Les enfers virtuels T.1 & 2 – Iain M. Banks

Le dernier livre du cycle Culture de Iain M. Banks est paru en deux tomes dans la collection Ailleurs et Demains de Laffont. Au total, plus de 700 pages pour une histoire qui nous plonge dans un univers bien familier pour les amateurs du cycle. On pourrait se demander pourquoi deux volumes, alors qu’en anglais il est sorti en un volume ? Ceux qui ont lu le tome précédent du cycle (Trames), se souviennent que malgré son épaisseur, il est sorti en un volume chez Ailleurs et Demains. Ceci dit, on a droit à une excellente traduction de Patrick Dusoulier et à deux magnifiques couvertures de Manchu qui collent parfaitement à l’histoire.

Je n’ai eu aucun problème à rentrer dans cette histoire. Une fois découverts les quelques personnages principaux, l’univers de la Culture est tout à fait familier. Les mentaux y jouent une place importante, comme d’habitude. La seule vraie nouveauté, c’est l’apparition des enfers virtuels, qui sont finalement des réalités virtuelles dans lesquelles les morts ont encore une existence. Mais quelle existence ? Un enfer, un vrai enfer, qu’ils revivent souvent. En matière de torture intellectuelle, on atteint un sommet dans les civilisations proches de la Culture.

 

Le personnage principal de cette histoire est Lededje, qui est une intaillée (tatouée dehors et dedans), qui est devenue esclave sexuelle de l’homme le plus riche de Sichulte. Sa mort dès le début de l’histoire devrait nous plonger dans l’embarras. Eh bien non ! Banks nous montre ce que la Culture est capable de faire, et Lededje sera reventée à bord d’un vaisseau. Pour l’amateur de la Culture que je suis, je ne pouvais pas mieux demander.

Tous les personnages de l’histoire ne sont pas indispensables. Par exemple Prin et Chay. Cette dernière en particulier. Ils vont vivre l’enfer dans toute sa splendeur. Ils souffriront, en quête d’une porte de sortie dans chaque enfer, mais ils tomberont sur un autre enfer. Ils seront la proie des démons. À travers Chay, on va vivre cet enfer perpétuel de manière plus explicite. Au-delà de la souffrance, c’est aussi l’espoir de mettre un terme à celle-ci qui prédomine chez elle. Et Chay va passer de proie à prédateur. Elle libérera les âmes à travers sa propre faim et sa propre souffrance. C’est beau et c’est horrible. Les chapitres qui sont consacrés à Chay n’apportent rien à l’histoire principale, et n’ont pour but que de nous faire vivre les enfers à travers les yeux de deux personnages. J’aurais envie de dire que Banks aurait pu garder ces chapitres pour nous faire un vrai livre d’horreur. Mais bon, ne gâchons pas notre plaisir.

En parallèle à Lededje, on suit aussi Yime, agent de la Culture, qui ne sait pas qu’elle fait partie de Contact Spécial. Elle est chargée d’empêcher Lededje de se venger en assassinant Veppers, et d’arrêter ce dernier pour meurtre. Personnage en demi-teinte, qui manque un peu de charisme et qui est tributaire du mental qui dirige le vaisseau dans lequel elle se trouve.

Et puis il y a la confliction. La guerre larvée qui règne dans les enfers, et que le camp anti-enfers veut transposer dans la réalité. Et pour ce faire, ils mettent en production des millions de vaisseaux sur le disque Tsungariel, composé de frabricats. C’est démesuré, comme seul sait le faire Banks. Mais les plans du camp anti-enfers vont être perturbés par le vaisseau de la Culture qui amène Lededje à proximité de son tortionnaire.

 

Ce livre est davantage un space opera que ne l’était Trames. Les vaisseaux de la Culture y ont un plus grand rôle, soit sous leur forme primitive de vaisseaux, soit sous la forme d’avatar. Dans la deuxième partie du livre, ils prennent même le dessus sur les personnages humains. Ce n’est pas foncièrement dérangeant, mais on a l’impression que Banks a changé la logique de son histoire en cours de route.

Malgré le fait que j’adore toujours autant ce cycle, j’ai quelques remarques à faire. Oh, rien de grave pour un auteur comme Banks. Le livre contient quelques longueurs. Curieusement, les batailles spatiales sont racontées de manière sommaire, à travers l’avatar d’un vaisseau. Cela fait un peu « Bing, bang, j’ai refilé une raclée à l’ennemi ! ». On aurait bien voulu avoir une longue description de l’événement, comme sait le faire David Weber par exemple. Et puis, il y a le caractère de Veppers, homme le plus riche de sa planète, qui a hérité comme dette de famille de Lededje, une intaillée. L’homme en fait une esclave sexuelle et la tue dès le début de l’histoire. C’est très original puisqu’elle est le personnage principal. Mais grâce au lacet neural, la mémoire et la personnalité peuvent être sauvegardées et réimplantées dans un corps au sein même de la Culture. C’est ce qui s’appelle être reventée. Mais c’est très étrange de voir un monstre comme Veppers, prendre le parti des anti-enfers alors qu’il en détient 70 pour cent dans la galaxie. Cet étrange retournement ne colle pas vraiment avec la personnalité de l’homme qui n’a aucune considération pour la vie d’autrui.

Un dernier point concerne Vateuil, militaire qui va combattre dans des enfers virtuels et acquérir une longue expérience de la guerre. On a l’impression que ce personnage n’a pas vraiment sa place dans cette histoire. Mais la dernière ligne du livre (j’ai bien dit la dernière ligne) fait le lien avec L’usage des armes, un autre livre du cycle.

Les enfers virtuels restent un très bon livre de la Culture. Banks continue à développer son univers et à nous étonner. L’habituer du cycle se retrouvera comme un poisson dans l’eau. Le nouveau lecteur qui veut aborder ce cycle ferait mieux de commencer par L’homme des jeux ou L’usage des armes.

Voici donc encore un très bon Banks, toujours aussi original. L’auteur ne déçoit pas, et encore une fois arrive à nous captiver.

Les enfers virtuels T.1 & 2, Iain M. Banks, Laffont Ailleurs & Demains, 2011, 713 page, traduction de Patrick Dusoulier, Illustration de Manchu.

3 réponses à “Les enfers virtuels T.1 & 2 – Iain M. Banks

  1. Holala, les histoire de Banks me paraissent toujours aussi compliquées. Je vais devoir relire une deuxième fois ton article pour y voir clair et me prendre une décision : vais-je encore lire des livres de la Culture ou pas ? En fait j’ai toujours trouvé ses histoires bizarre et difficile d’accès, demandant une grande concentration pour entrer dedans. Je ne sais plus à quelle livre je me suis arrêté, mais je ne suis pas certain de vouloir reprendre le cycle: mon temps de lecture étant compté, je crois que d’autres romans passeront devant. D’autant plus que je ne considère pas ce cycle comme parfait, comme celui d’Hyperion par exemple…

    • Curieusement Paul, il ne faut pas une grande concentration pour lire ces deux tomes. Mais plutôt une certaine patience vu la longueur. Je trouve que Banks devient de plus en plus fluide à lire, qu’on se coule dans le moule de la Culture dès les premières pages. Il n’y a plus chez lui d’adaptation à faire dans les premières pages. Comme tu n’as pas vraiment accroché la Culture précédemment, je ne vais pas te conseiller ce livre. Mais c’est tout de même un excellent livre !

  2. Un dossier en ligne qui peut aider en apportant quelques éclairages sur l’univers de la Culture : http://www.actusf.com/spip/Un-article-sur-Le-Cycle-de-la.html

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