventures qu’ils ont vécue ensemble n’avait pas soudé leur amitié. Mortimer qui a toujours eu un esprit positif, curieux et téméraire, se retrouve face à un problème technologique (le rayonnement et le champ électromagnétique qui se dégagent du palais de justice). On y a ajouté une touche de mystère, alors que Jacobs a toujours privilégié la science plutôt que le fantastique.

Cela reste une bonne bande dessinée admirablement bien dessinée par Schuiten, mais avec un scénario plutôt faible par rapport aux « vrais » albums de la série. C’est paradoxal avec trois scénaristes talentueux on n’obtient pas une meilleure histoire. Cette BD est plutôt un prétexte pour montrer Bruxelles dans un futur post-cataclysmique, avec en toile de fond le palais de justice qui s’impose comme le lieu le plus étrange de la capitale belge. Et surtout un prétexte pour l’inclure dans les cités obscures.

Comme Bruxellois c’est un vrai bonheur de voir les magnifiques dessins de Schuiten et la mise en couleur de Durieux dans les deux formats. J’avais aimé « Bruxelles itinéraires » de Schuiten et Coste chez Casterman.

Concernant la grande pyramide, certains des lieux sont plus détaillés chez Schuiten que chez Jacobs.

En revanche, les phylactères sont loin d’être aussi remplis que ceux de Jacobs. Je pensais que la verve de Thomas Gunzig (que j’écoute régulièrement sur la première le matin) aurait permis des dialogues plus étoffés comme on a l’habitude d’en voir dans un Blake et Mortimer. Mais il n’en est rien. Dommage.

Trois scénaristes devraient normalement donner une bande dessinée de meilleure qualité. Ce n’est pas gagné !

Une erreur de taille concerne les dieux égyptiens. Il y a une énorme différence entre Aton le dieu unique de l’Égypte et Amon le dieu de Thèbes. Une lettre dans le nom change tout. Je signale que Wikipédia, ça existe…

Une autre erreur, c’est le SIS Building à Londres, plus connu comme le quartier général du MI5 et MI6, les services secrets anglais. Vous savez, là où James Bond travaille. Si la bande dessinée se passe dans les années 70 ou 80 comme le suggèrent certains véhicules (le vieux bus), ce bâtiment ne peut pas apparaitre dans l’histoire, car il date d’avril 1994 ! Deux décennies plus tard.

Le lien entre le mystère de la grande pyramide et le dernier pharaon est original et l’amnésie de Blake et Mortimer permet ce tour de passe-passe. Par contre, faire apparaitre la fille du cheik Abdel Razek et révéler qui est le dernier pharaon est un peu simpliste. C’est là que le scénario pèche par sa simplicité. Et puis, où est Olrik dans cette bande dessinée ?

Je considère plutôt cet album comme un hors-série par rapport au cycle. Il n’a d’ailleurs pas de numéro contrairement aux autres tomes. Donc, c’est une initiative indépendante, comme c’est par exemple le cas chez Spirou pour lequel il existe des albums qui ne se raccrochent pas au cycle principal. Dans ce cas, cela ouvre la porte à d’autres auteurs et scénaristes qui pourraient transposer Blake et Mortimer dans un univers qui leur est plus personnel. Pourquoi pas ? C’est évidemment trop tôt pour le dire, car il n’y avait pas de librairie qui avait échappé à la vague Blake et Mortimer. Avec le recul du temps, on aura une perception plus objective de cet album. Était-ce un vrai Blake et Mortimer ou un nouveau « cités obscures » ?

Cette l’histoire aurait pu arriver à Bob Morane, pour rester dans les héros franco-belges. D’autres se sont déjà essayés à un Bruxelles post-cataclysmique dans lequel apparait le palais de justice. Je pense par exemple à Denayer et Frank, avec « Le spit du snack » dans le cycle Gord.

Est-ce un album à conseiller ? Oh que oui, même si les canons de la série n’ont pas tous été respectés ! Et puis artistiquement parlant, c’est du grand art ! La ville qui sert de toile de fond, Bruxelles, je l’adore et j’y vis depuis toujours. Donc, j’admire d’autant plus le boulot qui a été fait pour réaliser cette bande dessinée. Et si Blake et Mortimer ont décidé d’y passer quelque temps, pourquoi pas !

Le dernier pharaon, Schuiten, Van Dormael, Gunzig et Durieux, éditions Blake et Mortimer, 2019, 92 ou 176 pages (suivant le format choisi).

 

 

 

L’effondrement de l’empire – John Scalzi

L’effondrement de l’empire de John Scalzi ne laisse planer aucun doute, c’est du space opera, mais pas militaire. Le premier chapitre qui se focalise sur une mutinerie d’un vaisseau pourrait laisser croire que tout le livre ne sera que batailles. Eh bien non ! C’est beaucoup plus subtil que ça en a l’air et c’est très bien amené au lecteur. Le premier chapitre donne simplement le ton et le rythme.

L’interdépendance représente un empire d’un peu moins d’une cinquantaine de systèmes stellaires qui s’est constitué au fil des siècles. Chacun des systèmes est relié au flux, sorte de courant hyperspatial (ou de couloir) emprunté par les vaisseaux pour se déplacer plus vite que la lumière. Ce flux varie, se déplace au fil du temps. À un moment donné, une colonie peut être connectée à l’interdépendance, et à un autre moment se retrouve isolée, car le flux s’est déplacé. Jusqu’à présent, le flux était relativement stable, mais voilà qu’il change, provoquant des effondrements dans certaines parties de l’interdépendance. L’humanité n’a pas rencontré sur son passage de race extraterrestre, elle a donc essaimé au fil du temps. La plupart des colonies se sont construites en orbite autour de planète. Elles accueillent des millions de personnes. Seule la colonie « du bout » se trouve sur une vraie planète. Cet empire était jadis connecté à la planète mère la Terre. Mais les changements du flux ont fait que la liaison avec la planète a disparu. Les grandes familles marchandes ont donc instauré un système de castes dirigées par un empereur (appelé emperox).

Au moment où commence le roman, l’emperox Batrin est sur le point de décéder et c’est sa fille Cardenia qui doit reprendre le flambeau. À la suite du décès accidentel de son frère ainé, elle est obligée de prendre le pouvoir. Elle n’a pas demandé à être emperox, mais les circonstances ne lui laissent pas le choix. Heureusement, elle a la tête sur les épaules. Après deux tentatives de meurtre sur sa personne, et après avoir appris que l’effondrement du flux risquait de changer les rapports de forces au sein de l’empire, elle tente de limiter les dégâts de la crise qui se profile.

Le Bout est aussi le théâtre d’enjeu lié à la modification du flux. Un ami de l’emperox, le comte de Claremont aussi scientifique a fait une étude sur le flux. Il envoie son fils Marce remettre le dossier à l’emperox Dossier qui intéresse la maison Nohamapetan qui fait tout pour que ce dossier n’arrive pas.

Pour ne rien gâcher, lady Kiva Agos, plus intéressée par les affaires commerciales de sa famille, se retrouve également mêlée aux événements du bout. C’est son vaisseau qui doit ramener le fils du scientifique auprès de l’emperox. Elle connait très bien les Nohamapetan et la rivalité qui existe avec sa propre famille. Derrière un langage châtié et une férocité en affaire, elle se débrouille pour récupérer l’argent que lui a fait perdre les événements et les intrigues du bout.

Sur la colonie du Bout, une révolution prend cours, alimentée en secret par les Nohamapetan. Tout est une question d’argent et de pouvoir pour destituer ou tuer le duc qui y règne. Le frère et la sœur qui sont plus proches de l’emperox cherchent à lier leur famille grâce à un mariage impérial. Mais ça ne se fait pas aussi simplement que cela, surtout si l’emperox n’éprouve aucun sentiment pour le frère ainé. La sœur devine que le bout deviendra une colonie stratégique pour l’empire et tient à disposer ses pions sur l’échiquier politique avant que l’effondrement du flux se produise. C’est certainement la personne la plus dangereuse de ce roman. Mais quel délice pour le lecteur qui découvre des personnages vraiment mauvais, auquel on a envie de botter le cul.

Un premier tome bien construit, pas trop épais qui ravira les lecteurs, car le rythme est soutenu, le tempo est rapide, les personnages bien dessinés, et une histoire facile à suivre. En un mot, excellent !

Reste plus qu’à attendre la suit, car j’ai adoré !

L’effondrement de l’empire, John Scalzi, l’Atalante, 2019, 335 pages, illustration de Sparth

L’âge de cristal – Nolan & Johnson

L’âge de cristal, un roman écrit dans les années 60 par William F. Nolan et George Clayton, qui a passé l’épreuve du temps et qui ressort dans la collection Nouveaux Millénaires de J’ai lu. Le livre se lit très bien aujourd’hui sans que le lecteur se rende compte qu’il a été écrit il y a un demi-siècle. Sorti en 1969 dans la collection Présence du futur de Denoël, avec comme sous-titre « Quand ton cristal mourra », le roman donne lieu à plusieurs suites dans sa version anglaise. En français il faut attendre une dizaine d’années pour voir le tome 2 « Retour à l’âge de cristal ».

Au 22e siècle, la démographie est contrôlée et la durée de vie des êtres humains est limitée à 21 ans. Dès leur naissance, un cristal est greffé dans la paume des bébés. La couleur de celui-ci indique l’âge et change tous les 7 ans. À 21 ans, le cristal devient rouge et clignote la veille du dernier jour. Le lendemain, le cristal devient noir et signale que la durée de vie « légale » est terminée. Ce cristal implanté permet aussi aux limiers de retrouver la trace de leur propriétaire.

À 21 ans, les humains sont censés se diriger vers des maisons de sommeil où on met fin à leurs jours. Ceux qui ne respectent pas cette loi deviennent automatiquement des fugitifs et les limiers les pourchassent pour les tuer. Ce monde n’a vraiment rien de très réjouissant.

Il existe un lieu nommé « Sanctuaire » où les fugitifs peuvent se soustraire aux limiers. Ballard, un homme de 42 ans est à l’origine de ce sanctuaire. Son cristal était défectueux et lui a permis de vivre plus longtemps sans qu’il soit menacé par la limite d’âge. Bien que fugitif, Logan veut détruire le sanctuaire et tuer Ballard, mais après lui-même avoir été traqué il est obligé de fuir avec Jessica. On découvre que le sanctuaire est en fait une station spatiale qui orbite autour de la planète Mars. C’est un peu éloigné et très loin des préoccupations des fugitifs. Cette société, qui n’a pas la moindre empathie pour ses citoyens, est régie par des ordinateurs, dont le plus important s’appelle le penseur. Des robots se chargent des tâches les plus importantes et permettent aux humains de se soustraire à tout travail.

Il ne faut pas confondre le roman avec le film de 1976 ni avec la série télé de 1977 qui en découle. Le livre montre une civilisation « ouverte » qui ne connait pas la cité des dômes. Le carrousel n’existe pas, pas plus que la séance qui mène à la renaissance. Le livre se rapproche davantage d’une course poursuite dans laquelle Logan passe du rôle de chasseur à celui de proie, accompagné par Jessica. Son but c’est découvrir le sanctuaire et le détruire, et par la même occasion tuer Ballard. Mais comme lui-même arrive au terme de ses 21 ans, il est lui-même pourchassé.

Le film corrige certains défauts du livre. Les personnes meurent à 30 ans alors que dans le livre c’est à 21 ans, ce qui permet d’avoir des personnages u peu plus mûrs. La cité des dômes qui apparait dans le film permet au spectateur de mieux appréhender les distances, alors que le livre donne l’impression que les personnages principaux traversent les États-Unis.

Retour à l’âge de cristal (sorti en 1979 chez Denoël), voit Logan et Jessica revenir sur Terre, accompagnés de leur fils Jaq. Ils redeviennent des fugitifs dans une civilisation qui se morcèle, qui s’effrite, mais dans laquelle il y a encore des limiers. Ce second roman devait à l’origine être le scénario du deuxième film, mais il n’en a rien été. Il a laissé la place à une série de 13 épisodes. Je ne m’appesantirai pas sur la série télé qui part d’une bonne idée, mais qui a mal été exploitée, car les scénaristes de l’époque ne connaissaient pas grand-chose à la science-fiction.

Il y a une question que je me suis toujours posée, surtout lorsque j’ai vu le film à l’époque de sa sortie (mais qui est valable pour le livre aussi). Comment font les personnes pour prendre des objets de la main gauche alors qu’ils ont un cristal dans la paume ? Je me suis dit que les auteurs auraient été mieux inspirés de placer le cristal au dos de la main ou sur l’avant-bras. C’est un détail.

Un livre sans temps mort, dans lequel les deux personnages principaux, Logan et Jessica, fuient une civilisation dirigée par des ordinateurs. Le terme IA n’était pas encore utilisé à l’époque. Une science-fiction peut-être un peu trop classique par rapport à ce qui se produit aujourd’hui. Cela reste agréable à lire, et réédité dans la collection J’ai Lu Nouveaux Millénaires, accompagné de sa suite « Retour à l’âge de cristal ». Dommage que l’éditeur n’ait pas décidé de traduire tous les romans et nouvelles du cycle pour en faite une intégrale. A lire et à comparer au film du même nom.

L’âge de cristal, William F. Nolan & George C. Johnson, J’ai lu Nouveaux Millénaires, 2019, 350 pages, illustration de Johann Goutard

L'âge de cristal - Nolan & Johnson

Champignac – Etien et Beka

Dans l’univers de Spirou, il manquait une bande dessinée qui renouvellerait le genre sans dénaturer les personnages. Après le Marsupilami, le petit Spirou et Zorglub, voilà que c’est Champignac qui fait son apparition dans ce premier tome qui nous conte ses aventures lorsqu’il était plus jeune. L’histoire se passe en 1940 pendant la Seconde Guerre mondiale.

C’est Etien et Beka qui sont aux commandes de ce premier tome. David Etien qu’on connait pour avoir dessiné « L’emprise » le neuvième tome de la quête de l’oiseau du temps, ou le cycle « Les quatre de Baker Street ». J’avais un peu peur à l’idée qu’on touche à un des personnages phares de Spirou. Mais rien que la couverture m’a rassuré. Etien est au sommet de son art réalise certainement une des plus belles bandes dessinées.

Beka m’a intrigué jusqu’au moment où j’ai découvert que ce pseudonyme cachait en fait deux noms distincts : Caroline Roque et Bertrand Escaich, scénaristes et auteurs qui ont déjà un nombre conséquent d’histoires à leur palmarès. Je dois avouer que je n’ai rien lu de Beka avant ce Champignac mais le travail qu’ils ont fait sur cette BD est excellent.

Champignac reçoit un message codé de son ami anglais Black. Après avoir décrypté celui-ci, il comprend que son ami a besoin de son aide en Angleterre pour une mission très importante. L’invasion par les Allemands du château de Champignac va l’inciter à se rendre rapidement en Angleterre. Et après quelques péripéties pour traverser la Manche, il arrive à Bletchley où il fait la connaissance de Blair Mackenzie une jeune femme qui a gagné un concours de mots croisés. En fait, les services de renseignements anglais recrutent des personnes intelligentes pour décrypter le code de la machine Enigma. Champignac et Blair Mackenzie sont libres d’accepter cette mission. Comme c’est le cas, ils renforcent l’équipe d’Alan Turing.

L’album explique dans les grandes lignes comment fonctionne Enigma et comment les services de renseignements vont décrypter ce code et essayer de changer le cours de la guerre sans que les Allemands s’en rendent compte. L’histoire est bien construite et colle assez bien à la réalité. Bien sûr, on pourra toujours reprocher que ce soient les Polonais qui ont fourni aux Français et aux Anglais les premières informations sur la machine Enigma. Et ce sont les Anglais, grâce à Alan Turing, qui ont décodé les messages que les forces allemandes s’échangeaient pendant la guerre. Le style oscille entre vérité historique et personnages un peu fantaisistes et amusants.

Pour ceux qui veulent approfondir le sujet sur la machine Enigma et son code, et rester dans la bande dessinée, je conseillerais comme complément « Le cas Alan Turing » de Liberger et Delalande. C’est le même sujet traité sur un ton biographique. Je préfère évidemment la version Champignac.

Reste que Champignac est une excellente BD, très bien dessinée avec un scénario solide, dans lequel on retrouve un Pacôme plaisant, amoureux et intelligent à souhait. L’histoire tient en 64 pages (et pas 48 comme c’est souvent le cas). Les scénaristes n’ont pas été avares sur l’histoire, et le dessinateur nous présente des personnages crédibles dans des décors qui le sont tout autant.

Voilà une BD qui a accroché le lecteur que je suis, qui m’a captivé jusqu’au bout au point de la lire d’une seule traite. Je préfère même ce jeune Pacôme Hégésippe Ladislas conte de Champignac à sa version Spirou. Et le voir amoureux de Blair Mackenzie rend la situation cocasse, surtout sur fond de seconde guerre mondiale.

Certains personnages historiques font leur apparition dans cette BD. Winston Churchill, Alan Turing, mais aussi Ian Fleming le créateur de James Bond, Adolf Hitler qui dès le début jette une ombre sur cette histoire. Je me suis demandé si le groom en page 64 était un parent de Spirou. Qui sait ?

Album à conseiller, à dévorer, et cycle à suivre de près. Vraiment excellent.

Champignac : Enigma, Etien et Beka, Dupuis, 2019, 64 pages

Champignac - Etien et Beka

Ascendant – Jack Campbell

Trois ans se sont écoulés depuis les derniers événements de « Avant-garde ». Rob Geary est toujours à Glenlyon, mais il ne commande plus un vaisseau spatial. Il doit gérer la station spatiale qui orbite autour de la planète principale. Le gouvernement a préféré laisser les forces armées dans les mains de terriens, plus aguerries pour gérer la situation. Mais la destruction d’un transport par les forces de Scatha va tout remettre en question.

C’est un homme capable de prendre des initiatives, quelqu’un qui a déjà connu le feu et qui est capable de former et commander des hommes et des femmes qui défendront Glenlyon. Ça ne semble pas être le cas des terriens qui ont pris la relève.

Pendant ces trois années passées, Rob Geary a eu plus de temps à consacrer à sa femme « Ninja » et à son enfant. Mele Darcy, qui est toujours une amie fidèle, fait aussi partie de sa famille.

Quand on demande à Rob Geary de reprendre du service actif en commandant le destroyer Sabre, il sait que si on fait appel à lui c’est pour protéger Glenlyon et venger la destruction du transporteur. La tâche ne sera pas facile et Rob Geary compte bien sur Mele Darcy pour l’épauler. Elle a pour rôle de former de nouveaux fusiliers qui embarqueront sur le Sabre.

Glenlyon doit aussi se trouver des alliés dans cette région dangereuse de la galaxie. Scatha leur ennemi de toujours s’est allié à deux autres systèmes stellaires et a toujours comme objectif de s’emparer de Glenlyon. Il est nécessaire de renforcer les défenses du système et en parallèle d’envoyer des émissaires vers les systèmes les plus proches.

Lors d’un déplacement du Sabre, Rob Geary à une intuition. Plutôt que de retourner vers Glenlyon, il décide d’envoyer le Sabre dans le système de Kozatka. Ce n’est pas clairement les ordres qu’il a reçus du gouvernement. Mais aider Kozatka permettrait de se faire un allié de plus.

Ce tome 2 est calqué sur le même schéma que le premier tome. C’est-à-dire sur une situation de crise, d’un combat spatial et d’un combat au sol en parallèle, avec l’incertitude de la victoire des deux côtés. Des pertes sont à déplorer, mais les choix de Rob Geary et de Mele Darcy sont finalement les bons. Curieusement, comme gratification Rob Geary se voit écarté du commandement d’un vaisseau dans les deux livres. Il est remercié pour ce qu’il a accompli, car les politiques n’apprécient pas trop ses initiatives qui sont pourtant les bonnes.

Les personnages principaux sont de plus en plus attachants au fil du temps, mais il manque encore quelque chose pour qu’ils aient suffisamment de charisme pour convaincre l’ensemble de la classe politique de Glenlyon. Je pense que Jack Campbell tient à ce que ses personnages doutent toujours de leur avenir, car ralentis dans leur progression par des esprits obtus.

Le cycle de la flotte perdue de Jack Campbell n’atteint pas en intensité celui d’Honor Harrington de David Weber, mais il se démarque par une histoire plus fluide, sans lourdeur, sans description trop technique. Cela donne des romans qui contiennent deux fois moins de pages.

Au final un bon deuxième tome. Mais espérons que le troisième ne soit pas sur le même canevas, car le lecteur aurait l’impression de relire la même chose. J’ai bien aimé ce second tome, mais il m’a moins surpris que le premier. Reste que j’attends le troisième avec impatience.

Peut-être que plus d’intrigues politiques viendraient casser cette image de space opera militaire, ce qui ne serait pas pour déplaire. Mais qui nécessiterait de s’intéresser à d’autres personnages capables de favoriser ou de faire échouer les plans des différents systèmes stellaires.

C’est un space opera de bonne facture chez L’Atalante, en attendant la sortie du prochain Honor Harrington.

Ascendant, Jack Campbell, L’Atalante, 396 pages, 2018, illustration de David Demaret

Ascendant - Jack Campbell

Les cendres de la victoire – David Weber

Sorti en deux tomes chez L’Atalante poche, cette aventure d’Honor Harrington fait 900 pages. Il s’agit du neuvième livre du cycle écrit par David Weber. Le livre précédent La disparue de l’enfer nous avait appris que Honor Harrington s’était évadée de la planète prison située dans le système Cerbère, au cœur de la république de Havre. Elle s’est échappée, emmenant avec elle plus de quatre cents mille personnes.

Comme elle avait été torturée par les Havriens, elle avait perdu l’usage d’une partie de son visage, d’un œil et d’un bras (qui était déjà des prothèses). On pourrait penser que le dernier livre parle de la longue convalescence de Honor Harrington. Mais le livre ne s’arrête pas là. Le royaume de Manticore comme la république populaire de Havre ont arrêté momentanément leur progression et fourbissent leurs armes en vue d’une prochaine offensive. On suit donc les préparatifs de guerre des deux côtés, tout comme les intrigues politiques qui risquent de déstabiliser les différents gouvernements.

Honor Harrington est devenue duchesse de Manticore, et a enfin le grade d’amiral manticorien qu’elle avait déjà dans la flotte graysonienne. Elle dirige l’école militaire de Saganami et donne des conférences sur la tactique et la stratégie.

David Weber ne pouvait pas se contenter de rester focaliser sur son héroïne. Il nous montre les préparatifs de guerre, puis nous emmène dans de nouvelles batailles, qui cette fois-ci représentent un tournant important dans le conflit entre l’alliance manticorienne et la république populaire de Havre. Il ajoute a cela une intrigue secondaire où Honor Harrington doit agir très rapidement, sans quoi l’alliance manticorienne pourrait très bien se trouver décapitée pour de bon.

Un bon livre dans son ensemble, avec certaine longueur qui deviennent  fréquente chez David Weber. Un chapitre entier sur la manière d’apprendre le  langage des signes à Nimitz, le chat de Honor Harrington, c’est le genre de digression auquel on doit toujours s’attendre en lisant ce cycle. Par contre le chapitre 23 qui parle de tactique et stratégie est parfaitement valable pour toutes les armées du monde à notre époque.

Un livre qui s’achève sur un cliffhanger qui donne envie de lire sa suite : Plaies d’honneur. Un livre pour les habitués du cycle, qui ne peut pas se lire sans avoir lu les tomes précédents.

Les cendres de la victoire T.1 & T.2, David Weber, L’Atalante poche, 2019, 900 pages

les cendres de la victoire

La vraie vie – Adeline Dieudonné

Au départ, La vraie vie d’Adeline Dieudonné n’était pas dans ma liste de lecture. Et le fait qu’on en parle partout et que son livre se retrouvait dans toutes les librairies m’inquiétait un peu. Avec la rentrée littéraire de septembre, j’ai donc décidé de ne pas me focaliser sur les sorties trop médiatisées. Trois mois plus tard, une interview d’Adeline Dieudonné faite par Hadja Lahbib sur la RTBF m’a donné envie d’en savoir plus sur cette auteure dont le visage ne m’était pas totalement inconnu.

Après avoir chroniqué les derniers livres d’amies comédiennes et « prof d’unif », La vraie vie m’attendait. Pas ma vie personnelle, pas celle d’Adeline Dieudonné, mais celle décrite dans son roman.

À travers les yeux d’une petite fille de dix ans, j’ai abordé ce livre sans deviner où celui-ci m’emmènerait. Et la surprise est effectivement au rendez-vous à plusieurs reprises. La première question que je me suis posée c’est : comment s’appelle cette petite fille ? Je ne l’ai jamais appris, même en terminant le livre. Adeline Dieudonné a caché le nom de son héroïne. En fait, à part le frère, le professeur, l’amie Monica et quelques animaux, tous les personnages ont plutôt des pseudonymes (le champion, la plume).

Le roman s’étale sur cinq ans, pendant lesquels on va suivre cette petite fille qui passe de l’enfance à l’adolescence. Elle a un petit frère, Gilles âgé de six ans, qu’elle protège du mieux qu’elle peut. Un père comptable qui aime chasser du grand gibier, qui peut faire preuve de violence dans ses paroles ou ses actes, qui est un vrai prédateur. Et une mère quasi inexistante comparable à une amibe, parfois battue par son mari. Elle s’intéresse plus à ses petites chèvres et ses perruches qu’à ses propres enfants. À cela s’ajoute le décor, le Démo, un lotissement qui n’a rien d’attirant, qui pourrait se situer n’importe. Dès la première ligne du roman, on apprend que dans la maison où habite cette famille une des chambres est réservée aux cadavres. Cadavres dans le cas présent correspondent à des animaux empaillés. Ce détail va donner le ton au reste du roman.

Lors de la première année, un évènement va profondément marquer les deux enfants, en particulier Gilles le petit frère. L’explosion du siphon de crème Chantilly du glacier. Les deux enfants sont alors confrontés à la dure réalité de la vie et de la mort. Si Gilles va s’enfermer dans un mutisme et perdre son sourire, sa grande sœur va tenter de le préserver du choc psychologique créé par cet évènement. C’est alors qu’elle a l’idée de vouloir comme dans le film «Retour vers le futur» revenir dans le passé pour changer le cours du temps. Inventer le même système que celui de la DeLorean de Doc Brown. Mais c’est un rêve d’enfant, et pour y arriver il faut connaitre la physique quantique et la relativité. Au fil des années, la petite fille, qui est une surdouée va étudier et parfois passer des années scolaires. Elle a pour modèle Marie Currie et va suivre des cours supplémentaires auprès d’un vieux professeur de sciences. Son rêve de voyage dans le temps, de changer les évènements restera un rêve. Et pendant toutes ces années, elle va voir son frère se renfermer sur lui-même, torturer des animaux et prendre gout au même plaisir que son père, la chasse. Les cinq années pendant lesquels se déroule l’histoire, notre héroïne va aussi découvrir sa sexualité et ses fantasmes, qui auront une grande influence sur ses propres décisions. La petite fille devient petit à petit une femme.

Le père est de plus en plus violent avec les membres de sa famille. La petite fille qui est devenue une adolescente se voit une nuit devenir la proie de son père, de son frère et d’autres chasseurs. C’est une chasse à l’homme nocturne en pleine forêt qui se déroule. Elle ne veut pas être le gibier, pas plus qu’elle ne tient à devenir une prédatrice. À ce stade de l’histoire, on se demande en tant que lecteur comment un tel monstre de père peut exister. Heureusement, notre héroïne a une motivation suffisamment grande pour surmonter l’adversité de sa propre famille. Sa volonté farouche de sauver son petit frère de l’influence de l’hyène qui trône à la maison lui donne le courage de faire face à son père et à son frère qui lentement bascule vers l’obscurité.

Jusqu’à la scène finale, Adeline Dieudonné maintient le suspense sur ce roman. Comme lecteur, impossible de lâcher le livre jusqu’à la dernière page. D’un autre côté, on ne veut pas que le roman se termine. Il y a un dilemme à résoudre pour le lecteur. Achever ce livre ou ne pas être pressé de savoir ce qui va arriver à notre héroïne. Une certitude, ce livre ne tombera pas des mains !

Ce que j’ai bien aimé dans la façon d’écrire d’Adeline Dieudonné, c’est que derrière une écriture concise, tranchante et  toujours fluide, elle parvient à nous détailler les moindres émotions de son héroïne, les moindres pensées de celle-ci à travers des métaphores qui font parfois sourire et favorisent l’empathie du lecteur vis-à-vis d’elle. On a peur pour cette petite fille et on a envie que son père soit neutralisé par tous les moyens.

La lecture de ce roman ne met pas à l’abri le lecteur qui va être confronté à plusieurs évènements importants, similaires à des coups de tonnerre dans l’histoire, qui vont ébranler ses convictions. Oui, c’est très bien amené et j’ai été surpris à plusieurs reprises. Merci Adeline!

Comme je le dis plus haut dans cette chronique, l’histoire peut se passer n’importe où. Mais quelques petits détails sont révélateurs. Des smoutebollen, c’est-à-dire des croustillons, c’est typiquement belge et bruxellois en particulier. Ce sont les beignets qu’on peut manger à la foire. Le Bruxellois que je suis l’a directement constaté avec un large sourire et un clin d’œil pour l’auteure.

J’ai adoré ce livre, que je vais m’empresser de faire lire à des proches, mais aussi à des adolescents qui seraient dans la même tranche d’âge que notre héroïne. Hors de question pour moi de couper les ponts avec ce livre que je viens de terminer. J’ai donc décidé d’enchainer avec la pièce de théâtre Bonobo Moussaka toujours d’Adeline Dieudonné. C’est dans un autre registre, plus humoristique, mais j’adore aussi.

Une interview pour mon blog et pour le magazine Phénix ne serait pas pour me déplaire, tellement j’ai adoré lire ce livre.

En un peu moins de 270 pages, j’ai vécu un excellent moment de lecture avec un livre qui mérite amplement les prix qu’on lui a décernés (Prix première plume, prix du roman FNAC, Prix Filigranes, Prix Rossel, Prix Renaudot des lycéens). La vraie vie tient toutes ses promesses et Adeline Dieudonné est décidément une auteure (ou écrivaine) sur laquelle il faudra compter dans le futur. À lire absolument.

La vraie vie, Adeline Dieudonné, L’iconoclaste, 2018, 266 pages

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Fidèle à ton pas balancé – Sylvie Lainé

J’avais précédemment chroniqué les quatre recueils de nouvelles de Sylvie Lainé, tout comme « Fidèle à ton pas balancé » lorsqu’il était sorti en grand format chez ActuSF. Mais je m’étais aperçu que quatre chroniques m’avaient échappé. C’est chose rectifiée avec cette nouvelle chronique qui englobe toutes les nouvelles du recueil.

Sylvie Lainé, c’est la littérature dans la science-fiction, ou la science-fiction dans la littérature. Elle a une façon d’écrire qui fait d’elle un auteur à part entière, qui navigue entre les deux genres littéraires. Le format « nouvelle » lui convient à merveille. Nouvelles longues ou courtes, Sylvie est dans son élément et nous amène dans des coins de l’univers qui ne semblent pas être ce qu’ils laissent croire. Le dépaysement est toujours au rendez-vous, même pour un lecteur de la première heure. Sylvie Lainé propose un de ses thèmes favoris, la rencontre, le contact avec l’autre, avec l’étranger, avec l’extraterrestre, avec une forme de vie insoupçonnée, où la communication a tout son sens, mais ne s’établit pas dès le départ. Les sentiments des différents personnages viennent enrichir chaque histoire, au point d’en faire des textes uniques.

Pas de grandes envolées intergalactiques, mais voilà une science-fiction proche de notre quotidien, qui pourrait se produire dans un avenir  proche. Ces nouvelles écrites à la première personne nous font mieux comprendre les motivations des personnages principaux. Sylvie Lainé nous prend par la main et nous amène dans ces rencontres insolites parfois virtuelles.

Depuis trois décennies Sylvie Lainé apporte sa pierre à l’édifice imaginaire et science-fiction en particulier. Même si elle n’a pas commis de roman et préfère écrire des nouvelles, elle représente une auteure majeure de la science-fiction francophone. À la différence d’autres auteurs, elle a suscité l’intérêt et la passion à travers des textes courts. Et le temps passant, elle a toujours suivi une voie qui lui était propre, pas influencée par les autres auteurs.

Lire une de ses nouvelles est toujours un vrai bonheur. Et « Fidèle à ton pas balancé » reprend 26 textes qui ont amené les lecteurs dans d’autres contrées de l’univers. On lui doit quatre recueils de nouvelles édités par ActuSF :

  • Le miroir aux éperluettes
  • Espaces insécables
  • Marouflages
  • L’opéra de Shaya

Parmi les nouvelles publiées, plusieurs d’entre elles m’ont marqué. Je pense à : La bulle d’Euze, Un signe de Setty, Carte blanche, Les yeux d’Elsa, L’opéra de Shaya, Un amour de sable. Nouvelles parfois sensibles, parfois surprenantes, parfois amusantes.

Comme d’habitude, dans les textes de Sylvie Lainé on va à l’essentiel des personnages, des lieux ou des situations dans lesquels ceux-ci se retrouvent. La technologie est présente, mais sans ennuyer les lecteurs avec des détails qui n’apporteraient rien de plus à l’histoire. Chaque nouvelle provoque le dépaysement. Une situation simple et évidente peut se transformer en situation complexe et dangereuse. Voilà pour le contexte.

Et si on passait aux 26 nouvelles qui composent ce recueil !

1 — Question de mode — Suffit-il de se raser la tête pour être une autre personne, pour changer de look ? C’est ce que Malia pense et va faire avant de rejoindre un ami qui veut aider des extraterrestres à venir sur Terre.

2 — Le prix du billet – Le prix du billet raconte une rencontre sur un quai de gare, qui ressemble à une méprise, mais qui finalement va perturber Hera l’héroïne de l’histoire. Hera attend Peter son amoureux, et va finalement rencontrer Yata, une jeune femme qui va lui mentir et lui faire croire qu’elle est venue à la place de Peter. Sylvie Lainé revient ici sur un de ses thèmes favoris, qui sont la rencontre entre deux personnes.

3 — Mélomania — Cette nouvelle aborde le domaine du remplacement d’organe humain. Lorsqu’on a un frère qui est devenu manchot après un accident de voiture, rien de plus facile que de se faire pousser un autre bras sur son propre corps, pour ensuite le faire greffer chez le frère. Le problème c’est que le bras et la main sont devenus des virtuoses du clavier, et que l’idée de s’en séparer est hors de propos.

4 — Sirius m’était compté — Et si votre chien préféré était recréé tous les jours ? Vous payez 30 jours de clonage et on vous fait une promotion de 40 jours. Soit 10 jours de bonus. De plus, vous pouvez étaler ces 40 jours sur une période plus longue. Le seul problème, c’est que ça vous coute la peau des fesses.

5 — Le printemps des papillons — Et si on utilisait des papillons comme moyen de communication, en inscrivant des messages sur leurs ailes ?

6 — Un rêve d’herbe — Nouvelle qui aurait pu s’appeler le cerisier et qui donne des sentiments humains à un arbre. J’ai beaucoup aimé.

7 — Subversion 2.0 — C’est certainement une des nouvelles que je préfère. Que ferait notre clone si on lui apprenait qu’il n’a plus qu’une semaine à vivre ? C’est à la fois cocasse et mélancolique. Ça mériterait un court roman.

8 — Thérapie douce — Répondre à un questionnaire et en discuter au restaurant devrait être amusant pour le personnage principal. Mais le résultat est plutôt frustrant car la suite des événements ne va pas dans le sens espéré.

9 — Le karma du chat — La domotique est très présente dans cette nouvelle, au point que les objets de la maison décident eux-mêmes de ce qu’ils vont faire, jusqu’au chat qui n’est pas tout à fait naturel. La quiétude laisse soudain la place à une sorte de chaos orchestré par des intelligences artificielles, que les propriétaires n’arrivent pas à maitriser. Cette nouvelle est pleine d’humour et devrait faire prendre conscience que la domotique risque à terme de connaître des dérives. Très amusant comme nouvelle.

10 — Un signe de Setty — Dans son p’tit monde (espace virtuel), Léa reconstitue un cadre dans lequel elle va rencontrer une intelligence artificielle extraterrestre découverte par le projet SETI. Elle lui donne la forme d’un homme. Très belle rencontre extraterrestre, même si elle se fait à travers un monde virtuel.

11 — La passe-plaisir — Une nouvelle qui se focalise sur des voyageurs temporels issus d’époques différentes qui décident de partir ensemble vers le futur.

12 — Partenaires — est encore une de ces rencontres où des humains sont confrontés à un ordinateur un peu trop imaginatif. Cela bascule entre hilarant et dramatique.

13 — Petits arrangements intragalactiques — Un vaisseau en panne obligé de se poser sur un monde inconnu, et un pilote qui est pressé de retrouver la civilisation, mais qui doit d’abord penser à trouver de la nourriture. Mais quelle nourriture sur cette planète ? Nouvelle caustique, humoristique, qui fait un peu penser aux histoires de Robert Sheckley.

14 — Petits arrangements intergalactiques (Verso) — Cette nouvelle est le pendant de Petits arrangements intergalactiques. La différence, c’est que l’histoire est racontée du côté Groc plutôt que du côté humain. Si la communication ou l’absence de communication est au cœur de cette nouvelle, elle n’en reste pas moins originale et cocasse.

15 — Carte blanche — La nouvelle m’a particulièrement plu, car la vie à bord d’une grande arche est régie par le hasard et par les cartes. Les habitants de l’arche sont obligés d’avoir d’autres partenaires, ce qui est un prétexte à de nouvelles rencontres, que Sylvie Lainé nous détaille parfaitement.

16 — Le chemin de la rencontre — Un des personnages découvre des méduses qui parlent en dégageant des odeurs.

17 — L’opéra de Shaya — Une des plus belles nouvelles de ce recueil, dans lequel on découvre So-Ann qui recherche une planète idyllique sur laquelle elle peut passer un moment. Lorsqu’elle découvre cette planète, elle est assurée de pouvoir y passer deux ans. Le maitre mot de cette nouvelle, c’est imprégnation. Tout est contact physique, tout est sujet à assimilation des fluides, de l’ADN, ou des organes des autres. Que ce soit les habitants de Shaya, ses animaux ou ses plantes, ils sont tous capables de changer leur apparence en fonction de l’ADN des êtres qu’ils touchent.

So-Ann pense être sur une planète qui tient du paradis, car loin de la technologie et du stress de la civilisation. Elle va découvrir une étrange culture qui évolue en fonction de ses propres visiteurs. C’est une histoire très étrange, admirablement bien écrite. Mais derrière cette image de beauté et de plénitude se cache un secret beaucoup plus terrible. Lorsque So-Ann découvre celui-ci, elle met un terme à son séjour et se fixe comme objectif de retrouver la personne qui a imprégné son compagnon sur Shaya. C’est à la fois beau et cruel.

18 — Définissez priorités — Une nouvelle qui parle de télépathie et de mission spatiale en préparation pour un autre système solaire.

19 — Grenade au bord du ciel — Et si tous les cauchemars, les vilaines pensées, les doutes, les envies qui traversaient notre esprit étaient stockés sur un astéroïde et oubliés du commun des mortels. Jusqu’au jour où une mission spatiale retrouve celui-ci et découvre son contenu. Ces souvenirs et ses pensées deviennent tout d’un coup une marchandise, une drogue, qui va faire le bonheur des humains. Étrange nouvelle. C’est un peu la boite de Pandore.

20 — Un amour de sable — Nouvelle très originale, dans laquelle les humains découvrent un monde de sable. Ils prélèvent des échantillons (de grands échantillons) de différentes couleurs. Mais ils n’imaginent pas que ce sable est vivant, pense, et aime être en contact avec les humains. Une histoire où les sentiments ont un grand rôle à jouer, mais seulement pour une des deux parties de cette étrange rencontre.

21 — Temps, bulle et patchouli — Sous une bulle représentant un modèle réduit d’espace et de temps, on assiste à la création de l’univers.

22 — La Mirotte — Plusieurs candidats acceptent de se faire greffer la Mirotte, qui leur donnera une autre vision du monde. Mais l’expérience n’apporte pas les mêmes sensations visuelles chez tous les candidats.

23 — Toi que j’ai bue en quatre fois — Se faire le « grand flash eroticomane », c’est tout un programme ! Quatre éprouvettes contenant des liquides de différentes couleurs vont permettre de faire un trip érotique qui va s’étaler sur deux heures. En fait, chaque couleur à une signification particulière. Pas mal comme nouvelle. On aurait presque envie que les quatre fluides existent.

24 — Les yeux d’Elsa — Longue nouvelle qui nous compte les relations que peuvent avoir un homme et un dauphin femelle qui a été génétiquement modifié. La femelle possède des mains au bout de ses nageoires et à une IA implantée dans le cerveau, ce qui la rend beaucoup intelligente, avec pas mal de personnalité. On assiste ici à une relation professionnelle qui va donner lieu à une brève aventure entre un homme et un dauphin. C’est léger, c’est délicat, c’est sensible. Elsa la dauphine aurait pu s’apparenter à n’importe quelle femme. Elle vit les mêmes désirs, les mêmes doutes.

25 — La bulle d’Euze – Une des plus belles nouvelles de ce recueil, qui met en scène une femme une femme qui a perdu l’être aimé et qui espère le retrouver dans un cocktail appelé nébuleuse. L’homme qui raconte l’histoire va la voir arriver à sa table et parviendra à lui montrer dans une bulle l’être aimé. Mélancolique, mystérieux, sensible, triste, mais beau.

26 — Fidèle à ton pas balancé — L’histoire d’un homme frustré par l’absence de sa petite amie Lou. Il va la tromper et va devenir aide-soigneur pour les éléphants d’un zoo.

La prose de Sylvie Lainé ne m’a jamais laissé indifférent, au contraire. J’ai aimé la lire tout au long de ces années et si j’ai pris gout à lire des nouvelles c’est grâce à elle. Comme je l’ai dit précédemment, Sylvie Lainé apporte une note de littérature à la science-fiction, rendant le genre encore plus ouvert à des lecteurs qui osent sortir des sentiers battus de la littérature.

Le titre du recueil correspond à la dernière nouvelle du livre. Des rencontres, on en fait à chaque nouvelle. C’est même le moteur essentiel de chaque nouvelle. Que ce soit des rencontres entre humains ou extraterrestres, elles sont toujours au cœur de chaque texte. Parfois elles nous surprennent, parfois elles nous font sourire. Dans tous les cas, elles sont empreintes d’une certaine sensibilité qui se ressent au fil des pages.

On pourrait me reprocher ma subjectivité pour cette chronique. Si c’est le cas, je l’accepte volontiers, car Sylvie Lainé est vraiment une auteure majeure de la science-fiction, qui mérite que je lui apporte une attention particulière. Comme je l’ai d’ailleurs cité sur un autre média, lire « Fidèle à ton pas balancé », c’est un peu comme boire un grand vin. On prend son temps pour le déguster et pour apprécier tout son arôme.

Je dirai donc aux lecteurs qui veulent connaître l’œuvre de Sylvie Lainé, ou les amateurs avertis qui veulent approfondir son univers, de lire ce recueil de nouvelles qui reprend trois décennies d’écriture. C’est une perle qu’il faut avoir dans sa bibliothèque. A noter que c’est à nouveau Gilles Francescano qui illustre ce livre (comme les précédents).

Avec cette réédition en format de Poche chez Hélios (ActuSF), l’amateur de science-fiction n’a plus d’excuse pour découvrir ou relire les textes de la plus brillante nouvelliste de la SF francophone.

Fidèle à ton pas balancé, Sylvie Lainé, Hélios, 2018,  480 pages, illustration de Gilles Francescano

Fidèle à ton pas balancé - Sylvie Lainé

Soren disparu — Francis Dannemark et Véronique Biefnot

Cinquième livre de Francis Dannemark et Véronique Biefnot, deux auteurs qui ont l’habitude d’écrire des histoires à quatre mains. Soren disparu se distingue par une approche peu commune. Ici, pas d’histoire linéaire dans laquelle on suit un ou plusieurs personnages. Mais plutôt un patchwork de témoignages de personnes qui connaissaient ou qui ont croisé un jour Soren. C’est une sorte de reportage, d’enquête sur la disparition du personnage principal.

Soren a disparu en traversant un pont à Bordeaux. Ce livre est à la fois une enquête sur sa disparition et une sorte de reportage sur qui il était. Le procédé utilisé par les auteurs n’est pas conventionnel, mais original.

C’est à travers des souvenirs parfois précis, parfois flous que le lecteur se fait une idée de qui était Soren. Parfois, c’est simplement un avis, une situation, une anecdote, une sensation qui motive les différents acteurs à livrer leurs pensées sur ce personnage qui a été musicien et qui un jour a créé son propre label musical. On a donc ici une vision subjective de Soren, car chaque témoin ne l’a pas perçu de la même manière. Pour certains, le souvenir est encore vivace, pour d’autres l’image s’estompe petit à petit, pour d’autres encore c’est une image tronquée, déformée, idéalisée du personnage qui subsiste dans la mémoire.

Une centaine de témoignages composent ce livre, rendant moins aisée l’image que le lecteur doit se faire de Soren. Cela a comme inconvénient que le lecteur a moins d’empathie pour le personnage avec lequel il n’est pas directement en contact. Donc, ce sera un peu plus difficile de convaincre le lecteur (mais pas impossible).

Haruki Murakami avec son livreUnderground avait utilisé un procédé similaire en décrivant les attentats du métro de Tokyo. Les entretiens de dizaines de témoins avaient été rassemblés pour décrire un événement tragique. C’était une forme de reportage littéraire.

Soren disparu n’est ni un roman ni une biographie. C’est un nouveau challenge que les deux auteurs se sont fixé. Ce n’est pas sans danger pour eux, car reste à convaincre les lecteurs de s’intéresser à un personnage qui ne vit qu’à travers les souvenirs des autres.

D’habitude, le lecteur s’identifie au personnage principal. Il rit avec lui, il pleure pour lui, il s’inquiète, il l’observe avec bienveillance et s’y attache au fil des pages. Et au bout du livre, lorsqu’il termine la dernière page, il regrette d’avoir terminé le livre, ou il l’oubliera, voire il le relira, car il n’arrive pas à se détacher de l’histoire. Si le livre ne laisse pas indifférent (en bon ou en mal), l’auteur a réussi sa mission. C’est marquer le lecteur par son empreinte littéraire.

J’aurai aimé trouver l’une ou l’autre lettre d’amour écrite par Soren, qui aurait été détaillée par une des femmes qui a partagé sa vie. Peut-être aussi quelques poèmes ou paroles de chanson.

J’aurais aussi aimé lire ces différents témoignages dans un ordre chronologique pour ne pas être perturbé par les différents témoins et époques qui se mélangent au fil de la lecture. Chaque témoignage de quelques lignes ou plusieurs pages fait découvrir des personnages intéressants qui mériteraient parfois de remplir un chapitre complet d’un roman classique. Je pense à Gaby qui chantait dans un groupe punk-bondage et qui est sortie avec Soren dans des lieux connus de Bruxelles. Leur histoire s’est terminée après qu’elle lui a lancé un cendrier. Je pense aussi à Michèle qui a joué des pièces de théâtre avec lui et qui a partagé sa vie. Jean-Philippe qui avait envie de virer cet «emmerdeur de Soren» et a été content de recevoir sa lettre de démission. C’est comme ça que s’en vont les oiseaux ! Il y a aussi Alain qui nous présente le CV de Soren plus vrai que nature.

Dans ce livre on trouve des dizaines de références musicales, théâtrales, cinématographiques qui montrent bien que les deux auteurs ont vécu une partie de celles-ci, voire toutes. Bruxelles est au centre de ce livre, et bon nombre de lieux y sont mentionnés. Un avis tout spécial pour l’Archiduc qui apparait à plusieurs reprises dans les différents témoignages.

Une suggestion que je voudrais faire aux deux auteurs, ce serait de faire interpréter ces textes sur scène par des comédiens qui alterneraient les différents rôles. Je trouve que ces témoignages trouvent parfaitement leur place dans un cadre moins littéraire, mais plus théâtral. Ce n’est pas antinomique puisque Véronique Biefnot est une comédienne ! Est-ce qu’inconsciemment Soren disparu a été écrit pour être interprété au théâtre ? Je me pose la question !

Je n’ai pas vérifié les références musicales, car si je suis de la même génération que les deux auteurs, je n’écoutais pas le même genre de musique. Cependant, il y a des lieux qui me rappellent les mêmes souvenirs que décrits dans le livre.

En tout cas, une nouvelle approche de Véronique Biefnot et Francis Dannemark. L’avantage du livre, c’est qu’il peut être lu par bribe. Et comme c’est une mosaïque de témoignages, il n’y a pas la nécessité de se souvenir de tous les personnages. Au fur et à mesure de la lecture, une image de plus en plus complète de Soren se dessine. Pour certaines personnes c’est un ange tandis que pour d’autres ce sera un diable. Dans tous les cas, les deux auteurs réussissent à nous faire douter sur qui était Soren. À découvrir.

Soren disparu, Francis Dannemark et Véronique Biefnot, La Castor Astral, 2019, 240 pages

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La physique quantique pour les nuls – Blandine Pluchet

Niels Bohr avait dit : « Quiconque n’est pas choqué par la théorie quantique ne l’a pas comprise ».

Et bien aborder ce domaine même en tant que simple lecteur, reste une gageure. Mais heureusement, avec une physicienne qui écrit aussi des livres pour enfants, cela devient tout d’un coup beaucoup plus simple à appréhender. On est émerveillé par cette science qui a vu le jour au début du XXe siècle. L’émerveillement était déjà là lors de la lecture du Big Bang chez le même éditeur.

Troisième livre de Blandine Pluchet aux éditions First dans la collection pour les nuls. Après le Big Bang, puis l’astronomie, voici la physique quantique. Comme pour les deux livres précédents, j’ai aimé sa manière de présenter des sujets complexes, de vulgariser une science qui déroute bon nombre de personnes.

Malgré son étrangeté (et le mot est faible), la physique quantique fait partie de notre quotidien. Pas de smartphone, d’ordinateur, ou d’électronique sans passer par elle. Elle a un plus grand impact sur notre quotidien que la relativité d’Albert Einstein, même si ce dernier y a aussi contribué.

Reste que cette science n’a pas encore révélé tous ses secrets et nous promet de beaux jours sur le plan de la découverte. La prochaine étape, c’est l’ordinateur quantique. Non, vous n’êtes pas dans Star Trek !

La lumière est-elle ondulatoire ou corpusculaire ? Est-elle les deux ?

En s’intéressant au problème du corps noir, en 1900, Max Planck en déduit les quanta d’énergie et par la même occasion pose les bases de la physique quantique. À l’époque, on parlait de théorie des quanta. Planck définit la constante qui permet de quantifier l’énergie. Un peu plus tard, le photon est défini comme un quantum de lumière qui se déplace comme une onde, mais à un caractère corpusculaire.

1905, c’est l’année où Einstein décrit l’effet photoélectrique qui est au cœur de la physique quantique, c’est aussi l’année où il montre que l’énergie égale la masse au carré de la lumière (E=Mc²). Mais il devra attendre l’année 1921 pour avoir le prix Nobel pour l’effet photoélectrique.

Niels Bohr va ensuite définir un modèle d’atome quantique, un peu comparable à un système solaire, dont les électrons sautent d’orbite en orbite, en fonction qu’ils émettent ou absorbent de la lumière.

Sans rentrer dans les détails du livre de Blandine Pluchet, les événements qui ont jalonné la physique quantique depuis plus d’un siècle sont expliqués de manière concise. Le lecteur peut se laisser guider par les explications de l’auteure sans être confronté à un mur d’incompréhension.

Comme pour les livres précédents, je n’ai pas de critiques particulières à formuler si ce n’est l’absence de schéma ou de diagramme qui aurait aidé le lecteur à visualiser certains concepts. Je pense par exemple aux fentes de Young où deux faisceaux lumineux interfèrent, ou tout simplement le chat de Schrödinger qui peut avoir deux états différents. Je pense que les contraintes liées au format du livre expliquent l’absence de graphisme. C’est un détail et cela n’enlève rien à la qualité du texte de Blandine Pluchet.

Le dernier livre que j’avais lu sur la physique quantique c’était « Le cantique des quantiques » de Ortoli & Pharabod. Il alliait une présentation orientée vers un large public et un prix très démocratique. Le livre de Blandine Pluchet va dans le même sens en présentant la physique quantique à travers 50 mots clés. En fait, on peut faire abstraction du nombre de mots clés et lire les différents thèmes de manière continue. L’avantage c’est qu’en fin de chapitre, on nous rappelle les idées principales qui ont constitué celui-ci. Il ne faut pas plus de cinq secondes pour lire chaque idée. C’est original comme rappel.

En 264 pages, Blandine Pluchet aborde une science passionnante sans jamais ennuyer le lecteur. Que ce soit l’infiniment grand avec le Big Bang ou l’astronomie, ou l’infiniment petit avec la physique quantique, elle arrive à nous captiver. J’apprécie ses livres de vulgarisation scientifique et c’est certain que je continuerai à la suivre. Donc, un livre à conseiller à qui veut explorer l’infiniment petit, qui nous permet aujourd’hui d’utiliser des technologies dont on n’avait même pas idée il y a à peine un siècle.

La physique quantique pour les nuls, Blandine Pluchet, édition First, 2018, 264 pages

La physique quantique pour les nuls

Conquêtes : Islandia

Avec Islandia, Jean-Luc Istin, Zivorad Radivojevic, Eber Evangelista nous proposent une bande dessinée de science-fiction qui oscille entre space opera et planet opera.

En voyant cette BD sur les présentoirs d’une grande librairie, j’avais envie de découvrir cette nouveauté. Islandia est le premier tome du cycle « Conquêtes », cycle de 5 histoires qui représentent chacune une des colonies qui a quitté la Terre. On aura donc : Islandia, Deluvenn, Decornum, Uranie et Adonaï. Ce seront d’autres scénariste et dessinateurs qui réaliseront les autres tomes.

La couverture laisse deviner qu’on a dans les mains un space opera militaire. C’est bien le cas, mais l’exploration y a toute sa place. Les premières planches sont un clin d’œil à 2001 l’odyssée de l’espace avec son monolithe noir. Mais ça ne va pas plus loin. Je pensais lire un clone d’avatar, mais ce n’était pas le cas.

En termes d’exploration spatiale, ma référence BD est plutôt Leo avec ses cycles Aldebaran, Betelgeuse ou Antares, qui donnent une grande part à l’exploration et la découverte d’autres civilisations. J’avais été déçu par la lecture de « Colonisation » de Filippi et Cucca, où je trouvais que le scénario était faible et ne donnait pas envie de lire la suite. Heureusement, avec Islandia Jean-Luc Istin propose un scénario intéressant à plus d’un titre. D’abord ses personnages sont bien campés, surtout Kirsten Konig qui est l’héroïne de cette histoire de science-fiction. Ensuite l’intrigue sur les mystérieuses explosions est bien amenée.

C’est très bien dessiné. La qualité du dessin de Zivorad Radivojevic m’incite à lire ses autres bandes dessinées. Reste que les détails, les expressions des personnages, les paysages et lieux sont originaux et collent parfaitement à la science-fiction actuelle. Sans oublier la colorisation faite par Eber Evangelista qui dramatise chaque scène et apporte une palette de couleurs qui détermine l’ambiance générale. BD vraiment excellente sur le plan artistique.

Je me pose la question de savoir si Kirsten Konig n’aurait pas dû avoir un grade plus élevé dans cette histoire. Un lieutenant qui s’adresse directement à un amiral et qui dirige une mission d’exploration ou un assaut contre des extraterrestres, c’est plutôt du ressort d’un capitaine ou d’un major, et les responsabilités sont plutôt celles d’un colonel. Un autre détail qui m’avait intrigué, une fois la BD lue entièrement, c’était le fait que les 50 cobayes auraient pu exploser dès leur sortie du cryo-sommeil. Curieusement, ce n’est pas le cas.

Reste une histoire dans laquelle on suit une des cinq flottes d’exploration qui ont quitté la Terre pour coloniser d’autres mondes. Islandia semble être un monde viable pour l’humanité, avec comme principal inconvénient d’être plutôt froide. Mais ce climat polaire n’empêchera pas la colonisation et la découverte d’autochtones de formes humanoïdes. Il y a tellement d’intérêts en jeu dans cette colonisation que certains n’ont pas hésité à faire sortir de leur cryo-sommeil une partie des futurs colons. L’empressement à s’établir sur Islandia est tel que le sort des autochtones n’a pas beaucoup d’importance pour une flotte de vaisseaux qui dispose de toute la technologie nécessaire pour rayer de la carte toute forme de vie extraterrestre. C’est là que le lieutenant Kirsten Konig est pris entre deux feux, et doit d’un côté établir le contact avec les autochtones et de l’autre éliminer la menace qu’ils représentent, suite à une explosion. Car les autochtones sont évidemment les premiers coupables pour un amiral sans scrupule. Si l’histoire parait simple à ce stade, elle l’est moins lorsqu’on découvre que les autochtones ont des pouvoirs, et que parmi les colons cinquante personnes ont subi une mutation génétique lorsqu’ils étaient encore en cryo-sommeil. Et une de ces personnes n’est autre que le lieutenant Kirsten Konig.

Et là, le scénariste s’en donne à cœur joie en distillant les informations au lecteur, et fait alterner les scènes entre la planète et la colonie de vaisseaux. C’est une vraie intrigue policière qui s’ensuit et une course poursuite qui a pour enjeu l’extinction des autochtones.

Je n’ai vraiment aucune critique à formuler, si ce n’est que j’aurais aimé des vignettes plus grandes sur certaines pages. Mais alors la BD aurait fait 90 ou 100 planches au lieu de 76 déjà proposées. C’est déjà très gentil de la part des auteurs d’être sorti des 48 pages habituelles.

Ce premier tome est réussi et j’attends avec curiosité les autres tomes de ce cycle, en espérant qu’ils ne sont pas trop militaires, mais plus tourner vers l’exploration et la découverte. Reste une BD qui m’a beaucoup plu. J’espère que les autres scénaristes et dessinateurs de ce cycle feront aussi bien. On mélange BD et science-fiction, avec un scénario bien ficelé et un excellent dessin.

Donc, à conseiller évidemment.

Conquêtes : Islandia, Jean-Luc Istin, Zivorad Radivojevic, Eber Evangelista, Soleil, 2018, 76 pages

Islandia

Kaboul – Michael Moorcock

Denoël nous publie dans la collection Graphic un livre de Michael Moorcock, Kaboul et autres souvenirs de la troisième guerre mondiale, livre illustré par Miles Hyman. Il s’agit d’une suite de nouvelles qui ont comme trait commun un agent secret.

La couverture de ce livre m’avait frappé non pas par la combattante armée qui se trouve devant l’explosion d’une bombe atomique, mais par le style du dessinateur qui me semblait familier. Et c’est bien le cas. Pour une fois, je vais commencer par l’illustrateur plutôt que l’auteur. Le livre contient une quinzaine d’illustrations qui représentent les différentes scènes rencontrées lors de la lecture de ces nouvelles. Elles sont fidèles à l’histoire et mériteraient d’être plus nombreuses.

En fait, Miles Hyman, je l’ai retrouvé dans ma bibliothèque entre deux bandes dessinées. Il avait fait précédemment l’adaptation BD du dahlia noir, tiré du roman de James Ellroy, et adapté par Matz/David Fincher (édition Rivage, Casterman, Noir).

Miles Hyman n’est pas un inconnu. C’est en grand illustrateur qui vit entre la France et les États-Unis. Ses dessins se retrouvent dans les grands quotidiens. Ses dessins sont très réalistes et son œuvre mérite toute notre attention.

Comme le personnage principal de ce livre voyage à travers une bonne partie de la planète, les illustrations représentent souvent des lieux où la guerre sévit et elles collent parfaitement à l’ambiance que veut donner l’auteur à ses nouvelles.

Michael Moorcock, je connais très bien pour avoir lu tout son cycle sur le champion éternel (Elric, Corum, Erekosé, Hawkmoon), et pour l’avoir rencontré il y a quelques années. L’auteur est une référence en fantasy, et est aussi connu pour ses uchronies. Je pense à Le nomade du temps, Gloriana ou la reine inassouvie. Kaboul s’inscrit aussi dans une uchronie, où la troisième guerre mondiale tient lieu de fonds à cette anthologie. Il ne s’agit pas d’un roman, mais d’une suite de nouvelles qui mettent en scène Tom Dubrowski, un agent secret ukrainien qui se fait passer pour un antiquaire. Chaque nouvelle représente une étape dans la vie de ce personnage, qui se balade aux quatre coins du monde, parfois comme simple agent de renseignements, parfois comme tortionnaire ou combattant. Sa vie est parsemée de rencontres politiques, militaires, voire sentimentales.

Je pense que Michael Moorcock nous a donné depuis longtemps le meilleur de son œuvre avec son cycle du champion éternel, et que ce livre ne vient pas la renforcer, mais se détache un peu plus du tronc commun plus orienté fantasy.

Reste que Michael Moorcock est un bon auteur qui se laisse lire, dont les textes décrivent parfaitement les situations dramatiques lors d’une troisième guerre mondiale, mais aussi les craintes de chacun face au chaos qui se présente à l’ensemble de l’humanité. Tom Dubrowski n’est pas particulièrement un personnage attachant, mais le fait qu’il soit le narrateur de ce livre donne un intérêt particulier. Sa vie sentimentale est également au cœur de ce livre, ainsi que ses diverses missions. C’est un agent secret, mondain par certains côtés, et un soldat qui se retrouve au milieu d’un conflit planétaire, qui décrit les travers de notre société.

Ce que j’ai apprécié, c’est que Michael Moorcock reste vague dans le conflit qui existe entre l’occident et l’orient. Il se contente de le décrire en toile de fond, sans prendre parti pour l’un ou l’autre côté. À travers les yeux de son personnage, on voit lentement évoluer ce conflit, voire à mettre en danger Dubrowski en étant trop proche de l’explosion d’une bombe nucléaire. Le livre se termine sur un retour aux sources et des problèmes de santé, mais l’histoire reste sur une fin ouverte.

Je n’ai qu’une critique à faire aux éditeurs, c’est de n’avoir pas pensé à ordonner les nouvelles sur une ligne de temps. Par exemple Kaboul doit faire suite à Danse à Rome, et Escale au Canada n’est pas suite de cette dernière ! C’est un détail, mais il n’est nulle part fait mention de flashback dans ce livre, donc les nouvelles auraient pu être ordonnées.

Reste une lecture originale d’une troisième guerre sur une Terre fort proche de celle que nous connaissons. Ces nouvelles ne sont pas très longues et agréablement étoffées par les illustrations de Miles Hyman.

Kaboul et autres souvenirs de la troisième guerre mondiale, Michael Moorcock, 2018, 224 pages, illustrations de Miles Hyman

Kaboul - Moorcock

Avant-garde — Jack Campbell

Avec cette préquelle de la flotte perdue, Jack Campbell raconte la genèse de celle-ci et les débuts de Robert « Rob » Geary. C’est toujours l’Atalante qui édite le cycle.

Il y a quelques années, j’avais lu « Indomptable » le premier tome de ce space opera. Il m’avait plu sans plus. C’est probablement parce que dans le genre je préférais le cycle Honor Harrington de David Weber. Cela ne m’a pas empêché d’avoir tous les livres de la flotte. Je m’étais simplement dit que je les lirais plus tard, une fois que Honor Harrington serait terminé. Ce n’est pas encore le cas. Tant pis, je passe tout de même à la flotte perdue !

Avec cette préquelle j’avais envie de donner une seconde chance à Jack Campbell. Et ce premier tome « Avant-garde » m’a effectivement captivé. Peut-être parce que commencer par le début, c’est-à-dire présenter le personnage principal avant qu’il ne devienne un héros était la bonne solution.

En fait, ce n’est pas uniquement Rob Geary qui est présenté dans ce livre. C’est aussi Mele Darcy un fusilier hors pair, Lyn Metzger surnommée Ninja qui est une informaticienne de génie, Carmen Ochoa une spécialiste dans la résolution de conflit et Lochan Nakamura un ancien politicien qui veut aider les autres. Ces cinq personnages vont parfois se rencontrer et formeront la toile de fond de ce space opera de bonne facture. Dans leur domaine respectif Geary et Darcy sont ceux qui vont au bout des choses, ceux qui n’abandonnent jamais, quitte à y laisser leur vie. Ils sont altruistes, guidés par un incommensurable besoin d’aider leur prochain. Pour des officiers au début de leur carrière, ils possèdent une maturité, un raisonnement et une logique que beaucoup leur envieraient.

C’est aussi là que Jack Campbell apporte un plus dans la description de ses personnages. Ils ont une âme, ils aspirent à une meilleure vie comme chacun de nous, mais bon nombre d’obstacles se dressent devant eux pour y parvenir. Ils sont attachants, ont des doutes, mais ne renoncent pas facilement. On a donc droit à un space opera qui se passe en partie sur Glenlyon, et en partie dans l’espace.

Geary est un jeune lieutenant qui a quitté les forces spatiales d’Alfar. Il n’a pas une très longue expérience, mais lorsque les colons de Glenlyon lui demandent leur aide contre les pirates venus de Scatha, il n’hésite pas à un seul instant. Il forme un commando pour s’emparer de leur vaisseau de guerre, un cotre armé qui permettra de défendre la colonie contre un adversaire de taille similaire. Le problème, c’est que Scatha envoie d’autres vaisseaux, dont un chargé de colons, de soldats et d’équipements militaires. Et ce vaisseau se pose quelque part sur la planète pour créer une base militaire et à terme faire fuir les colons ou les soumettre.

Le conseil de Glenlyon envoie donc Geary chercher de l’aide à Kosatka, une autre colonie. Et pendant son absence, c’est Mele Darcy qui doit contenir l’envahisseur sur le sol. Geary n’obtiendra pas ce qu’il est venu chercher, mais avec son vaisseau il aide Kosatka contre d’autres pirates. Il sera mis en relation avec des connaissances à Mele Darcy, Carmen Ochoa et Lochan Nakamura. À son retour dans le système de Glenlyon, il devra faire face à une nouvelle incursion de Scatha. C’est donc Mele Darcy qui affrontera l’envahisseur au sol, tandis que Geary l’affrontera dans l’espace. Et pour y arriver, l’aide de Ninja est la bienvenue.

Si le roman parait classique pour du space opera, il offre toute de même une bonne histoire et un bon moment de lecture à passer. Jack Campbell ne tombe pas dans les travers de David Weber avec une pléthore de personnages et de discussions inutiles. Ici il va à l’essentiel en se focalisant sur les personnages et l’action. En 365 pages, il nous présente un futur pas nécessairement optimiste, où la civilisation a essaimé dans une partie du bras spiralée dans lequel se trouve notre système solaire. Au plus éloignées sont les colonies au plus elles sont en danger et risquent de rencontrer des pirates et des trafiquants d’esclaves. Et ce danger permanent qui va être le fil conducteur de ce premier tome.

Ce que je peux dire, c’est que j’attends avec impatience le tome 2 de cette genèse de la flotte. En attendant, je lirai le prochain Honor Harrington que L’Atalante doit bientôt éditer. Reste l’histoire est classique et qu’elle tient en halène le lecteur jusqu’au bout. La fin de ce premier tome n’est pas aussi heureuse qu’on l’espérait et c’est une excellente initiative de Jack Campbell pour nous donner envie de lire la suite. Dès que la suite sortira je la lirai, car cette fois-ci j’ai accroché au cycle !

Avant-Garde (la genèse de la flotte), Jack Campbell, L’Atalante, 2018, 366 pages, illustration de David Demaret.

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Le navire qui tue ses capitaines – Tillieux & Follet

Lire un roman au format bande dessinée n’arrive pas tous les jours. Le navire qui tue ses capitaines, de Maurice Tillieux, illustré par René Follet et publié par les éditions de l’Élan est l’occasion de découvrir une autre facette du dessinateur et scénariste de Gil Jourdan. Ce roman policier date de 1942 et se lit sans trop de difficultés. Le style est un peu trop ancien à mon avis, et utilise des expressions qui seraient à leur place dans une histoire de Sherlock Holmes ou de Hercule Poirot. Le détective Annemary qui fume la pipe pour démêler l’histoire des capitaines tués à bord du Taï-Wan, fait un peu trop « cliché ». Mais bon, il faut remettre ce roman policier dans le contexte de l’époque, c’est-à-dire pendant la Seconde Guerre mondiale.

L’intrigue se révèle lentement. Arriver à la moitié du roman, quelques éléments de réponse seront présentés, et ce n’est que dans les deux ou trois dernières pages que le lecteur découvre vraiment qui est le vrai coupable. On voit que Tillieux connait le domaine maritime. Cela se sent, cela se voit au fil des pages, tout comme on devine son grand intérêt pour la littérature policière de l’époque.

On peut reprocher à Tillieux un manque de détails dans la description de ses personnages, voire un style d’écriture qui ne met pas en valeur ses derniers. Les astuces littéraires utilisées sont d’une autre époque et ne correspondent plus au standard actuel du roman policier. Donc, il faut lire ce roman en tenant compte de l’époque à laquelle il a été écrit.

C’est plutôt par curiosité que j’ai lu ce roman, en me disant que j’allais peut-être retrouver Gil Jourdan au fil des pages. Ce n’était pas le cas. Pas plus qu’il n’y a de trace d’humour dans ce roman. Le lecteur de l’époque devra attendre 14 ans avant que Libellule ou l’inspecteur Crouton viennent le perturber dans la bande dessinée Gil Jourdan.

On pourrait croire que je suis un nostalgique de cette bande dessinée. Et c’est en partie vrai, car elle fait partie de celles que je lisais quand j’étais adolescent. Je ne peux pas dire autant de Félix, qui m’a complètement échappé à l’époque. Donc, j’espérais retrouver un peu de l’esprit de Gil Jourdan ou de Marc Jaguar.

Le format du livre est inhabituel, surtout pour le lecteur qui veut lire un roman dans les transports en commun. Un livre normal ou un livre de poche aurait mieux fait l’affaire. Mais alors ce serait les illustrations de Follet qui seraient pénalisées. Non, les éditions de l’Élan ont fait le bon choix, surtout dans la perspective de rééditer tout ce que Tillieux a fait.

Plus récemment on a vu la réédition de Marc Jaguar en bande dessinée, et la réédition de S.O.S. bagarreur ne devrait pas tarder. On pourrait aussi se demander si les éditions de l’Élan comptent rééditer les romans « L’homme qui s’assassina » et « Aventures de Paillasson » que Tillieux a aussi écrits.

Le livre est agrémenté de bons nombres d’illustrations de René Follet qui collent parfaitement à l’histoire. C’est même tout l’intérêt de ce livre. À la limite, une version BD du roman par Follet aurait été une excellente idée.

Le livre ne s’arrête pas au roman et aux illustrations. Il contient également un dossier sur la collaboration entre Tillieux et Follet, un dossier sur le contexte de l’époque qui a permis l’écriture du roman, et une présentation de la collection policière belge de l’époque : Le Sphinx. Ce livre est plus qu’un objet de curiosité. C’est évidemment les fans de Tillieux qui s’y intéresseront, ou les passionnés de René Follet.

Je serai d’avis de lire les autres romans de Tilleux, mais c’est surtout les rééditions de sa production en bande dessinée qui m’intéresse le plus.

Le navire qui tue ses capitaines, Maurice Tillieux et René Follet, éditions de l’Élan, 2017, 112 pages.

Le navire qui tue ses capitaines